Encore une édition réussie pour la Route du Rock… Après le succès retentissant de l’année dernière (où tous les records d’affluence avaient été battus, grâce à la venue de The Cure), 2006 restera comme un bon cru au niveau fréquentation (21000 personnes sur les trois jours), et un excellent millésime en ce qui concerne la programmation, le gros point fort du festival malouin. C’est en effet ce "petit détail" qui fidélise le public avide de découvertes électro pop rock ; et donne envie de revenir tous les ans assister à des concerts dans le magnifique cadre naturel que représente Saint-Malo et sa région. On se déplace donc surtout pour voir en live des groupes peu connus et prometteurs sur un site superbe, mais pas forcément, comme le font certains, pour participer au défilé de mode des jeunes parisiens pseudo branchés, avec mèche presque rebelle et uniforme conforme à la collection printemps/été 2006 prônée par les revues à la mode. La collection été de la Route du Rock 2006 a, quant à elle, tenu la plupart de ses (jolies) promesses, permettant de passer trois jours très agréables au fort de Saint-Père (malgré un temps frais) et au Palais du Grand Large…
Vendredi 11 août 2006 :
Howling Bells : jeunes pousses prometteuses…
C’est le groupe Howling Bells et sa charmante chanteuse Juanita Stein qui donnent le top départ pour les festivités musicales dans le Fort de Saint-Père, devant un public arrivant tranquillement mais sûrement… Joli lancement pour cette Route du Rock 2006 : des morceaux qui tiennent plutôt bien la route, de bonnes idées d’arrangements - entre pop revêche et rock lacéré d’électricité -, une voix marquante. Sans crier au génie après la courte prestation de ces jeunes pousses prometteuses, on peut néanmoins dire qu’Howling Bells mérite une écoute attentive de son premier album.
Why ? : du grand art !
Juste après, Why ? casse la baraque en formule trio hip pop/rock avec des titres très marquants, des musiciens doués (mais sobres) et un chanteur aussi charismatique que surprenant et impressionnant. Impressionnant, c’est le mot qui colle le plus à la prestation de Why ? sur la grande scène de la Route du Rock ; il est véritablement bluffant d’observer la diversité des ambiances abordées, les multiples textures de voix utilisées, et la variété des sonorités de guitares, de claviers et de batterie/xylophone mélangées pour créer des morceaux étourdissants. Rapidement, la troublante impression d’assister à une prestation du groupe The National en formation hip rock fait son apparition dans notre cerveau. Celui-ci est mis en ébullition par tant de virtuosité (entièrement au service des morceaux) et tant d’idées parfaitement intégrées au processus de création… La voix de – en tous points remarquable – peut se faire grave et profonde comme celle de Matt Berninger (le plus sérieux prétendant pour succéder à Stuart Staples sur le trône de king of crooner pop mélancolique), avant de devenir une sorte de mitraillette à mots sur le titre suivant. Tout simplement du grand art, ce grand écart réalisé sans filet sur scène, par la première grande révélation scénique malouine de l’été 2006…
Islands : un cocktail régénérant et étourdissant.
Grand moment également que le concert des Canadiens débridés, bigarrés et gravement farfelus de Islands… Devant un public plus réceptif qu’aux Eurockéennes de Belfort, et dans une forme olympique, la blanche troupe de musiciens a réussi à faire atteindre le Nirvana avec son cocktail régénérant à base de pop très fraîche, de rock bizarre, de funk torride, de hip hop décalé, de musique classique, entre autres. Ce mélange savamment orchestré propulse l’auditeur dans une décoiffante séance de montagnes russes qui semble ne jamais devoir s’arrêter (c’est en tout cas, ce qu’on souhaite ardemment !) : les guitares, le saxophone, les chœurs, la voix du chanteur, la section de cordes, la basse, les claviers se lancent dans une valse effrénée où les styles se suivent et ne se ressemblent pas au cours du même morceau. Miracle ou talent incroyable (les deux sans doute), ce n’est jamais le bazar ; la musique épicée et très changeante d’Islands garde une cohérence incroyable en toute occasion, laissant le spectateur ravi et étourdi. Cerise sur le gâteau, le chanteur de Why ? vient faire un petit featuring rappé pour conclure un set d’anthologie…
Calexico : une chaleur bienvenue.
Malgré les critiques essuyées à cause de son virage pop rock sur le dernier album, Calexico reste un groupe pertinent sur disque et sur scène, un terrain de jeu où il a toujours été très à l’aise. En cette soirée un peu fraîche, au fort de Saint-Père, Joey Burns, John Convertino et leurs acolytes pas exactement maladroits avec leurs instruments ont apporté une chaleur bienvenue au festivalier… En alternant les (très bons) morceaux pop rock issus du dernier opus et les pépites Americana/Country Folk Mariachi plus anciennes, Calexico a encore plus séduit qu’au dernier Printemps de Bourges (où sa prestation était pourtant déjà excellente), grâce à une énergie et une joie de jouer sans failles. Les petits plus étant la reprise de Love (Alone again or dédicacée de manière touchante à Arthur Lee, récemment passé de vie à trépas), et la version inattendue de La chanson de Prévert de Serge Gainsbourg, jouée en duo avec une chanteuse à la voix émouvante. A la fin du concert, on a encore une fois très envie de crier à qui veut bien l’entendre : « Viva Calexico ! »
Mogwai : la bande son idéale pour laisser divaguer ses pensées
Ce n’est pas la prestation - absolument superbe - de Mogwai qui va nous faire redescendre de notre petit nuage… Toujours aussi peu causant, mais une fois de plus très en forme au niveau du son et de la set list (comme à la Coopérative de Mai cette année), les Ecossais fans de Zinédine Zidane (dont le dernier geste technique administré à un Italien violent et grossier n’a fait que renforcer notre admiration pour lui, au même titre que le très joli Kung fu de Cantona sur un néo nazi anglais l’avait fait en son temps) ont fait étalage de leur science pour faire voyager en apesanteur et planer leur public… Guitares adeptes du grand écart sonique, claviers vrillants, voix (vocodérisées ou non) saisissantes, rythmiques envoûtantes : ne cherchez plus la bande son idéale pour laisser divaguer vos pensées. Grâce à Mogwai et à ses morceaux passant d’arpèges cristallins à de violents ouragans de distorsion, le fort de Saint-Père se transforme en vaisseau fantôme naviguant sur une mer aussi attirante que terrifiante : entre deux périodes de calme plat idyllique, les bourrasques se succèdent et emportent tout sur leur passage. Tout cela laisse le festivalier complément rincé, lessivé par tant de changements d’humeur, mais ravi par la qualité du voyage intérieur effectué.
Liars : un maelström sonore aussi difficilement supportable que véritablement prenant.
C’est la plus fameuse bande de « menteurs » du rock actuel - Liars - qui est chargé d’achever (le terme n’est pas choisi au hasard) les derniers survivants encore sensibles à l’expérimentation après 2h30 du matin… Le trio, récent auteur d’un album aussi ardu qu’osé et riche (l’ébouriffant Drums not dead), se lance immédiatement dans son jeu favori : l’érection d’une cathédrale de bruit, à l’aide de murs du sons hallucinants de violence et de d’inventivité. Angus Hemphill vocifère comme un damné en bougeant sa grande carcasse comme un fou furieux, mais il n’oublie pas pour autant d’infliger un traitement de choc à sa guitare, visiblement accordée par un disciple de Syd Barrett dernière période. Pour soutenir ce raffut démoniaque, un duo batteur percussionniste/guitariste déstructure au delà du soutenable (s’il était besoin) un rythme expérimentalo tribal. Le résultat est un maelström sonore aussi difficilement supportable que véritablement prenant. On aimerait être dans le même état d’esprit que les musiciens, ou avoir pris autant de produits hallucinogènes, mais malgré tous les efforts faits pour lutter contre la fatigue qui nous gagne, on cède au bout de 25 minutes, aussi content d’avoir assisté à pareille messe noire sonique que soulagé de s’en éloigner… Après une telle soirée d’ouverture, la nuit promet d’être aussi belle qu’agitée au camping du festival…
Samedi 12 août 2006 :
Stuart A. Staples : littéralement habité par ses chansons.
Saint-Malo, Palais du Grand Large (un théâtre cosy avec places assises), 17h30, Stuart A. Staples apparaît sur scène avec ses musiciens (dont deux Tindersticks aux claviers et à la guitare électrique), et c’est parti pour un moment magique… Comment pourrait-il en être autrement quand on passe un peu plus d’une heure en compagnie d’un songwriter brillant chantant ses morceaux folk pop rock avec une voix gravement troublante ? Sans chercher à innover ou à inventer un nouveau style musical, Stuart Staples écrit des chansons d’une superbe sobriété et les habille de très peu de choses : sa guitare sèche, un orgue, une basse/contrebasse, une batterie et quelques notes de guitare électrique. Et ça suffit amplement pour mettre en valeur la voix du monsieur, toujours aussi remarquable de profondeur et incroyablement gorgée de vécu. Car Mr Staples semble littéralement habité par ses chansons ; il a réellement l’air de les vivre quand il les chante les yeux mi-clos ou fermés, grimaçant pour atteindre la note qui retranscrira ses émotions. C’est donc cloué au fauteuil, et passablement ému qu’on accueille ce torrent de sentiments torturés mis en musique. Après une (superbe) reprise de Townes Van Zandt, une ou deux autres perles, et c’est déjà la fin. Il faut déjà quitter les lieux pour regagner le fort Saint-Père, mais on serait bien resté encore une heure, pour prolonger ces instants précieux…
You Say Party ! We Say Die ! : déjà vu, mais percutant et rafraîchissant…
Quand nous atteignons le site du festival, le premier groupe programmé a déjà commencé son travail de sape sur un auditoire électrisé par tant d’énergie brute. Sur scène, les furies post punk/riot boys and girls de You Say Party We Say Die ! s’en donnent à cœur joie : cris hystériques, larsens, distorsion, sonorités décalées… En quelque sorte, une potion magique pour rendre dingo, se rouler par terre en poussant des cris de marsupilami sous acide. On a déjà vu ça plusieurs fois, certes, mais le moins qu’on puisse dire, c’est que c’est sacrément percutant et rafraîchissant. A signaler aux éventuels imprudents : n’essayer pas de manger un kebab frites en assistant à un concert survolté de ces hurluberlus, à force de gesticuler de manière incontrôlée, vous pourriez finir la soirée avec un t-shirt maculé de ketchup et autres produits indigestes et salissants.
The Pipettes : un peu moins convaincantes que prévu.
Suite à l’écoute répétée de leur premier album, on se faisait une joie de rencontrer l’univers des Pipettes sur scène. Légère déception : malgré leurs côtés frais, enthousiaste et farfelu, les trois jeunes femmes sont un peu moins convaincantes que prévu. La faute au groupe – masculin – assez quelconque qui les accompagne, et aux atours plutôt communs de certaines chansons sans les arrangements présents sur le disque… Ceci dit, de nombreux morceaux emportent l’adhésion grâce à leurs qualités franchement tubesques : mélodies sucrés, voix douces et/ou aguicheuses, textes de chipie aimant collectionner les aventures, univers pop sixties remuant et sexy, multiples facéties drolatiques… Malgré les défauts évoqués plus haut, on passe quand même un bon moment avec ces trois filles pétillantes se produisant sous la lumière vive du soleil couchant. A revoir dans quelques temps donc…
Belle and Sebastian : un délicieux moment…
Fort de son très bon dernier opus, Belle And Sebastian a repris la route avec une joie non dissimulée, si l’on en juge par la prestation particulièrement enlevée et débridée donnée par les Ecossais lors de la Route du rock 2006. Toujours irrésistiblement kitsch dans son petit polo très près du corps, Stuart Murdoch semble absolument ravi de chanter, de cabotiner, de danser ou d’exécuter quelques acrobaties dignes d’un entertainer professionnel (danses communicatives, multiples sauts sur l’avancée de scène, plaisanteries, etc). Plus sobre, son acolyte Stevie Jackson illumine les morceaux avec ses chœurs et sa guitare, avant de chanter joliment ses titres. Comme les autres musiciens semblent eux aussi s’éclater en jouant les morceaux bien écrits de Belle and Sebastian (qu’ils soient extraits de la première période, intimiste, du groupe, ou issus des derniers albums, plus luxuriants et produits), tout le monde – sur scène et dans le public – semble passer un délicieux moment. Normal, la musique du groupe de folk pop de Glasgow a toujours la très grande vertu de rendre heureux…
Cat Power and The Memphis Rhythm Band : tout simplement divin !
Véritablement hanté par le dernier album de Cat Power, le formidable The Greatest, la venue à Saint-Malo de la très brillante songwriter avec son groupe de soul justifiait à elle seule notre présence en Bretagne à la mi août. Si l’on excepte les deux premiers morceaux instrumentaux (trop longs, avec des solos trop démonstratifs) joués en l’absence de Chan Marshall sur scène, le concert fut tout simplement divin… Dès que Chan arrive sur scène pour chanter l’inépuisable chanson The Greatest (on s’est récemment surpris à essayer de la jouer à la guitare dans le noir, avec le disque en fond, la touche replay enfoncée… ), des frissons de bonheur et d’émotion parcourent tout le corps. Non contente d’être belle à se damner (amaigrie, avec une nouvelle coiffure très réussie), mademoiselle Marshall chante ses morceaux folk soul pop avec une voix cassée totalement irrésistible. On donnerait tout pour assister à toute la tournée, balances comprises… Mais il faut se « contenter » de ce seul et unique concert malouin, où le groupe The Memphis Rhythm Band supporte avec maestria et classe les chansons magistrales et la voix sidérante de Cat Power. Les chœurs noirs, les cordes, les guitares, la rythmique : tout est impeccablement en place et digne de la grande tradition des disques d’Al Green, Booker T. And The Mg’s, Stax Records et Hi records. On en a la chair de poule… Puis, quand le groupe laisse la place pour une partie solo au piano et à la guitare, on a très envie de pleurer de bonheur ! Fasciné par la présence magnétique de cette chanteuse d’exception, à peine a-t-on l’occasion de remarquer un petit bonhomme discret juste à côté de nous. C’est Stuart Murdoch, visiblement sous le charme lui aussi. S’en suivent des reprises renversantes de Hit the road Jack et de House of the rising sun, puis un sautillant morceau interprété par le guitariste du groupe annonçant un final majestueux. On aurait aimé plus de sobriété dans la présentation du groupe (la choriste hurlant trop souvent « Cat Power ! » en faisait trop), mais à part ce petit détail, ce concert est entré immédiatement dans notre panthéon personnel.
TV On The Radio : une véritable tornade sonique (avec quelques superbes accalmies planantes).
Rude tâche que de passer après la déferlante Cat Power, et pourtant, malgré l’heure tardive, le froid qui commence à se faire saisissant, le groupe new-yorkais TV On The Radio a fait une très forte impression. La recette chant soul rock hystérique + guitares en fusion + rythmiques implacables + inspiration versatile fonctionne à plein régime ; c’est une véritable tornade sonique (avec quelques superbes accalmies planantes) qui s’abat sur le public, complètement parti dans l’univers onirique du groupe. Si le deuxième album avait semblé de prime abord moins marquant que le premier effort discographique de TV On The Radio, la version scénique des nouveaux morceaux s’avère joliment convaincante. Même si le morceau Staring at the sun reste toujours au-dessus du lot… On se souviendra longtemps des odes soniques au bruit noir et blanc ourdies par des guitaristes tour à tour impassibles ou survoltés, un chanteur diaboliquement hystérique, un batteur hallucinant et un bassiste/clavier imparable. C’est avec en tête les enchevêtrements de guitares hallucinogènes de TV On The Radio qu’on s’endort, après une nouvelle soirée très réussie.
Dimanche 13 août 2006 :
Isobel Campbell & Eugene Kelly : encore un agréable moment passé au Palais du Grand Large.
Malgré l’absence de Mark Lanegan à ses côtés, l’ex belle And SebastianIsobel Campbell a réussi à présenter de manière attractive son dernier opus, l’excellent Ballad of the broken seas. L’apport vocal et guitaristique du chanteur des mythiques Vaselines, Eugene Kelly a permis de pallier la défection du vocaliste sombre et torturé des Screaming Trees et des Queens Of The Stone Age. Dans un style différent, avec une voix moins grave et moins impressionnante, Kelly a réussi a secondé sa partenaire de tournée, en apportant sa touche personnelle avec une jolie reprise de Son of a gun (un incunable des Vaselines repris en son temps par un fan du nom de Kurt Cobain avec son groupe Nirvana, à l’instar de Jesus doesn’t want me for a sunbeam et Molly’s lips)… Bien accompagnée, et chantant d’une voix douce et fluette toujours aussi sexy, la belle et callipyge Isobel a proposé une belle démonstration de ses possibilités de songwriter et d’interprète (chant, guitare, violoncelle, tambourin). Les cordes samplées auraient sans doute été avantageusement remplacées par un vrai quatuor à cordes, mais avec les moyens du moment, ce concert folk pop sobre et émouvant fut un agréable moment passé au Palais du Grand Large, un de plus !
Grizzly Bear : une très belle découverte que ce miraculeux tourbillon sonique !
Juste le temps de regagner le plus rapidement possible le fort de Saint-Père, que le groupe Grizzly Bear arrive déjà sur scène, appelé qu’il a été pour suppléer les Television Personalities, injoignables… Et là, c’est la très très bonne surprise : un groupe audacieux réussissant à installer des atmosphères réellement envoûtantes avec des morceaux méchamment trippants. La grande classe quoi ! La musique psyché folk pop de Grizzly Bear évoque un miraculeux tourbillon sonique dans lequel les influences de Brian Wilson, Paul McCartney, Jeff Buckley, Neil Young, Brian Jones et Syd Barrett interagissent entre elles pour former un résultat aussi abouti que captivant. Les voix angéliques des deux chanteurs, leurs parties de guitares (ou de mandoline bizarroïde) enchanteresses, les interventions surprenantes d’un alien musicien à la flûte : chaque détail contribue à envoyer l’assistance au septième ciel dès les premiers instants du show. Une très belle découverte !
The Spinto Band : au niveau des tout meilleurs.
Toujours d’une incroyable fraîcheur, les petits jeunes de The Spinto Band ont enchanté le public de la Route du Rock avec leur musique énergique, joyeuse et survoltée. Dès leur arrivée sur scène, les Américains ultra doués pour trousser des pop songs nerveuses et racées cassent la baraque en emmenant leur auditoire dans une folle sarabande débridée. Comme au Printemps de Bourges plus tôt dans l’année, The Spinto Band enchaîne les tubes euphorisants (extraits de l'excellent album Nice and nicely done), en dégageant une très communicative joie de vivre et de jouer sur scène. Si ces musiciens-là s’emmerdent sur scène, ils le cachent vraiment très bien : on a l’impression d’avoir en face de soi une bande de débutants enthousiasmés à l’idée de se produire en live. Sauf que les chansons qu’ils composent les placent d’emblée au niveau des tout meilleurs ; on pense à Arcade Fire et à Clap Your Hands Say Yeah. En plus, les nouveaux titres semblent eux aussi appelés à devenir des classiques, au même titre que leur génialissime Oh mandy… Inutile de dire qu'on attend la suite avec une grande impatience !
Philippe Katerine est un authentique malade, ceux qui ont eu le privilège de voir son film Peau de cochon et ses prestations live en sont pleinement convaincus. Et, forcément, à La Route du Rock, il a encore une fois enflammé la scène en racontant sa (notre) vie sur un mode décalé et hilarant. Résultat ? Un public rendu complètement dingue par cet homme étrange, torse nu avec une peinture bleue représentant Jésus (signée par un peintre nommé Stéphane Louvain, excellent guitariste de son état !) et en slip kangourou pendant tout le show. Et oui, pour singer Philippe qui hurlera au cours du show « Nous sommes tous des Jésus, nous sommes tous des Judas ! » : on pourrait dire que quand ce monsieur ayant un sens aigu du ridicule (cette coupe de cheveux, cette voix volontairement maniérée, ce slip…) est sur scène, on est tous des Philippe Katerine. Même sur une jambe, on se met à sauter en l'air en racontant n'importe quoi : on devient très vite aussi zinzin que lui, la folie de Katerine semble être très contagieuse ! La propagation du virus a réellement l'air de se faire à grande échelle, voici un petit exemple - recueilli après le concert - de l'effet que font les shows de Katerine sur la gent féminine... Un homme marié nous raconte le calvaire qu’il a vécu, alors que, « tranquillement » posté au deuxième rang, une jeune personne déguisée en Britney Spears se frottait complaisamment à lui (et à tous les hommes, par la même occasion) pendant tout le set, en jetant des coups d’oeil de biche pas si effarouchée que ça… Après ce récit éprouvant d’un coup de chaleur subi par une innocente et pure jeune fille au contact des chansons de Katerine, une violente envie de chanter Baby one more time, Oops !... I did it again ou (You drive me) Crazyyyy nous envahit. Une envie vite oubliée, quand on se remémore les tubes admirablement couinés par Katerine, et violemment mis en musique par son impeccable groupe, aux limites du punk rock hystérique. Grâce à la peinture qu’il arbore fièrement sur son torse, le Vendéen totalement crazy déclare pouvoir multiplier les bières… et les döner Kebab (quelle chance incroyable !) ; mais, en fait, il multiplie surtout les chansons imparables, drôles et survoltées extraites de Robots après tout, ou non, 100% VIP, Excuse-moi, Louxor j’adore, Je vous emmerde, Qu’est ce qu’il a dit ?, Patati patata ! etc.
Les Malouins et les Malouines sont aux anges, ils n’ont pas du tout envie de hurler les « Ras le bol, ras le bol, ras le bol !!! » que leur réclame Katerine, mais tout le monde s’exécute puisque la soirée est partie pour dérailler. C’est donc à un concert de « Ras le bol » sur tous les tons (du plus aigu au plus grave) auquel on participe pendant 5 minutes. Et oui, Katerine est un véritable chanteur engagé, qui sait faire passer un message pertinent à son public ! Mais il va se rattraper au cours du concert… Quand quelqu’un lui tend un drapeau du Conseil Général de Vendée, il se met à hurler « c’est quoi cette cochonnerie ? », avant de demander un briquet pour brûler ce signe ostentatoire de Philippedevillerisme, une maladie proche de la Lepenite aigue. Un plaie qui sera abordée dans le terrifiant et désormais traditionnel morceau Le 20. 04 . 2005 avec ses jubilatoires « Putain, Marine Le Pen ! putain, Marine Le Pen ! » Souhaitons que les cris d’effroi du public aient atteint La Trinité Sur Mer, lieu de résidence de l’extrémiste borgne.
Après la séquence « politique », tout se finit en slip vert pale moulant, en sous pull en lycra rose et avec des perruques blondes pour les acolytes de M. Katerine, toujours très à l’aise quasiment à poil, quant à lui, au moment d’entonner le réjouissant Louxor j’adore, étiré au maximum (avant d’être repris à la fin), puis enchaîné avec Je vous emmerde. A la fin du concert, tout le monde semble ravi d’avoir passé un moment d’anthologie avec une grande quantité d’Etres humains arborant de larges sourires. En dénonçant les travers de notre société avec une acuité et un humour rares, Katerine nous fait prendre conscience de notre (parfois) triste condition d’humains. Au lieu d’essayer de chercher à péter plus haut que son cul, comme certaines stars de la chanson, il se fait fort de nous rappeler qu’« on a tous un anu » (sic), geste à l'appui... Une bien belle leçon de choses !
Franz Ferdinand : une kyrielle de tubes dansants, un sex appeal irrésistible… et quelques surprises.
Quelques minutes après la tornade Katerine, ce sont les Ecossais de Franz Ferdinand qui déboulent sur scène, avec leur kyrielle de tubes dansants, leur sex appeal irrésistible… et quelques surprises. Le show du groupe du très craquant Alex Kapranos est toujours aussi carré ; le répertoire du combo rock est, quant à lui, plus que jamais composé de hit singles influencés par les Beatles, les Talking Heads, Gang Of Four ou encore Bob Dylan (sur les morceaux les plus folk). Inutile de chercher une faille dans la machine de scène Franz Ferdinand : tout est très accrocheur et bien huilé (Kapranos répéte très souvent « Saint-Malo, La Route du Rock ! », en grand professionnel de l’entertainement). Peut-être un peu trop, c’est un des seuls reproches que l’on puisse faire… Car à part cela, la prestation des protégés du label Domino donne une irrépressible envie de danser, de passer du bon temps et de reprendre en chœur toutes les paroles. Ce dont le public de la Route du Rock ne se prive absolument pas…
Chose agréable, on observe même quelques changements par rapport aux concerts précédents ; la présence d’un musiciens additionnel aux claviers, le changement de poste du batteur sur un titre (il passe à la guitare), un plus grand nombre de morceaux joués à la guitare sèche par Kapranos et un joli final avec un titre interprété avec trois batteurs. Cette cerise sur le gâteau, déjà copieux avec Do you want to, Take me out, Walk away, Jacqueline, Come on home, Darts of Pleasure, fait office de dernière flèche de plaisir achevant de convaincre les plus réticents.
Band of Horses : de belles promesses dans les morceaux épiques et orageux de cette bande de chevaux sacrément racés.
Difficile de prendre la suite, tard dans la soirée, quand on est un jeune groupe… Le son effroyable des premiers morceaux de Band of Horses n’arrangeant rien à l’affaire, plutôt mal engagée. Et ce, même si l’on décèle de belles promesses dans les morceaux épiques et orageux de cette bande de chevaux sacrément racés. Puis, après, quelques réglages réclamés de manière pressante par le chanteur/organiste/guitariste, tout devient clair : ces gens-là savent écrire de bien belles chansons. Et ils les interprètent avec une foi et une puissance tout à fait digne de louanges. Ces guitares et ces ambiances à la Sparklehorse, cette voix sur le fil du rasoir façon Grandaddy (d’autres grands fans de Neil Young & Crazy Horse, encore une histoire de cheval), et l’alternance d’arpéges déchirants et de déluges de distorsion finissent par rendre très prenant le (trop court) set de Band of Horses… Un groupe qu’on reverra avec grand plaisir sur scène.
C’est avec le même plaisir qu’on reviendra passer un week-end (voire plus si affinités) à Saint-Malo l’année prochaine, tant la programmation a comblé nos attentes en matière de découvertes et de têtes d’affiche pop rock indé. « Pop is not dead » proclamait l’affiche du festival, et au vu des trois jours de la Route du Rock 2006, il n’y a vraiment rien à redire !
Franz ferdinand - 4 novembre 2005 - Grenoble Summum un concert génialissime !!! un pur moment de bonheur !! avec une entrée en matière d'Editors, tout aussi rock et entrainant, concert a ne pas manquer !!
Des musiciens charismatiques à souhait, un .../...
un concert génialissime !!! un pur moment de bonheur !! avec une entrée en matière d'Editors, tout aussi rock et entrainant, concert a ne pas manquer !!
Des musiciens charismatiques à souhait, un chanteur divin, pas une minutes de relachement !! une vraie communication avec le public !! une soirée de bonheur !! :) Réagir à cette critique
Editors+Franz Ferdinand - 04 Novembre 2005 - Sumum, Grenoble Rien à dire sur Editors puisque je les ai malheureusement raté: ils ont commencé à jouer à 20h pétante pour un set d'une demi-heure (parait-il bien)...
Franz Ferdinand est apparu devant une salle .../...
Rien à dire sur Editors puisque je les ai malheureusement raté: ils ont commencé à jouer à 20h pétante pour un set d'une demi-heure (parait-il bien)...
Franz Ferdinand est apparu devant une salle tres bien remplie et conquise.
Le décor et les jeux de lumière étaient très sympa avec un écran bordé de néons rougeatres suspendu derrière le groupe surlequel on pouvait voir la retransmission du concert en noir et blanc.
Le tout donnait un ensemble somme toute simple mais efficace.
Ils ont enchainé les titres en variant des chansons de leur 2 albums, avec des changements de rythmes qu'on leur connait.
Le résultat était plus qu'honorable, les temps morts ont été brefs et un bon et long rappel a cloturé le concert (avec un dernier titre un peu trop fort en décibel mais excellent).
Ne les ratez pas et arrivez tot si vous voulez voir Editors!
Franz Ferdinand - 26 août 2005 - Parc de Saint-Cloud, Paris
Est-ce que tu veux ?
Avec le premier single extrait de son nouveau disque, You could have it so much better, Franz Ferdinand a réussi à mettre en chanson, - en tube devrais-je dire, tant le .../...
Avec le premier single extrait de son nouveau disque, You could have it so much better, Franz Ferdinand a réussi à mettre en chanson, - en tube devrais-je dire, tant le morceau Do you want to est irrésistiblement accrocheur -, la question existentielle qui turlupine le commun des mortels… Pourtant, depuis leur succès foudroyant (et mérité), les quatre membres de Franz Ferdinand n’ont sans doute plus à la poser, cette fameuse question : quiconque les a vus sur scène a ressenti une irrépressible envie de se jeter sur eux, avec l’espoir de faire du sexe débridé, voire plus si affinités. Et oui, la vie est mal faite : on ne prête qu’aux riches. Et cet adage n’est pas seulement valable dans tous les établissements de crédits de France et de Navarre, le cas Franz Ferdinand en est la preuve vivante… Jugez plutôt, ces jeunes Ecossais ont tout : ils sont beaux, intelligents, arty, drôles, bien habillés, ils savent bouger leur corps, ils ont du succès avec les filles (et les garçons donc), et, c’est accessoire, je sais, ils écrivent des tubes de post punk pop dansants avec une ahurissante facilité et une régularité qui les rend suspects pour certains snobs peine à jouir. Pour couronner le tout, ils délivrent des prestations scéniques d’une classe hallucinante, j’en veux pour preuve leur concert au Parc de Saint-Cloud, fin août 2005.
Alors, oui ou non ?
Après les passages d’Arcade Fire et des Pixies la veille, puis ceux des Baby Shambles et de toute une flopée de groupes dispensables (à part les impeccables folkeux d’Herman Düne) le vendredi 26 août, Franz Ferdinand avait pour tache de clôturer le festival Rock en Seine en présentant son nouvel album, encore à paraître à l’époque. Tout en assurant la promotion de ses morceaux flambant neufs, le combo tiré à quatre épingles avait, du même coup, la possibilité de récolter la monnaie promise à une tête d’affiche dans un grand festival… Quand je disais qu’on ne prête qu’aux riches, ce n’était pas qu’une formule à l’emporte pièce. Cela dit, cette montagne de pognon est méritée si l’on considère le nombre de titres réjouissants joués le sourire aux lèvres, sous de belles lumières et avec un décorum très réussi (les visuels très réussis de l’album et les photos des visages de nos quatre playboys). Du premier titre interprété, Michael, au dernier, This fire, en passant par les classiques du premier album - Take me out, Darts of pleasure, Jacqueline, Tell her tonight, Matinée, Auf Achse - et les futurs hits du nouveau né - Do you want to, You could have so much better, Evil and the heathen, I’m your villain -, difficile de s’ennuyer une seule seconde et de répondre par la négative aux invitations renouvelées à la danse rock.
Oui, oui, oui !
Sans surprise donc, Franz Ferdinand obtient un « oui » franc et massif au référendum populaire qu’il a initié : tout le monde saute en l’air, se trémousse avec joie, fait du rentre dedans à sa voisine (ou à son voisin). C’est éphémère, sans doute un peu con, mais on se sent heureux. Toutes les Star Academy du monde n’y feront rien, on a un sens inné du spectacle ou on ne l’a pas, ça ne s’apprend pas ; Franz Ferdinand, et particulièrement ses deux leaders frères jumeaux, Alex Kapranos et Nicholas McCarthy, ont ce petit truc en plus qui attire l’œil, et l’oreille… Alex chante comme un Dieu, joue de la guitare comme un démon, et n’oublie jamais de cabotiner, de parler en français et de faire des bons mots : il présente Take me out comme une chanson de Jacques Dutronc (normal, il est coiffé comme Françoise Hardy), avant d'introduire ses partenaires avec un humour pince sans rire très british… Pas en reste, son acolyte enchaîne, lui, les rythmiques frénétiques, les solos aigrelets, les parties de claviers 80’s et les chœurs superbes. Chose rare, les deux ont l’air de s’éclater et de s’amuser à la manière de gamins en culottes courtes. Comme la section rythmique est parfaitement en place (voire carrément imparable), le show 2005 de Franz Ferdinand ne peut que récolter une approbation franche et massive.
Plus c’est long, plus c’est bon ?
En une heure à peine - ce qui est trop court, mais on leur pardonnera car cette heure-là fut intense et marquante -, la signature la plus rentable du label Domino n’a eu aucun mal à démontrer que ses anciens morceaux sont toujours des bombes à rebondissements et que les nouveaux sont appelés à accompagner les soubresauts - à la verticale ou à l’horizontale - de toute la planète. Une heure, c’est la durée réglementaire dans un festival, cela permet de ne pas lasser et de délivrer un set percutant, quand on a les munitions pour, ce qui est le cas ici, avec deux albums gorgés de tubes portant la patte FF : compositions truffées de changements de rythmes se faisant fort de proposer deux morceaux en un. Sur la tournée normale, il serait toutefois de bon aloi d’insérer dans la set list les morceaux plus calmes - parfois presque folk - du nouvel album, comme les très réussis Eleanor put your boots on (entre Bob Dylan, Ray Davies et Paul McCartney), Walk away et Fade Together. Les jubilatoires envolées post punk marquées au fer rouge par les Talking Heads, Joy Division, les Dexy’s Midnight Runners, Gang of Four ou les Strokes n’en auraient que plus d’impact. Si, si, c’est possible !
Set List :
Michael
Tell Her Tonight
Jacqueline
What You Meant
Auf Achse
I'm Your Villain
Take Me Out
Do You Want To
The Dark Of The Matinée
Evil And A Heathen
40 Ft
Darts Of Pleasure
You Could Have It So Much Better
This Fire
A lire également, les critiques des albums de Franz Ferdinand, ainsi que les comptes rendus des concerts donnés par le groupe de Glasgow aux Eurockéennes de Belfort et à la Coopérative de Mai, à Clermont-Fd.
Avant de rejoindre le site du Parc de Saint-cloud on se fait une grosse balade le nez au vent dans Paris, où l'image du parisien désagréable en prend un coup : les commerçants sont sympas et une seule personne a essayé de nous écraser (c'est assez peu, pour un marseillais). Et puis des gens qui jouent à la pétanque en bras de chemise à leur pause de midi peuvent-ils être foncièrement mauvais ? En tout cas aujourd'hui encore la météo semble d'humeur clémente pour ...
Une excellente journée de rock, pleine de suprises agréables !
Asyl nous éveille fortement les oreilles, c'est du rock français et ça à l'air de bien pousser, quel dommage qu'on arrive seulement vers la fin !
On s'est par contre donné les moyens de voir en entier La Phaze, révélation à Belfort, LE groupe le plus excitant en 2005 sur la scène punk française (et les plus gros squatteurs de iPod du moment). Les inventeurs du pungle (punk et jungle), gênés de jouer en plein jour, envoient toute la sauce dès le départ : don à sonf, pas de répit, décollage immédiat pour le D&B Show (on est prévenus, ça va ch... grave) puis pour un explosif Nouveau Défi !
Le début trompeur de Inside my brain (la voix du petit chanteur, boule de nerf, passe très bien en reggae aussi) tombe vite dans la jungle hypnotique, et chacune de leurs chansons met un feu pas possible (ne manquera que l'Embardée Fatale, une bombe à fragmentation sur album).
On se fait la réflexion qu'on tient la B.O. des prochaines manifs présidentielles de 2007 (prévoir un choix entre petit teigneux et gros hargneux), ça nous consolera toujours un peu, avec des brulôts comme l'Assaut final ou Scott, passage obligé du manifeste anti-FN.
Et si tout cela n'était toujours pas clair, le groupe finit par une double reprise tout à fait énorme du Clash : Police on my back/I fought the law. Punk jusqu'au bout des ongles, jungle jusqu'à la tachycardie, la Phaze déchire tout sur scène comme sur album, et il faut désormais que ça se sache, nom d'un p'tit nazillon diarrhéique !
Pour ce qui est de Goldfrapp, on connaît un tout petit peu sa musique, pas déplaisante, mélange un peu (trop) fourre-tout d'électro, funk, rock, trip-hop à la Gus Gus. On y reste quelques chansons (notamment Strict Machine et son gros son industriel, très classe), pour constater que son groupe développe un important mais subtil volume sonore tout en basses vibrantes, et aussi que la demoiselle est, pardon pour le commentaire sexiste, une pure bombe atomique, blonde et cuir noir (total look Kill Bill). cela étant sa prestation n'est pas complètement captivante...
Pas plus captivant, le groupe Herman Düne, déjà aperçu l'an passé à Belfort, sera le lauréat de l'entrée sur scène et du concert le plus désinvolte : on croirait une répétition en plein air. Leur folk-rock, aux compositions bien léchés, ne correspond pas à nos goûts mais est cependant plutôt agréable à écouter assis dans l'herbe, la voix étant véritablement habitée. Certains moments un peu psychédéliques évoquent même le navrant et désormais culte Brian Jonestown Massacre... tout cela nous semble cependant moins excitant que Bright Eyes dans le même genre (mais encore une fois, on y connait rien ou si peu !).
Le moment est venu d'aller découvrir sur pièces la grande curiosité de la journée : Pete Doherty, LA star qui fait mouiller toute la rédaction de Rock&Folk (hommes et femmes), ex-moitié des déjà surestimés Libertines (et pas la meilleure moitié semble-t-il). Tour à tour dans les bras de l'héroïne puis dans ceux de mannequins anorexiques, dans les pages des Inrocks puis dans celles de Voici : un pur produit médiatique. Comme par hasard le seul et unique groupe sur les 2 jours à ne pas commencer à l'heure et l'endroit dit sera le sien, les BabyShambles (avion raté soi-disant) - ça part mal c't'histoire...
On devra donc se rabattre sur The Departure, groupe qui joue trop fort (ou mal réglé) un rock anglais revival insipide à la 'Interplocparty', et sera donc notre groupe joker du jour pour aller manger et libérer la boisson bizarre vendue au bar sous la marque Heineken, et à peine transformée par notre corps en quelques heures trop courtes.
Et à la nouvelle heure et scène des BabyShambles, il nous faudra encore patienter, en s'amusant de la présence de jeunes pop freaks aux cheveux mi-longs et en costard (des fans de Piiiiiiiiite sans doute, serait-ce les fameux Parisians ?), de pisseuses surexcitées et de celle, rafraîchissante, d'un type chevelu qui est venu uniquement ... pour insulter Doherty dans un anglais très fleuri. Au moment où on n'y croyait plus (vu la mine inquiète des roadies pendus au téléphone), il arriva... on l'avait traité de petit con et l'on s'en excuse sincèrement : en fait Pete Doherty est très grand !
Il est aussi bien à la hauteur de l'image destroy qu'il se donne tant de mal à construire : désinvolte, bourré ou foncedé, il est incapable de chanter correctement (ni en rythme ,ni dans le ton). Tout le concert (35 minutes, ne nous blessons pas) sera à l'avenant... Tout ceci pourrait encore lui être pardonné mais, comble de l'horreur, il porte un T-shirt bleu police sans manches, avec des santiags basses beiges : une horreur !
Musicalement on constate que les autres Babyshambles aussi sont des branleurs mêmes pas doués (seul le batteur tient la route), au son aussi mal réglé que Bloc Party mais au jeu encore plus approximatif. A la fin de ce concert pénible (le single Fuck forever a un peu fait tressauter notre orteil gauche, mais c'était purement nerveux), nous ne résistons pas au plaisir de brandir bien haut et bien longtemps notre majeur à la face de ce véritable imposteur, grand con donc, irrespectueux de son public et sans talent, bref, un pauvre type. Alors comme disait une rock star, une vraie, après le Live 8 : Make Doherty History !
Après cette honteuse prestation, on sera très soulagé d'écouter un peu Feist, la gentille chanteuse jazzy canadienne (qu'on voyait plus grande, elle), sa voix caressante et écorchée juste ce qu'il faut pour être sensuelle en diable. Quel contraste ! Ne connaissant hélas presque pas le répertoire, on a retenu un très joli slow "talking about secrets", composé de couches vocales délicatement enregistrées les unes sur les autres, et on a entendu "son tube", très plaisant (que les fans auront identifié, eux). On laissera cependant les petits couples danser doucement au son de la jolie songwriter, car on a entendu un hurlement d'outre-tombe nous appeler de l'autre bout du Parc...
Le mythique Dave Grohl et ses Foo Fighters sont dans la place ! Enfin du rock velu, nom de Zeus ! Leur scène est composée d'un impressionnant tas d'amplis morts, et leur son sera le plus bourrin du festival : tous les amplis sont à 11 dès la première chanson ! On travaillera l'articulation de nos cervicales sur leurs tonalités franchement metal (beaucoup plus brutal que sur album).
Il faut dire qu'on a une énorme sympathie pour ce garçon dont l'obscur premier groupe a bercé notre jeunesse. D'ailleurs il nous le rend bien, interpellant très gentiment le public (hurlant : Do ya wanna hear a fuckin'song ? puis murmurant : I do ...), vraiment pas la grosse tête. Il est si content d'être là qu'il nous fera profiter d'un énorme rot, amplifié environ 25 000 fois - la terre de Saint-Cloud en a tremblé !
Il s'avère qu'il est capable de chanter comme Joe Cocker sur une chanson lente, et aussi comme Phil Anselmo (de Pantera) sur d'autres - très en place, faut dire que le groupe tourne depuis 10 ans (on repense aux Eurocks '96, les plus mouillées qu'on ait vécues et où le père Grohl s'était fait tremper exprès, par solidarité avec son public). Cependant on se rappelle au bout d'un moment qu'hélas, les compositions des Foo Fighters sonnent un peu toutes pareilles (en tout cas en live où elles semblent un peu moins subtiles), et qu'étant à un festival après tout on est pas tenu de rester jusqu'au bout.
On part donc résolument à la découverte de nouvelles sensations : The Film, groupe de rock bordelais (bonne école non ?), qui a fort amusé nos oreilles au casque. On repense aux Flying Pooh : même scène, mêmes costards très classe et total attitude de rock stars, chant en anglais y compris. Il s'avère qu'on développe ici un très gros son lo-fi, on pense presque instantanément à John Spencer Blues Explosion (et ça c'est un putain d'énorme compliment !). Ce groupe est paraît-il connu surtout pour l'instant à cause d'une pub à la con ; il nous semble en effet avoir reconnu une de leurs excellentes chansons, qui doit s'appeler Can U touch Me ?. Si ça commence catchy et classe, le tout se finit dans un maëlstrom bruitiste et jubilatoire, où le saxophoniste hurle dans le micro de son engin tandis que le chanteur crie comme si sa vie en dépendait. Cette prestation trop courte nous donne en tout cas très envie d'acheter leur album : ce sera LA révélation outsider du festival !
On ne peut certes plus parler de révélation pour Robert Plant qui a cependant bien vieilli. On l'avait vu il y a longtemps avec Jimmy Page, rejouer la plupart des chansons cultes de Led Zeppelin en formation orientale (un concert splendide). Une longue intro électro avec ses 'ouuuuuuh' caractéristiques, hélas en play-back, annonce son arrivée avec une forte odeur d'encens (l'Orient, toujours).
Il est à présent entouré d'un groupe de petits jeunes (par rapport à lui) et la tonalité générale est celle du blues lancinant avec de gros riffs de plomb liquide (deux ou trois reprises de ses chansons époque Zep étant comprises dans le lot). Cela étant le bonhomme est extrêmement charismatique et il y a quand même une chanson (Tin Pan Valley) dont le refrain est un subtil mélange d'électro et hard rock vintage issue de son dernier et paraît-il très bon album Mighty Rearrangement, à suivre donc. Finalement tout cela est si lancinant (une chanson sur les Freedom fries pompe carrément Kashmere) qu'à un moment on se demande si on ne s'emmerde pas un peu quand même, et si on devrait pas se placer un tantinet pour le prochain concert ! On s'éloigne donc l'air de rien (Robert n'a rien remarqué ou alors il a fait semblant).
Car on s'est évidemment précipité en entendant les premières notes de Michael, pour ne pas rater Franz Ferdinand (on a même réussi à faire courir notre carcasse fatiguée). Outsiders l'an passé à Belfort, ils suivent la trajectoire du groupe presque parfait qu'ils sont : grande scène, tête d'affiche !
On passera un moment à se demander pourquoi les wonderboys écossais sont filmés en noir et blanc, jusqu'à comprendre que cela ne fait au fond que renforcer leur similitude d'attitude et d'accoutrements avec les Beatles : en filmant ainsi ces 4 parfaits gentlemen bien peignés et en chemise, on a l'impression de voir un vrai concert old school, filmé à Liverpool en 1965 !! Certes la mise en scène est un poil grandiloquente : de grands draps sur les panneaux coulissants à l'effigie de l'ancien, du nouvel album et de leur portrait en noir et blanc... un peu too much mais si la Nature a horreur du vide, les groupes aussi !
Après Tell her tonight, on entend Whole lotta Love jouée tout là-bas très loin (mille milliards de staracadémiciens écorchés, on a raté notre chanson préférée du Zep !), mais c'est trop tard pour regretter : Franz Ferdinand va enchaîner à plaisir tous les tubes de son premier album (c-a-d toutes les chansons, ou peu s'en faut), tout en disposant au fil du concert 4 à 5 nouveautés de l'album à paraître, apparemment tout aussi bien calibrées pour mettre le feu !
On constate que le public réagit au quart de tour à chacun de ces bijoux sonores : Jacqueline et sa basse énorme, LE tube interplanétaire Take me out (présentée par le sympathique Alex Kapranos comme une chanson de Dutronc !), The Dark of the Matinee, Auf Achse magnifiquement émouvante, 40' et bien sûr, Darts Of Pleasure, la bombe sonique - pourtant reléguée en fin d'album - que les Killers n'arriveront sans doute jamais à écrire !
"Pétaradant" est encore le mot qui paraît le plus approprié : On a quasiment pas touché terre jusqu'à ce que le chanteur présente longuement et avec humour son groupe, au fond absolument parfait (c'est presque suspect, ils ont du vendre leur âme à quelqu'un, je pense). Le rappel se finira par This Fire qui enfonce le clou : we gotta burn this city, burn this city ! tandis qu'en effet les gens sautent partout comme si la boue de la grande scène était devenue de la lave en fusion, Paris brûlerait-il ?!
C'est un K.O. debout qui vient donc conclure, tout le monde étant désormais cuit à point, cette fort belle journée !
Cette deuxième soirée s'achève bien tôt à notre goût (23 h 15), mais ce soir le métro est gratuit, c'est vendredi et la nuit va être longue ! Une dernière fois, l'on s'arrête devant la plus petite scène, idée très cool d'un fabricant de boissons gazeuses, où l'on s'amuse - à divers degrés - d'interprétations en air-guitar et play-back de tubes passés ou présents, mimés par des gens qui n'ont pas honte de s'exhiber !
On quitte bien sûr à regret ce cadre enchanteur. Alors merci et un grand coup de chapeau aux organisateurs de ce festival, qui tient pour le moment très bien la route, et espérons-le, à l'an prochain pour de nouvelles flâneries de fin d'été au bord de la Seine !
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