Critique de concert The Flaming Lips + Emilie Simon + CocoRosie + Architecture In Helsinki (Printemps de Bourges 2006)



Sur le papier, l’affiche qui réunissait au Palais d’Auron, à Bourges, Achitecture In Helsinki, Cocorosie , Emilie Simon et The Flamings Lips avait de la gueule ! Dans les faits, elle s’est révélée un peu inégale, avec de très bons moments, une déception et un concert d’anthologie, du genre de ceux dont on se souviendra dans 20 ans…
Achitecture In Helsinki :
C’est avec une bonne demi heure de retard que le concert des Australiens frappadingues d’Achitecture In Helsinki commence. Après une mini reprise vocale du Bouge de là (transformé ici en « Bourges de là ») du désespérant MC Solar, le show bricolo démarre. Le public est immédiatement plongé dans une ambiance de franche improvisation hippie, un peu comme sur le disque In case we die ; les huit membres du groupe s’échangent leurs instruments, chantent comme des enfants ivres de bonheur, en essayant de recréer l’atmosphère pop qui régnait à Woodstock. C’est une véritable partouze de sons, d’influences et d’ambiances : la New Wave rencontre la pop, la folk music s’acoquine avec le post punk, la soul cuivrée s’invite à l’orgie… On pense très fortement aux inestimables Talking Heads, pour la voix bizarroïde du chanteur principal, mais également à cause du foisonnement créatif multiculturel qui anime les (d)ébats. Ces gens-là s’amusent sur scène, et ça fait plaisir à voir. Ici, on ne s’occupe pas de sonner juste, de mettre ses doigts au bon endroit sur sa guitare ou ses claviers, voire de rester en rythme ; on s’attache plutôt à jouer comme on le sent des morceaux déjà passablement alambiqués sur disque. Les deux soeurs un peu rondes qui semblent sorties de La petite maison dans la prairie évoluent derrière les micros avec une fraîcheur à peine croyable ; le concept de pression ne semble pas les tracasser particulièrement. Tant et si bien que cette farandole hippie réussit à contaminer la salle entière, totalement sous le charme de la pop branquignole venue des antipodes. Et dans tout ce bazar, il y a même des tubes qui ne se cachent pas… Toute cela donne envie de partie en Australie fonder une communauté où l’on vit d’amour, d’eau fraiche, et de musique pop bien sûr !
CocoRosie :
Et ce ne sont pas les deux sœurs de CocoRosie et leur troupe de musiciens qui vont nous enlever de la tête cette idée de vivre en communauté dans la nature en jouant de la guitare couché dans l’herbe fraîche. Le groupe qui nous avait enchanté à Saint-Malo et déçu à Belfort a cette fois décidé de nous surprendre avec des morceaux excellents, et d’autres moins réussis. Le parti pris hip hop folk lo fi appliqué à la plupart des morceaux se révèle en effet inégalement pertinent : parfois, ça marche, et l’on rentre dans le délire, parfois on reste un peu étranger à ces bidouillages réalisés entre amis de manière un peu autiste. L’ensemble a néanmoins le mérite d’être assez original. Les voix des deux troublantes américaines bohêmes sont souvent sidérantes de beauté, il y a même des passages lyriques quasiment surréalistes. Il faut malheureusement signaler la mauvaise acoustique de la salle - plus adaptée à la foire aux vins de Sancerre qu’à un concert - et la piètre qualité de l’ingénieur du son qui se troue à plusieurs reprises… Il y a également quelques ratés dans les projections, qui ne sont de toute façon pas très intéressantes : on pense à un film de vacances sous alcools ou drogues. Cela étant dit, les instants les plus calmes où CocoRosie habille ses sobres chansons folk de petits bruitages de la vie de tous les jours sont toujours aussi beaux.
Emilie Simon :
C’est à la belle Emilie Simon que revient l’insigne honneur de produire la plus mauvaise prestation du jour : un set de variété rock avec texte en français truffés de clichés, instrumentation lourdingue et compositions peu inspirées. Comment Mademoiselle Simon a-t-elle pu passer de fée électro trip hop à ça : une énième chanteuse française sans aspérités ? Mystère… On a donc envie de quitter la salle dès les premiers morceaux, d’une fadeur et d’une lourdeur insupportables. Mais on reste en attendant l’étincelle, qui n’arrivera pas. Il faut dire qu’avec un percussionniste aussi démonstratif qu’inutile, un bidouilleur sonore aussi dramatiquement hors sujet et un guitariste limite métal, le décollage vers d’autres sphères ne risque pas de se produire. A moins de prendre une dose massive de drogue, et encore. Seule la version pourtant réchauffée d’I Wanna be your dog des Stooges arrache un rictus de bonheur, mais bien fugace…

The Flamings Lips :
Ce qui va suivre après relève tout simplement du miracle. Les Flaming Lips, pourtant desservis par une sono proprement infecte, réussissent à emmener 2000 personnes dans leur univers complètement barré. On se serait cru à une fête pour Halloween ou à un réveillon du 31 décembre… Dès le début du méga show, le groupe lâche une cinquantaine de gros ballons jaunes dans la salle ; les gens commencent à s'amuser avec, comme des gamins, et l’hallucination collective commence.

Puis, des canons à fumée et à confettis entrent en action, bien aidés par le chanteur Wayne Coyne qui balance des serpentins multicolores à tire larigot, en hurlant des « Come on » pour haranguer la foule. Grâce à une mini caméra placée sur ses micros, le visage du « chef d’orchestre » est projeté sur un écran géant en fond de scène, ce qui donne un côté encore plus improbable au spectacle. Pendant ce temps, le groupe n’en oublie pas pour autant de jouer cette pop psychédélique qui a fait la renommée des géniaux Flaming Lips. Avec le son, l'image et le happenning en prime, on a carrément l’impression d’avoir pris une énorme quantité d’un acide très puissant. Car maintenant, de chaque côté de la scène, une quinzaine de Pères Noël s’affrontent à l'aide de lampes torche avec une quinzaine d’Aliens. Oui, vous avez bien lu : c’est n’importe quoi.

Mais un n’importe quoi totalement jouissif et communicatif. Cette guerre bon enfant incroyablement hilarante a pour but de dénoncer la vraie guerre qui se déroule en Irak à cause du dangereux mystique George Bush. Contrairement à ses collègues musiciens qui se prennent au sérieux et pensent que leurs opinions politiques intéressent le monde entier, Wayne Coyne déclare, lui, qu'il sait que les chansons ne peuvent pas faire changer grand chose, mais qu'elles peuvent quand même aider à trouver la force de se battre contre les fous qui nous gouvernent... Et il a bien raison notre ami Wayne : pendant ce show pétaradant, entre deux pogos hystériques, une séance de cris de joie, une tentative de air guitar et des coups de poing dans les ballons jaunes, on pense sérieusement à monter une armée d'aliens/Pères Noël pour partir en guerre contre les fous de dieux prêts à tout pour imposer leur foi. Se procurer l'album At war with the mystics devient aussi une idée fixe, tant les nouveaux morceaux interprétés semblent aussi réussis que les extraits plus anciens de la discographie magistrale des Flaming Lips. Sur chaque titre interprété, la voix de Wayne Coyne ressemble toujours à celle d'un ange illuminé (et barbu), sa guitare en bois distille moult rythmiques entrainantes, tandis que la guitare électrique et les mutiples bruitages propulsent l'auditeur dans la stratosphère...

Après un Do you realize d'anthologie, le groupe quitte la scène sous les vivas d'un public en transe. Pour mieux revenir et interpréter War Pigs de... Black Sabbath, une violente diatribe anti guerre, avec en fond des images de deux criminels de guerre : George Bush et Donald Rumsfeld. On ressort de la salle avec des étoiles plein les yeux et la sensation tenace d'avoir assisté à une prestation scénique hors du commun.

A lire également sur les Printemps de Bourges 2006 et 2005 : les chroniques des concerts de The Lost Communists, The Elderberries, Yann Tiersen + Calexico + Iron and Wine, The Dresden Dolls + Queen Adreena + 54 Nude Honeys, Art Brut + The Spinto Band + Buzzcocks, Dionysos + dEUS + Artic Monkeys + Katerine + Hushpuppies, The Kills, Tokyo Overtones, Soldout, The Craftmen Club, The BellRays + Nashville Pussy + The Ex, The National + Herman Düne, Interpol + Bloc Party + Gomm, Low + Ray Lamontagne, Nancy Sinatra + Alexandra Roos et Marianne Faithfull + Françoiz Breut...
Sites Internet : www.flaminglips.com, www.cocorosieland.com, http://emiliesimon.artistes.universalmusic.fr, www.architectureinhelsinki.com, www.printemps-bourges.com.
Photo Flaming Lips J. Michelle Martin et Frédéric Loridant (live à Bourges)
Signature : pierre andrieule 03/05/2006
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