Nous nous sommes tant aimés... C'est probablement parce que vos chansons nous accompagnent depuis pratiquement 20 ans, chères Têtes Raides, et cher Christian Olivier qui revendiquez ce disque comme étant votre plus personnel (à vous, pas à votre groupe), que nous en avons été si .../...

Nous nous sommes tant aimés... C'est probablement parce que vos chansons nous accompagnent depuis pratiquement 20 ans, chères
Têtes Raides, et cher
Christian Olivier qui revendiquez ce disque comme étant votre plus personnel (à vous, pas à votre groupe), que nous en avons été si déçus : parce qu'il s'est écroulé comme un décor en carton-pâte dès qu'on l'a secoué un peu.
Un signe aurait du nous inquiéter : au lieu des anciennes pochettes magnifiques et indestructibles signées des "Chats Pelés", au lieu du bonhomme griffonné en rouge sang sur
Fragile (votre dernier disque intéressant en date, et déjà lui-même précédé de plusieurs efforts inégaux), ce présent disque ne propose plus qu'un portrait de votre minois ! Ce qui personnifie inhabituellement - et désagréablement - une musique qui avait pourtant toujours fonctionné jusque là sur un bel esprit collectif, et qu'on avait (et qu'on aura encore, espérons-le) plaisir à retrouver à chacun de vos passages
sur scène...
Après un
L'an Demain épuré, qui rappelle vos plus riches heures poétiques, après une
Fulgurance encore assez percutante, il reste quoi ? Pratiquement plus rien : un ensemble de chansons déjà mille fois écrites et entendues chez vous, voire chez les autres... Cette déprimante
Emma, limite cucul et que ne peut pas sauver le timbre éraillé de
Jeanne Moreau, ce
Marteau-Piqueur éculé, ce
J'm'en fous dont le rythme pogo ne rappelle que douloureusement ses ancètres autrement plus barrés, et qui figuraient déjà sur
Not Dead but Bien Raides (en 1989 !), ce
Gérard poussif et bâclé, ce
So Free assez horripilant, etc, etc.
A la limite, on peut défendre avec vous cette forteresse que vous appelez
Angata, pour son engagement qui prolonge votre ancien "Avis de KO social", et pour quelques jolis mots (la
"démocrature", pas mal !). Mais ça ne suffira certes pas à sauver cet ample et assez désolant ratage : entendons-nous bien, si un quatuor d'étudiants avaient sorti ce disque, on aurait salué leur effort en soulignant une parenté importante avec votre musique. Par contre, il est inacceptable que 20 ans d'un parcours musical richissime, et émaillé de chansons poignantes (dont certaines que l'auteur de ces lignes peut encore chanter par coeur, au siècle d'après) puissent encore, sauf obligation contractuelle avec votre maison de disques, sauf arriérés d'impôts devenus urgents, aboutir à pareille banalité que
Pas à Pas, ou à un tel air de déjà-vu que
Je Voudrais. Merde, quoi, non !
Certes, tant d'années à sortir des disques avec une régularité d'horloge, peuvent vous essouffler la toquante à la longue. Partis du punk-musette que vous aviez vous-même enfantés, le monde vous sait gré d'avoir ensuite réinventé la chanson française alors sérieusement sclérosée, tout en ayant ferraillé sur scène aux côtés de
Mano Negra et
Noir Désir dans les temps glorieux, et d'avoir finalement inventé un style flamboyant, toujours imité et jamais égalé qu'on a appelé "néo-réaliste". Encore faudrait-il ne pas en être aussi, à la longue, les fossoyeurs. On viendra sûrement vous revoir en concert, mais seulement après avoir réussi à vous pardonner cette frasque déplorable.
(2011)