Accueil Chronique de concert Verset Zero + Amenra
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Chronique de Concert

Verset Zero + Amenra

Verset Zero + Amenra en concert

Espace Julien, Marseille 10 mai 2025

Critique écrite le par


La première partie de cette belle affiche de metal, Verset Zero, offre un décorum digne d'une annonce diabolique - "Habemus Antipapam !" Déguisé en prêtre maléfique (mais sans aucun marqueur satanique), ce one-man-band n'a en apparence que des machines sur son autel : il commence avec des nappes lentes et basses sur lesquelles il pose une voix sépulchrale, avec un clocher sinistre façon "Nom de la Rose" en fil conducteur, et lisant dans un grimoire. A la fois très lourd et très lent, mais franchement pas laid, il finit par se démasquer et même par prendre une basse, au risque de faire un peu moins peur. Au départ on est pas loin des moines de Sunn O))), mais quand ça s'accélère nettement sur des beats industriels joyeusement brutaux, on pense finalement plutôt à Sielwolf, un groupe de metal indus qu'on a beaucoup écouté au siècle dernier...


Sauf que le tout semble un peu coincé, saturant sur les bords dans une puissance de son étriquée - la sacro-sainte (et ô combien débile) règle qui veut que le premier groupe ne puisse jamais avoir un son aussi bon que la tête d'affiche, sans doute... On se prend à regretter que ça ne soit pas deux fois plus fort, ce qui n'aurait pas manqué de nous faire décoller. Masqué à nouveau, Verset Zero produit une sorte de doom rap (un genre peu usité, on en conviendra) et ça sonne franchement cool... mais franchement pas assez bruyant ! A revoir ? Bah, si ça se trouve, peut-être que pour un amateur de metal quasiment frappé de cinquantaine comme moi, la fameuse maxime de Ted Nugent s'inverse et qu'on devrait me dire : "Si c'est pas assez fort... c'est que t'es trop vieux !" ?


Quoi qu'il en soit, notre présence est due à une forte envie d'assister enfin dans les meilleures conditions possibles à un concert d'Amenra. Déjà vus deux fois, en 2018 et en 2023, mais à chaque fois en festival - et chaque fois un peu tard et un peu bourré, on a l'impression de n'avoir jamais donné toutes ses chances à Colin Van Eeckhout et son gang. Madame ne les a même jamais entendus, ayant notoirement tendance à aller se coucher avant nous en festival, précisément à l'heure où sortent les bizarres... La salle bien pleine montre bien que nous ne sommes pas les seuls à vouloir profiter du passage météorique d'un groupe rare en France, et presque miraculeux à Marseille...


En festival, on avait pu trouver, d'un peu loin et tout en appréciant le spectacle, qu'il y avait une sorte de formule répétée dans ces alternances de couplets doux et de refrains à la brutalité un peu monolithique, et peut-être même un peu d'affèterie dans la manière du chanteur de nous tourner le dos la plupart du temps... Mais à 5 mètres de la scène dans un club comme l'Espace Julien, et avec un son absolument formidable, l'histoire va s'avérer toute autre... Déjà parce que les musiciens n'ont laissé à personne d'autre qu'eux le soin de faire les derniers réglages à la pause, ce qui est toujours très bon signe ! Pause où l'on a enregistré, comme une simple information, que la basse du groupe était désormais tenue par une dame...


Ensuite parce que rapidement les mélodies, toujours inspirées, sont bien plus audibles dans le mix, et parce que la voix parfois quasi chuchotée est souvent bouleversante. Les Marseillais.es parviendront même, après un temps d'échauffement (et une série de "chhhhht !" courroucés et justifiés), à produire une écoute presque religieuse... Du coup, les hurlements désespérés qui suivent, vraiment habités, ne donnent plus envie de rire, mais bien plutôt la chair de poule, par exemple sur Plus près de toi, splendide. La suivante en talk over, De Evenmens, nous soulève bien de terre comme on l'espérait, tout comme la très lente et maîtrisée montée qui suit sur Heden, où un après un demi-soupir de silence, un 35 tonnes de son nous tombe soudain sur la gueule. Fascinante également, la communion qui a saisi le public, battant la mesure de presque toutes ses têtes, uniformément avec celles du groupe !


Tube très attendu, surpuissante et poignante, A Solitary Reign nous fout une seconde chair de poule, climax absolu du concert... Et déclenche par contre dans la fosse quelques pogos ou crowdsurfings, à la fois incongrus sur cette musique, et peut-être nécessaires à certains pour évacuer un trop plein d'énergie. A partir de là, l'intensité ne baissera plus : d'une intro à la guitare presque sèche, à un pont qui tient par une seule note ténue, on traverse avec eux des déluges sonores et stroboscopiques, tous plus fascinants les uns que les autres. Notamment géniale, la finale et époustouflante descente aux enfers de Silver Needle, golden nail. Comme sur leur formidable live d'il y a 10 ans (dont on possède fièrement un vinyle en édition limitée, fabriqué par notre ami Linus / Le 7e Oeil), le morceau s'arrête au détour d'une note, sans crier gare...


Et évidemment, une grosse heure étant écoulée, c'est là qu'ils sortent, sans un mot et surtout sans un rappel (ce qui eut été décevant !), sûrs de leur fait, tandis que nous râlons longuement de plaisir, absolument comblés... L'Espace Julien a tenu le choc et c'est heureux (d'autant qu'à l'étage du dessus, il y a le dojo du centre social du même nom, où mon fils fait du judo !), et mieux, la salle a fourni un écrin spectaculaire et avec la jauge idéale, à Amenra ! Au final c'est aussi, plus généralement, un des tous meilleurs concerts de metal qu'il m'ait été donné de voir, mélange idéal d'émotion non feinte et de puissance dévastatrice... Fantastisch !

Setlist :
Salve
Razoreater
Plus près de toi
De Evenmens
Heden
A Solitary Reign
Ter Ziele
Am Kreuz
Silver needle, golden nail


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