Il faut bien le constater, le monde est plein de gens qui n'aiment pas Vincent Delerm, et généralement pour de mauvaises raisons (en gros, sa tronche, sa voix et son boboïsme revendiqué). Une autre façon de le définir serait pourtant d'appuyer sur son côté songwriter délicat et .../...

Il faut bien le constater, le monde est plein de gens qui n'aiment pas
Vincent Delerm, et généralement pour de mauvaises raisons (en gros, sa tronche, sa voix et son boboïsme revendiqué). Une autre façon de le définir serait pourtant d'appuyer sur son côté songwriter délicat et généralement très inspiré, aux mélodies pianistiques classieuses, à la voix et à l'élégance snob presque gainsbourgienne, autrement dit, de l'aimer ! C'est mon cas depuis que je l'ai vu sur scène (où il est plutôt excellent), depuis que certaines de ses chansons m'ont mis les larmes aux yeux de rire ou d'émotion... C'est aussi le cas de ceux qui ont chroniqué ses albums précédents
ici où
là !
Bref on est ici entre Delermo-compatibles, alors parlons donc de son nouvel opus ! Après deux beaux albums très, trop semblables,
Vincent Delerm a eu la bonne idée d'apporter quelques changements : manifestement il a fini par prendre des cours de chant ! Ca ne lui fait pas de mal de s'appliquer un peu (quoique, la chanson anti-vieille France
Du Sépia plein des doigts sonne un peu trop Marc Lavoine). Au moins la chanson tord le cou à l'idée qu'il serait réac, comme d'ailleurs l'ironique
Il fait si beau...
Et puis surtout il a convoqué son ami, le prometteur chanteur et musicien
Peter von Poehl, qui faisait déjà merveille en
solo et donne ici de petites touches sonores pop douces, presque
Airiennes (comme sur
Marine). De plus les chansons qu'ils chantent en duo sont de purs bijoux (
Marine encore, où comment l'on devient quelqu'un d'autre quand on change d'amour,
Favourite song où chacun baragouine dans la langue de l'autre - Peter sonne un peu comme Dick Annegarn).
Certes il est parfois déconcertant : la suicidaire et cucul chanson d'ouverture
Sous les Avalanches est aussi horripilante que mal assortie au reste du disque (et je n'ai toujours pas compris de quoi parlait les jolies
Piqûres d'araignée ni le sens profond de
Déjà Toi). Mais l'essentiel est un peu plus loin :
Vincent Delerm a toujours le chic en partant d'un détail, de toucher au bouleversant ! Partir d'une vieille affiche punaisée pour évoquer une histoire de pédophilie refoulée sur
29 avril au 28 mai. Evoquer un après-midi ensoleillé, pour dire la douloureuse absence d'une amie dans le coma sur
Ambroise Paré. Et pour finir, une touche de name dropping - sa marque de fabrique, avec
Les jambes de Steffi Graff. Alors un bel album de
Vincent Delerm, avec une évolution plaisante vers la pop ? Laissez les grincheux ricaner et ne vous en privez pas.
(2006)