Quand on y a goûté une fois, il est impossible de se passer du petit (mais fructueux) séjour à Rennes début décembre… Car cette année encore, et ce même en l’absence de grosses têtes d’affiches, les Trans Musicales sont sexy, variées et aventureuses, à une ou deux exceptions près. Pourquoi donc se priver d’une immersion totale dans un panorama musical aussi électrique que passionnant ? Oui, hein, pourquoi ? Si 2006 semble être une année de transition, avec une affiche légèrement en deçà des éditions précédentes, l’amorce d’un retour en centre ville (des concerts sont de nouveau programmés dans la salle de la Cité) et l’amélioration de l’accueil du public au Parc des Expositions (avec l’installation de gradins dans la hall 9 et l’utilisation d’un nouveau hall pour les concerts, afin d'éviter les embouteillages) sont de nature à envisager un futur radieux pour les Trans… 3, 2, 1, 0, retour sur trois jours de festival ! On commence par le jeudi 7 décembre.
Porcelain :
Très bon lancement de festival dans un hall 4, pas très rempli malheureusement… Le groupe français Porcelain démontre en effet en deux temps trois mouvements son habileté remarquable pour créer des ambiances entre post rock orageux et pop planante. Si l’influence de Radiohead et de son leader/chanteur Thom Yorke se ressent très souvent, l’ensemble se révèle captivant, voire carrément enivrant… Car c’est un véritable tourbillon émotionnel (où s’entrechoquent la voix, les guitares et les rythmiques) qui déferle sur le public. Ça promet !
The Sunshine Underground :
Dans l’immense hall 9, qui sonne encore un peu creux (c’est souvent le cas le jeudi soir aux Trans, sauf quand les has been des Fugees sont là… ), les Anglais de The Sunshine Underground proposent un cocktail explosif aux forts relents de funk punk électronique. On pense immédiatement aux survoltés New Yorkais de The Rapture, le genre de groupe capable de faire danser frénétiquement un paralytique… L’on note également une propension à la composition de refrains fédérateurs à la Stereo Mc’s… Rien de franchement nouveau sous le ciel (couvert) de Rennes mais on tient quand même avec ce combo surexcité une bande de petits sauvageons capable de rendre complètement dingue un club. A grands coups de beats électroniques, de basse ultra groovy, de guitares funky et de vocaux vociférés…
Cat Power :
Le dernier album de Cat Power, le très bien nommé The Greatest, restera pour nous comme l’album de l’année 2006, un disque de folk ‘n soul idéal pour faire l’amour, rêver, planer, se recueillir, marcher la nuit dans une ville endormie, enfin parfait comme bande son de la vie quoi… Contrairement à sa prestation avec le Memphis Rhythm Band à la Route du rock 2006 à la mi août, Chan Marshall est cette fois accompagnée par un groupe réduit à sa plus simple expression : un batteur et un bassiste parfaits pour assurer une rythmique élastique, un organiste sobre et efficace et le mythique guitariste de Jon Spencer Blues Explosion, Judah Bauer, dans un style épuré à l’extrême. Signe que l’affaire tourne bien, le taciturne et hautain Judah sourira plusieurs fois à la maîtresse de cérémonie, très en forme. Malgré un lieu sans doute trop grand pour elle et une prestation minutée (à peine une heure), Cat Power démontre son talent vocal habituel (dès qu’elle s’approche du micro, on a des frissons de bonheur) et la qualité de son répertoire, rempli d’âme et de foi. Les problèmes de sons (une basse mal réglée en particulier) n’y changeront rien : le public de l’immense hall 9 est transporté dans l’univers folk rock and soul de Miss Marshall. Les titres du dernier album sont interprétés avec une ferveur qui leur sied à merveille, et la reprise de Satisfaction des Rolling Stones - dans une version évoquant celle du très regretté Otis Redding - sont autant de bons moments. Quel dommage que Cat Power doive laisser rapidement la place aux peu reluisants Razorlight…
Viva Voce :
Juste après, à quelques encablures de là, Viva Voce réussit à emporter notre adhésion malgré une première impression catastrophique. Et comme disait Benoit Poolevorde dans le film Les Portes de la gloire avec un à propos sidérant : « on n’a jamais deux fois l’occasion de faire une bonne première impression…. » Le premier morceau atteignant nos oreilles délicatement bercées par Cat Power sonne comme un groupe sélectionné au concours Eurovision (aie !). Puis, fort heureusement, la suite s’avère plus convaincante : une sorte de mélange entre les Breeders, The Jesus and Mary Chain et My Bloddy Valentine, le tout réalisé dans une formule White Stripes inversé (un guitariste chanteuse, un batteur pianiste choriste). Avec une voix douce et lancinante, des guitares criardes et une batterie herculéenne (voire un piano discret), Viva Voce arrive à créer des pop songs très rock, et souvent du meilleur effet…
Razorlight :
On ne dira pas la même chose des infects poseurs sans talent de Razorlight, un gang de cambrioleurs visant une seule chose : les poches des acheteurs de leur disque sans intérêt (et dont on parle trop). Leur leader tout de blanc vêtu se prend pour une sorte de prophète pop androgyne, cela pourrait marcher, sauf qu’il chante comme une patate, très commerciale. Sa voix est tout bonnement horripilante, et son attitude évoquant un jeune Mick Jagger sportif, survolté et content de lui, est exaspérante… Si l’on se penche sur la qualité des compositions, ce n’est pas reluisant non plus : In the morning, le single – à peu près écoutable – est un pompage éhonté de The magnificent seven des Clash, le reste n’étant que soupe FM digne des non moins ringards et creux de The Killers. La seule solution face à cette déferlante de groupes FM semble être celle adoptée par Pete Doherty vis-à-vis de Johnny Borrell, son ex ami leader de Razorlight : un bon coup de boule bien placé !
Izabo :
Sans attendre la fin de la mascarade Razorlight (qui semble néanmoins ravir une partie du public, on croit rêver ! ), direction le hall 4 pour découvrir le rock world d’Izabo, un groupe qui nous vient d’Israël… Au premier abord, le cauchemar de l’Eurovision refait son apparition, puis comme par enchantement, les chansons suivantes séduisent par leur côté original et catchy. Une sorte de mélange entre un chant à la Soundgarden (en plus haut perché), des influences métissées et un rock partant dans tous les sens. La formule marche sur de nombreux titres avant de laisser la place à un slow rock Fm avec solo de guitare dégoulinant. En surfant perpétuellement entre bon goût et mauvais goût, Izabo pratique une musique casse gueule, mais souvent intéressante.
The Horrors :
Il est un peu plus d’une heure du matin quand la prestation des Anglais de The Horrors commence… Et là, c’est la révélation, la claque, le magistral coup de pied au cul ! Coiffés comme Robert Smith, vêtus de noir, maigres comme des morts vivants, les musiciens de The Horrors semblent prendre un malin plaisir à évoluer en ombres chinoises sous un déluge de stroboscopes. Leur rock garage gothique a la particularité d’être extrême, méchant et infernalement hystérique… Un véritable coup de foudre musical, une électrocution rapide et sans rémission, voilà ce que l’on ressent en face de The Horrors sur scène… En course pour le titre de Cramps 2006, The Horrors concourent également dans les catégories « meilleur sauts dans le public » et « groupe rock le plus bruyant du circuit ». Besoin de preuves ? Après une série de stage diving les pieds devant (le public est terrifié !), le morceau final est une jouissive ode au larsen déstructuré. Ah, ça fait du bien par où ça passe !
I’m From Barcelona :
Dans une style radicalement (mais alors vraiment radicalement !) différent, mais tout aussi réjouissant, la chorale pop suédoise d’I’m From Barcelona a fait très bonne impression dans le hall 9, néanmoins un peu grand pour elle. En formation réduite (20 musiciens sur scène au lieu des 29 présents sur l’excellent disque Let me introduce my friends… ), le groupe emmené par le songwriter Emanuel Lundgren rentre immédiatement dans le vif du sujet avec son tube Treehouse. Juste le temps de se mettre en place en écoutant Freddy Mercury chanter une ode à Barcelone composée pour les jeux olympiques et hop, l’univers échevelé, hippie et barré des Suédois envahit le hall 9. Derrière le leader/guitariste/chanteur, des choristes à foison, des cuivres, un chauffeur de salle enveloppé mimant les paroles et un vrai groupe de rock donnent une ampleur captivante et un côté drolatique aux morceaux. On pense à des Beach Boys jeunes et libérés des problèmes d’ego, à une secte musicale vivant d’amour et d’eau fraîche dans un lieu paradisiaque… Si tous les morceaux ne sont pas géniaux, la grande majorité sont d’une irrésistible facture tubesque. Parmi cette kyrielle de Good vibrations, We’re from Barcelona fait décoller aussi haut que la sautillante choriste ressemblant à Gaëlle de La Position du Tireur Couché… L’effet est imparable : on a très envie de grimper aux rideaux, de jeter des fleurs dans les airs, de faire comme l’oiseau (c’est à dire de voler… ), de construire une maison en bois à mains nues, de chanter une love song avec des amis barcelonais, de donner de l’amour même si l’on ne comprend pas ce sentiment (par nature incompréhensible)… La, la, la, la la, la, la, on est tous des frères, tout le monde est cool, la vie est géniale ! Ah, c’était donc ça, l’effet extatique I’m From Barcelona ? Quand la musique met dans un état pareil, il serait vraiment idiot de se passer d’elle, non ? Alors, qu’est ce qu’on dit ? Vivement la suite demain (avec Albert Hammond Jr, Klaxons, Cold War Kids, Nicole Willis and The Soul Inverstigators, Serena Maneesh, Son Of Dave, The Bishops et Orville Brody and Good Fellas !
Encore une édition réussie pour la Route du Rock… Après le succès retentissant de l’année dernière (où tous les records d’affluence avaient été battus, grâce à la venue de The Cure), 2006 restera comme un bon cru au niveau fréquentation (21000 personnes sur les trois jours), et un excellent millésime en ce qui concerne la programmation, le gros point fort du festival malouin. C’est en effet ce "petit détail" qui fidélise le public avide de découvertes électro pop rock ; et donne envie de revenir tous les ans assister à des concerts dans le magnifique cadre naturel que représente Saint-Malo et sa région. On se déplace donc surtout pour voir en live des groupes peu connus et prometteurs sur un site superbe, mais pas forcément, comme le font certains, pour participer au défilé de mode des jeunes parisiens pseudo branchés, avec mèche presque rebelle et uniforme conforme à la collection printemps/été 2006 prônée par les revues à la mode. La collection été de la Route du Rock 2006 a, quant à elle, tenu la plupart de ses (jolies) promesses, permettant de passer trois jours très agréables au fort de Saint-Père (malgré un temps frais) et au Palais du Grand Large…
Vendredi 11 août 2006 :
Howling Bells : jeunes pousses prometteuses…
C’est le groupe Howling Bells et sa charmante chanteuse Juanita Stein qui donnent le top départ pour les festivités musicales dans le Fort de Saint-Père, devant un public arrivant tranquillement mais sûrement… Joli lancement pour cette Route du Rock 2006 : des morceaux qui tiennent plutôt bien la route, de bonnes idées d’arrangements - entre pop revêche et rock lacéré d’électricité -, une voix marquante. Sans crier au génie après la courte prestation de ces jeunes pousses prometteuses, on peut néanmoins dire qu’Howling Bells mérite une écoute attentive de son premier album.
Why ? : du grand art !
Juste après, Why ? casse la baraque en formule trio hip pop/rock avec des titres très marquants, des musiciens doués (mais sobres) et un chanteur aussi charismatique que surprenant et impressionnant. Impressionnant, c’est le mot qui colle le plus à la prestation de Why ? sur la grande scène de la Route du Rock ; il est véritablement bluffant d’observer la diversité des ambiances abordées, les multiples textures de voix utilisées, et la variété des sonorités de guitares, de claviers et de batterie/xylophone mélangées pour créer des morceaux étourdissants. Rapidement, la troublante impression d’assister à une prestation du groupe The National en formation hip rock fait son apparition dans notre cerveau. Celui-ci est mis en ébullition par tant de virtuosité (entièrement au service des morceaux) et tant d’idées parfaitement intégrées au processus de création… La voix de – en tous points remarquable – peut se faire grave et profonde comme celle de Matt Berninger (le plus sérieux prétendant pour succéder à Stuart Staples sur le trône de king of crooner pop mélancolique), avant de devenir une sorte de mitraillette à mots sur le titre suivant. Tout simplement du grand art, ce grand écart réalisé sans filet sur scène, par la première grande révélation scénique malouine de l’été 2006…
Islands : un cocktail régénérant et étourdissant.
Grand moment également que le concert des Canadiens débridés, bigarrés et gravement farfelus de Islands… Devant un public plus réceptif qu’aux Eurockéennes de Belfort, et dans une forme olympique, la blanche troupe de musiciens a réussi à faire atteindre le Nirvana avec son cocktail régénérant à base de pop très fraîche, de rock bizarre, de funk torride, de hip hop décalé, de musique classique, entre autres. Ce mélange savamment orchestré propulse l’auditeur dans une décoiffante séance de montagnes russes qui semble ne jamais devoir s’arrêter (c’est en tout cas, ce qu’on souhaite ardemment !) : les guitares, le saxophone, les chœurs, la voix du chanteur, la section de cordes, la basse, les claviers se lancent dans une valse effrénée où les styles se suivent et ne se ressemblent pas au cours du même morceau. Miracle ou talent incroyable (les deux sans doute), ce n’est jamais le bazar ; la musique épicée et très changeante d’Islands garde une cohérence incroyable en toute occasion, laissant le spectateur ravi et étourdi. Cerise sur le gâteau, le chanteur de Why ? vient faire un petit featuring rappé pour conclure un set d’anthologie…
Calexico : une chaleur bienvenue.
Malgré les critiques essuyées à cause de son virage pop rock sur le dernier album, Calexico reste un groupe pertinent sur disque et sur scène, un terrain de jeu où il a toujours été très à l’aise. En cette soirée un peu fraîche, au fort de Saint-Père, Joey Burns, John Convertino et leurs acolytes pas exactement maladroits avec leurs instruments ont apporté une chaleur bienvenue au festivalier… En alternant les (très bons) morceaux pop rock issus du dernier opus et les pépites Americana/Country Folk Mariachi plus anciennes, Calexico a encore plus séduit qu’au dernier Printemps de Bourges (où sa prestation était pourtant déjà excellente), grâce à une énergie et une joie de jouer sans failles. Les petits plus étant la reprise de Love (Alone again or dédicacée de manière touchante à Arthur Lee, récemment passé de vie à trépas), et la version inattendue de La chanson de Prévert de Serge Gainsbourg, jouée en duo avec une chanteuse à la voix émouvante. A la fin du concert, on a encore une fois très envie de crier à qui veut bien l’entendre : « Viva Calexico ! »
Mogwai : la bande son idéale pour laisser divaguer ses pensées
Ce n’est pas la prestation - absolument superbe - de Mogwai qui va nous faire redescendre de notre petit nuage… Toujours aussi peu causant, mais une fois de plus très en forme au niveau du son et de la set list (comme à la Coopérative de Mai cette année), les Ecossais fans de Zinédine Zidane (dont le dernier geste technique administré à un Italien violent et grossier n’a fait que renforcer notre admiration pour lui, au même titre que le très joli Kung fu de Cantona sur un néo nazi anglais l’avait fait en son temps) ont fait étalage de leur science pour faire voyager en apesanteur et planer leur public… Guitares adeptes du grand écart sonique, claviers vrillants, voix (vocodérisées ou non) saisissantes, rythmiques envoûtantes : ne cherchez plus la bande son idéale pour laisser divaguer vos pensées. Grâce à Mogwai et à ses morceaux passant d’arpèges cristallins à de violents ouragans de distorsion, le fort de Saint-Père se transforme en vaisseau fantôme naviguant sur une mer aussi attirante que terrifiante : entre deux périodes de calme plat idyllique, les bourrasques se succèdent et emportent tout sur leur passage. Tout cela laisse le festivalier complément rincé, lessivé par tant de changements d’humeur, mais ravi par la qualité du voyage intérieur effectué.
Liars : un maelström sonore aussi difficilement supportable que véritablement prenant.
C’est la plus fameuse bande de « menteurs » du rock actuel - Liars - qui est chargé d’achever (le terme n’est pas choisi au hasard) les derniers survivants encore sensibles à l’expérimentation après 2h30 du matin… Le trio, récent auteur d’un album aussi ardu qu’osé et riche (l’ébouriffant Drums not dead), se lance immédiatement dans son jeu favori : l’érection d’une cathédrale de bruit, à l’aide de murs du sons hallucinants de violence et de d’inventivité. Angus Hemphill vocifère comme un damné en bougeant sa grande carcasse comme un fou furieux, mais il n’oublie pas pour autant d’infliger un traitement de choc à sa guitare, visiblement accordée par un disciple de Syd Barrett dernière période. Pour soutenir ce raffut démoniaque, un duo batteur percussionniste/guitariste déstructure au delà du soutenable (s’il était besoin) un rythme expérimentalo tribal. Le résultat est un maelström sonore aussi difficilement supportable que véritablement prenant. On aimerait être dans le même état d’esprit que les musiciens, ou avoir pris autant de produits hallucinogènes, mais malgré tous les efforts faits pour lutter contre la fatigue qui nous gagne, on cède au bout de 25 minutes, aussi content d’avoir assisté à pareille messe noire sonique que soulagé de s’en éloigner… Après une telle soirée d’ouverture, la nuit promet d’être aussi belle qu’agitée au camping du festival…
Samedi 12 août 2006 :
Stuart A. Staples : littéralement habité par ses chansons.
Saint-Malo, Palais du Grand Large (un théâtre cosy avec places assises), 17h30, Stuart A. Staples apparaît sur scène avec ses musiciens (dont deux Tindersticks aux claviers et à la guitare électrique), et c’est parti pour un moment magique… Comment pourrait-il en être autrement quand on passe un peu plus d’une heure en compagnie d’un songwriter brillant chantant ses morceaux folk pop rock avec une voix gravement troublante ? Sans chercher à innover ou à inventer un nouveau style musical, Stuart Staples écrit des chansons d’une superbe sobriété et les habille de très peu de choses : sa guitare sèche, un orgue, une basse/contrebasse, une batterie et quelques notes de guitare électrique. Et ça suffit amplement pour mettre en valeur la voix du monsieur, toujours aussi remarquable de profondeur et incroyablement gorgée de vécu. Car Mr Staples semble littéralement habité par ses chansons ; il a réellement l’air de les vivre quand il les chante les yeux mi-clos ou fermés, grimaçant pour atteindre la note qui retranscrira ses émotions. C’est donc cloué au fauteuil, et passablement ému qu’on accueille ce torrent de sentiments torturés mis en musique. Après une (superbe) reprise de Townes Van Zandt, une ou deux autres perles, et c’est déjà la fin. Il faut déjà quitter les lieux pour regagner le fort Saint-Père, mais on serait bien resté encore une heure, pour prolonger ces instants précieux…
You Say Party ! We Say Die ! : déjà vu, mais percutant et rafraîchissant…
Quand nous atteignons le site du festival, le premier groupe programmé a déjà commencé son travail de sape sur un auditoire électrisé par tant d’énergie brute. Sur scène, les furies post punk/riot boys and girls de You Say Party We Say Die ! s’en donnent à cœur joie : cris hystériques, larsens, distorsion, sonorités décalées… En quelque sorte, une potion magique pour rendre dingo, se rouler par terre en poussant des cris de marsupilami sous acide. On a déjà vu ça plusieurs fois, certes, mais le moins qu’on puisse dire, c’est que c’est sacrément percutant et rafraîchissant. A signaler aux éventuels imprudents : n’essayer pas de manger un kebab frites en assistant à un concert survolté de ces hurluberlus, à force de gesticuler de manière incontrôlée, vous pourriez finir la soirée avec un t-shirt maculé de ketchup et autres produits indigestes et salissants.
The Pipettes : un peu moins convaincantes que prévu.
Suite à l’écoute répétée de leur premier album, on se faisait une joie de rencontrer l’univers des Pipettes sur scène. Légère déception : malgré leurs côtés frais, enthousiaste et farfelu, les trois jeunes femmes sont un peu moins convaincantes que prévu. La faute au groupe – masculin – assez quelconque qui les accompagne, et aux atours plutôt communs de certaines chansons sans les arrangements présents sur le disque… Ceci dit, de nombreux morceaux emportent l’adhésion grâce à leurs qualités franchement tubesques : mélodies sucrés, voix douces et/ou aguicheuses, textes de chipie aimant collectionner les aventures, univers pop sixties remuant et sexy, multiples facéties drolatiques… Malgré les défauts évoqués plus haut, on passe quand même un bon moment avec ces trois filles pétillantes se produisant sous la lumière vive du soleil couchant. A revoir dans quelques temps donc…
Belle and Sebastian : un délicieux moment…
Fort de son très bon dernier opus, Belle And Sebastian a repris la route avec une joie non dissimulée, si l’on en juge par la prestation particulièrement enlevée et débridée donnée par les Ecossais lors de la Route du rock 2006. Toujours irrésistiblement kitsch dans son petit polo très près du corps, Stuart Murdoch semble absolument ravi de chanter, de cabotiner, de danser ou d’exécuter quelques acrobaties dignes d’un entertainer professionnel (danses communicatives, multiples sauts sur l’avancée de scène, plaisanteries, etc). Plus sobre, son acolyte Stevie Jackson illumine les morceaux avec ses chœurs et sa guitare, avant de chanter joliment ses titres. Comme les autres musiciens semblent eux aussi s’éclater en jouant les morceaux bien écrits de Belle and Sebastian (qu’ils soient extraits de la première période, intimiste, du groupe, ou issus des derniers albums, plus luxuriants et produits), tout le monde – sur scène et dans le public – semble passer un délicieux moment. Normal, la musique du groupe de folk pop de Glasgow a toujours la très grande vertu de rendre heureux…
Cat Power and The Memphis Rhythm Band : tout simplement divin !
Véritablement hanté par le dernier album de Cat Power, le formidable The Greatest, la venue à Saint-Malo de la très brillante songwriter avec son groupe de soul justifiait à elle seule notre présence en Bretagne à la mi août. Si l’on excepte les deux premiers morceaux instrumentaux (trop longs, avec des solos trop démonstratifs) joués en l’absence de Chan Marshall sur scène, le concert fut tout simplement divin… Dès que Chan arrive sur scène pour chanter l’inépuisable chanson The Greatest (on s’est récemment surpris à essayer de la jouer à la guitare dans le noir, avec le disque en fond, la touche replay enfoncée… ), des frissons de bonheur et d’émotion parcourent tout le corps. Non contente d’être belle à se damner (amaigrie, avec une nouvelle coiffure très réussie), mademoiselle Marshall chante ses morceaux folk soul pop avec une voix cassée totalement irrésistible. On donnerait tout pour assister à toute la tournée, balances comprises… Mais il faut se « contenter » de ce seul et unique concert malouin, où le groupe The Memphis Rhythm Band supporte avec maestria et classe les chansons magistrales et la voix sidérante de Cat Power. Les chœurs noirs, les cordes, les guitares, la rythmique : tout est impeccablement en place et digne de la grande tradition des disques d’Al Green, Booker T. And The Mg’s, Stax Records et Hi records. On en a la chair de poule… Puis, quand le groupe laisse la place pour une partie solo au piano et à la guitare, on a très envie de pleurer de bonheur ! Fasciné par la présence magnétique de cette chanteuse d’exception, à peine a-t-on l’occasion de remarquer un petit bonhomme discret juste à côté de nous. C’est Stuart Murdoch, visiblement sous le charme lui aussi. S’en suivent des reprises renversantes de Hit the road Jack et de House of the rising sun, puis un sautillant morceau interprété par le guitariste du groupe annonçant un final majestueux. On aurait aimé plus de sobriété dans la présentation du groupe (la choriste hurlant trop souvent « Cat Power ! » en faisait trop), mais à part ce petit détail, ce concert est entré immédiatement dans notre panthéon personnel.
TV On The Radio : une véritable tornade sonique (avec quelques superbes accalmies planantes).
Rude tâche que de passer après la déferlante Cat Power, et pourtant, malgré l’heure tardive, le froid qui commence à se faire saisissant, le groupe new-yorkais TV On The Radio a fait une très forte impression. La recette chant soul rock hystérique + guitares en fusion + rythmiques implacables + inspiration versatile fonctionne à plein régime ; c’est une véritable tornade sonique (avec quelques superbes accalmies planantes) qui s’abat sur le public, complètement parti dans l’univers onirique du groupe. Si le deuxième album avait semblé de prime abord moins marquant que le premier effort discographique de TV On The Radio, la version scénique des nouveaux morceaux s’avère joliment convaincante. Même si le morceau Staring at the sun reste toujours au-dessus du lot… On se souviendra longtemps des odes soniques au bruit noir et blanc ourdies par des guitaristes tour à tour impassibles ou survoltés, un chanteur diaboliquement hystérique, un batteur hallucinant et un bassiste/clavier imparable. C’est avec en tête les enchevêtrements de guitares hallucinogènes de TV On The Radio qu’on s’endort, après une nouvelle soirée très réussie.
Dimanche 13 août 2006 :
Isobel Campbell & Eugene Kelly : encore un agréable moment passé au Palais du Grand Large.
Malgré l’absence de Mark Lanegan à ses côtés, l’ex belle And SebastianIsobel Campbell a réussi à présenter de manière attractive son dernier opus, l’excellent Ballad of the broken seas. L’apport vocal et guitaristique du chanteur des mythiques Vaselines, Eugene Kelly a permis de pallier la défection du vocaliste sombre et torturé des Screaming Trees et des Queens Of The Stone Age. Dans un style différent, avec une voix moins grave et moins impressionnante, Kelly a réussi a secondé sa partenaire de tournée, en apportant sa touche personnelle avec une jolie reprise de Son of a gun (un incunable des Vaselines repris en son temps par un fan du nom de Kurt Cobain avec son groupe Nirvana, à l’instar de Jesus doesn’t want me for a sunbeam et Molly’s lips)… Bien accompagnée, et chantant d’une voix douce et fluette toujours aussi sexy, la belle et callipyge Isobel a proposé une belle démonstration de ses possibilités de songwriter et d’interprète (chant, guitare, violoncelle, tambourin). Les cordes samplées auraient sans doute été avantageusement remplacées par un vrai quatuor à cordes, mais avec les moyens du moment, ce concert folk pop sobre et émouvant fut un agréable moment passé au Palais du Grand Large, un de plus !
Grizzly Bear : une très belle découverte que ce miraculeux tourbillon sonique !
Juste le temps de regagner le plus rapidement possible le fort de Saint-Père, que le groupe Grizzly Bear arrive déjà sur scène, appelé qu’il a été pour suppléer les Television Personalities, injoignables… Et là, c’est la très très bonne surprise : un groupe audacieux réussissant à installer des atmosphères réellement envoûtantes avec des morceaux méchamment trippants. La grande classe quoi ! La musique psyché folk pop de Grizzly Bear évoque un miraculeux tourbillon sonique dans lequel les influences de Brian Wilson, Paul McCartney, Jeff Buckley, Neil Young, Brian Jones et Syd Barrett interagissent entre elles pour former un résultat aussi abouti que captivant. Les voix angéliques des deux chanteurs, leurs parties de guitares (ou de mandoline bizarroïde) enchanteresses, les interventions surprenantes d’un alien musicien à la flûte : chaque détail contribue à envoyer l’assistance au septième ciel dès les premiers instants du show. Une très belle découverte !
The Spinto Band : au niveau des tout meilleurs.
Toujours d’une incroyable fraîcheur, les petits jeunes de The Spinto Band ont enchanté le public de la Route du Rock avec leur musique énergique, joyeuse et survoltée. Dès leur arrivée sur scène, les Américains ultra doués pour trousser des pop songs nerveuses et racées cassent la baraque en emmenant leur auditoire dans une folle sarabande débridée. Comme au Printemps de Bourges plus tôt dans l’année, The Spinto Band enchaîne les tubes euphorisants (extraits de l'excellent album Nice and nicely done), en dégageant une très communicative joie de vivre et de jouer sur scène. Si ces musiciens-là s’emmerdent sur scène, ils le cachent vraiment très bien : on a l’impression d’avoir en face de soi une bande de débutants enthousiasmés à l’idée de se produire en live. Sauf que les chansons qu’ils composent les placent d’emblée au niveau des tout meilleurs ; on pense à Arcade Fire et à Clap Your Hands Say Yeah. En plus, les nouveaux titres semblent eux aussi appelés à devenir des classiques, au même titre que leur génialissime Oh mandy… Inutile de dire qu'on attend la suite avec une grande impatience !
Philippe Katerine est un authentique malade, ceux qui ont eu le privilège de voir son film Peau de cochon et ses prestations live en sont pleinement convaincus. Et, forcément, à La Route du Rock, il a encore une fois enflammé la scène en racontant sa (notre) vie sur un mode décalé et hilarant. Résultat ? Un public rendu complètement dingue par cet homme étrange, torse nu avec une peinture bleue représentant Jésus (signée par un peintre nommé Stéphane Louvain, excellent guitariste de son état !) et en slip kangourou pendant tout le show. Et oui, pour singer Philippe qui hurlera au cours du show « Nous sommes tous des Jésus, nous sommes tous des Judas ! » : on pourrait dire que quand ce monsieur ayant un sens aigu du ridicule (cette coupe de cheveux, cette voix volontairement maniérée, ce slip…) est sur scène, on est tous des Philippe Katerine. Même sur une jambe, on se met à sauter en l'air en racontant n'importe quoi : on devient très vite aussi zinzin que lui, la folie de Katerine semble être très contagieuse ! La propagation du virus a réellement l'air de se faire à grande échelle, voici un petit exemple - recueilli après le concert - de l'effet que font les shows de Katerine sur la gent féminine... Un homme marié nous raconte le calvaire qu’il a vécu, alors que, « tranquillement » posté au deuxième rang, une jeune personne déguisée en Britney Spears se frottait complaisamment à lui (et à tous les hommes, par la même occasion) pendant tout le set, en jetant des coups d’oeil de biche pas si effarouchée que ça… Après ce récit éprouvant d’un coup de chaleur subi par une innocente et pure jeune fille au contact des chansons de Katerine, une violente envie de chanter Baby one more time, Oops !... I did it again ou (You drive me) Crazyyyy nous envahit. Une envie vite oubliée, quand on se remémore les tubes admirablement couinés par Katerine, et violemment mis en musique par son impeccable groupe, aux limites du punk rock hystérique. Grâce à la peinture qu’il arbore fièrement sur son torse, le Vendéen totalement crazy déclare pouvoir multiplier les bières… et les döner Kebab (quelle chance incroyable !) ; mais, en fait, il multiplie surtout les chansons imparables, drôles et survoltées extraites de Robots après tout, ou non, 100% VIP, Excuse-moi, Louxor j’adore, Je vous emmerde, Qu’est ce qu’il a dit ?, Patati patata ! etc.
Les Malouins et les Malouines sont aux anges, ils n’ont pas du tout envie de hurler les « Ras le bol, ras le bol, ras le bol !!! » que leur réclame Katerine, mais tout le monde s’exécute puisque la soirée est partie pour dérailler. C’est donc à un concert de « Ras le bol » sur tous les tons (du plus aigu au plus grave) auquel on participe pendant 5 minutes. Et oui, Katerine est un véritable chanteur engagé, qui sait faire passer un message pertinent à son public ! Mais il va se rattraper au cours du concert… Quand quelqu’un lui tend un drapeau du Conseil Général de Vendée, il se met à hurler « c’est quoi cette cochonnerie ? », avant de demander un briquet pour brûler ce signe ostentatoire de Philippedevillerisme, une maladie proche de la Lepenite aigue. Un plaie qui sera abordée dans le terrifiant et désormais traditionnel morceau Le 20. 04 . 2005 avec ses jubilatoires « Putain, Marine Le Pen ! putain, Marine Le Pen ! » Souhaitons que les cris d’effroi du public aient atteint La Trinité Sur Mer, lieu de résidence de l’extrémiste borgne.
Après la séquence « politique », tout se finit en slip vert pale moulant, en sous pull en lycra rose et avec des perruques blondes pour les acolytes de M. Katerine, toujours très à l’aise quasiment à poil, quant à lui, au moment d’entonner le réjouissant Louxor j’adore, étiré au maximum (avant d’être repris à la fin), puis enchaîné avec Je vous emmerde. A la fin du concert, tout le monde semble ravi d’avoir passé un moment d’anthologie avec une grande quantité d’Etres humains arborant de larges sourires. En dénonçant les travers de notre société avec une acuité et un humour rares, Katerine nous fait prendre conscience de notre (parfois) triste condition d’humains. Au lieu d’essayer de chercher à péter plus haut que son cul, comme certaines stars de la chanson, il se fait fort de nous rappeler qu’« on a tous un anu » (sic), geste à l'appui... Une bien belle leçon de choses !
Franz Ferdinand : une kyrielle de tubes dansants, un sex appeal irrésistible… et quelques surprises.
Quelques minutes après la tornade Katerine, ce sont les Ecossais de Franz Ferdinand qui déboulent sur scène, avec leur kyrielle de tubes dansants, leur sex appeal irrésistible… et quelques surprises. Le show du groupe du très craquant Alex Kapranos est toujours aussi carré ; le répertoire du combo rock est, quant à lui, plus que jamais composé de hit singles influencés par les Beatles, les Talking Heads, Gang Of Four ou encore Bob Dylan (sur les morceaux les plus folk). Inutile de chercher une faille dans la machine de scène Franz Ferdinand : tout est très accrocheur et bien huilé (Kapranos répéte très souvent « Saint-Malo, La Route du Rock ! », en grand professionnel de l’entertainement). Peut-être un peu trop, c’est un des seuls reproches que l’on puisse faire… Car à part cela, la prestation des protégés du label Domino donne une irrépressible envie de danser, de passer du bon temps et de reprendre en chœur toutes les paroles. Ce dont le public de la Route du Rock ne se prive absolument pas…
Chose agréable, on observe même quelques changements par rapport aux concerts précédents ; la présence d’un musiciens additionnel aux claviers, le changement de poste du batteur sur un titre (il passe à la guitare), un plus grand nombre de morceaux joués à la guitare sèche par Kapranos et un joli final avec un titre interprété avec trois batteurs. Cette cerise sur le gâteau, déjà copieux avec Do you want to, Take me out, Walk away, Jacqueline, Come on home, Darts of Pleasure, fait office de dernière flèche de plaisir achevant de convaincre les plus réticents.
Band of Horses : de belles promesses dans les morceaux épiques et orageux de cette bande de chevaux sacrément racés.
Difficile de prendre la suite, tard dans la soirée, quand on est un jeune groupe… Le son effroyable des premiers morceaux de Band of Horses n’arrangeant rien à l’affaire, plutôt mal engagée. Et ce, même si l’on décèle de belles promesses dans les morceaux épiques et orageux de cette bande de chevaux sacrément racés. Puis, après, quelques réglages réclamés de manière pressante par le chanteur/organiste/guitariste, tout devient clair : ces gens-là savent écrire de bien belles chansons. Et ils les interprètent avec une foi et une puissance tout à fait digne de louanges. Ces guitares et ces ambiances à la Sparklehorse, cette voix sur le fil du rasoir façon Grandaddy (d’autres grands fans de Neil Young & Crazy Horse, encore une histoire de cheval), et l’alternance d’arpéges déchirants et de déluges de distorsion finissent par rendre très prenant le (trop court) set de Band of Horses… Un groupe qu’on reverra avec grand plaisir sur scène.
C’est avec le même plaisir qu’on reviendra passer un week-end (voire plus si affinités) à Saint-Malo l’année prochaine, tant la programmation a comblé nos attentes en matière de découvertes et de têtes d’affiche pop rock indé. « Pop is not dead » proclamait l’affiche du festival, et au vu des trois jours de la Route du Rock 2006, il n’y a vraiment rien à redire !
Cat Power - 25 mars 2004 - Paris - Café de la danse Au début, on se dit que la scène l'impressionne...on est indulgent; on lui pardonne son retard pour entrer sur scène, les 10 minutes passées à accorder ses instruments, ses grands silences...
En .../...
Au début, on se dit que la scène l'impressionne...on est indulgent; on lui pardonne son retard pour entrer sur scène, les 10 minutes passées à accorder ses instruments, ses grands silences...
En revanche, quelles excuses pour être aussi peu énergique, aussi peu contente d'être avec son public ? Les heures passées au bar du quartier, sûrement, les substances ingurgitées, peut-être...
Devant un public aterré et déçu, chan marshall livre moins d'une dizaine de titres en 60 minutes, entrecoupés de délires verbaux et d'acobaties sur son tabouret de piano.
Une bien piètre soirée même pas gratuite... Réagir à cette critique
Cat Power - 25 mai 2003 - La Cigale, Paris A lire les critiques des concerts précédents de Cat Power, il semblerait qu'elle soit malheureusement identique à elle-même : bourrée, incohérente et prenant un malin plaisir à massacrer ses .../...
A lire les critiques des concerts précédents de Cat Power, il semblerait qu'elle soit malheureusement identique à elle-même : bourrée, incohérente et prenant un malin plaisir à massacrer ses titres.
Quelques rares moments d'émotions, malheureusement vraiment trop rares, entre biture, propos dignes du café du commerce, fausses notes. Bref, du foutage de gueule en règle.
Un groupe courageux mais totalement désabusé au point que le guitariste finit par lâcher un pathétique : is there any guitarist in the house ?
Un public qui quitte la salle au fur et à mesure ... et les lumières qui se rallument sans le moindre rappel.
Comme lors de son épatant concert en première partie de Lloyd Cole en 2002, Maximilian Hecker a réussi à capter l’attention du public avec ses chansons pop. Après quelques morceaux aux claviers, le jeune allemand s’empare de sa guitare pour jouer over, une magistrale ballade figurant sur son premier album, Infinite love songs. Sur ce recueil de morceaux propre à ravir les âmes romantiques, on retrouve aussi Cold wind blowing que Maximilian Hecker ne manque jamais de jouer sur scène… Ce long et captivant titre est très calme jusqu’à ce que le réservé jeune homme enclenche violemment la distorsion de sa guitare.
Le nouveau single Rose est joué à la fin du concert. Interprété aux claviers, il est l’occasion de quelques acrobaties vocales. Le morceau est interrompu quelques secondes avant son dénouement par les hurlements hystériques de Chan Marshall, visiblement fan des chansons de « Maxi » et… du vin rouge. On espère revoir le prometteur Maximilian Hecker avec un groupe la prochaine fois.
Le groupe Women And Children poursuit la soirée dans un registre différent. Un lointain sosie de Courtney Love chantant comme Nico est accompagné par un groupe de rock armé de guitares, basse et batterie…
Jouant sur les dissonances et travaillant le côté lancinant de sa musique, Women And Children a réussi à créer des ambiances assez troublantes. Le titre rock joué à la fin et chanté par le guitariste aurait mérité le branchement du micro mais à part ça, on ressort vraiment chamboulé de ce concert…
Le magnifique dernier album de Cat Power s’intitule You are free. Etait-il nécessaire à Chan Marshall de se sentir libre de se bourrer la gueule et de donner le concert le plus décousu et je-m’en-foutiste jamais vu à la Coopérative de Mai ? Voir cette jeune femme fusiller sciemment ses chansons a été un véritable supplice, heureusement traversé par de purs moments de grâce. Car si la chanteuse de Cat Power est saoule, elle garde son inégalable voix et ses morceaux bouleversants (quand la belle dame en robe noire s’en souvient…).
Au cours d’une première partie assurée seule au piano, on ne reconnaît que le très bon I don’t blame you, massacré et joué au milieu d’autres titres enchaînés mécaniquement. Cherche-t-elle à tester son public ? En tout cas, les dents de certains spectateurs commencent à grincer. Quand Madame se saisit d’une guitare, on se dit que le concert va décoller. Et bien non, après une série d’élucubrations crétines, elle s’en prend au responsable des lumières pendant 5 minutes, désireuse qu’elle est de jouer dans le noir ! Après ce qui parait une éternité, elle entonne enfin sa superbe reprise de Satisfaction des Rolling Stones. Pour faire bonne figure, elle massacre consciencieusement ce titre, aidée par quelques crétins hurlant comme des veaux…
A ce moment là, quatre options se présentent au fan de Cat Power… On hésite entre retourner écouter sa collection de disques tranquillement chez soi, se saouler pour se mettre dans l’ambiance, siffler quand elle part dans ses discours idiots ou bien rester et attendre une accalmie. On choisit les trois dernières solutions… Le miracle se produit après de nombreux palabres, un groupe rejoint la jeune femme perdue et fait décoller - un peu - la soirée. Un guitariste, une violoniste/choriste et un batteur, tous les trois excellents, permettent à Chan Marshall de se concentrer sur son chant. Bien sûr, entre les morceaux, ça dure, ça dure… mais à l’image du déchirant Good woman, les titres joués sont superbes… Le « power quatuor » s’autorise même une reprise des White Stripes, Dead leaves and the dirty ground, hurlée par une Chan Marshall debout et survoltée, on aura tout vu !
Cette soirée chaotique se poursuit par une série de morceaux bouleversants. Sur le dernier d’entre eux, Chan Marshall descend dans le public pour chanter au milieu de ses fans. Elle est là, à un mètre, ce qu’elle chante est si beau qu’on a peine à croire que ces sons miraculeux sont réels. Ce moment rachète en partie la soirée. Mais le groupe salue et rejoint les loges sans accorder de rappel.
Les gens qui ont payé 17 Euros méritent sans doute un peu plus de respect de la part des artistes. Si on ne tient pas l’alcool, on attend la fin du concert pour boire… Malgré ces péripéties, il semble que l’addiction à la musique de ce songwriter d’exception soit profonde. Car on n’en veut déjà plus à Cat Power, on souhaite même la revoir très vite dans de meilleures dispositions. En attendant, on se souviendra de ses prestations au Printemps de Bourges en support band de Eels et Placebo, mais aussi de son passage solo bouleversant ici même, il y a trois ans… C’est grave docteur ?
A lire également sur ConcertAndCo.com : la chronique de You are free de Cat Power.