Critique de concert Jazz des Cinq Continents (FJ5C 2012) 7/7 : Sonny Rollins


Ça y est la 13ème édition du Festival jazz des cinq continents (retrouver les chroniques des jour 1, jour 2, jour 3, jour 4, jour 6) touche à sa fin ... pour finir en beauté, l'équipe du festival a fait venir un des derniers monstres sacrés, le "Saxophone Colossus" en personne ... Sonny Rollins ! Hier les after (gratuits) du Radisson orchestrées par Christophe Leloil ont pris fin (chroniques de McYavell à venir), on profite du coup du dernier before organisé par Mr Martin en attendant que la longue file diminue ... car ce soir comme hier, le Parc Longchamp affiche complet. Une fois le pain surprise terminé nous nous lançons dans l'ascension des marches du château d'eau après avoir fait scanner notre billet (toujours un petit peu de stress dans ces moments-là). Je m'attendais à une horde de photographe, mais nous ne sommes pas beaucoup plus nombreux que les autres soirs ...

Alors que je suis en train de jouer à "où est Charlie ?" en regardant le public, Bernard Souroque me fait bondir en s'emparant du micro. Particulièrement en joie, il remercie un nouvelle fois l'armée de l'ombre (comprendre les bénévoles) et après avoir appelé sur scène quelques personnes clés de l'organisation du festival, il laisse le micro à Jacques Corot journaliste à La Provence et ami proche, dont le rêve était parait il d'introduire Sonny Rollins un jour. Visiblement ce n'était pas exagéré vu l'état de nervosité / stress dans lequel il était. Après l'avoir laissé seul sur scène ils reviendront finalement pour le soutenir (au propre comme au figuré). Pendant que le géant hirsute attendait en fond de scène il bredouillera quelques mots dont on retiendra surtout l'émotion bien réelle (finalement à l'image de la soirée). De ces notes il parviendra tout de même à citer le nom des musiciens qui ce soir accompagnent son idole :

De gauche à droite Peter Bernstein à la guitare, Bob Cranshaw (qui jouait déjà avec Rollins il y a plus de 40 ans) à la basse, Kobie Watkins à la batterie (qui a déjà impressionné son monde lors des deux derniers afters au Radisson), Sammy Figueroa aux percussions et Clifton Anderson (neveu de Rollins) au trombone. A l’exception du guitariste il semble que ce soit les mêmes musiciens que la dernière (et première) fois que j'ai vu Sonny Rollins il y a 9 ans sur la scène de Summerstage, où il m'avait impressionné par sa tenue et ce qu'il dégageait.

Aujourd'hui c'est tout de rouge vêtu qu'il est entré sur scène. Je pense que je me souviendrai longtemps de cette entrée en scène. Il a beau être courbé, et marcher avec un peu de difficulté il dégage quelque chose de fort et de beau. Impression surement amplifiée par l'attente perceptible du public qui aura la retenue de ne pas l’accueillir immédiatement à coup de "assis !" (ça ne durera pas). D'un rapide coup d’œil je parcours la scène à la recherche de sa chaise ou d'un quelconque support... rien du tout ! J'espère être aussi vaillant à 81 ans.

Je ne me lancerai pas dans une tentative de description de sa musique (je laisse cela aux aficionados ou connaisseurs) je me sens juste capable de parler de ce que j'ai vu ou ressenti. A quel point j'ai été impressionné par son souffle (même si il a surement en effet moins de coffre qu'avant), par sa gestion de l'effort... qu'il n'a pas l'air de faire, par son comportement quand il ne joue pas (il suit le rythme, regarde les autres jouer, marque les temps du poing, ...), par sa douceur et gentillesse. A la fin du premier morceau ... environ 10 minutes après le début ... il s'approchera du micro (non branché au début) ... et alors que tout le monde retient son souffle, la première chose qu'il fera après nous avoir dit bonsoir, sera de présenter ses musiciens ...

Dans ces moments là il parait fragile et n'en devient que plus impressionnant dès qu'il se remet à jouer. Les musiciens qui l'accompagnent son évidemment très bon ... chacun très présent par des solos (guitare, batterie, trombone surtout) ou en soutien des autres. Beaucoup de sourires sur scène et ça s'entend encore de loin. De l'humour avec quelques clins d'oeil comme ce mini bout de Marseillaise glissé l'air de rien, ou ce "j'espère bien revenir jouer à Marseille !"auquel tout le monde a envie de croire.

Même si je serai obligé de partir avant la fin, et même si je n'ai pas tout écouté religieusement, mon attention déclinant avec la distance (quand on a eu la chance de les regarder jouer à quelques mètres, il est difficile de les apprécier autant à plus d'une centaine de mètres, même avec les écrans géants*), je garderai de ce concert le souvenir de ce grand monsieur comme quelque chose / quelqu'un de fort et beau.

Pour conclure sur cette belle édition pendant laquelle se seront succédés notamment Ballaké Sissoko & Vincent Segall, Pat Metheny Unity band, Ibrahim Maalouf, Avishai Cohen trio, Terez Montcalm, Stacey Kent, Al Jarreau, Earth Wind and Fire Experience, Oma Sosa & Paolo Fresu, Bobby McFerrin & the Yellowcoats, et en attendant la prochaine ... quelques remarques :
*les querelles debout/assis semblent inévitables et je ne vois pas comment les éviter ...
*un grand bravo pour les écrans géants et l'utilisation de mini caméras placées sur la scène qui ont permis une retransmission dynamique et d'angles inatteignables pour la joie du plus grand nombre.
*un regret concernant l'absence de verres consignés
*un grand bravo pour les afters
*dommage que les talentueux musiciens du coin ne soient pas plus mis en valeurs et restent cantonnés aux événements autour du festival
*on peut se demander si l'argent (public) dépensé pour le bar ouvert en backstage n'aurait pas pu être plutôt utilisé pour faire baisser le prix des places (peut être la somme est ridicule je ne m'en rends pas compte)
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Signature : pirlouiiiitle 26/07/2012
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>> Réponse (le 26/07/2012 par Jazzjounaleux)

Nous nous sommes retrouvé devant le Maître du Bebop et du hardbebop, c'est un fait. Bonheur à ceux qui ont été présents. Sonny, par sa prestation semble toujours être le maitre de l'improvisation. Même si son phrasé pouvait nous emmener dans des contrées parfois inconnues, il était souvent généreux en petits cailloux blancs. Malgré son âge, Sonny bouge, frétille, s'articule dans ce terrain musical qu'est le sien, il ne joue pas de la musique...il parle la musique...cela n'est d'ailleurs pas un scoop. Un batteur à la hauteur des attentes de Sonny, formidable et bravo. Des 4/4 comme on peut les aimer, des réponses, des questions...des échanges. Le contrebassiste toujours présent, solide et discret était garant du terrain musical. Là où les autres musiciens étaient absent, on pouvait .../...
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