Chronique de Concert
Joseph d'Anvers + Miossec

Le froid intense de ce vendredi soir a sans doute rafraîchi plus d'un curieux, l'Espace Julien n'étant rempli qu'à une bonne moitié pour cette soirée pourtant fort sympathique.
Réchauffés par une bonne petite soupe (grande idée au passage que de proposer cela) et une grosse bière, nous allons assister à la performance de Joseph d'Anvers entamée depuis quelques minutes.

C'est assez intimiste, l'artiste étant seul sur scène avec sa Duesenberg. Il est donc accompagné de son ordinateur portable et de rythmiques électros. Le moins que l'on puisse dire c'est que c'est dépouillé, aéré. Il se dégage une certaine mélancolie, la voix est bien posée et on se laisse bercer par l'ensemble. Les textes sont très bien ficelés, pas étonnant que Bashung ait fait appel à lui pour son ultime album.

Le titre composé pour ce dernier, mais jamais mis en musique, Ma peau va te plaire est magnifique dans sa simplicité. Le solo d'harmonica sur A contre temps est très joli également tout comme ce titre lancinant. Sur les autres morceaux, les mélodies sont par contre plus "passe partout", mais c'est sans doute également lié à l'absence d'orchestre live.

Notre jeune auteur interprète, visiblement touché d'accompagner les Bretons sur leur tournée, a un sacré talent et il sera à l'aise dans bien des configurations. Il me semblerait ainsi judicieux d'en choisir une pour ses concerts: guitare/voix ou groupe qui envoie, car on le sent souvent entre les 2, manquant soit de dynamique, soit d'intimisme.

Après quelques minutes de changement de set, Miossec fait ensuite son entrée sur scène, plein d'assurance. Il arrache immédiatement le micro et on le sent en forme, ce qui fait chaud au cur, quand on se remémore certains de ses passages plutôt vacillants... Ses quatre compères imprègnent un son bien rock que notre brestois favori se fait un plaisir de d'accompagner de sa voix cassée.

L'entêtante Chanson dramatique est visiblement un manifeste : "Je respire encore" chante-t-il à l'envie. On ne peut qu'admirer l'énergie dont il fera preuve tout le concert, se contorsionnant sans cesse avec son micro, tel un pantin désarticulé. La totalité du dernier album nous sera servie ce soir.

Loin d'être anecdotique, je l'apprécie particulièrement car il imprime un son nettement plus moderne et anglo saxon. La formation présente sur scène est là pour en attester, costumes 2 pièces noirs et looks rocker dandy sont de rigueur.

Chanson pour les amis par exemple me fait penser aux Queens of the Stone Age pour le riff principal, mais la manière de dire les textes fait indéniablement écho au grand Jarvis Cocker, leader de Pulp. Je trouve une parenté certaine entre les deux, Miossec réussissant de plus le tour de force de faire cela en français, sans que cela ne sonne creux, bien au contraire.

Je suis par ailleurs soufflé par l'excellente élocution du chanteur, dont on comprend toute la finesse des textes. On a parfois droit à des dictions très aléatoires pour accompagner de belles paroles des autoproclamés "poètes", il n'en sera rien ce soir. On peut donc se régaler de textes tantôt touchants, tantôt acérés, mais toujours pleins d'humanité. Même lorsqu'il taille à la serpe, comme dans Chanson sympathique, on sent un homme sensible et on ne peut que sourire face au ton bête et méchant de l'ensemble. La force de Miossec est en effet sa capacité à mélanger des paroles d'un excellent acabit à des mélodies imparables.

Il convient en effet de creuser au delà des quelques titres connus d'un plus grand nombre. Outre le désormais culte Brest, grâce ou à cause, de Nolwenn Leroy, joué de manière très dépouillé, La facture d'électricité et Les bières s'ouvrent manuellement sont en effet des exemples d'efficacité que l'ensemble du public reprend à tue tête. Les excellents musiciens présents ce soir embellissent l'ensemble avec leurs soli/slides/pont et autres joyeusetés. Chanson d'insomniaque est ainsi un excellent titre dont la construction, hypnotique à souhait ne fait qu'amplifier les mouvements de tête du public. A l'inverse, quand la retenue est de mise, on ressent une proximité avec le groupe, qui partage ces moments avec son auditoire.

L'alternance des titres rock ultra efficaces et de balades plus posées et pourtant imparable est donc véritablement la marque de fabrique de notre breton. Comment ne pas être profondément touché par Je m'en vais et secouer la tête sur La fidélité ? Qu'on se le dise, la qualité d'écriture de ce Monsieur est bien là, même s'il ne fait pas pleurer la ménagère de 50 ans le dimanche soir sur TF1. Il en sourit d'ailleurs et terminera son set avec Chanson que personne n'écoute.

La prestation sera donc un véritable régal, trop courte (1h20 seulement), même si 25 titres seront joués. Un bon quart d'heure de plus n'aurait pas été de refus pour prolonger cet excellent concert, d'un artiste décidément rock, sans les fioritures systématiques dont on nous gratifie malheureusement trop souvent.

Setlist :
Chanson du bon vieux temps
Chanson pour les amis
Chanson pleine de voix
Chanson dramatique
Le défroqué
Chanson pour un homme couvert de femmes
Maman
Chanson protestataire
30 ans
La facture d'électricité
Brest
Le cul par terre
Fortune de mer
Chanson sympathique
Chanson d'un fait divers
Chanson d'insomniaque

Rappel 1 :
Chanson qui laisse des traces
Rose
La fidélité
A Montparnasse
On the run
Rappel 2 :
Je m'en vais
Les bières s'ouvrent manuellement
Chanson que personne n'écoute
Plus de photos par Pirlouiiiit en cliquant ici
et une petite de Miossec ici
Critique écrite le 06 février 2012 par Cabask
Envoyer un message à Cabask
Voir toutes les critiques de concerts rédigées par Cabask
> Réponse le 07 février 2012, par François
De la part de Joseph d'Anvers (sauf la chanson destinée à Bashung) comme de Miossec, des textes indigents. J'étais venu pour voir si Miossec s'était repris depuis son avant dernier album et bien : non. Un petit stage chez Murat ? Néamoins un bon concert de la part des deux bonhommes et là est l'essentiel. Réagir
> Réponse le 08 février 2012, par M
c'était énorme !! la grande classe en solo. Un côté Joseph Arthur et Jeff Buckley à la fois, mais en français en plus ! Et pas d'accord avec l'article. Je l'ai vu à Valence en groupe il y a peu et c'était super rock !! Là, il est en solo Pirlouiiiit, il le joue donc différemment. un conseil: vas aussi le voir en groupe, tu t'en souviendras. Réagir
> Réponse le 08 février 2012, par syrah
Pour ma part, je trouve les morceaux plus rock que sur les albums. Un grand Merci à Christophe pour nous avoir gratifié de ces arrangements et pour sa prestation scénique pleine de sincérité et de discrétion ! Réagir
Joseph d'Anvers : les dernières chroniques concerts

Miossec + Joseph d'Anvers par Ysabel
Espace Julien - Marseille, le 03/02/2012
Décidément, c'est la semaine infernale, avec du vent et un froid de canard ... Et encore, je suis sûre que les canards ne mettent pas une plume dehors par un temps pareil !... La suite
Joseph d'Anvers par douarte
Poste à Galène - Marseille, le 02/10/2008
Pas grand monde malheureusement pour ce concert de Joseph d'Anvers au Poste (une cinquantaine de personnes). Pourtant je pensais qu'avec le morceau phare de son deuxième album Kids, qui passe pas mal à la radio en ce moment, beaucoup plus de gens serait venus. Pour nous mettre dans le bain le concert débute par un morceau bien rock entre mes... La suite
Paingels + Joseph d'Anvers + Asyl + Snow Patrol (Europe 2 Campus tour) par Cul Rose
Le Moulin - Marseille, le 22/10/2006
Le Europe 2 Campus Tour, c'est toujours quitte ou double ; on a connu des affiches accablantes, des erreurs de programmation artistique flagrantes, et on se demande toujours en quoi Europe 2 va être capable de sortir une affiche qui tienne la route sans que ça tombe dans le "rock playmobil" "pour les djeuns"...
Cette fois, en l'occurence, pas de... La suite
Miossec : les dernières chroniques concerts

Miossec, Collectif D Barré, Delgres, Djibou, Gwennyn, Les Cent Z'Escales, Fatouma Diawara, Le vent du Nord, Denez Prigent, Suroît, Les Frères Cornic, the Celtic Tramps, Quinquis, ... Festival du Chant de Marin (jour 2) par Pirlouiiiit
port de Paimpol, le 09/08/2025
Voir chronique du lendemain par ici.En venant ici pour la première fois en 2011 attirés par Red Cardell et les Frères Morvan (cf chronique par ici) nous ne nous doutions pas que... La suite

Miossec + Romain Bertaga par martial
Allende à Mons en Baroeul, le 08/11/2019
Huit mois après l'excellent concert du chanteur brestois Miossec au Splendid de Lille, nous arrivons à l'Allende, nouvelle salle de spectacle de Mons en Baroeul inaugurée il... La suite

Miossec par Samuel Charon
File 7, Magny Le Hongre, le 21/03/2015
Tous les titres des chansons de Miossec sont utilisés pour conter une histoire qui colle à l'actu.
"Regarde un peu la France" pourrait tonner l'assistant parlementaire... La suite

Miossec + Fiodor Dream Dog par Pierre Andrieu
La Coopérative de mai, Clermont-Ferrand, le 18/11/2014
Précédé sur scène par une efficace prestation en solo de l'excellente Fiodor Dream Dog en première partie, Miossec a donné un bon concert pour ses fans clermontois à la... La suite
Espace Julien, Marseille : les dernières chroniques concerts

Yvnnis par Pirlouiiiit
Espace Julien, Marseille, le 21/03/2026
Drôle de soirée ... à la base j'avais noté cette date car je voulais voir sur scène ce Chavi dont les sorties numériques m'avaient bien plu, au-delà du lien amical que je... La suite

Deportivo + Parade par Pirlouiiiit
Espace Julien, Marseille, le 28/11/2025
Ce vendredi soir j'avais décidé de ne pas sortir et rattraper mon retard de chroniques (du concert parisien de Anguélos, celle de Méandres à la Meson, et de Vincent Moon au... La suite

David Lafore + Giedré par Pirlouiiiit
Espace Julien, Marseille, le 07/11/2025
Y aurait-il une loi des séries pour les concerts ... autant la semaine passée mes 3 derniers concerts avaient été au Lollipop avec It was me (voir chronique par ici), Astral... La suite

Lloyd Cole par g
Espace Julien, Marseille, le 03/11/2025
A Scotsman in Marseille.1984, Lloyd Cole sortait son premier album "Rattlesnackes". Un OVNI avec Chris Isaac dans le paysage pop des eighties naissantes... Ressortir son vieux LP... La suite





