Accueil Chronique de concert The Dead Weather (+ Creature with the Atom Brain)
Dimanche 29 mars 2020 : 9784 concerts, 25960 chroniques de concert, 5290 critiques d'album.

Chronique de Concert

The Dead Weather (+ Creature with the Atom Brain)

The Dead Weather (+ Creature with the Atom Brain) en concert

L'Olympia, Paris 28 octobre 2009

Critique écrite le par


Parmi les trucs stupides à faire de son temps et de son argent une fois dans sa vie, il y a probablement en bonne position : se payer plus de 7 h de TGV & RER en moins de 24 h, pour aller voir un concert unique à Paris, et d'une durée estimée à 45 minutes environ. On avait bien traversé la France pour voir les Four Horsemen à Arras par le passé, mais pour au moins 2 heures et pas en aller-retour... Il y a peu de groupes pour lesquels ce type de sacrifice semble valoir le coup, mais sur le papier (comme sur disque), il se trouve que The Dead Weather est un de ceux-là. Pas parce qu'il contient Dean Fertita, le dernier arrivé en date chez les QOTSA, qu'on avait même pas encore remarqué, non, ni même pour Jack Lawrence, le riant nerd blafard aux cheveux longs de Blanche, des Greenhornes, des Raconteurs et surement d'autres formations encore...


Mais plutôt pour le duo voix-batterie, évidemment, formé par Jack White et Alison Mosshart (The White Stripes meets The Kills !), un couple de dieux vivants qui ont eu l'excellente idée, au risque d'humilier définitivement la concurrence, de commettre un groupe ensemble pendant un temps mort... Ceci alors qu'on a déjà eu l'occasion d'admirer les performances de l'ensemble des groupes pré-cités (et la dernière fois en date, le duo de la belle aux Eurockéennes dans une performance magnétique). The Dead Weather, donc, live à l'Olympia-Bruno-Coquatrix, le mythique, celui de Piaf et Bécaud, plancher en pente et sièges déjà arrachés pour ce soir... Let There Be Rock !


Mais d'abord, découverte (les parisiens peuvent bien se moquer du plouc, il n'est pas susceptible !) de la bien belle salle donc, de ses deux bars hors de prix et de son public très savamment looké. Petit passage à l'expo de marques dans la glaise de la quasi-totalité de la chanson française de variété (mais ne remontant hélas pas jusqu'aux paluches les plus mythiques). Je remarque quand même celle de Christophe, vu et aimé il y a moins d'une semaine, et celle de Raymond Devos, que j'ai eu l'honneur de serrer un jour. Le temps de noter que Liveinmarseille n'aura pas l'exclusivité de la chronique puisque notre clermontois préféré est monté lui-aussi, et aussi que si on a pas les mêmes lunettes noires carrées que tout le monde à Paris (les mêmes que sur les pubs "Avant j'étais ..."), on est manifestement un pauvre loser no-look. Dont acte.


Bonne surprise, il y a un premier groupe pour ouvrir le bal à 20 h pétante, appelé Creature with the Atom Brain. Le quatuor masculin, avec batteur en avant et très remonté, s'avère intéressant à écouter, dans un set évolutif qui commence par ressembler à du early Nirvana, avant d'aller vers du rock plus coloré - on pense furtivement à Placebo-du-début, puis aux Dandy Warhols, mais peut-être à cause de la batterie siglée... "DW" ! Leur look est assez peu remarquable (ce qui n'est pas très important en soi, mais se remarque dans une soirée comme celle-ci !) sauf un bassiste à longue barbe et chignon, qui semble méchamment gaulé, mais au jeu par ailleurs très discret. Ils parviennent à attirer l'attention des gens (qui ne les prennent pourtant pas en photo, et du coup moi non plus, peur du videur oblige), et du moins à s'éviter les sifflets.


Le public parisien, gentiment frondeur niveau clopes et photos, s'avèrera en tout cas enthousiaste toute la soirée et vraiment pas blasé, un bon point pour lui ! Suivent quelques compos de belle factures avec gimmicks efficaces à la White Stripes, puis longues plages introspectives et fascinantes de style Black Angels. Leur impressionnante maîtrise leur ouvre un boulevard pour la célébrité, puisque les têtes d'affiche de ce soir les embarquent en tournée avec eux... A la pause, on constate que les roadies de TDW ne ressemblent pas à des roadies : c'est costard noir, chapeau et cravate pour tout le monde. Pour les guitares, un seul coloris accepté : crême. Top classe avant même d'avoir commencé, pas étonnant pour un groupe composé de control freaks qui ne laissent rien au hasard en terme d'image ...


Après une assez longue attente, le noir se fait, des cigarettes s'allument, une immense clameur trépignante et l'on s'aperçoit que le plancher est flottant, à l'Olympia ! Les 4 membres de The Dead Weather s'avancent et entament, comme sur disque, avec le blues de 60 Feet Tall, départ calme en trompe-l'oeil et montée progressive vers un raffut de tous les diables - Jack White frappe sa batterie comme une mule et les guitares vrombissent furieusement, dans un son parfait. La Belle qui a ôté négligemment sa fourrure, fait le tour du propriétaire avant de finir déjà juchée sur un ampli de retour, très à l'aise sur ses quilles immenses : "I could take the trouble,'cause I'm sixty feet tall !". Autant dire que rien que pour avoir re-re-croisé la fameuse lueur infernale de son regard, le trip est déjà rentabilisé...


Hang You Up from the Heaven conforte cette impression que le concert va être une tuerie, la chanteuse vocifère et le public rugit de plaisir - par ailleurs des nains et autres baby-rockeurs poussent furieusement pour se faufiler, qu'on repousse tant bien que mal de toute notre pesanteur. Quand à Alison, elle aime toujours autant se plier en deux, indifféremment vers l'avant ou vers l'arrière (sa souplesse et ses jambes félines laissent d'ailleurs un peu rêveur... personne ne porte aussi bien qu'elle le jean slim, c'est un fait !).


Suit un blues (inédit ou reprise), où tous chantent les choeurs autour de Mr White qui a pris le pouvoir. Puis So far from your Weapon, où Mrs Mosshart prend une guitare carrée qui rappelle celle de The Originator, Bo Diddley, et pousse à son tour les couplets, repris par les trois mâles ! Encore un titre inconnu et très cogneur : le set va les distiller habilement, rallongeant idéalement la sauce, sans pour autant la délayer puisqu'on ne s'ennuyera pas un instant. Certains de ces titres sont largement aussi bons que ceux déjà enregistrés, et laissent à augurer d'encore au moins un bon LP avant un split inéluctable !


Mais retour à du très menaçant - I built a house for your bones ! Ca sonne comme une promesse ça non ? - le clavier au son très guitarroïde de Dean Fertita vrombit sous les coups, le jeu un peu trop cymbalisé mais surpuissant de Jack White le pousse au cul, et les fioritures distordues de Jack Lawrence répondent idéalement aux vociférations hystériques de la Créature, toujours à la lutte avec ses cheveux. On prend un pied énorme, et d'ailleurs la salle est en feu, enfin au sens figuré. Parce qu'en fait, je ne vois quand même rien à ce que j'essaye d'écrire (et encore moins en le relisant plus tard), d'autant que les petits salopiots essayent toujours de se faufiler en me repoussant derrière.


Je me mets donc à un moment donné sur ma position "oui, je suis grand et je vous emmerde", et j'écarte les 5 ou 6 malotrus qui se sont incrustés pour reprendre ma place initiale avec mon collègue... Mais tout ceci n'est que péripétie si on le compare aux furieux woh-oh-oh de Rocking Horse, ou encore au blues toxique de No Hassle Night, tout à fait prenants. Autre pic orgasmique, la très Whitestripesque New Pony, une sombre histoire de poney descendu à la carabine, ressuscité au vaudou (et rendu taché ?), le tout dans un grand vacarme de guitares aux formes parfois étranges. Multiplié par l'acoustique de l'Olympia, autant dire qu'il n'y a pas de chansons calmes ce soir, titre lent ou titre rapide, tout déboîte !


Sauf peut-être quand le groupe sort sans crier gare, pour un retour à seulement deux, histoire de jouer Will there be enough Water, Jack W passant à la guitare et Jack L à la batterie, pour ce titre qui conclut (à peu près) aimablement l'album Horehound. Le groupe au grand complet braille ensuite à nouveau joyeusement sur I Cut like a Buffalo, qui semble avoir les faveurs du public et déchire en effet davantage en live, au point que le duo qui a chanté par moments bouche contre bouche, peut ici s'éloigner chacun d'un mètre du micro et rester audible ! Suit un titre avec boite à rythme, d'abord déconcertant mais finalement bienvenu puisqu'il permet aux 4 artificiers de se déhancher devant, toutes guitares brandies.


Je ne sais pas quel effet les trois gaillards font aux gens qui aiment les garçons, mais il est sûr que les gens qui aiment les filles se pâment devant cette tigresse ondulante et hurleuse ! Le concert se finit après 70 minutes de pur plaisir, avec le titre que chacun attendait, la chanson la plus faramineuse, la plus totalement jouissive, qui déclenche un moment de pure folie collective où chacun saute, hurle et éructe de bonheur : Treat Me like Your Mother, dans un déluge de stroboscopes et de fumées, avec ses ponts diaboliques, ses invectives, son riff simple et génial de synthé salace.


On imagine brièvement ce pauvre homme rentrant un peu tard et un peu bourré à la maison et tombant sur la furie Alison en rogne : "You blink when you breathe, and you breathe when you lie ? You blink when you lie ! Me raconte pas des conneries, je vois bien quand tu me mens, me traite pas comme tu traites ta mère ou tu vas avaler tes dents, pauvre type !... 4 minutes 15 d'engueulades renversantes et un micro balancé, il n'en faut pas plus pour laisser la salle K.O. debout, hurlant sa joie devant les musiciens qui saluent ensemble avant de sortir...


Mission accomplie pour un concert à l'intensité totale et à la durée admirablement choisie, putain de merde, ça pourrait bien être notre concert de l'année, finalement ?! En sortant de ce show dantesque, éclairé et sonorisé pas de vrais cadors (116 ans d'expérience feront toujours la différence !), encore hébétés et un sourire idiot aux lèvres, on aperçoit un barbu aux cheveux longs qui ressemble furieusement à Warren Ellis (oui, celui de Nick Cave !) : ça nous ira bien, comme guest-star, plus intéressant que de croiser Manoeuvre qui a failli se mettre à baver comme une gargouille hier pendant leur passage télé...


Alors bon, au final, est-ce que ça valait le coup ? Hell yeah que ça valait le coup !! Il y a environ une chance sur deux que le groupe écume les festivals l'an prochain, l'autre chance étant que chacun reparte vaquer à ses affaires, et moi je ne suis pas joueur dans l'âme... Et puis en parcourant la galerie des futurs invités, pas de doute, c'était bien LE soir de l'année pour aller à l'Olympia ! En tout cas on aura pas pris le risque insupportable de ne jamais rencontrer ce qui est le plus excitant des super-groupes actuels, le rêve devenu réalité d'associer l'Homme et la Femme les plus sexy de la planète rock...


Je finirai cette excellente soirée à écluser quelques mousses en bonne compagnie, dans un de ses détestables bars chics qu'on ne trouve qu'à Paris et où le verre prend 200 % s'il est bu assis... Le verre fait quand même du bien, notamment en devisant avec la terreur des volcans d'Auvergne et de la Coopérative de Mai, qui est en résidence à Paris pour une semaine de chroniques endiablées (you lucky bastard !). Une chose est sûre : on a créé un précédent, et on risquerait bien de re-craquer si, au hasard, Them Crooked Vultures faisait une date unique au Bataclan dans trois mois !

Illustrations un peu paniquées et/ou surexcitées, par Philippe

Quelques courtes vidéos pour se faire une idée : par ici !

> Réponse le 30 octobre 2009, par Yann M

Si j'ai bien compris, cher Philippe, on fantasme à l'idée de se faire péter la gueule par Alison Mosshart ? C'est original et meme... assez tentant je l'avoue ! ;-)  Réagir

> Réponse le 30 octobre 2009, par Anonyme

Je voulais juste souligner que "New Pony", même si elle a l'air très "Whitestripesque", est une reprise de Bob Dylan. Sinon très bonne chronique, et oui Alison est une déesse!  Réagir

> Réponse le 05 novembre 2009, par Nerdblafard

Comme dirait l'autre : ...et vous restez hébété, les poches et le cerveau vide, tout juste un petit grésillement dans l'oreille interne et une sorte d'étincelle périodique au fond des yeux. Vous avez fait 'Tilt' et vous avez exactement le même regard que Sam Lowry à la fin de Brazil, quand il s'est échappé... (NdPh : j'ai pas déjà lu ça quelque part ? c'est qui c't'autre on peut savoir ?)  Réagir


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