Quand Conger! Conger! a enfin sorti un vrai album (un LP, et en vinyle !), le chroniqueur s'est retrouvé bien dans la merde. Parce que quand Conger! Conger a enfin sorti un vrai album, et qu'il l'a écouté, le chroniqueur a vite que compris que ce n'était :
- pas pour "confirmer .../...

Quand
Conger! Conger! a enfin sorti un vrai album (un LP, et en vinyle !), le chroniqueur s'est retrouvé bien dans la merde. Parce que quand
Conger! Conger a enfin sorti un vrai album, et qu'il l'a écouté, le chroniqueur a vite que compris que ce n'était :
- pas pour "confirmer après un premier effort prometteur" (puisque leurs deux-trois EP plus ou moins introuvables formaient déjà, à eux tous, un
corpus surpuissant) ;
- pas pour lire encore une vaine tentative de définition de leur musique à coup de
style-dropping (appelez leur genre kraut, math, thrash, punk, noise ou même grunge... vous n'aurez jamais tout à fait tort, mais jamais vraiment raison non plus !) ;
- pas pour entendre encore une fois une litanie non moins désespérée de
name-dropping (citez
Mike Patton, The Ex, Sonic Youth, Melvins, Gomm, Fugazi..., la liste sera vaguement pertinente mais ne sauvera pas votre tentative de chronique de l'échec ;
- pas non plus pour lire une thèse de 3 écrans de haut à son sujet (or chaque titre de
At The Corner of the World nécessiterait bien 10 lignes pour en décortiquer la richesse, essayer d'en percer le sens ou pire encore, comprendre dans quelle position était le chanteur/batteur au moment de l'enregistrement) ;
- pas pour qu'on se demande ce que fout une page d'
Une Saison de Machettes déchirée à l'intérieur de chaque vinyle, ou un carton reprenant un détail de cette magnifique pochette (le dessin d'une émeute et/ou d'une baston en préparation au coin d'un monde sombre et dérangé - comme lors du génocide rwandais ?), pour afficher au verso les paroles assez cryptiques des dix titres de
ATCOTW ;
- pas pour s'entendre demander pourquoi ils (n') ont remis sur ce magnifique objet (que)
Icarus de leur répertoire précédent, au lieu d'y graver aussi
Clouds, My Neighbour's Dreams ou
Nevermind, immenses chansons auxquelles seul un très profond sillon de PVC noir pourrait enfin rendre les honneurs qui leur sont dûs ;
- et sans doute même pas pour s'entendre dire qu'ils sont une nouvelle fois en partie géniaux, déconcertants, fascinants ou jouissifs...
Parce que le problème, c'est que
Conger! Conger!, soit ces trois messieurs
De Benedetti, Bautzmann &
Gon, même s'ils sont fort sympathiques par ailleurs, ne jouent pas pour être compris, pas même pour être aimés : à peine leur public de happy few fans commençait-il à s'étoffer et à connaître leurs plus grands tubes, qu'ils sont revenus, à la fin de l'été 2010, avec un répertoire pratiquement nouveau, celui qu'on entend ici, forçant le Monde à les suivre, sans ceintures ni vaccins à jour, dans un inconnu encore plus abscons et furieux, encore plus incontrôlable. Comme un deuxième cercle de l'Enfer de Dante (il y a d'ailleurs un texte en italien) : la fin du présent disque semble encore plus bizarre et déconstruite que son départ, prolongeant cette impression de chute vers l'inconnu...
"Never explain, never complain", comme on dit :
Conger! Conger! c'est à prendre ou à laisser mais la plus grande énigme de toutes, c'est qu'avec leur musique presque totalement indicible, tous les gens qui les ont vu jouer les ont trouvés géniaux. Ca devrait donc marcher aussi sur vous, sur disque ou en live, même si aucun chroniqueur, pas même l'auteur de ces lignes, n'a finalement été foutu de vous parler clairement de la musique que joue ce groupe, totalement et définitivement hors normes.
(Katatak, 2011, disponible notamment
ici !)