Casey, vos critiques de disques
Casey
Rap radical et intègre. Résolument hors système, révoltée, combative, jonglant avec les mots et un style virevoltant, Casey aligne les titres, libérant une logorrhée incisive comme un scalpel, salvatrice et jubilatoire. Une claque énorme sur scène !
Plus d'info
Artiste : Casey Titre : Libérez La Bête
Style : Soul Funk Rap / Rap
Casey c'est la France. Et si cette affirmation - un tantinet réductrice et provocatrice quand on connait la bête dont nous cause ce disque - si cette phrase, donc, pouvait avoir sa part de vérité ? Imaginez, alors ce que serait notre bonne vieille nation...A la fois bestiale et attachante. Dangereuse et fascinante. Enragée et tellement belle. Pure folie ? Qui sait ?
Des virées dans l'Angle Mort avec Zone Libre et Hamé à son engagement de toujours au sein d'Anfalsh prod., cette tribu de délinquant(e)s perfides, elle est de toutes les luttes, de tous les sauvetages d'un rap hardcore qui n'en a souvent plus que le nom. Poétesse énervée toute l'année, charmeuse de mots, rappeuse incendiaire, elle est sur tous les fronts, surfant sur le temps - plus de dix ans qu'elle roule pour le hip-hop - pour devenir aujourd'hui, elle peut toujours s'en défendre on s'en fout, un des piliers, détentrice d'une part de mémoire, voire de conscience, de l'underground d'ici.
Comme une suite logique, Libérez La Bête prolonge le précédent Tragédie D'une Trajectoire, lui-même déjà un sommet fédérateur après les premiers featurings sur Première Classe et Spécial Homicide. Il n'a pourtant rien à voir avec les décharges brutales entérinées sur ces derniers disques. Désormais la colère se maîtrise, ce qui finit d'accroître sa puissance, son efficience.
Casey laisse les instrus d'Héry & Laloo - minimales et sèches comme des triques - et la prose de quelques invités triés sur le haut du pavé (la Palme à Al, Mc à la plume revêche et animale) démâter l'auditoire et délimiter sa zone d'intervention, avant de venir régler le compte de chacun, et mettre définitivement les poings sur nos vies.
Les mots de Casey sont posés, réfléchis à l'extrême. Elle cogne avec eux, eux cognent pour elle, quand tant d'autres cherchent encore les virgules, perdant leurs temps comme le notre à brailler dans le vide. Et si ceux-là même, dans l'excès de langage, la démesure sclérosent toujours un peu plus le rap et le reste, elle, garde le cap. L'ascèse de la prose, lâchée sur la mesure, restant sa seule et unique arme (son sourire en coin aussi !). Ecoutez Sac de Sucre, vous comprendrez que "le rap d'immigrés" en a fini d'avoir bon dos.
Utilisant avec malice toutes les ficelles du genre comme les joueurs de Gwo Ka font corps avec leurs percus, cette amazone hardcore fait ici ce que peu sont parvenus à faire : transformer chacune de ses compositions en démonstration pugilistique et pédagogique. Frapper et transmettre, voila un extraordinaire credo, non ?
Maîtresse dans le maniement des armes verbales, ce disque en atteste, elle porte en elle à la fois le calme froid et dense de la révolte et la chaleur bouillante d'une intelligence à part, empreinte de justice. Chacune de ses phrases est là pour nous le rappeler.
Révolte...Justice...Les fondations même de la Rage...La sienne, comme était celle de Césaire, capable à tout instant de nous rendre "la foi sauvage des sorciers", pure et incandescente, intacte et inviolable.
Casey, c'est la France...Ah, si seulement...
2010 - Anfalsh Production
http://www.matiere-premiere.org/index.php
son Murdochspace
Signature : zeu western manooch
Envoyer un message à zeu western manooch
Page Web Conseillée : http://loreilledemoscou.canalblog.com
Style : Soul Funk Rap / Rap
Casey c'est la France. Et si cette affirmation - un tantinet réductrice et provocatrice quand on connait la bête dont nous cause ce disque - si cette phrase, donc, pouvait avoir sa part de vérité ? Imaginez, alors ce que serait notre bonne vieille nation...A la fois bestiale et attachante. Dangereuse et fascinante. Enragée et tellement belle. Pure folie ? Qui sait ?Des virées dans l'Angle Mort avec Zone Libre et Hamé à son engagement de toujours au sein d'Anfalsh prod., cette tribu de délinquant(e)s perfides, elle est de toutes les luttes, de tous les sauvetages d'un rap hardcore qui n'en a souvent plus que le nom. Poétesse énervée toute l'année, charmeuse de mots, rappeuse incendiaire, elle est sur tous les fronts, surfant sur le temps - plus de dix ans qu'elle roule pour le hip-hop - pour devenir aujourd'hui, elle peut toujours s'en défendre on s'en fout, un des piliers, détentrice d'une part de mémoire, voire de conscience, de l'underground d'ici.
Comme une suite logique, Libérez La Bête prolonge le précédent Tragédie D'une Trajectoire, lui-même déjà un sommet fédérateur après les premiers featurings sur Première Classe et Spécial Homicide. Il n'a pourtant rien à voir avec les décharges brutales entérinées sur ces derniers disques. Désormais la colère se maîtrise, ce qui finit d'accroître sa puissance, son efficience.
Casey laisse les instrus d'Héry & Laloo - minimales et sèches comme des triques - et la prose de quelques invités triés sur le haut du pavé (la Palme à Al, Mc à la plume revêche et animale) démâter l'auditoire et délimiter sa zone d'intervention, avant de venir régler le compte de chacun, et mettre définitivement les poings sur nos vies.
Les mots de Casey sont posés, réfléchis à l'extrême. Elle cogne avec eux, eux cognent pour elle, quand tant d'autres cherchent encore les virgules, perdant leurs temps comme le notre à brailler dans le vide. Et si ceux-là même, dans l'excès de langage, la démesure sclérosent toujours un peu plus le rap et le reste, elle, garde le cap. L'ascèse de la prose, lâchée sur la mesure, restant sa seule et unique arme (son sourire en coin aussi !). Ecoutez Sac de Sucre, vous comprendrez que "le rap d'immigrés" en a fini d'avoir bon dos.
Utilisant avec malice toutes les ficelles du genre comme les joueurs de Gwo Ka font corps avec leurs percus, cette amazone hardcore fait ici ce que peu sont parvenus à faire : transformer chacune de ses compositions en démonstration pugilistique et pédagogique. Frapper et transmettre, voila un extraordinaire credo, non ?
Maîtresse dans le maniement des armes verbales, ce disque en atteste, elle porte en elle à la fois le calme froid et dense de la révolte et la chaleur bouillante d'une intelligence à part, empreinte de justice. Chacune de ses phrases est là pour nous le rappeler.
Révolte...Justice...Les fondations même de la Rage...La sienne, comme était celle de Césaire, capable à tout instant de nous rendre "la foi sauvage des sorciers", pure et incandescente, intacte et inviolable.
Casey, c'est la France...Ah, si seulement...
2010 - Anfalsh Production
http://www.matiere-premiere.org/index.php
son Murdochspace
Signature : zeu western manooch
Envoyer un message à zeu western manooch
Page Web Conseillée : http://loreilledemoscou.canalblog.com
Artiste : Casey Titre : Tragédie D'une Trajectoire
Style : Soul Funk Rap
Avouons humblement qu'on a découvert Casey seulement quand elle s'est mis à accompagner le saignant trio rock expérimental Zone Libre dans le passionnant album l'Angle Mort, assurément notre plus grande claque francophone de l'année. Des gens mieux informés avaient eux déjà entendu son bouleversant plaidoyer post-colonial Dans nos Histoires (pour le dire simplement, un chef d'oeuvre) et encore un peu avant, son premier album ici présent, Tragédie d'une Trajectoire... La jeune fille, douce au naturel, voire charmante quand elle sourit, a la particularité de se transformer en Golgoth au micro, où elle gesticule et vocifère comme un mec, et un méchant encore, au point parfois de semer le trouble sur son identité (en plus de remettre en question la virilité de pas mal de ses concurrents et collègues). En clair, c'est une tueuse. D'ailleurs à la voir sur cette image, couturée de partout, on se demande malgré soi : putain, mais que peut-il bien rester de l'autre, avec lequel elle s'est battu et qui a forcément perdu ?
Ayant été cogné au fond du bide par trois prestations sur scène de Zone Libre (la dernière à Paris) où l'on ne voyait souvent qu'elle, il était naturel de remonter la piste. Voici donc son opus solo, méchant, triste et révolté, Tragédie d'une Trajectoire, aux musiques assez léchées, et aux textes par moments aussi fascinants que ceux qu'on connaissait. Résolument hors système (Pas à vendre), révoltée (Qui sont-ils), combattive (Je lutte), menaçant de mort un détracteur des médias (Une Lame dans ma veste) ou même les cons dans leur ensemble - bonne chance Mademoiselle, y'a du boulot en France en 2009 (Mourir con), jonglant avec les mots et un style virevoltant (Ma Plume), Casey aligne 12 titres qui sont autant de coups de trique, avec pas tellement d'humour certes, mais libérant une logorrhée incisive comme un scalpel, salvatrice et jubilatoire.
Et elle livre en passant les deux clefs de son identité : côté jour, ses racines qu'elle arrose avec amour (superbe et dépaysante Chez moi sur la Martinique), côté nuit, sa colère inextinguible (hypnotique Ma Haine, avec B James, digne du meilleur NTM, et reprise sur scène avec Zone Libre). Identité assez bien résumée par l'anathème rebelle qui revient à plusieurs reprises : Tu es Noire, ils voudraient qu'tu aies honte, mais tu n'es pas cette bête de foire que l'on dompte... Et quelque part entre les deux pôles, une déclaration d'amour vache à sa Banlieue Nord et à sa famille artistique (On ne présente plus...).
Le disque se finit par un clin d'oeil au titre historique de l'opéra-rock Starmania : Quand les banlieusards sortent résonne comme un écho flippant de Quand on arrive en ville, le kitsch en moins et pas mal de menaces sourdes en plus. Plus proche du constat désabusé de Sefyu que de l'appel au réveil et au renversement de Keny Arkana, la très percutante Casey a toutefois toute sa place dans le plus noble projet de société des rappeurs en 2009 : rendre les déshérités ou même les néo-nantis plus conscients, plus intelligents et donc finalement plus armés pour se défendre, face au cynisme des autorités qui dirigent notre belle démocratie pré-fasciste...
(Dooen Damage / Anfalsh 2006)
Signature : Philippe
Envoyer un message à Philippe
Page Web Conseillée : www.myspace.com/caseyofficial
Style : Soul Funk Rap
Avouons humblement qu'on a découvert Casey seulement quand elle s'est mis à accompagner le saignant trio rock expérimental Zone Libre dans le passionnant album l'Angle Mort, assurément notre plus grande claque francophone de l'année. Des gens mieux informés avaient eux déjà entendu son bouleversant plaidoyer post-colonial Dans nos Histoires (pour le dire simplement, un chef d'oeuvre) et encore un peu avant, son premier album ici présent, Tragédie d'une Trajectoire... La jeune fille, douce au naturel, voire charmante quand elle sourit, a la particularité de se transformer en Golgoth au micro, où elle gesticule et vocifère comme un mec, et un méchant encore, au point parfois de semer le trouble sur son identité (en plus de remettre en question la virilité de pas mal de ses concurrents et collègues). En clair, c'est une tueuse. D'ailleurs à la voir sur cette image, couturée de partout, on se demande malgré soi : putain, mais que peut-il bien rester de l'autre, avec lequel elle s'est battu et qui a forcément perdu ?Ayant été cogné au fond du bide par trois prestations sur scène de Zone Libre (la dernière à Paris) où l'on ne voyait souvent qu'elle, il était naturel de remonter la piste. Voici donc son opus solo, méchant, triste et révolté, Tragédie d'une Trajectoire, aux musiques assez léchées, et aux textes par moments aussi fascinants que ceux qu'on connaissait. Résolument hors système (Pas à vendre), révoltée (Qui sont-ils), combattive (Je lutte), menaçant de mort un détracteur des médias (Une Lame dans ma veste) ou même les cons dans leur ensemble - bonne chance Mademoiselle, y'a du boulot en France en 2009 (Mourir con), jonglant avec les mots et un style virevoltant (Ma Plume), Casey aligne 12 titres qui sont autant de coups de trique, avec pas tellement d'humour certes, mais libérant une logorrhée incisive comme un scalpel, salvatrice et jubilatoire.
Et elle livre en passant les deux clefs de son identité : côté jour, ses racines qu'elle arrose avec amour (superbe et dépaysante Chez moi sur la Martinique), côté nuit, sa colère inextinguible (hypnotique Ma Haine, avec B James, digne du meilleur NTM, et reprise sur scène avec Zone Libre). Identité assez bien résumée par l'anathème rebelle qui revient à plusieurs reprises : Tu es Noire, ils voudraient qu'tu aies honte, mais tu n'es pas cette bête de foire que l'on dompte... Et quelque part entre les deux pôles, une déclaration d'amour vache à sa Banlieue Nord et à sa famille artistique (On ne présente plus...).
Le disque se finit par un clin d'oeil au titre historique de l'opéra-rock Starmania : Quand les banlieusards sortent résonne comme un écho flippant de Quand on arrive en ville, le kitsch en moins et pas mal de menaces sourdes en plus. Plus proche du constat désabusé de Sefyu que de l'appel au réveil et au renversement de Keny Arkana, la très percutante Casey a toutefois toute sa place dans le plus noble projet de société des rappeurs en 2009 : rendre les déshérités ou même les néo-nantis plus conscients, plus intelligents et donc finalement plus armés pour se défendre, face au cynisme des autorités qui dirigent notre belle démocratie pré-fasciste...
(Dooen Damage / Anfalsh 2006)
Signature : Philippe
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