Accueil Chronique de concert The Cure (The Cure Lost World Tour 2022)
Vendredi 27 janvier 2023 : 11352 concerts, 25885 chroniques de concert, 5284 critiques d'album.

Chronique de Concert

The Cure (The Cure Lost World Tour 2022)

The Cure (The Cure Lost World Tour 2022) en concert

Halle Tony Garnier, Lyon 7 novembre 2022

Critique écrite le par



La musique de The Cure agit comme une madeleine de Proust : si on croque dedans quand on est jeune, elle a des effets très addictifs et évocateurs, qui font qu'on a toujours envie d'y revenir et qu'une foule de souvenirs ressurgissent chaque fois qu'on l'écoute. Pour les concerts du groupe de Robert Smith, c'est la même chose : l'homme toujours coiffé en pétard et habillé en noir est si généreux et touchant quand il joue ses titres - totalement intemporels - lors de grands-messes gothiques, qu'à chaque tournée on ressent l'envie de communier à nouveau avec lui, le dieu (athée) de la cold wave teintée de pop sucrée et néanmoins dépressive.



Donc, après 2016, déjà ici dans la superbe et immense cathédrale de métal de la Halle Tony Garnier, et 2019 à Rock en Seine, deux très bons concerts, on revient encore une fois (again and again and again and again... ) avec joie et émotion vers les auteurs de "Pornography", "The Head On The Door", "Disintegration", "Seventeen seconds" (pour ne citer que les disques les plus représentés dans la set list du soir). On écoute The Cure depuis 1986 sans se lasser une seule seconde, on assiste aux shows, toujours excellents, de Smith & Gallup depuis 1992, il n'y a aucune raison valable pour qu'en 2022 on manque la date de Lyon. En plus, c'est la première de la tournée française, qui se prolonge jusqu'au 28 novembre et s'intitule "The Cure Lost World 2022", d'après le nom du futur nouvel album du combo originaire de Crawley, "Songs Of A Lost World". Voilà donc un autre bon motif pour faire le déplacement : un disque arrive et pas moins de quatre nouveaux morceaux, excellents (on suit la tournée européenne via youtube depuis le 6 octobre), devraient être interprétés ce soir !



Le rituel est immuable depuis des années, pour commencer ses shows et permettre à tout le monde de se mettre en douceur dans le bain (à la fois chaud et froid) pour plus de deux heures trente de show, The Cure joue un titre atmosphérique et Robert Smith vient longuement saluer les fans en arpentant la scène de long en large avant de prendre le micro. Séquence émotion d'entrée, donc. C'est le très bon et nouveau "Alone" qui est joué en ouverture. On dirait un inédit échappé de l'album "Disintegration" (l'un des meilleurs de la période "mature" du groupe, un disque que l'on a acheté en compact disc le jour de sa sortie, en mai 1989, et qui demeure inépuisable à ce jour). Dès que le chanteur - pour lequel 18 000 personnes sont venues, parfois de loin - commence à chanter, on ne peut manquer de remarquer qu'il a toujours cette inimitable voix d'ado torturé qu'on adore tant. C'est un miracle renouvelé à chaque fois... et ça justifie l'engouement jamais démenti pour les concerts du combo aujourd'hui composé de Simon Gallup, fidèle parmi les fidèles à la basse, Reeves Gabrels, impeccable à la guitare (comme avec David Bowie ici-même en... 1996), Roger O'Donnell, aux synthés envoûtants, Jason Cooper, à la batterie jamais prise en défaut, et Perry Bamonte, de retour aux synthés et à la gratte pour cette tournée, avec pour mission d'épaissir le son, toujours plus inextricable.



Les présentations sont faites, le ton est donné, le long trip curiste peut commencer : le public, très en forme et enthousiaste dans la fosse, a droit à une enfilade de titres assez magique et très sombre. Avec tout d'abord, le toujours bouleversant "Pictures of You", illustré en fond de scène par une photo de celle à qui il est dédié, la femme de Mr. Smith, Mary. Pendant cette chanson d'amour ultra touchante, comme "Lovesong" qui arrive deux titres plus tard, on est téléporté dans les bras d'une jolie petite brune au caractère de feu qui nous a fait vivre l'enfer sur Terre, mais aussi beaucoup de très bons moments. Les pop songs spleenétiques c'est bien, mais on n'est pas là pour "rigoler". C'est donc avec une "joie" non dissimilée qu'on accueille le très punk et menaçant "Shake Dog Shake", servi avec des projections des membres du groupe transformés en ombres fantomatiques, puis "A Night Like This", une magistrale chanson à la fois pop, noire et mystérieuse. Le solo stratosphérique de Gabrels convoque les plus belles heures du guitariste historique des Cure, Porl Thompson. Puis, ô joie, Smith, qui n'est pas non plus maladroit sur sa six cordes, annonce en français "une nouvelle chanson". Et c'est le très beau "And Nothing Is Forever", qui résonne magnifiquement dans la vaste halle de la capitale des Gaules transformée en église gothique. Qui, ce soir, est très bien sonorisée là où l'on est placé, à droite de la fosse avec une vue imprenable sur la scène.



On observe une (très) légère baisse de régime avec "39" et "Burn", deux morceaux relativement récents que l'on a peu écoutés et pendant le début desquels on va commander quatre pintes (pas d'inquiétude, on est venu à... quatre). Le service étant très rapide (et la bière, très buvable), on peut constater que si ce ne sont pas des tubes, on a néanmoins affaire à de bons titres qui font office de mise en jambes pour les extraordinaires et totalement cultes "The Hanging Garden", "Push ", "Play For Today" et "A Forest". Pendant l'immense "Play For Today", les chants du public - de TOUT le public - reprenant la ligne de synthé originale nous donnent des frissons partout. Pour être franc, on a même envie de chialer de bonheur en entendant la foule vibrer en chœur comme un seul homme. Et si l'on en croit le sourire radieux d'un certain Robert S., il ressent la même chose. Inutile de préciser que l'enchaînement avec "A Forest" est un moment d'anthologie. On ne se lassera jamais de cette perle rare, que l'on grattouille souvent à la guitare à nos heures perdues. Un ton en dessous, "Want" et "The Hungry Ghost", autorisent à aller - brièvement - recharger les réserves de houblon. Avant que les très beaux "From The Edge Of The Deep Green Sea" (extrait culte et long en bouche de l'album "Wish") et "Endsong" ne clôturent le set "normal". "Endsong" est encore une nouveauté de haut vol, avec des claviers évoquant les riches et glaçantes heures de "Twin Peaks" avec Angelo Badalamenti.



Le premier rappel est à sauter au plafond, un véritable truc de dingue, une friandise pour fans. Qui arrive après un petit discours de Smith, qui explique qu'il est très difficile de choisir entre tous les morceaux à jouer car il y en a beaucoup trop (et de plus en plus, comme il y a des nouveautés). Un petit mot de plus pour dire que le premier morceau joué est inédit et parle de son frère, récemment décédé comme ses parents, d'où les ambiances pas très gaies du futur opus. Ça s'appelle "I Can Never Say Goodbye" et c'est marqué au fer rouge d'un cocktail mélancolie/nostalgie qui fait mouche sur notre petit cœur d'artichaut. Afin de rester dans des atmosphères lugubres comme on aime, The Cure balance trois monolithes noirs extraits de son disque iconique paru en 1982 et absolument intact en 2022, "Pornography" : "Cold", "A Strange Day" et "One Hundred Years". On se souvient avoir écouté le premier au walkman en marchant dans la nuit - tout en pensant à se foutre en l'air, pour faire bonne figure - lors d'une des pires périodes de notre vie. Le deuxième est, à notre humble avis, le meilleur titre des Cure avec "Charlotte Sometimes" ; on jubile quand on reconnaît l'intro, car il n'est pas joué tous les soirs. Non mais quel titre, quelle mélodie, quel son, quel break, quel solo !!! Tout est gé - nial dans "A Strange Day". L'extrémiste, anxiogène et suicidaire "One Hundred Years" conclut ce trio de choc de très belle manière, dans un déluge de dissonance et de noirceur. Pour info, la première phrase : "It doesn't matter if we all die".



Le deuxième rappel (oui, on est à plus de 2 heures de show, c'est la règle avec cette maison-là) déboule après un nouveau petit discours de Robert Smith qui déclare que c'est bizarre de se replonger dans des chansons si anciennes, car elles ont été écrites à une période où il ne pensait pas vivre aussi longtemps, et donc encore moins les chanter 40 ans plus tard. Toujours à fleur de peau, il arrête de parler avant de pleurer et enchaîne avec une volée de plages super pop, et très jouissives. Car oui, on aime les deux facettes des Cure : le côté cold wave jusqu'au-boutiste adoubé par les fans hardcore et celui enjoué, voire dansant, et grand public, tout en restant extrêmement bien écrit et passionnant. On commence par le très sexe (selon notre voisine de concert, qui n'a pas tort) et toujours aussi accrocheur "Lullaby", une merveille qui réconcilie tout le monde, le canal historique et ceux qui écoutent la radio. Et ouais, c'est bien de la pop gothique ça, non ?



Puis la machine à tubes qu'est le groupe Cure quand il le veut enchaîne comme à la parade "The Walk" (qui fait headbanguer), "Friday I'm in love" (imparable et classe : la preuve, il a été repris par Yo La Tengo façon The Velvet Underground & Nico), puis trois hits chromés qui rendent heureux, "Close to Me", "In Between Days", "Just like heaven" (repris par Dinosaur Jr. en mode grunge). Et puis on a un dernier tube, pour la route, l'inoxydable "Boys Don't Cry", l'un des meilleurs singles du combo originaire du Sussex (ce qui expliquerait peut-être les effets excitants de certains titres... ). Bref, c'est déjà fini, c'est passé très vite malgré la durée du set. Robert Smith arpente toute la scène en saluant et balance, l'air de rien, qu'on va se revoir. Oui, mais quand ? QUAND ? C'est bien ce qu'on disait au début, on est addict à cette madeleine de Proust : à peine ce concert est-il terminé, qu'on ne pense déjà plus qu'à réécouter tous nos albums des Cure tout en échafaudant des plans pour les revoir très vite en live !



Photos : Mauro Melis (série complète ici, www.facebook.com/MauroMelis.Photographer, www.instagram.com/mauromelisphotography_paris/) & Eden Gallup (photo de la salle).









> Réponse le 17 novembre 2022, par Laeti

[Montpellier - 08 Nov 2022] Même constat à Montpellier ! Je ne les avais pas vu depuis... trop longtemps ! Je craignais de ne pas retrouver ce truc de fou ressenti il y a plusieurs années maintenant, en les voyant sur scène. Mais non ! C'est un groupe d'anthologie ! Un morceau d'histoire... 2h30 de concert, qui ont paru passer en 10 minutes. Cette tournée c'est The best of The Cure ! Des morceaux que l'on n'aurait jamais pensé voir jouer sur scène, des inédits fantasmagoriques, tout ! Tout est là !  Réagir

> Réponse le 17 novembre 2022, par Rodolphe

J'en ai encore des frissons, quel bonheur ! Sûrement le meilleur concert que j'ai pu voir !!!  Réagir

> Réponse le 26 novembre 2022, par Angèle

[Zénith de Strasbourg - 18 novembre 2022] Cette véritable New Wave, celle qui nous emmène, nous fait voyager dans nos rêves et nos ténèbres, pour en revenir plus forts et plus rebelles. Un concert qui nous a réveillé tant d'émotions, non pas de tristesse, mais de joie et d'énergie insouciante et positive. Et puis cette voix... Smith nous ressuscite ! Profond respect pour vous Robert, qui, malgré les ans, restez intègre et fidèle à votre âme d'artiste, à votre style, qui a conceptualisé toute une génération et qui a su casser tous les codes du rock pour créer une nouvelle vague, celle qui continue à nous faire chavirer le cœur. Ce concert à Strasbourg fut du pur bonheur !   Réagir


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