Critique de concert Joanna Newsom


Très beau concert de la ravissante Joanna Newsom dans le cadre classieusement rétro du théâtre – très bien rénové – du Trianon à Paris, situé à Pigalle et jouxtant l'Elysée-Montmartre, toujours en stand by post incendie... C'est à l'occasion d'un très couru passage estival que la songwriter, pianiste, harpiste et chanteuse a pu dévoiler l'étendue de son singulier talent. Au menu : folk pop songs romantiques, sophistiquées et échevelées, subtilement matinées d'influences musiques classiques et baroques mais aussi japonaises et blues... Compte rendu :
C'est devant un parterre de fans énamourés (à juste titre, il faut bien le dire, vu la qualité du spectacle... ) que la jeune, élégante et souriante artiste commence son concert en solo à la harpe et au chant avec '81... Même en étant assez familier de l'univers de Miss Newsom – on se souvient d'un très marquant concert au Printemps de Bourges 2007 –, il faut un petit temps d'adaptation pour s'habituer à l'ambiance intimiste et très sobre comme aux accès de virtuosité dans la voix. La charme commence doucement à opérer quand le groupe fait son apparition pour un deuxième morceau, Have One On Me, très long, alambiqué et brillamment écrit. Admirablement aidée par un batteur inspiré et illuminé, une violoniste choriste très juste dans ses interventions et le génial Ryan Francescoli aux guitares, au banjo et à la mandoline, Joanna Newsom tutoie des cimes inatteignables pour le commun des mortels : voix cristalline, gorgée d'âme et sertie de réminiscences de Kate Bush, Karen Dalton, Patti Smith, PJ Harvey, Tori Amos et Billie Hollyday, jeux de harpe sidérant de beauté, très beau toucher au piano et chansons captivantes. Il y a là de quoi retourner l'auditeur pour un bon bout de temps, croyez moi ! Les pauses drolatiques pour l'accordage de la harpe (passages où le batteur et le guitariste meublent avec des blagues pince sans rire... Et où l'on comprend mieux l'intervention de Kurt Cobain à l'adresse des Meat Puppets en train de s'accorder pendant l'Unplugged de Nirvana : " Ils accordent une harpe ou quoi ? ") accroissent la proximité entre le public et l'artiste, qui apparait humble, naturelle et sincèrement désolée... Puis le concert repart de plus belle et c'est tout simplement magique : la voix, les arrangements et l'à propos du chef d'orchestre Ryan Francescoli, qui change fréquemment d'instruments au cours des morceaux pour colorer le son façon jazz, blues ou rock bruitiste, tout concourt à propulser l'assistance en apesanteur. Dans un monde à part, complétement décalé par rapport au 21ème siècle et incroyablement romantique...
Les deux rappels – d'un titre chacun : l'intimiste Baby Birch et le gracile puis dissonant Bridges and Balloons – sont réclamés à corps et à cris par une assistance en état d'euphorie avancée et accueillis par des tonnerres applaudissements sincères... Avec un répertoire magistral et une généreuse prestation scénique, Joanna Newsom permet sans aucun doute ce soir au Trianon de vivre une de ses plus belles soirées depuis sa réouverture au public.
Set List :
'81
Have One On Me
Easy
Cosmia
Inflammatory Writ
Autumn
Soft As Chalk
Monkey & Bear
Good Intentions Paving Co.
Peach, Plum, Pear
Baby Birch
Bridges and Balloons
Liens : www.dragcity.com/artists/joanna-newsom, www.myspace.com/joannanewsomallalive, www.facebook.com/pages/Joanna-Newsom, www.letrianon.fr , www.3pomprod.com.
Signature : pierre andrieule 27/07/2011
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le 19 avril 2007 - Théâtres St-Bonnet et Jacques Coeur, La Hune, Bourges (par Pierre Andrieu)
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