Quand Sonic Youth fait la nique au « son pop rock »
Autoroute, doubles voies, ronds points, panneaux clairs, délestage facile, la route entre Marseille et Istres est d’une clarté rassurante… Ce qui l’est beaucoup moins à fur et à mesure qu’on avale les kilomètres, c’est le nombre de voitures qui vont dans le même sens que nous… Bon, quand même,
Sonic Youth… 25 ans d’activisme musical, une influence majeure pour bon nombre de groupes, Kim Gordon, New York, une authenticité jamais pris à défaut… un mythe quoi ? Et un mythe, ça se vénère, non ? Alors, on se dit qu’on découvrira, en arrivant, la petite ville d’Istres bloquée par toutes les bagnoles où s’entasse un public nombreux et excité... Kim Gordon, quand même, merde !
On arrive dans la ville, enfin, si on peut appeler ça une ville, puisque Istres, tel un escargot, semble uniquement composé de larges doubles voies rythmées par des ronds points et on tourne et on tourne… Un peu comme un morceau d’électro, vous voyez… une boucle, un scratch, une boucle, un break… Bon, sauf que là, on va plutôt voir et entendre des larsens, des distorsions, des trucs tordus, des angles obtus, des cheminements étroits…
On arrive au Palio, espèce d’arène top moderne tout en béton au milieu d’un quartier comme on les aime en Provence : immeubles compacts de 3 étages avec colonnes romaines et crépis jaune sale en façade…hum… A l’entrée, y a pas plus de monde qu’un samedi soir d’été au cinéma dans le sud… Bon, On se rassure comme on peut le parking est plein…
On s’approche de l’entrée et les mauvaises sensations perdurent… Aucun bruit à l’intérieur des arènes et un mec qui revend une place à 30 euros (tarif normal à 38,5 euros…)
D’après les pompiers sur place, quand c’est plein, les arènes peuvent contenir environ 3 000 personnes. Et bien, ce soir, ce sera concert intime, nous serons, au plus fort de la soirée, un petit millier à vibrer.
Petite parenthèse : Un parking de 120 places pour un espace qui peut contenir 3 000 personnes… ça fait 25 par voiture… faut leur acheter une calculatrice à la mairie ou est ce pour faire marcher la police municipale ?
La scène, impressionnante (10 mètres de haut, large de 15), occupe la moitié des arènes… heureusement… Quelques uns sont devant, la plupart des spectateurs sont montés dans les gradins pour siroter une bière et taper la discute… Derrière eux, des banderoles de pub pour Europe2 TV.
20h pétantes, quatre gars en chemise cravate montent sur scène. « Bonjour, nous sommes
Elista et nous sommes très content d’être avec vous ce soir ». Dans les gradins, bien que l’on soit loin de la scène, on a forcément une vue imprenable et puis le son est plutôt bon. Le béton, c’est bien, ça renvoie bien les La et les Mi. Par contre en bas, c’est incroyablement fort.
Comme diras une amie « En bas, ça va trop fort et c’est trop déprimant, y a personne ». Bon, c’est vrai qu’on se sent bien petit dans cette grande arène vide… ça doit faire une drôle d’impression, vu de scène.
Premier morceau plaisant avec des guitares tranchantes et une batterie bien présente, chant en français ça sonne comme un bon morceau de pop rock qui met la pêche. Et puis surtout, ça remplit les arènes de sons, à défaut d’avoir du monde. Deuxième morceau (Folie douce), plaisant, troisième morceau (Perceval), plaisant, quatrième morceau…eh oh, c’est encore la même chose !
Durant une heure, Elista, ce sera ça : Variations sur le même thème : à la recherche du tube pop rock… M’est d’avis qu’ils sont pas prêts de trouver…
21h15. Les
Kaisers Chiefs montent sur scène. A vrai dire, je ne connais pas leur album (et pour tout dire, c’est pas pour eux que je suis venu… mais les apéros peuvent être agréables…). Ils sont 5 sur scène et rameutent un peu plus de monde devant.
21h15. Les
Kaisers Chiefs montent sur scène. A vrai dire, je ne connais pas leur album (et pour tout dire, c’est pas pour eux que je suis venu… mais les apéros peuvent être agréables…). Ils sont 5 sur scène et rameutent un peu plus de monde devant. Leur musique, c’est comme une bouteille de coca. Au début, ça fait pchiiiit, c’est sautillant, plein d’énergie, léger, on sent que les parents des gars ont fait tourner les Beatles sur la platine familiale plutôt que les Clash. C’est de la pop vitaminée par un zest de rock, et puis ils sont plutôt marrants… un petit quart d’heure…
Parce qu’on se lasse vite du coca, surtout quand il n’y a plus de bulle. Ça devient plat et puis on sent vachement plus le sucre, la canette, on la finit pas, elle nous écoeure… la bascule, dans leur concert, pas de chance, ça va être leur dernier sigle, Ruby.
Leur concert deviendra indigeste avec son « Rubyrubyrubyrubyrubyruby »… Leurs parents, ils ont du également passer en boucle Abba, c’est pas possible… Eh, les gars, faudrait se décider à faire votre crise d’adolescence, là…
Mais on n’est pas au bout de nos peines, car le morceau suivant, c’est leur premier single « na na na na na » (juré, c’est pas un mensonge, c’est vraiment leur titre, à un ou deux na na près).
Et là… mesdames, messieurs, j’ai entendu… un solo de guitare…ouais ouais… un solo de guitare. Merde, on ne leur a pas dit que les punks, à défaut d’abolir la monarchie dans leur pays, avaient au moins eu le mérite de renvoyer le solo de guitare dans le placard des ringardises absolues ?
Et puis, c’est pas tout, c’est pas seulement un solo de guitare. C’est le plus mauvais solo de guitare que j’ai jamais entendu, un truc d’apprenti pour cours du soir dans un MJC. Laborieux là où ça doit être aérien, lourdingue là ou ça devrait être félin. D’ailleurs, les gars du groupe doivent le savoir, parce que le solo est soutenu par le clavier…
Bon, ça n’a pas l’air de déranger les deux petites blondes, qui, sur le bord de la scène, continuent de pousser des cris stridents en sautillant… J’ai retrouvé Véronique et Davina… Mais oui, ça irait bien aux Kaiser Chiefs, ça, une reprise de Ah tout tout you tout…
Le chanteur, continuera à s’époumoner en balayant la scène en courant pour essayer de faire chanter son public et puis de le faire taper dans les mains en rythme et puis de lui tendre le micro pour qu’il hurle... Peut se reconvertir comme chauffeur de salle, lui…
Tiens, et puis à un moment, le son se durcit, ça commence à monter en puissance, le chanteur arrête de gesticuler… et pan, coupure électrique en plein milieu du morceau… Ah ben, en plus d’avoir un mauvais guitariste (je ne vous parle même pas de sa coupe de cheveux), ils n’ont pas de chance….
Bon, ça dure 5 minutes, ça pimente un peu le tout, on se dit que ça va foutre un peu d’intensité au concert… Mais quand ça repart… c’est toujours aussi mou du genou… Allez, à ranger définitivement avec
Bloc Party et autres
the Rakes, en seconde division.
Et là, à ce moment, je repense aux banderoles du pub en haut des gradins… « Europe 2 » et je me souviens de leur credo… «Europe 2, le son pop rock »… Pop rock, c’est un peu le centre quoi. Un peu de mélodie à droite, un peu d’énergie à gauche, c’est agréable à l’oreille, ce mélange, c’est plastique, on peut le malaxer à volonté, pas énervant, pas planant, musique d’ascenseur moderne.
Voilà, c’est une soirée pop rock. Pop rock à la française avec Elista, pop rock anglaise avec Kaiser Chiefs… Mais attends là… Qu’est ce que vient foutre
Sonic Youth là dedans ? Un trou à combler dans leur tournée européenne entre Berlin et Rome ? Où vont-ils nous présenter la version américaine du « son pop rock » ? Et Pourquoi pas ? Après tout, leur dernier album Rather Ripped, est de loin le plus mélodique de leur longue discographie…
Hum, ça commence à m’inquiéter sérieusement là… Vite une bière…
23h. Les lumières s’éteignent. La moitié des gradins est descendue dans la fosse pendant que les roadies installaient les guitares. J’en compte une bonne vingtaine en tout… Dans une clameur jamais atteinte jusque-là (pas trop difficile non plus), le géant
Thurston Moore, Kim Gordon, Lee Ranaldo , Steve Shelley et un 5e membre non identifié montent sur scène. Sonic Youth en concert pour 1 000 privilégiés.
Thurston Moore a toujours l’air d’un étudiant avec ses cheveux en bataille, son jean troué et sa chemise blanche, Kim Gordon en robe droite blanche courte et escarpins noires semblent être une gentille petite fille tranquille. Lee Ranaldo, qui aborde une belle chevelure plus sel que poivre se marre (pense-t-il au guitariste de Kaiser Chiefs ?).
Bon, ils ont l’air plutôt content d’être là. Ça branche les guitares et Thurston lève le poing et c’est parti avec Incinerate, l’un des morceaux du dernier album qui sera largement repris pendant ce concert que j’ai forcément appréhendé comme une petite leçon pop rock.
A savoir, une petite mélodie sympathique, dont on s’ingénue à tordre dans tous les sens, comme un morceau de pâte à modeler. Pour cela, il faut juste envisager sa guitare comme un petit laboratoire aux infinies possibilités. On n’est pas dans les accords folkeux, pas dans les solos à la Hendrix, pas dans les riffs des Stones.
Ici, on est dans la recherche du point de rupture entre la mélodie et le chaos. Ça change tout du « son pop rock », puisque là où certains cherchent l’équilibre (entre mélodie et rock), Sonic Youth cherche constamment le déséquilibre. Et dans le déséquilibre, eux, ils ont inventé leur équilibre, le son Sonic Youth.
Au second morceau, un pogo se déclare dans la fosse, et Moore finit de travailler sa guitare en la frottant sur l’ampli de droite.3e morceau, Reena toujours de Rather Ripped, voit pour la première fois Kim Gordon prendre le micro et Steve Shelley, l’incroyable batteur, transpercé à chaque coup de baguette sa caisse claire.
Et savez-vous que l’on peut danser élégamment au milieu d’un déluge sonique ? Kim Gordon nous montre : Au début, elle danse comme un hippie, vous voyez, avec de grands mouvements de bras et des balancements circulaires du bassin, comme ça jambes écartées et puis, on balance un peu les mains derrière et devant la tête, on dodeline de la tête d’avant et puis quand ça monte, quand ça prend aux tripes, on fait tout plus vite, comme une espèce de crise d’épilepsie.
Lee Ranaldo se met au chant sur Hey Joni, extirpé du Daydream Nation. Forcément moins pop, on entend siffler les acouphènes. Le public commence à être vraiment en osmose avec le groupe qui semble prendre pas mal de plaisir sur scène…
Forcément, entre chaque morceau, Moore et Ranalo changent de gratte… C’est que ça doit pas être facile, la vie d’une 6 cordes électriques chez Sonic Youth…
Et puis, d’un coup, on entend…Freddy Mercury… I want to break Free… l’une des pires de Queen, tout engoncés de claviers et de chababa… Mais qui passe très bien sur « Europe 2 le son pop rock »… Bon Moore s’amuse un peu en la scratchant avec une émission de radio… Evidemment, quand il rebranche sa guitare… on sent toute la différence.
S’ensuit 2 3 morceaux plus calmes, presque pop… Enfin, chassez le naturel, il revient au galop… Car, plus c’est calme au début, plus la fin de la chanson est noyée dans un déluge sonique maîtrisé. Sans blague, Luz a écrit un jour que si une bite pouvait parler, elle aurait la voix d’Iggy Pop… Moi, hier soir, je pensais que si l’électricité avait un jour un son, ce serait celui d’une guitare de Sonic Youth.
Car même quand Lee Ranaldo sort… une folk… C’est pas pour nous la jouer « la mi sol »…Les cordes ne l’intéressent pas, c’est plutôt la résonance de la caisse. Durant tout le morceau, il frappe dessus pour en sortir des sons toujours en contrepoint de la guitare de Moore.
1 heure de concert intense, trois rappels, une set liste à moitié composée du dernier album et des regrets éternels de ne pas avoir entendu les mythiques Kool Thing, Dirty boots, Sugar Kane ou Purr… sans parler de ma guitare que je regarde depuis avec un drôle d’air…

Photos
Pirlouiiiit
Bonus vidéo :
et une petite de
Elista ici et de
Kaiser Chiefs la
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