La première écoute de Snowflake Midnight, dernier de Mercury Rev, s'avère une expérience très déconcertante. Le groupe le plus flamboyant de la pop mélodique nous avait habitués à des titres riches en mélodies et en émotions, défendus lors de concerts sublimes et .../...

La première écoute de
Snowflake Midnight, dernier de
Mercury Rev, s'avère une expérience très déconcertante. Le groupe le plus flamboyant de la pop mélodique nous avait habitués à des titres riches en mélodies et en émotions, défendus lors de
concerts sublimes et stratosphériques. Titres pourtant d'un grand classicisme, souvent symphoniques, ce qui faisait une partie du charme.
Or ici tout semble balancé joyeusement cul par dessus tête ! Parmi les rares points de repère, la voix haut perchée du leader et son amour jamais démenti, quasi enfantin, pour les flocons de neige, les papillons, les jeunes filles et les fleurs - rappelons que
Johathan Donahue est le seul chanteur qui puisse battre des ailes en chantant sans avoir l'air ridicule. Et toujours, il est vrai, des envolées d'un lyrisme totalement premier degré et charmant.
Par contre, plus trace de ces mélodies académiques et splendides, idéales pour des rêves éveillés et endormis. Mais des rythmiques speed, des ruptures et des ponts étranges avec rires d'enfants énigmatiques (
Butterfly's wing), qui semblent exprimer, en plus des psychotropes habituels, la prise en supplément d'amphétamines par le groupe : des passages déchaînés (
Senses on fire), un groupe par moments totalement lysergique voire atone (
October sunshine), par moments totalement ailleurs et énigmatique (
Faraway from cars), rebondissant sans crier gare dans de la trip hop lourde ou de l'électro déglingué (
Runaway Raindrop)...
Cette nouvelle formule fantasque et un peu bizarre donne pourtant de vrais morceaux de bravoure, comme
Dream of a young girl as a flower, soudain bouleversante et chair-de-poulesque. Et un peu partout, des passages d'abord horripilants et qu'on finit par attendre, comme celui des rires d'enfants... La première écoute est ingrate, on l'a dit. Et pourtant c'est sur la persévérance, comme souvent dans ces cas-là, que l'auditeur s'apercevra être tombé sous le charme de cette oeuvre étrange, bancale et attachante.

Et encore n'a-t-on pas encore parlé de
Strange Attractor, album entièrement instrumental offert en bonus aux fans, lui aussi composé de longues plages rêveuses parcourues d'ondes prog-rock, voire free jazz (
Loop, lisse, loop), un coup électro intello à la Aphex Twin, un coup musique d'ambiance orientale (
Incident on Abeel Street) - ou peut-être de méditation new-age ? On y distingue toutefois la très trippante
Pure Joie de la Solitude (Massive Attack n'est pas loin). On dirait au fond que les morceaux les plus étranges du lot ont volontairement été remisés ici et à part, afin que personne ne s'inquiète trop pour la santé mentale du groupe - raté !
People are so unpredictable ? C'est l'hôpital qui se fout de la charité, messieurs, surtout sur un morceau aussi étrange ! Pour le coup personne ne pouvait prévoir une telle évolution ! A la limite ce diptyque ne rappelle que vaguement leurs tous premiers albums (également un peu abscons de prime abord), sans qu'on puisse dire si c'est délibéré.
Reconnaissons en tout cas à
Mercury Rev un certain courage - avec leurs recettes éprouvées, il auraient pu sortir encore plusieurs disques beaux, mélodieux et tous pareils, et tourner paisiblement pour relever les compteurs : il y a ici une prise de risque totale qu'il convient de saluer. En 2008 chez les paysagistes du rock, un cycle semble s'achever :
Mogwaï se répète,
Sigur Ros lorgne vers la pop, et
Mercury Rev laisse tout le monde en plan en accomplissant sa révolution copernicienne. Il ne vous reste plus qu'à choisir votre camp !
(2008)