La Canadienne Julie Doiron publie des disques de folk/rock poignants aux mélodies douces amères. A l'image de son amie Shannon Wright, Julie Doiron évolue dans un univers tourmenté et souvent désespéré. La tonalité des morceaux composés par la jeune guitariste/chanteuse n'incline pas à sauter de joie : elle raconte des histoires de séparations douloureuses en nourrissant des regrets éternels. Cela pourrait être sinistre, mais comme chez Chan Marshall de Cat Power (dont la voix de Julie Doiron se rapproche), ce déballage de sentiments émeut l'auditeur. Il est en effet difficile de ne pas être touché par la sincérité se dégageant de ses chansons bien écrites, qui ont conquis - entre autres - Herman Düne (les deux frères sont partis en tournée avec elle et ont joué sur certains de ses disques)
Julie Doiron - 29 mars 2007 - point éphémère ( Paris ) Julie Doiron, arrivée le jour même du Canada (un peu fatiguée mais dans un état plutôt euphorique sur l'ensemble du concert ), seule sur scène avec sa guitare, a conquis tout le public du point .../...
Julie Doiron, arrivée le jour même du Canada (un peu fatiguée mais dans un état plutôt euphorique sur l'ensemble du concert ), seule sur scène avec sa guitare, a conquis tout le public du point éphémère.
Cela n'a pas été trop difficile dans un cadre aussi intimiste.
Elle a enchainé ses morceaux ponctués par ses facéties (notamment quelques difficultés pour accorder son instrument), faisant rire l'auditoire et dialogant avec lui dans un français un peu hésitant (elle même s'en excusait car demeurant dans une région anglophone ), lui demandant quels morceaux jouer, etc...
Evidemment rappel il y a eu , la soirée se terminant par une vente (assurée par l'artiste elle-même) de cd et disques vinyles. Que dire ? une artiste talentueuse, accessible, proche de son public.
Merci pour cette prestation Madame !
Herman Düne & Julie Doiron (Interview) - 28 novembre 2005 - L'Escapade, Clermont-Ferrand
Profession : musiciens passionnés...
En ce sinistre et pluvieux jour du mois de novembre, Herman Düne & Julie Doiron "traînent" un peu sur la longue route qui les mène à .../...
En ce sinistre et pluvieux jour du mois de novembre, Herman Düne & Julie Doiron « traînent » un peu sur la longue route qui les mène à Clermont-Ferrand, leur arrivée en provenance de Nantes ne se fait donc qu’aux alentours de 19 h 30. On se dit alors que l’entretien (prévu à 19 h) est compromis, qu’ils seront pressés et peu disponibles, voire grincheux à cause des 7 heures de trajet… Et bien évidemment, c’est tout le contraire qui se produit : le groupe au grand complet nous accorde un long entretien – presque une heure – en deux parties (avant et après le repas végétarien préparé par les organisateurs de cette soirée, le groupe Bolik). C’est dans une sorte de crypte aménagée en loges que la discussion avec David-Ivar, André, Néman et Julie Doiron se déroule. Tout le monde a visiblement envie de parler de sa passion numéro 1 (la musique) et adopte une position idéale pour le bavardage : affalé sur une banquette en fumant des clopes pour André, bien installé sur des chaises pour David et Néman (qui s’absentera pour mettre en place le stand de vente de disques) et assise en tailleur par terre pour la discrète mais pétillante Julie. Bolik, qui a réussi à trouver à la dernière minute la salle où le concert aura lieu (le bar L’escapade), a bien fait les choses : bières à profusion, bouteille de Jack Daniels, biscuits apéritif... Des conditions idéales pour poser les questions qui nous brûlent les lèvres à des musiciens capables de transformer une journée promise à la morosité automnale en une date mémorable ; il suffit d'un concert enthousiasmant le soir même pour ce faire…
« C’est un peu bête de dire : jamais de majors, jamais de producteur. »
Il semble que vous avez bénéficié de plus de moyens pour Not on top – vous avez enregistré en studio en Angleterre. Est-ce que ça a changé quelque chose de fondamental pour vous ? David-Ivar Herman Düne : « Pourtant l’album est autoproduit, c’est peut-être nous qui avons plus d’argent qu’avant… Mais ce n’est pas grand-chose comparé à n’importe quel disque. On a pu aller enregistrer à Leeds parce que des amis nous ont aidé à avoir le studio moins cher. On avait eu beaucoup plus de moyens pour l’album Switzerland heritage, il y a trois ans. André Herman Düne : On avait plus de moyens en chiffre, mais pas au point de vue matériel et confort : à ce niveau-là, on était mieux pour le dernier album, Not on top. David : C’est vrai, au niveau du temps et de la tranquillité, on avait de meilleures conditions pour ce disque ; on était chez des copains, on travaillait avec eux, Julie (Ndr : Doiron) était venue du Canada, ma sœur était là. On avait un peu plus de temps que pour les albums qu’on enregistre nous-mêmes d’habitude. C’est une personne qu’on connaissait qui a produit les morceaux avec nous : Richard Fornby.
Allez-vous continuer à financer vos disques vous mêmes puis à les vendre à des maisons de disques ou aimeriez-vous être signés, pour être plus « à l’aise » ? David : Ça dépend en fait, je suis très content de ce qu’on fait : je trouve que ça fait des bons disques. Mais je m’intéresse aussi beaucoup à ce que font les artistes qui sont sur de plus gros labels ; certains font des trucs super, et parfois, c’est parce que qu’ils ont un bon producteur en studio avec eux. Donc, si un jour on nous le propose, je dirais oui. Ce n’est pas un principe de ne pas le faire, ce n’est pas un but de signer avec une grosse structure non plus – on peut très bien faire 30 super disques sans jamais avoir ni un producteur, ni une major derrière – mais pour faire de bons albums, on peut aussi très bien enregistrer avec un producteur et signer sur un label. Je pense qu’il est intéressant de rester ouvert, on ne peut pas dire non a priori. Il y a beaucoup de gens, surtout dans l’indie rock, qui ne se rendent pas compte que c’est un peu bête de dire « jamais de majors, jamais de producteur ». C’est un état d’esprit politique qui passe presque avant la musique. Mais je trouve qu’artistiquement, ce n’est pas à rejeter forcément. André : Même si on avait un producteur, on prendrait très certainement beaucoup de décisions dans les faits. David : Oui, on n’est pas habitués à ce qu’on nous dise quoi faire. Je pense néanmoins qu’au stade où on en est, si un label voulait nous prendre comme artiste à mettre en avant, ce serait en tant qu’Herman Düne, avec notre son ; ce ne serait pas pour nous rendre différents. André : L’album en Suisse, Switzerland heritage, ce n’est pas nous qui l’avons produit, et c’était un petit peu un problème, même si on a fait nous mêmes des choix. Trouver un producteur avec qui tu as a envie de travailler, ce n’est pas facile. David : Oui mais si on avait un producteur de la renommée de Rick Rubin (je prends cet exemple parce qu’il a travaillé avec des majors), on l’écouterait sans doute plus qu’un mec inconnu.
Bien que votre musique soit assez éloignée de l’univers du groupe new-yorkais Suicide vous aviez dédié votre album Switzerland heritage à Martin Rev et Alan Vega, pourquoi ? David : J’adore Suicide, c’est la raison unique de cet album. On les a vus jouer alors qu'on pensait ne jamais pouvoir le faire un jour ; on était persuadés qu'on ne pourrait voir que Martin Rev ou Alan Vega séparément en solo. On a assisté au concert de Suicide dans un festival en Suisse, et l’affiche présentée était : Cerberus Shoal, Herman Düne, Suicide et Dirty Three. Voir Suicide live, c’était super : leur show donnait vraiment envie de faire de la musique. On a donc enregistré l’album dans l’endroit même où on les a vu jouer, uniquement pour cette raison, parce qu’on les adore. On est aussi très fans des Spacemen 3 – auxquels participait Richard Fornby avec qui on a enregistré Not on top –, c’est un groupe qui dédie quasiment tous ses morceaux à Suicide. Ils ont même un morceau qui s’intitule Suicide et qui commence comme ça : « This song is dedicated to Martin Rev et Alan Vega ». Il n’y a pas de paroles et il n’y a qu’une seule note !
« Le meilleur moyen pour nous de choisir les chansons qui figurent sur nos disques, c’est de les jouer en tournée. »
Il y a quelques temps j’ai assisté à un concert de Cerberus Shoal qui m’a fait un énorme effet. J’ai appris par la suite que vous aviez sorti un album avec eux ; pouvez-vous parler de ce groupe ? David : Sur scène, c’est fantastique ! La dernière fois que je les ai vus c’était à la Knitting Factory juste avant que je parte de New York, ça doit faire deux semaines ; c’était vraiment super ! Ils font souvent des shows géniaux ; particulièrement quand ils chantent tous. Ils improvisent un peu l’ambiance du concert, il y a donc des shows qui sont plus atmosphériques où il est un peu plus dur de rentrer dedans. Mais souvent sur scène, ils sont entre Tom Waits et Polyphonic Spree, c’est très impressionnant. Ce sont des gens vraiment super, ils vivent en communauté ; ils tournent tout le temps : ils ont « labouré » les routes des Etats-Unis. Chaque membre de ce groupe pris séparément est un musicien extraordinaire, ils savent jouer de tous les instruments. Ce sont mes amis, mais comme j’aime bien être franc, j’avoue que je n’écoute pas leurs disques aussi souvent que ça car ils ne ressemblent pas trop aux concerts. Il y a toutefois des albums que j’adore, comme celui qu’on a fait ensemble. Leur musique est vraiment psyché, je pense que ça devrait marcher avec tous les artistes psyché folk qui vendent des disques en ce moment.
La prestation de Cerberus Shoal m’avait fait penser à Arcade Fire… David : Oui, exactement : quand j’avais vu Arcade Fire l’année dernière, j’ai pensé à eux aussi, parce que c’est un truc qui explose avec un mur de voix. Surtout, Cerberus Shoal, c’est un vrai show visuellement parlant. Quand la bassiste, qui est toute petite avec ses couettes rousses, prend la trompette ou tape sur un gong à la Conan le Barbare, c’est incroyable.
Il faudrait qu’ils publient un disque live… David : Je pense que le nouveau disque va être super, c’est juste qu’avant il n’y avait pas les filles dans le groupe. Ils ont surtout des fans qui les connaissaient avant l’arrivée des filles dans le groupe, alors que je trouve qu’elles apportent beaucoup de choses. Parfois, ils ont tendance à retourner à ce qu’ils faisaient avant, et j’aime moins. André : Ils ont besoin de signer sur une major et de prendre un producteur… (sourire)
Vous avez l’air d’être très créatifs et d’écrire tout le temps de nouveaux morceaux. Si vous aviez le temps et les moyens, est-ce que ça vous dirait de faire paraître des albums tous les six mois, par exemple ? André : On a fait des disques solo, mais c’est vrai que ça fait longtemps qu’on n’a pas enregistré tous ensemble, en groupe. La dernière fois, c’était l’été dernier, il y a plus d’un an donc… David : Si on avait assez de bonnes chansons, oui ; mais on ne peut pas enregistrer juste parce qu’on a un emploi du temps libre…
J’avais l’impression que vous aviez toujours de nombreuses nouvelles chansons ? Vous les réservez pour les disques solo ? André : Ce n’est pas exactement la même chose : ce n’est pas parce qu’on a plein de chansons, qu’on en a forcément quinze qui sont prêtes pour faire un album avec Herman Düne. Le meilleur moyen pour nous de choisir les chansons qui figurent sur nos disques, c’est de les jouer en tournée. Et ça prend du temps. Un album tous le six mois, c’est un peu trop rapide dans l’état actuel de l’industrie du disque. David : Je pense qu’à l’avenir, on va faire de plus en plus des albums qui nécessiteront qu’on réfléchisse avant pour savoir comment on veut qu’ils sonnent. Et puis c’est vrai, il faut qu’on tourne aussi.
« Là, je viens juste de découvrir Jacques Brel. J’ai honte... »
Lors de l’enregistrement de Not on top, avez-vous été inspirés par un livre, un disque ou un film en particulier ? David : Les trois… Chaque fois qu’on enregistre, j’écoute New skin for the old Ceremony de Leonard Cohen. André : On a également pas mal passé en studio le disque John Wesley Harding de Bob Dylan. David : Cette fois-ci, on a encore plus pensé à Beggars Banquet des Rolling Stones quand on était en train d’enregistrer. Pour ce qui est du livre, je cite dans une chanson Goodbye Colombus de Philipp Roth. Et enfin, pour le film : André a une chanson où il parle de Unbreakable de M. Night Shyamalan.
Comment procédez-vous pour écrire ? Chacun compose ses chansons de son côté ou vous travaillez ensemble tout le temps ? André : On écrit les chansons chacun de notre côté, puis on les travaille en groupe sur scène et, enfin, on choisit les arrangements définitifs ensemble.
Est-ce que les chansons sont parfois modifiées profondément par l’apport des autres ? David : Carrément, oui. Les paroles ne sont pas changées, mais les arrangements évoluent considérablement par contre. André : Quelques fois, elles sont énormément modifiées, oui. Même au moment de l’enregistrement, on peut décider de changer complètement la rythmique d’une chanson.
Vous avez participé, entre autres, aux disques de Red, Julie Doiron et Françoiz Breut… Est-ce que cela change quelque chose à votre façon de jouer et d’écrire ? David : On a joué sur les disques de Red et Julie mais on n’a pas écrit pour eux… Les chansons que j’avais écrites pour Françoiz, je me souviens que ce n’était pas une écriture différente, j’avais envie d’écrire comme je le fais d’habitude mais j’ai pris un phrasé plus lent. En temps normal, j’ai un phrasé rapide et on m’a dit que ce n’était pas facile de reprendre nos morceaux. Il y avait donc moins de mots par mesure. Julie : Vous pouvez m’écrire des chansons si vous voulez, ça me dirait bien… (rires) David : Mais tu en écris plein, et qui sont super en plus !
Est-ce que ça vous intéresserez d’écrire des textes en français? David : J’y pensais l’autre jour… Julie joue deux chansons en français pendant cette tournée, et il y en a une où je trouve qu’elle a réussi à écrire une chanson qui est bien, enfin que j’aurais aimé écrire en tout cas, même si d’habitude, c’est différent de ma façon d’écrire. (Ndr : s’adressant à Julie) Tu sais, quand tu dis « et les larmes sur les joues ne se font pas voir », ça me rappelle la manière avec laquelle j'écris une chanson d’habitude. Mais les chansons en français que je connais sont toujours écrites comme l’histoire d’un livre ou d’un film : très dramatique… Moi, je n’ai jamais écrit comme ça ; j’ai toujours écrit et écouté uniquement des chansons en anglais. Là, je viens juste de découvrir Jacques Brel. J’ai honte, ça fait débile, mais je n’en est pas honte finalement… En ce moment, Adam Green écoute beaucoup Scott Walker, qui reprend Jacques Brel ; il a persuadé un ami à moi, Turner Cody que la musique de Scott Walker était le meilleur truc du monde. Et donc Turner Cody m’a fait écouté Scott Walker. J’ai trouvé les reprises tellement géniales, que je me suis mis à écouter Brel, mais sinon avant cela, je n’avais jamais rien écouté en français. Depuis que je suis tout petit, j’écoute de la musique chantée en anglais ; c’est pour cette raison que mon frère et moi, on écrit naturellement en anglais…
Où avez-vous grandi, en France ou en Suède ? David : On a grandi en France, à Paris, mais on allait très souvent en Suède puisqu’on avait de la famille là-bas. Mon grand-père était diplomate, il nous parlait en suédois et en anglais parce qu’il adorait parler anglais et qu’il voulait nous apprendre cette langue.
« Toute activité qui n’est pas en opposition avec le fait de passer de la musique, je la fais avec des albums en bande son... »
Vous parlez souvent de musique dans vos textes (vous citez Calvin Johnson dans votre dernier album, mais aussi Daniel Johnston, Sonic Youth, le Velvet Underground sur d’autres disques), les artistes que vous citez font partie de votre vie ? David : Ecouter de la musique, ça fait partie de notre vie, c’est sûr. Sinon, ce n’est pas une histoire de faire du name dropping, c’est un principe d’écriture : quand je parle de quelque chose, j’aime bien le nommer. Je trouve que les noms sonnent bien. Quand tu écris un texte, si tu mets un vrai nom, ça se sent en général. J’ai l’impression qu’il est dur d’inventer un nom qui sonne vrai, c’est pour ça que je cite certaines personnes. Sur cette tournée, on écoute pas mal Songs of love and hate de Leonard Cohen ; quand à la fin de Famous blue raincoat, il dit son propre nom « Sincerly, L. Cohen », la chanson a un contact avec la réalité que j’apprécie. Je me souviens que j’avais adoré le morceau Range life - sur l’album Crooked Rain, Crooked Rain de Pavement - où Stephen Malkmus parlait des Smashing Pumpkins. J’adore parce que tu connais le nom et tu te dis « tiens, moi aussi je comprends ce que veut dire la personne qui a écrit cette phrase ». J’aime ça en tant qu’auditeur et en tant qu’auteur. André : Les noms que tu cites dans ta question sont quasiment des références universelles pour les gens qui sont fans de disques plus ou moins indés, c’est presque comme si on employait des noms communs. David : Et là, en l’occurrence ce sont des gens que j’adore, donc ça me fait plaisir. J’écoute beaucoup de musique, c’est très important pour moi : dès que je ne suis pas en train de faire autre chose qui m’empêche d’écouter des disques, je le fais. Toute activité qui n’est pas en opposition avec le fait de passer de la musique, je la fais avec des albums en bande son ; donc forcément, j’ai les noms de mes musiciens préférés en tête.
Est-ce que c’est aussi un moyen de faire découvrir à votre public des artistes qui sont importants pour vous ? David : Ceux que tu citais sont plus connus que nous… Sur le nouvel album, il y a une chanson où je parle de Kimya. André : Ce serait un peu prétentieux de voir ça de cette façon là ; je pense que c’est plutôt le contraire, on utilise des références dont on sait que notre public les connaît déjà. David : Par exemple, si tu fais une rime avec le nom d’une personne, c’est parce que tu ne peux pas la remplacer, ce n’est pas un mot qui est là par hasard. Si c’est la vraie personne dont tu parles bien sûr, et si ce n’est pas juste pour faire une rime... André : Et en plus, ce n’est pas dans le dictionnaire des rimes !
Sur votre album Mas Cambios, il y a une chanson où vous parlez de l’acteur Martin Donovan dans le film Trust. Est-ce que cela vous intéresserez de composer une bande originale de film ou d’avoir à écrire un morceau spécifiquement pour le cinéma ? André : On vient de commencer à faire des BO, ça dépend de ce qu’on nous propose mais c’est très intéressant ; on aime bien regarder des films et travailler pour un film, c’est vraiment stimulant David : Moi, j’adore ça les musiques de films. Les BO des films d’Hal Hartley (NDR le réalisateur du film Trust) sont super, il y a de petits thèmes qui sont vraiment bien... Dans Switzerland heritage, je m’en étais inspiré pour le petit thème du titre Going to everglades. J’ai aussi fait une musique de film avec le musicien qui fait les claviers dans le groupe Berg sans Nipple, c’est pour un film d’horreur ; c’était génial, on s’est vraiment éclaté à faire ça chez lui. Il jouait de la Lap Steel et des percussions, et moi, j’étais au Ukulélé. C’est classe parce que tu joues et ce n’est pas le même espace qu’une chanson : tu peux faire un truc long, puis après le réalisateur choisit le passage qui lui convient. André a fait la BO pour un film d’un copain et on a également un de nos morceaux qui va apparaître dans un film qui va sortir prochainement. Apparemment, dans le film c’est une personne qui écoute une chanson qui est importante pour elle… André : Le gros avantage aussi avec le cinéma, c’est qu’il y a un bon son dans les salles, on y écoute la musique comme nulle part ailleurs. David : : J'ai été marqué par la bande originale du film de Martin Scorsese, Les Affranchis ; elle est fantastique, il n’y a que des girls bands.
« Les concerts dans les festivals sont également bien : tu as parfois l’impression d’être comme dans un clip. »
Vous invitez souvent vos amis avec vous sur scène. Est-ce une manière d’éviter la routine lors des tournées ? André : En fait, comme on passe une partie de notre vie en tournée, autant être en compagnie de nos amis ! Comme parmi nos amis, on compte des gens qui font de la très bonne musique, on est fiers de les présenter à notre public. David : On a beaucoup de gens qui nous entourent, qui sont nos amis et qui font partie des artistes qu’on préfère. Ce serait le cas même s’ils n’étaient pas des proches. Quand on a la chance d’arriver à la fois à s’éclater - parce que ce sont des potes et parce qu’on ne se voit pas souvent -, et qu’en plus on fait de la bonne musique ensemble, c’est super. Tu vas voir ce soir avec Julie à la basse c’est génial (Ndr, c’est totalement vrai), quand elle chante c’est super, elle a une très belle voix et on aime vraiment ses chansons.
Comment ça se passe avec Julie Doiron sur cette tournée ? Elle joue en première partie et après elle reste sur scène avec vous ? David : Pour l’instant, ce qui s’est passé, c’est que Julie joue ses chansons toute seule, et après elle nous appelle pour certains morceaux, quand elle en a envie, en fait. Ensuite, on se retrouve à quatre, avec elle. Elle joue de la basse sur le disque Not on top et elle fait de même avec nous sur scène sur cette tournée.
Je vous ai déjà vu jouer sur de grandes scènes aux Eurockéennes de Belfort, au Printemps de Bourges et à Paris, au festival Rock en Seine ; qu’est ce que ça vous fait de jouer ce soir dans un bar dont la capacité est assez réduite ? David : J’ai l’impression que pour ce soir, ça va être un peu trop petit ; d’habitude, c’est légèrement plus grand. C’est sûr que c’est une scène différente de celles sur lesquelles tu nous as vus auparavant ! Ça varie, mais en général, on joue plutôt dans des petites salles.
Les grands festivals et les tournées à dimension plus humaine, c’est aussi agréable pour vous ? David : Moi, j’aime bien les deux, même si c’est très différent. Pour un festival, tu as moins de temps, et puis c’est plus l’ambiance du truc en lui-même qui est sympa que le concert que tu fais : c’est en plein air, tu te balades, tu vas voir d’autres groupes, tu rencontres des copains qui sont en tournée aussi, tu parles aux gens qui te reconnaissent parce qu’ils t’ont vu juste avant. C’est rigolo, en général tout le monde est logé au même hôtel. Les concerts sont également bien : tu as parfois l’impression d’être comme dans un clip. Cela dit, les shows dont je me souviens ont souvent eu lieu dans de plus petites salles de 300 personnes ; cela donne vraiment une impression de monde mais la musique n’est pas forcément à un volume élevé. Quand tu nous a vus à Belfort, on avait joué l’après midi, on s’était vraiment bien marrés. Le public m’avait fait rire parce qu’après la fin du concert j’avais continué à jouer de la flûte, et je pense qu’à part les premiers rangs, personne n’entendait rien ; mais tous les gens étaient quand même super enthousiastes malgré cela, c’était drôle.
Est-ce que vous aviez profité pour aller voir PJ Harvey et les Pixies après votre concert à Belfort ? David : Pour les Pixies, on était sur le côté de la scène puisque Kimya (Ndr : Dawson, ex Moldy Peaches, qui jouait avec H.D. ce soir-là) les connaît, c’était cool. Sinon, la dernière fois, à Rock en Seine, il y avait Robert Plant, c’était sympa aussi, on a aussi regardé le show des Foo Fighters … André : PJ Harvey, je crois qu’elle est arrivée en hélicoptère jusque sur la scène… David : Les gens que j’ai cité avant ne sont pas vraiment mes idoles mais il y a trois jours, on était en Espagne pour le festival Tanned Tin, et là, il y avait Lou Barlow, que j’adore ! Je l’avais déjà rencontré plusieurs fois avant mais c’était bien cool de le revoir.
« On peut être passionnés par la musique et détester les tournées ; mais dans ce cas-là, c’est un peu bizarre d’en faire ! »
Est-ce qu’il vous arrive souvent de donner des concerts comme aux Eurockéennes 2004, avec vos nombreux amis musiciens (Kimya Dawson, Jack Lesser Lewis… ) ? David : Oui, on le fait souvent ; la dernière fois que j’ai joué avec Jack c’était il n’y a pas très longtemps. André : On ne peut pas inviter tout le monde en même temps, il ne faut pas avoir plus de deux ou trois groupes par soir. Et puis nos amis ont aussi leurs agendas, ils ne sont pas disponibles tout le temps. David : On fait tourner, on a tellement de gens avec lesquels on a envie de jouer et qu’on aimerait que les gens connaissent. C’est Jack qui vient le plus souvent, c’est un peu comme si c’était notre petit frère, on se connaît vraiment super bien et on se marre toujours avec lui.
En voyant le rythme de sortie de vos disques et les nombreuses tournées (où vous jouez tous les soirs en plus) que vous effectuez, j’avais l’impression que la musique est vitale pour vous et que vous en jouiez toute la journée. Est-ce que je me trompe ? David : Jouer tous les soirs, pour moi, c’est ça une tournée, on a toujours fait comme ça. André : Un jour sans jouer en tournée, ce n’est pas très pratique : toutes les personnes qui ont le choix jouent tous les jours.
Vous ne finissez pas par être exténués ? André : En général, on commence très fatigués et puis après on prend le rythme. On a plusieurs hôtels pour se reposer sur cette tournée. David : On est un peu fatigués physiquement mais ce n’est pas insurmontable ; tu dors une nuit et après c’est bon. Quand on ne joue pas tous les soirs, c’est pire pour moi, on se fatigue plus : on reste dans une ville, on ne sait pas quoi faire. Julie Doiron : On est plus tentés de boire en plus… David : Je ne verrais pas l’intérêt de ne pas avoir ce rythme : j’adore ça, comme tout le monde ici. Et puis sinon, autant rester chez soi ! Julie : C’est quelque chose qui m’embête, les groupes qui partent en tournée et qui s’ennuient de chez eux, qui veulent rentrer voir leurs copines alors qu’ils sont juste partis pour deux semaines. Ça, je n’ai jamais compris…
Peut-être qu’ils ne sont pas aussi passionnés que vous par la musique ? David : On peut être passionnés par la musique et détester les tournées ; mais dans ce cas-là, c’est un peu bizarre d’en faire ! Julie : Je peux comprendre, il y a des situations difficiles, ça peut arriver de s’ennuyer tout seul en tournée. André : Leur problème, c’est qu’ils ne font ça que pour l’argent… Mais quand tu es motivé par la tournée et le fait de jouer tous les soirs, c’est différent. Les gens qui tournent et qui préféreraient rester chez eux, la tournée est seulement une obligation professionnelle pour eux. Ce n’est pas notre cas… David : Il y des groupes qui tournent et qui perdent de l’argent en tournée. André : Oui, mais sur les contrats avec les maisons de disques, tu as des obligations de tournées. David : Je pense surtout que les gens aiment bien se plaindre. Julie : C’est ça, exactement ! André : Parce qu’en fait une tournée, même si on est fatigués, c’est un peu des vacances. Julie : On prend des cafés avec nos amis face à la plage, en Espagne... David : C’est vrai que 24 h sur 24, on est en train de faire quelque chose qui est officiellement notre profession, mais on ne va pas se plaindre ! Le mec qui se plaint de ça, il faut qu’il fasse autre chose ! Julie : Il faut vraiment être sûr de pouvoir passer 24 heures sur 24 avec les mêmes personnes, quand tu es sûr de ça, c’est bon.
« J’ai repris Dido comme j’aurais repris des morceaux de Jason Molina. Les chansons de Dido sont peut-être un peu moins bien, mais elles disent quelque chose également, la production leur fait quand même beaucoup de tort. »
Vous participez à la programmation du festival MoFo à Mains D’œuvres (où vous avez fait jouer Bonnie « Prince » Billy cette année), est-ce un moyen de faire découvrir des artistes que vous affectionnez particulièrement ? André : Oui, on a fait découvrir Bonnie « Prince » Billy cette année… David : (Rires) Non, en l’occurrence pas pour lui. Mais André avait pensé à monter le festival Mo’Fo, au début dans le seul but de faire découvrir des gens de New York qu’on aimait beaucoup. Et puis maintenant, comme ça a eu beaucoup de succès, ça devient un festival où beaucoup d’artistes veulent jouer.
Comment ça se passe exactement pour la programmation de Mo’Fo ? Après avoir initié le festival, participez-vous toujours activement au choix des artistes qui s’y produisent ? David : La personne qui programmait à Mains d’Oeuvres à l’époque, Benoît, nous a proposé une résidence qu’on a accepté. On s’est dit qu’il fallait faire quelque chose de cette résidence : on a enregistré nos disques, des disques pour des amis, et on a eu cette idée de festival avec Benoît. Pour la première édition, il était seul à programmer. Néman : C’est quelqu’un avec qui on travaille souvent, donc même quand il invite des gens et qu’on n’est pas impliqués, c’est le même réseau de contacts. Il nous demande parfois des conseils, on travaille assez souvent ensemble, mais il décide aussi indépendamment de nous. David : Par exemple, à l’occasion de Mo’Fo 2005, il avait invité Teenage Fan Club, qu’on ne connaissait pas…
La dernière édition de Mo’Fo était archi complète, avez-vous pour projet de faire tourner le festival en province ou de changer de lieu à Paris ? David : On nous l’a proposé plusieurs fois, mais c’est impossible d’avoir tous les artistes ensemble pour plusieurs jours. Néman : C’est vraiment compliqué, mais ça serait une bonne idée. Souvent, il y a quand même quelques artistes qui font des dates ailleurs après Mains D’œuvres, comme le concert que tu as vu aux Eurockéennes où on avait amené deux artistes qui jouaient à Mo’Fo la veille. André : Ça serait un peu ambitieux pour nous je pense… Néman : Nous ne sommes pas non plus une structure très importante, cette année c’était vraiment la limite pour nous. C’est vrai que c’était plein, mais trouver un autre lieu serait difficile : Mains d’Oeuvres est quand même un des rares endroits où on peut organiser un festival comme Mo’Fo.
Malgré des problèmes d’accordage de guitare et de coordination pour les rythmiques, le concert de Daniel Johnston en juin 2005 au Café de la Danse m’a marqué, est-ce que vous y avez assisté ? André : Non, mais on l’a vu pas mal de fois, la dernière fois c’était pour le festival Mo’Fo 2004 ; il m’avait fait un peu de la peine, on voyait qu’il prenait des médicaments, le pauvre. David : Je trouve que c’est moins bien maintenant sur scène, mais j’adore ses disques, ses chansons sont super belles. On l’avait vu une fois chez lui à Austin, c’était magique ! Une fois à Paris aussi c’était super, mais les derniers concerts où je l’ai vu étaient en dessous. André : En fait, plus il se sent bien et chez lui, mieux sont ses concerts. Ce qu’il y avait de bien quand on l’a vu à Austin, c’est qu’il était accompagné par son groupe, donc il n’avait pas à jouer de la guitare. David : Il y a tellement de gens qui s’occupent de lui, la qualité du concert dépend vraiment de la manière dont on s’est occupé de lui avant : s’il se sent bien, s’il s’est disputé avant avec son entourage ou pas.
Un autre concert qui m’avait marqué, c’était Magnolia Electric Co au nouveau Casino, qu’est ce que vous en pensez ? David : J’adore Jason Molina et ses chansons, par contre je ne suis pas fan de son groupe. Je trouve que ça ne lui va pas trop. La première fois où je l’ai vu, il y avait 10 personnes dans la salle, il chantait avec sa voix magnifique en s’accompagnant seulement avec une guitare, on entendait donc les paroles. Je comprends ce qu’il veut faire, il écoute beaucoup de classic rock, mais je trouve que la nouvelle formule ne met pas en valeur sa voix et ses paroles, c’est moins original de ce fait.
Il y a quelque chose qui m’intrigue chez vous : sur votre site internet et sur le disque où André interprète des morceaux de la chanteuse Dido, vous reprenez des morceaux plutôt mainstream (comme Smalltown boy de Bronski beat). Est-ce pour démontrer que ce sont de belles chansons mal produites ? André : On pourrait décrire ça comme ça… Mais je me suis plutôt intéressé à ce qu’il y avait de bien dans ces chansons. En fait, le disque de reprises de Dido, c’est un truc que j’ai fait pour moi-même et comme j’en étais content, j’ai fait un CDR. J’aimais beaucoup les chansons de Dido qui passaient à la radio (comme celle qui est samplée par Eminem), et je me suis rendu compte que même celles qui ne passaient pas à la radio étaient dignes d’intérêt. En les jouant moi-même avec une guitare, je me suis rendu compte du fait que le songwriting était intéressant. On peut comparer ça à Songs : Ohia (Ndr : le projet précédent de Jason Molina de Magnolia Electric Co), j’ai repris Dido comme j’aurais repris des morceaux de Jason Molina. Les chansons de Dido sont peut-être un peu moins bien, mais elles disent quelque chose également, la production leur fait quand même beaucoup de tort. Pour Smalltown boy de Bronski Beat, je l’ai faite une fois avec le groupe lors d’un concert à Annecy où on me l’avait demandée.
« Dionysos, je les ai vus une fois sur scène, on m’avait invité, c’était pour l’album produit par Steve Albini où ils parlent du Jedi ; j’ai trouvé ça nul, c’est de la variété. Et pourtant, je suis très fan de Star Wars ! »
Comment se passent vos tournées à l’étranger, en Europe et aux USA ? David : Ça se passe très bien. On a eu un des fans en Angleterre avant d’en avoir en France. En Amérique, on n’a pas vraiment de public je pense, il y a des gens qui nous connaissent mais il n’y a pas autant de monde à nos concerts aux USA qu’en Europe. Le public américain est très sollicité ; il y a des concerts partout, tout le temps, et je connais très peu de gens qui remplissent les salles comme on les remplit en Europe. Là bas, on n’est pas aussi bien distribués, donc c’est plus dur. Ceci dit, les tournées aux USA, c’est un plaisir quand on a grandi dans cette culture depuis tout petit. André : Du point de vue de la réponse du public, je trouve que c’est plus fort en Angleterre… Même pour les concerts qui se passent bien en Amérique, les gens sont plus blasés. David : Ce qu’il y a de bien quand tu joues en Amérique, c’est que s’il y a des gens qui viennent te passer une démo, c’est mieux que ce que tu fais, toi ! En Angleterre, ce n’est pas comme ça…
Aux USA, vous jouez principalement à New York ou dans tout le pays ? André : On a joué une seule fois dans tout le pays en groupe, sinon on essaye, mais c’est difficile… David : Moi, je suis allé joué dans 42 états américains, j’étais en tournée avec Kimya Dawson.
Vous aimeriez être mieux distribués aux USA ? David : Oui, carrément, c’est super de jouer là bas. Néman : C’est difficile car en l’état actuel des choses c’est illégal pour nous de jouer là bas car on n’a pas la carte verte. On ne peut pas dire qu’on part pour faire des concerts, on déclare qu’on est touristes pour pouvoir rentrer. André : A moins d’être sur un label assez gros là bas qui te paye les démarches administratives, il est impossible d’avoir des papiers en règle. David : Et même dans ce cas-là, il faudrait qu’ils demandent la permission trois ou quatre mois à l’avance ; le problème, c’est qu’aux Etats-Unis, une semaine avant le concert, ils ne savent pas qui va jouer. Quand on tourne là-bas, c’est uniquement avec une guitare et des percussions. Se produire en groupe comme on le fait ici, on ne peut pas le faire souvent, on ne l’a fait qu’une fois jusqu’ici. On pourrait peut-être le faire avec un autre groupe qui a le même équipement que nous et puis partir là bas en touristes, sans instruments.
Les visuels de vos disques, t-shirts et site internet – signés par David – sont très réussis. As-tu des projets dans ce domaine, une Bd par exemple ? David : En fait, je dessine tout le temps sur des carnets que j’ai avec moi. J’ai déjà fait une BD. Normalement, j’emmène des dessins avec moi en tournée pour les proposer sur notre stand de disques et de t-shirts, mais là je n’en ai plus, j’en aurai à nouveau à Paris.
Vous utilisez un ukulélé sur votre dernier album… Il y a un autre groupe français qui se sert de cet instrument, c’est Dionysos. Avez-vous écouté leur dernier disque ? Qu’en pensez-vous ? David : Dionysos, je les ai vus une fois sur scène, on m’avait invité, c’était pour l’album produit par Steve Albini où ils parlent du Jedi ; j’ai trouvé ça nul, c’est de la variété. Et pourtant, je suis très fan de Star Wars ! Récemment, on a vu sur scène un groupe qui s’appelle Enregistré par Steve Albini ; c’est un bon moyen de dire qu’Albini enregistre n’importe qui à partir du moment où c’est pour une major qui paye bien.
Ça ne vous direz pas d’être « Enregistrés par Steve Albini » justement ? David : Non, même si on est très fans de ce qu’il a fait pour Nirvana sur In Utero. Néman : Ses sons de batterie sont immédiatement reconnaissables : on reconnaît la patte Albini avant le groupe, ça m’est arrivé récemment en écoutant un album des Breeders...
Avez-vous écouté l’excellent coffret de Nirvana - With the lights out - qui est truffé de titres joués en version guitare/voix par Kurt Cobain ? David : Je suis un grand fan de Nirvana, j’ai encore les t-shirts des deux dernières tournées de Nirvana. Malheureusement, je n’ai pas écouté le coffret…
Pour conclure, qu’est ce que vous passez comme disques quand vous faites les DJ au Pop’In ? David : On alterne… Episodiquement c’est du punk rock, et la plupart du temps, c’est quand même très sixties. J’aime beaucoup les vieux 45 tours, la soul de New Orleans. »
Herman Düne & Julie Doiron ont terminé début décembre 2005 leur très longue tournée européenne commune... Si vous n'avez malheureusement pas pu vous rendre aux rendez-vous fixés par les trois frères et leur meilleure amie cette année, il reste une solution : écouter en boucle les très bons Not on top, Mas Cambios, Switzerland heritage et Goodnight nobody, voire carrément les discographies intégrales d'Herman Düne & Julie Doiron ; ça ne peut pas faire de mal, au contraire ! Le seul risque est de tomber irrémédiablement amoureux de la folk pop de ces artistes aimant écrire de belles chansons, pour pouvoir les interpréter ensuite avec ferveur. Tout simplement...
Photos live à Rognes (13) Pirlouiiiit, photos de presse Peter Boesch
Julie Doiron et Herman Düne - 25 novembre 2005 - Cartonnerie - Reims Il n'y a pas grand-chose à rajouter aux précédents comptes-rendus -publiés ici - de cette dernière tournée d'Herman Düne. Tout a déjà été dit. Alors il ne me reste qu'à répéter. Répéter que ces gars .../...
Il n’y a pas grand-chose à rajouter aux précédents comptes-rendus -publiés ici - de cette dernière tournée d’Herman Düne. Tout a déjà été dit. Alors il ne me reste qu’à répéter. Répéter que ces gars –et une fille- sont adorables et généreux. Qu’on ne perd jamais son temps à les voir jouer sur scène, même si c’est la xième fois, ou même, si au contraire vous n’avez jamais entendu leur musique, même si pire encore, vous êtes fan de métal ou bien de musette et totalement étranger au folk rock, le style dans lequel s’illustre ce groupe franco-suédois. Si on aime la musique, si on est du genre à siffler sous la douche, ou à vélo, on ne peut pas résister à Herman Düne.
Ces dernières semaines, nos troubadours étaient accompagnés de Julie Doiron, une de leurs nombreuses camarades, qu’ils ont accompagné comme backing-band sur son dernier disque Goodnight nobody. Julie est canadienne et maman tout à la fois. On retrouve dans ses chansons le même mélange de douceur et de tourment qui caractérise les mélodies de Low, d’autres musiciens à bébés. Elle commence seule avec une guitare. Elle est souriante. Elle propose au public, si par hasard il se trouverait parmi nous quelques-uns à connaître son répertoire, elle nous propose donc de choisir les titres qu’elle va chanter. J’aurais bien aimé Le piano, mais je n’ai pas osé. Le piano figure sur Désormais, un album chanté en français (le reste de sa discographie est en anglais). Pas de Piano ce soir, mais Ce charmant cœur, la première piste de Désormais. Cela a beau être en français, on ne comprend pas grand-chose. Les paroles sont susurrées, quelques mots se détachent en pointillé et c’est effectivement charmant. A un moment, elle nous explique l’origine d’un titre, un de ses premiers comme chanteuse solo. C’était après la naissance de son premier enfant, qui a 11 ans aujourd’hui. Trois semaines après l’accouchement, sa première sortie est un concert et sur scène elle découvre, stupéfaite, son ancien groupe (Eric’s Trip probablement) avec une nouvelle bassiste. On l’a remplacé dans son dos, elle qui croyait toujours faire partie de ce groupe, elle qui pensait être leur amie. Elle s’interrompt plusieurs fois pendant la chanson pour nous expliquer le contexte. Ca date, la blessure aussi.
Après peut-être huit chansons, Julie convoque sur scène ses copains André, David et Néman pour jouer les titres qu’ils ont enregistré ensemble. Au-dessus de tous, une mélodie crèvecoeur de saison, Snowfalls in november :
When snowfalls this november
It’s such a great place to be
And when the snow falls this November
I see you and me
Cette chanson est belle comme une amoureuse qui émerge du sommeil sous la couette et sous vos yeux. André dorlote la mélodie avec des mignardises de sa guitare. Et pour finir définitivement en beauté, Julie annonce un morceau qu’ils n’ont joué qu’une seule fois. Une, deux puis trois notes et c’est un nouveau petit bonheur quand je reconnais Shady Lane, une des chansons les plus difficiles à interpréter de Pavement (sur l’album Brighten the corners) et Julie de nous prouver ainsi qu’elle peut opérer en dehors du registre du murmure, essayez vous-même :
Blind date with a chancer
We had oysters and dry lancers
And the check when it arrived
We went dutch, dutch, dutch…
Après une pause, les mêmes, André, David, Julie, Néman, plus Professeur Schönberg (aka Lori Berg du duo instrumental Berg sans Nipple) reviennent sur la scène du cabaret de la Cartonnerie pour interpréter cette fois le répertoire d’Herman Düne. Le set précédent a été comme un échauffement et les musiciens ont les doigts qui les démangent quand ils retrouvent leurs instruments. David, en particulier, est gai comme un pinson. Il ébauche quelques pas de danse et accompagne au micro une chanson diffusée par les hauts-parleurs de la salle. Il nous informe gentiment que c’est une reprise de Patti Smith.
Ca n’a l’air de rien comme ça., mais cette petite improvisation illustre et résume l’esprit d’Herman Düne. C’est un gang de fous chantant, de toqués du ukulélé dont le sang contient autant de globules rouges que de ré mineurs.
On peut ne pas être emballé par l’intégralité de leurs chansons, mais il est difficile de rester insensible devant l’enthousiasme dont ils font preuve avec une constance désarmante. Je crois que c’est la cinquième fois que je les vois et c’est la cinquième fois que je reste bouche bée de plaisir.
Ce soir, à Reims, ils ont joué sans setlist, au feeling, explorant l’ancien, le nouveau et l’inédit (ensemble ou chacun de son côté, ils sont extrêmement prolifiques). J’entendais certains titres pour la troisième fois et chacun d’eux furent joués dans une nouvelle version, avec un André décidément inspiré à la guitare. On atteint ainsi des sommets sur les pépites de Not on top, leur dernier et meilleur album (attention les autres sont passionnants aussi), Good for no one, You could be a model et le bien mal nommé Not on Top qui contient les lignes suivantes :
I thought i’d never say
That I bought Nevermind and it changed my life
some fifteen years ago
Thought that my little sister
Would have never ever made it out of high school
and be looking for jobs
L’ensemble a duré un peu plus d’une heure et demi. Le public, tout aussi emballé que moi-même, a obtenu une flopée de rappels. Et après un Sunny, sunny, cold, cold day, de frère André, frère David conclut définitivement la soirée par une reprise des Flaming Lips, She don’t use Jelly. Royal !
Herman Düne + Julie Doiron + Labolduc - 11 novembre 2005 - Espace Doun - Rognes (13) La soirée se passe à Rognes, et non pas à Aix comme celà avait été annoncé sur le site d'Herman Düne ... Herman Düne à Rognes !!! Bon ok, les franco-suédois sont habitués aux petites salles et ont la .../...
La soirée se passe à Rognes, et non pas à Aix comme celà avait été annoncé sur le site d'Herman Düne ... Herman Düne à Rognes !!! Bon ok, les franco-suédois sont habitués aux petites salles et ont la réputation d'y être plus à l'aise que dans les grandes, alors va pour Rognes et l'heure de voiture à faire pour y arriver d'Avignon.
L'affiche annonce "Herman Düne et Julie Doiron", On s’attend donc à voir les deux frères barbus David-Ivar et André et le "cousin" Neman accompagnés de la canadienne, mais ce qu'on ne sait pas c'est que la salle va être "chauffée" par Julien Colboc (dit Labolduc). Artiste en tout genre spécialisé dans la sculpture du bois, la guitare acoustique et les chansons qui sentent bon l'Amérique profonde (à moins que ce ne soit la Normandie profonde).
Le parigo-normand copain d'enfance de la famille Herman Düne ne chauffe pas la salle à moitié : la centaine de spectateurs qui a fait le déplacement semble d'entrée conquise et rentre immédiatement dans un concert qui s'annonce musicalement bien (visuellement c’est autre chose : la salle de l'espace Doun n'est pas idéale, puisque seuls les 5 premiers rangs peuvent voir quelque chose quand tout le monde est debout).
Suit la ravissante Julie Doiron qui n’a pas la tâche facile après notre joyeux bûcheron. Pour ceux qui ne connaissent pas, Julie Doiron fait de magnifiques chansons (trop ?) intimisto-mélancoliques, mais à ce moment de la soirée, sa très belle voix ne suffit pas à accrocher les oreilles d’un public encore en train de résonner sur les airs de Labolduc et déjà en train d’attendre ceux d’Herman Düne (qui accompagnent d’ailleurs la canadienne).
Après quelques chansons qui finissent (malheureusement) par lasser le public, ce petit monde fait une fausse sortie, pour revenir (tous !) nous enchanter avec des extraits du dernier album d’Herman Düne, mais aussi de plus anciennes chansons (les excellents "Metal Mash" et "Show me the Roof" notamment).
David-Ivar casse une corde de sa guitare (et fini le dernier tiers du concert avec 5 cordes), Labolduc revient chanter avec eux (quand cela lui dit, semble-t-il), Julie Doiron à la basse est souriante, et les chansons s’enchaînent sans que l’on se rende compte que le temps passe. L’ambiance dans la salle et les applaudissements sont plus que chaleureux, et les spectateurs des premiers rangs se sont assis, ce qui permet à tout le monde de voir.
Arrive (trop vite) le temps des rappels, et les trois dernières chansons purement acoustiques : la sono est débranchée (David-Ivar en profite pour placer un enchanteur titre écrit pour sa sœur Lisa). A ce moment, le silence dans la salle est impressionnant, le son est bon, et les gens ne sont plus seulement conquis, mais hypnotisé.
C’est la fin du concert. David-Ivar, André, Neman, Julie et Julien quittent la scène et se dirigent vers le fond de la salle où ils dédicacent les affiches, CD et t-shirts (David en fait quelques-uns en direct). Ils discutent avec qui veut bien très accessibles et apparemment ravis d’être venu jouer à Rognes (lieu idéal pour les HD ?). Sans doute pas autant ravis que nous.
Merci à Arthur et à tous ceux de l’espace Doun pour cette excellente soirée !
Herman Düne + Julie Doiron + Labolduc - 11 novembre 2005 - Espace Doun - Rognes
Je vais moi aussi ajouter la mienne au concert de louanges à propos de ce concert magique l'autre soir à Rognes. Apres avoir conduit sur les routes sombres et sinueuses qui m'éloignaient .../...
Je vais moi aussi ajouter la mienne au concert de louanges à propos de ce concert magique l’autre soir à Rognes. Apres avoir conduit sur les routes sombres et sinueuses qui m’éloignaient exceptionnellement de Marseille pour un concert, j’ai retrouvé avec autant de plaisir Rognes, sa rue (principale) et son Espace Doun … La première fois c’était il y a un peu plus d’1 mois, pour le superbe concert de Narrow Terrence … En arrivant beaucoup de monde ... il fallait d’ailleurs réserver pour être certain de rentrer … pas mal de beau monde RIT est la, des membres de Aixinki dont Cyril Pelegrin s’improvisera ingé son de la soirée, (Herman Dune n’ayant apparemment pas prévenu qu’ils venaient sans), de Farouch(e) Zoe, de Kid Francescoli, Vélodrome et certainement bien d’autres …
Cette fois encore l’émotion fut au rendez vous et tout comme la dernière fois je ne savais pas vraiment a quoi m’attendre en venant ici. En effet même si je connais Herman Dune de nom depuis des années et que j’ai lu les chroniques de Pierre, je ne l’ai jamais vu sur scène, ni entendu sur disque. Du coup j’ai été assez surpris en les voyant en vrai. Deux barbus : le plus grand sans lunettes, avec pantalon moulant, plusieurs t-shirts superposés, l’autres lunettes noires (qu’il n’enlèvera que ponctuellement a deux reprises vers la fin), fumant comme un pompier (clope sur clope* pendant tout le concert, ce qui justifiait en effet le cendrier a cote de son tabouret), un moustachu plutôt réservé, se tenant un peu a l’écart pendant tout le début.
Pour cette tournée comme sur leur dernier album Not on top les franco-suédois
De Herman Dune sont accompagnés par la canadienne Julie Doiron, et ce soir ils étaient venus avec leur ex roadie (très barbu lui aussi) qui a décidé de les accompagner sur quelques dates après les avoir croisé a Annecy. Il nous fera une première partie délirante sous le regard amusé de ses comparses auxquels il ne cessera de jeter des regards interrogatifs et complices. Sous le nom de Labolduc il fera le pitre pendant un bon moment chauffant le public assez efficacement. Le peu que je me souviens de ses textes était marrant et assez cru.
Apres cette boule d’énergie et de deconnade, Julie Doiron aura peut être un peu de mal a nous mettre dans l’ambiance intimiste de ses chansons. Elle s’interrompra a plusieurs reprises après le début de ses morceaux pour nous raconter ce qui l’a inspiré (ses enfants le plus souvent, qu’elle a eu assez jeune). Bref elle nous raconte sa vie en chanson et entre les chansons (elle a trouvé la soupe très bonne ce soir) ce qui est plutôt touchant. De plus elle a une jolie voix et chante bien. On regrette peut être d’être aussi serrés a ce moment la se disant qu’on serait mieux assis pour l’écouter.
Elle sera assez vite rejoint par les trois Herman Dune pour quelques morceaux avant de re-finir toute seule. A ce stade je pensais qu’ils n’allaient plus s’arrêter jusqu’a la fin et au lieu de ça, lorsqu’elle a finit ils sont restés dans le coin sans rien dire ni se mettre a jouer ce qui était assez déconcertant … (fais-je une tentative jusqu’au bar ou vont-ils commencer ?). Et puis le plus grand des deux barbus a pris le micro pour proposer aux gens de devant de s’asseoir pour que ceux qui sont loin puissent profiter du spectacle aussi. Très bonne initiative. C’est aussi le moment ou ma carte mémoire a refusé d’aller au delà de 99-9999 et que j’ai commencé a prendre des photos avec mon téléphone portable ... désolé ...
L’ambiance du concert a été très bien décrites par les chroniques de Guru, Stephane ou même Pierre a propos du concert a Clermont Ferrant). J’ai pensé a Neil Young, a Bob Dylan bien sur, au Velvet Underground mais aussi a Steve Shiffman (avec qui David-IVar si je ne m’embrouille pas dans les noms a d’ailleurs joué il y a quelques mois) … bref ce fut très folk (ou antifolk selon certains), avec des parties plus électriques et d’autres plus hippie (pour la grand joie du Pinguin) comme lorsqu’ils ont tous pris des percus et plus ou moins assis par terre ce sont mis a jouer des trucs lancinants.
L’attention n’a fait que croître pendant tout le concert, et plus cela avançait plus on était dedans … médusés et recueillis. Le cadre et l’accueil qu’avait reçu le groupe devaient aussi être pour beaucoup dans ce sentiment « en famille » qu’on avait ce soir. Labolduc qui était resté sur le cote de la scène s’est levé a plusieurs reprises pour les rejoindre le temps d’un morceaux pour faire des chœurs supplémentaires ou juste pour danser.
Julie qui avait paru au début un peu dans les vap’ ou en tout cas (in)timid(é)e paraissait beaucoup plus décontractée et souriante, jouant de la basse et/ou chantant. Tout le monde donnait l’impression de se faire plaisir sur scène (même le batteur que j’avais trouvé un peu taciturne au départ).
Quelques rappels pendant lesquels ils ont même joué en acoustique (pour de vrai) en coupant la sono … d’abord juste David Ivar rapidement rejoint par les autres, batteur debout sur la grosse caisse de sa batterie jouant de la flûte, Julie essayant de se mettre a genoux sur un tabouret haut, et enfin l’autre guitariste qui après avoir fait mine de ranger ses affaires dans les étuis est lui aussi revenu avec un harmonica pour un final mémorable.
Merci encore a l’asso pour ce concert simple beau et magique. La salle semblait bien petite ce soir … et il y a fort a parier que les prochaines fois cela risque d’être pire car le bouche a oreille va fonctionner a plein régime et il serait étonnant qu’il n’y ait pas encre plus de voitures en provenance de Marseille et d’Aix la prochaine fois … notamment pour Jack the Ripper en janvier !!!!!
* en parlant de cigarette je suis obligé de dire que il est assez triste de voir autant de monde fumer … je ne parle même pas de l’intoxication du public non fumeur … s’il vous plait, arrêtez tant qu’il en est encore temps, ou mieux ne commencez pas … passé le collège ça plus rien de cool du tout.