Le loisir de chroniqueur est parfois marqué d'une pénible mauvaise conscience, d'autant plus pénible qu'on se la colle tout seul. Par exemple, quand on réalise que depuis 8 mois qu'on a vu ce superbe et prenant concert de lui en petit comité (en appartement), et alors qu'on se .../...

Le loisir de chroniqueur est parfois marqué d'une pénible mauvaise conscience, d'autant plus pénible qu'on se la colle tout seul. Par exemple, quand on réalise que depuis 8 mois qu'on a vu ce superbe et prenant concert de lui en
petit comité (en appartement), et alors qu'on se l'était promis... On a toujours pas été foutu de chroniquer le disque de
Sammy Decoster, le pourtant très réussi
Tucumcari, qu'on lui avait alors réclamé de vive voix, et après moult félicitations sincères. Mauvaise conscience ravivée par une récente chronique rédigée par
Pirlouiiiit, toujours sous le charme du personnage.
Le son country/folk/rock de ce petit brun, beau gosse à la moue boudeuse, au look tantôt cowboy barbu, tantôt premier de la classe à mêche, est pourtant précieux dans le paysage de la chanson française, où l'on entend pas si souvent de la scie musicale... Et ce d'autant qu'accompagné d'un compagnon contrebassiste également très doué, il a pu défendre ses créations jusque dans une confidentielle et néanmoins mythique "Tournée Barbecue", inventant au passage le concert de
concert on demand.
Car il faut savoir que ce que compose ce garçon et les orchestrations de ses musiciens, le mettent tout à fait en dehors du panier de la ménagère, qu'il écrive des titres joyeusement grinçants (
Je partirai me suicider à Hawaï), de la chanson pop douce-amère (
Je ne t'ai pas dit Adieu), un slow élégant (
Dernier Rendez-vous), de la folk inspirée et classieuse (
L'homme que je ne suis pas,
Tucumcari), des titres exotiques et habités (
Savannah Bay,
Mañana), aux mélodies parfaitement dosées de grâce sans chichi (
Mon dernier rêve) ou même d'inspiration Gun Club/Jack the Ripper (lancinantes
L'exil et
The Drive). On ne commentera pas autrement que d'un hochement de tête admiratif l'élégance ultime qui a consisté à placer en tout dernier sur son disque, ce qui pourrait pourtant en être le tube total, la très efficace et addictive
Tu Me Hantes.
Bref, le mal étant enfin réparé et la conscience redevenue tranquille, il reste au chroniqueur apaisé à vous rappeler que
Sammy Decoster est à découvrir si possible en vrai (avant ou après avoir acheté son disque), sans s'étonner de son jeu de scène peut-être un peu exagéré, puisqu'il semble visité en live par un personnage de poète folk maudit sous influence David Eugene Edwards... Il suffit néanmoins de lâcher prise pour profiter au mieux du voyage avec ce vibrant songwriter, rêvant si haut d'Amérique qu'il pourrait bien vous y transporter !
(2009)