Critique de concert King Khan & BBQ Show + Black Lips + The Almighty Defenders + Topper Harley


Trois shows – King Khan & BBQ Show, Black Lips et The Almighty Defenders – bien gratinés et méchamment rock 'n roll pour le prix d'un dans la moiteur du gai Paris, à la Machine du Moulin Rouge... C'est à deux pas de l'illustre cabaret Le Moulin Rouge (les deux établissements sont mitoyens et les concerts doivent commencer après les revues, à cause du " bruit "), dans l'ex Locomotive rebaptisée et vraiment parfaite pour le rock, que cette chaude soirée a eu lieu. Il ne fallait pas se tromper de queue pour patienter sur le trottoir sous peine de devoir passer une soirée à reluquer des danseuses avec des plumes dans le cul plutôt que des musiciens doués pour foutre un bordel monstre. Récit enflammé par un chroniqueur sous le charme :

King Khan & BBQ Show
Très très belle entrée en matière du King Khan & BBQ Show vers 23h30, juste après le dj set réjouissant de Topper Harley... King Khan se présente sur scène avec sa guitare électrique et son micro, torse nu, énorme bide complaisamment affiché, langue souvent de sortie pour aguicher le public, pantalon lamé moulant bien rempli avec poutre apparente et coiffure vaudou... Plus sobre, son acolyte, Mark Sultan aka BBQ arbore un joli turban sur la tête et joue lui aussi de la guitare, mais assis, lui, pour pouvoir tambouriner sa grosse caisse. C'est parti pour une demi heure de rhythm and blues, de punk rock et de rock & soul. Attention toutefois, le concert débute par un morceau presque death metal où King Khan hurle comme un goret des " Jesus, suck my dick ! " à faire se retourner Jean-Paul II dans sa tombe. Par la suite, le duo se plait à enchainer ses hits à la fois très rock 'n roll, méga soul et super punk Lo-Fi. C'est une véritable joie d'écouter ces deux garnements mélanger leurs sons avec jubilation : avec sa voix très soul, Mark Sultan chante comme un dieu tout en assurant des rythmiques aussi joyeusement barbares que basiques, King Khan, quant à lui, vocalise et joue de la six cordes solo en offrant au public et aux photographes un catalogue de poses vulgaires et sexy. Très bon ce set introductif de King Khan & BBQ Show ! Si bon que le guitariste des Black Lips, Cole Alexander, en fin connaisseur de grand n'importe quoi scénique (au cours du set de son combo, il placera sa guitare au dessus de lui, glaviotera sur celle-ci et avalera ses crachats... ) marque son approbation en jetant des canettes de bière sur scène depuis le public, sympa ! A signaler également, dans un registre beaucoup moins drôle : une chanson punk dédicacée à la mémoire du très regretté Jay Reatard, Zombies. On aurait aimé qu'il puisse voir ça !

Black Lips
Une courte pause plus tard, c'est une salle en ébullition (ça fait très plaisir d'être au milieu d'un public aussi chaud !) qui accueille les Black Lips comme il se doit... En gueulant et en applaudissant à tout rompre ! Malgré les nombreux passages des Américains en Ile de France, chaque prestation dans la capitale déchaine les passions. Normal, car même quand il déroule un mini set best of de 40 minutes, le groupe de Cole, Jared, Ian et Joe assure grave ! Le son pop garage psyché est franchement dégueulasse (c'est un compliment : quel bonheur d'entendre des gens jouer de la pop à l'arrache, en n'oubliant pas de la truffer d'idées tubesques), la troupe semble chargée à bloc de divers produits et comme à chaque fois, cela nous électrise !

Ce mix borderline entre 13th Floor Elevators, Kinks, Beatles, Troggs et Jacques Dutronc est de nature à transformer n'importe quelle morne journée en moment de fête déjantée. Pas de pipi, de vomi, de zizi "on stage" cette fois-ci, tout juste un jet de canette de bière - pleine - dans notre direction (on a répliqué !), le traditionnel roulage de pelles entre musiciens et de fréquentes séances d'envahissement de la scène par de furieux aficionados, et un spectacle où chacun y va de sa chanson dans une ambiance de fiesta jusqu'au boutiste. O Katrina, Hippie Hippie Hourrah ou encore Bad Kids, en final, défilent à toute vitesse, à la grande joie de l'assistance, au septième ciel pop 'n roll. C'est l'amour fou entre la foule parisienne et le groupe, tant et si bien que quand un fan monte sur scène et fait mine de se taper sur les fesses comme une strip teaseuse au travail, il a droit aux assauts de Jared et Cole, qui viennent se frotter à lui puis font mine de l'enculer avec une guitare... Black Lips est un groupe de scène vraiment imparable, est-il besoin de le rappeler ?

The Almighty Defenders
Le point d'orgue de la soirée est atteint avec le set hystérique, foutraque et bien envoyé de The Almighty Defenders, c'est à dire les Black Lips, King Khan et BBQ ensemble sur scène dans leurs très seyantes robes de pasteurs... Attention, amis catholiques pratiquants, malgré les apparences angéliques du groupe et le nom choisi - " les défenseurs du tout puissant " -, ce spectacle vous est formellement déconseillé : les paroles évoquent la fornication sous des formes diverses et variées et toutes sortes de péchés capitaux. Connu des services de la police des mœurs pour pratiquer le sexe débridé avec des groupies voraces, les six musiciens provocateurs semblent au paradis sur scène quand ils racontent en chansons des histoires salées, qui doivent chauffer à blanc leurs futures conquêtes d'un soir. Et nous, on applaudit à deux mains, car les morceaux sont excellentes, d'humeurs changeantes (rock, soul, rhythm and blues, pop cradingue... ) et entrainent des bouffées de chaleur, de joie et une inextinguible soif de croquer la pomme à pleines dents. Les instruments passent de main en main dans une grande tournante musicale où chaque musicien à son moment de gloire au chant et le droit de jouer de la basse, de la batterie, du tambourin ou de la guitare. Vous l'aurez compris, tout le monde y met du sien pour dégager le plus d'ondes positives en racontant le maximum de conneries.

Après avoir vu défiler tout l'album des Almighty Defenders, avec ses hits vintage et jubilatoires - Bow Down and Die, All My Loving, Cone a Light... - et la première chanson d'amour jamais composée ayant pour thème le Jihad, Jihad Blues, cette soirée très hot dans le gai Paris se termine par une prière du soir avant d'aller se coucher... C'est cool, comme ça on pourra faire du Boogie Woogie en respectant les tables de la loi d'Eddy Mitchell... Tel un prêcheur fou, le batteur des Black Lips (quel acteur ! quel batteur ! quel chanteur !), sort donc sa " Holy Bible " et déblatère des inepties avec un regard de fou halluciné et une voix possédée sur The Great Defender. Rien à redire, il est presque deux heures du matin et on a passé un putain de bon moment, avec trois groupes nés pour rendre heureux les fans de rock 'n roll. Hallelujah mes frères ! Et Amen !
Liens : www.myspace.com/thekingkhanbbqshow, www.myspace.com/theblacklips, www.myspace.com/thealmightydefenders.
Photos des concerts : Flore-Anne Roth www.floreanneroth.com
Signature : pierre andrieule 28/05/2010
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Photographe : flore-anne roth
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