Chronique de Concert
No Jazz Quartet

Vous êtes tous des branleurs. Oui parfaitement, je le dis comme je le pense, ô amis chroniqueurs au nombre d'au moins 3 voire 4, que je ne citerai pas mais que je croisai ce soir-là au Lollipop Music Store. Sans connaître si bien que ça vos vies en général, et votre journée du 22 septembre 2023 en particulier, j'ai dans l'idée qu'elle fut pourtant forcément moins fatigante que la mienne. La preuve, j'ai commencé par rater 10 bonnes minutes du show, parce que j'arrivais tout juste en TER d'Aix-la-Prétentieuse, par ailleurs professionnellement carbonisé par une semaine sur les chapeaux de roues...

Et pourtant, vous m'avez déclaré, l'un après l'autre - dans une belle unaninimité et avec le même rictus rigolard - que puisque j'avais pris des notes (c'est-à-dire, noté quelques trucs sur mon smartphone à la volée), ça allait être moi, eul'chroniqueur ! Eh bien sachez, viles feignasses, que je n'ai pas noté grand chose d'utilisable, presque une semaine après dans un TGV revenant de Paname...

Oh bien sûr, je ne pars pas de rien avec ces 4 gaillards-là, qui sous un nom vaguement péteux de vrais jazzmen en goguette et en chemise blanche, cachent mal un profil de pistoleros rugueux et expérimentés, en chemise bariolée. Depuis le temps que je les connais je pourrais probablement écrire, façon Vince P, une belle chronique gonzo sans même avoir assisté au concert et si ça se trouve, qu'elle soit quand même marrante à lire. Mais là le truc c'est que j'y étais, alors ce serait pas crédible une seconde.

Je pourrais parler de chacun des deux chanteurs/guitaristes pendant trois bons paragraphes, depuis le temps presque immémoriaux que je les connais et que je les applaudis. Du premier, vinyl hero avec qui je cause parfois musique, parfois montagne, parfois trésorerie (selon l'humeur), et qui a officié dans des groupes élégants et ambitieux (Holy Curse), aussi bien que dans des groupes peigne-culs et jouissifs (Irritones). Dont je trouve toujours la voix chantée étonnamment différente et plus aigüe que celle parlée ; un chant qui a pris en confiance et en amplitude, c'est flagrant, depuis les débuts du groupe...

Du deuxième, fantasque libraire historiquement casquetté et blond, vocaliste à la voix délicieusement barytonnée, dont l'explosif trio Elektrolux tient toujours, il me semble, le record du nombre de chroniques sur ce site, tant il a pu nous faire vibrer et suer dans toutes les caves les plus saumâtres de la ville. Dont les pochettes de vinyle sont parmi les préférées de ma collection. Ou dont la femme, Madame Marie Neuser, a écrit des romans parmi les plus saignants qu'il m'ait été donné de lire, exorbité, et que j'ose à peine vous recommander...

Je pourrais encore parler de cet aimable batteur barbu - officiellement le mec souriant du groupe et c'est toujours bien qu'il y en ait un ! - dont les lombalgies ont poussé le trio de rock pré-cité à s'arrêter à une époque, arguant qu'il ne pourrait plus jamais en jouer, de la batterie. Ha ! pour le coup c'est raté. Il est toujours là et ses fûts roulent avec une roublardise à priori pas moins pétaradante qu'autrefois... Je pourrais vous communiquer la set-list qu'il m'a aimablement donnée à la fin, si toutefois je ne l'avais pas flanquée je-sais-pas-où-et-je-la-retrouverai-sûrement-dans-un-jour-ou-deux-mais-merde-ce-sera-trop-tard.

Je pourrais même faire semblant de mieux connaître ce bassiste, certes déjà applaudi dans d'autres groupes, bien planqué derrière ses lunettes mais qui n'est assurément pas là que pour jouer ses 4 notes syndicale répétées par morceaux, non merci... Et au contraire des choses bien plus riches et qui par moments, au milieu du pont, volent complètement notre attention pendant plusieurs mesures.. Et grâce à qui l'on se rend compte à quel point c'est rare qu'un bassiste de rock ne fasse pas de la figuration, mais porte par moments la mélodie - et a fortiori le morceau ! - quasi à lui tout seul.

Je pourrais aussi parler de la musique - partie la plus dure du job, celle où on peut se planter le plus grave : ici un rock australien et chouettosse, du tripal, de l'artisanat de vrais compagnons du devoir du rock, avec du low tempo déglingué à guitare geignarde sur rythmique bien vicelarde, mais aussi de l'aboiement cavalé, du duo vocal vociférant des deux sbires qui a trouvé ses marques et en impose désormais de façon assez spectaculaire. De leur très chouette disque, longtemps attendu et que j'ai acquis voilà déjà un moment, mais pas chroniqué (parce que je n'ai plus le temps de chroniquer des disques).

Je pourrais enfin parler de ce groupe, No Jazz Quartet, déjà bien connu de nos services, ne serait-ce que pour son inoubliable prestation inaugurale à la Rue du Rock 2019. De ce mur derrière lui qu'il a complaisamment couvert de ses propres vinyles (ils doivent connaître quelqu'un dans le magasin, c'est sûr), de l'ambiance qui régnait déjà quand je suis arrivé et qui n'a fait que monter en vrille ensuite ! Et glisser, avec des pincettes, que pour moi leurs chansons anciennes et nouvelles fonctionnent mieux encore sur scène ici, que sur polychlorure de vinyle chez moi (d'autant que ma platine est détraquée ces temps-ci)...

Ou alors j'aurais pu évoquer la présence dans la salle, non seulement de tous les chroniqueurs les plus glandeurs de la ville (ça je l'ai fait déjà, CQFD), mais aussi d'une bonne partie de la galaxie rock (sans doute presque toute la meilleure partie ?), sûre de ne pas s'être trompée d'heure et d'endroit pour se prendre la bonne grosse baffe rock inaugurale du week-end papal, du genre valeur sûre pour bien commencer son vendredi soir avec un Coalgan écarlate planté dans la narine droite.

Ou encore plus précisément, et au risque de tomber dans le copinage, parler de la présence du fondateur (ô Bien-Aimé, ô Immarcescible ! ) de Phocea Rocks qui, pépouse, s'est inventé ce soir-là dans le Store une tribune PMR qui avait l'air bien confortable... D'un couple d'amis chers également présents ce soir-là et à qui j'ai fait, comme promis, un hug à chacun suite à la perte de leur chat, un gros pépère super sympa (ce qui m'a donc peiné un peu aussi).

Ou pire, des Delta IPA que j'ai consciencieusement éclusé ce soir-là et qui m'ont permis de sortir à 21h10, déjà un peu saoûl (et déjà prêt à aller me crash-canaper). Bref, au final j'aurais eu presque tout ce qu'il fallait pour écrire cette chronique mais à la réflexion, je ne vois vraiment pas pourquoi c'est moi qui devrais m'y coller. Donc, démerdez-vous, bisous, merci, bonsoir.
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Critique écrite le 28 septembre 2023 par Philippe
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