A la caisse, un type mécontent de devoir acquitter l’euro d’adhésion au Cabaret Aléatoire"alors que c’est pas écrit sur le site" qu’il dit, ne parvient pas à troubler le calme du gars de la sécu. Celui-ci lui rétorque un "cool, on vient écouter de la musique, non ?" qui le laisse sans argument.
A l’intérieur, Jako Maron est chargé de chauffer la salle derrière ses platines. Ca démarre par un beat tribal. Au Cabaret Aléatoire, pas de souci de voisinage, aucun voisin à vue d’œil ni à ouïe d’oreille. Alors, Jako peut envoyer la sauce, et les basses font trembler les murs, chatouillent les guiboles, font croître sensiblement le nombre de danseurs au fil des bidouillages électroniques auxquels je ne comprends rien. Et je tiens absolument à garder mon ingénuité sur ce dossier. J’adore quand il tourne le bouton à fond sur Léléfan R583, une des créations sonores intéressantes présentes sur le nouvel album Saint.Extension de ce Réunionnais.
La place est chaude pour Molecule.
Là encore les effets live seront nombreux grâce à la table de jeux : ordi portable et synthé seront la source de l’essentiel de la musique mais un batteur enthousiaste leur fait face.
Le dub vous fait balancer la tête mais surtout tendre l’oreille comme sur Baby Girl 2014 enregistré avec Martina Topley Bird. Un poil moins sensuelle mais tout aussi agréable est l’interprétation de ZigZag. C’est un des deux chanteurs qui complètent la formation ce soir. L’autre, LeeRoy, fait le plus souvent glisser le propos vers le hip hop (Y’A Des Jours).
Bonus vidéo : Baby Girl 2014
Celui de ZigZag sent bon la Jamaïque (Truth & Light, In My City…)
Les chanteurs s’éclipsent parfois et l’électro devient alors purement instrumentale sauf lorsque les voix sortent des machines. C’est le cas sur l’entraînant Faluja dont je chante les paroles (certainement approximatives) depuis : "Be bop a lula we got Faluja".
Un regret : ils n’ont pas joué leur remix de Melody Nelson avec les voix samplées de Jane et Serge.
La place est brûlante pour Zenzile.
Leur morceau introductif est du genre qui annonce la couleur : sax ténor, claviers, batterie, basse et guitare crachent un son qui fait penser immédiatement à EZ3kiel. A commencer par la ligne de basses et la semblable énergie – instrumentale et gestuelle – déployée par Yann Nguema (EZ3kiel) et Matthieu Bablee (Zenzile).
L’autre pile électrique du groupe, c’est Jamika Ajalon, chanteuse / jumpeuse, dont les apparitions sont plus convaincantes au chant que celles de David K. Alderman. Non pas que la voix de ce dernier pose problème (excellente interprétation sur Caution Horses) mais ce fut une surprise de le voir terminer la soirée debout... Là aussi, le répertoire varie selon l’interprète : ça parle de révolution et c’est Kingston style avec la gracieuse chanteuse, ça peut tirer vers le Joy Divisionesque (The Crooked Man) avec le chanteur au pantalon taille très basse.
Zenzile a même un troisième chanteur en la personne du claviériste et l’apparition de Sam Karpienia en guest pour un chant en occitan procurera une bonne surprise.
Mais ce sont les plages instrumentales qui restent en mémoire. Le beat de folie insufflé par la basse et amplifié par la guitare, les claviers et la batterie procure une rare intensité. L’apport du saxo - ou quelquefois de la flûte comme sur Love Child - peaufine le résultat.
Après deux heures de concert, rappels compris, un final en guise d’apothéose résonne au bout de la nuit.
Matthieu Bablee : basse / Jean Christophe ‘Werner’ Wauthier : Batterie / Vincent ‘Vince’ Erdeven : claviers, guitare, chant / Erik ‘Raggy’ Sevret : saxophone ténor, flute, claviers / Alexandre Raux : guitare / Jamika Ajalon : chant / David K. Alderman : chant, guitare
Un peu plus de deux cents personnes sont venues écouter de la musique. Elles n’ont pas été déçues. Comme elle adoucit les mœurs, le type du début a dû retrouver la sérénité. Il recevra désormais la newsletter et trouvera dans la programmation de nombreuses dates qui correspondent à ses goûts. Il pourra revenir sans acquitter l’euro d’adhésion. Sauf s’il oublie sa carte, bien entendu…