S'il y a bien un genre où l'on ne pige pas grand-chose, c'est celui des chanteuses de soul modernes. Mais une fois de temps en temps quelqu'un explose le cadre avec une voix hors du commun et nous rend légèrement gaga. La dernière fois, c'était une certaine Amy Winehouse, qui a .../...

S'il y a bien un genre où l'on ne pige pas grand-chose, c'est celui des chanteuses de soul modernes. Mais une fois de temps en temps quelqu'un explose le cadre avec une voix hors du commun et nous rend légèrement gaga. La dernière fois, c'était une certaine
Amy Winehouse, qui a ravi notre
coeur et nos
yeux. Soit donc ici
Nneka, 26 ans, nigériane exilée pour cause de soif de démocratie, accessoirement tigresse à la voix de velours, posant l'air légèrement boudeur sur une pochette vintage qui semble sortir de trente ans dans une caisse au grenier. Il est vrai qu'on a flashé directement sur le trip-hop de
Death qui ouvre l'affaire, et plus encore sur le faux rythme piano-jungle complètement fou de
HeartBeat. Mais la voix caressante fait également merveille sur le trip-hop racé et mélodieux de
Mind vs. Heart, d'où surgit sans crier gare une émotion inattendue sur un final somptueux et déjanté.
Et puis sans prévenir davantage, la chanteuse appuyée par un talentueux DJ allemand appelé
DJ Farhot, nous envoie une envie de danser avec
Suffri, nous embarque en brousse avec
Come With Me (d'une façon mille fois plus inspirée qu'une
Ayo), nous envoie un rap fascinant et groovy à mort appelé
Gypsy, et encore la très revendicative
Halfcast, où elle se débat avec son identité noire, hip-hop posé sur du
Portishead qui aurait très bien agrémenté leur dernier album...
Plus loin, du dancehall, une prière reggae pour les SDF (
Streets lack Love), un air sur l'Afrique presque zouk, un qui rappelle les riches heures de
Lauryn Hill, un autre qui évoque celles de
Neneh Cherry sur un riff obsédant (
Focus) - une chanson qui serait le single FM de l'année, dans un monde meilleur. On aura compris que l'auditeur est ainsi bringuebalé dans des titres en grande partie formidables, où des guitares flamenco et des beats abrasifs s'incrustent régulièrement et jamais gratuitement... et se demande où cela va s'arrêter.
Avec ce disque habité par une sorte d'urgence à démontrer une palette incroyable de talents,
Nneka explore tout le champ de la voix dite "black", force le respect et tire en plein coeur. Le comble ? Il paraît qu'elle n'est pas certaine de continuer à chanter pour gagner sa vie - pirouette de classe et humilitation ultime de la concurrence... En tout cas notre compteur "Album Groove 2008" a fait tilt, et au mois de mai seulement. Depuis, telle une maîtresse exigeante, la belle
Nneka s'incruste à tout bout de champ dans notre vie...
(2008)
PS Post-Fiesta : sur scène, un
enchantement !