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Chronique de Concert

The Specials

The Specials en concert

Olympia, Paris 27 septembre 2011

Critique écrite le par




Il est de bon ton de dire que les années 80 sont la pire décennie musicale. Certes, la variété du Top 50 de ces années balance entre médiocrité, kitcherie ou nostalgie éthylique. Il est clair que les grandes stars des sixties et des seventies, qu'elles s'appellent Bowie, the Rolling Stones, Lou Reed, Genesis ou Pink Floyd, ont probablement commis les pires albums de leur carrière durant ces années. De manière assez inexplicable, ils ont été contaminés par un mauvais gout absolu. Des vêtements sportwear fluo, aux coiffures de Sue Ellen Ewing en passant par des synthétiseurs branchés sur le son Michel Berger et un son de batterie résonnant comme un collage de chasses d'eau, ils ont pollué les TV musicales naissantes de clips cocaïnés .

Leurs héritiers qui faisaient la une des journaux ne valaient pas mieux. Qui oserait encore élire groupe de l'année les tacherons de Adam and the ants, Duran Duran, Simple Minds, Jean Michel Jarre ou Van Halen et leurs amis chevelus peroxydés.

Pour autant, il ne faut pas s'arrêter à cela car dans l'ombre de ces dinosaures omniprésents fleurissaient une multitude de groupes fantastiques qui, quand ils ne sont pas passés à la postérité en influençant les décennies suivantes, ont clairement marqué leur époque d'une énergie et d'une créativité qu'on ne retrouve plus aujourd'hui.

Je défie quiconque de me contredire après avoir lu la liste de groupes qui suit : U2, depeche Mode, The Pixies, Echo and the Bunnymen, Madness, Mano Négra, Noir Désir, Gun Club, The Cure, Nick Cave and the Bad Seeds, Beruriers noirs, Echo and the Bunnymen, Bahaus, The stray Cats, Joy division, Dire straits, the Cramps, B'52's...

The Specials, même s'ils ont commencé fin 78, font partie de cette catégorie de groupes qui ont su mixer, mélanger digérer et réinventer une multitude de styles musicaux tout en en restituant le meilleur et en se forgeant une vrai personnalité. A tel point que 25 à 30 ans après l'Olympia affiche complet pour leur premier passage depuis des lustres. Dans leur musique, outre les métissages de leurs membres, on retrouve ce metling pot qui a fait la patte du label two tons : Du reggae, du ska, du punk, de la pop anglaise et du rockabilly

C'est un Olympia peuplé de cravates à Damiers, de Harringtons, de Creps, de psycho rockab tatoués, de vieux skins repentis, de quelques punks survivants et des quelques cadres supérieurs à la trentaine bien amortie qui s'impatientent prés du bar en snobant la première partie.

Les discussions près de ce même bar voient quelques intégristes inconditionnels du groupe regretter les absences de Jerry Dammers (le clavier historique) et de Rico Rodriguez (le tromboniste jamaicain). Mais ils se félicitent que Terry Hall soit bien là avec tous les autres. Chauffée par un Dj mixant du Clash et du Israel Vibrations, la fosse se remplit et devient carrément bouillante au moment ou les lumières s'éteignent.

Les Specials sont en forme et balancent tous leurs tubes en mettant le feu à la salle. Je n'avais pas vu une ambiance aussi chaude depuis très très longtemps. Toute la fosse danse. Les refrains sont repris en cœur, le public scande des "Nobody's special" entre les titres.

Neville Stapples chante et danse comme s'il avait 18 ans. Lynval Golding sert de phare à l'ensemble du groupe et à un Terry Hall qui parait planer sur la droite de la scène avec une attitude presque "Mc Gowanienne"

On danse avec eux sur Gangsters, A message to you Ruddy, Too much too young, Rat race, Guns of Navaronne, Concrete jungle, Monkey man, Stupid marriage, Hey little rich girl, Ghost Town... Les musiciens ont l'air se prendre du plaisir tout autant qu'ils sont surpris par la chaleur du public parisien. Le seul bémol vient peut être de la voix de Terry Hall qui aurait gagnée à être d'avantage mise en avant. Mais sur le moment, on s'en fout, car on prend un putain de pied.

On repense à ces concerts festifs qui font l'unanimité comme The Pogues à la fin des 80's, Manu Chao avec ou sans sa Mano Negra, certaines grandes messes des Wampas. Clairement, si l'on continue à aller voir des concerts, c'est parce que quelque part on a envie de retrouver ce genre d'ambiance ou le temps s'arrête et ou tout le monde est à l'unisson.

Pour revenir à la postérité des 80's, on souhaite vivement que les décennies à venir seront aussi riches que ces années décriées. On prie pour qu'elle nous fasse oublier les sinistres années 2000. Je vous mets d'ailleurs au défi de retenir 5 groupes majeurs et novateurs de ces années dont on se souviendra ou qui rempliront l'Olympia de manière triomphale dans trente ans.



Photo par Andy Trax, aux Eurockéennes de Belfort 2010...

 Critique écrite le 04 octobre 2011 par lol


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