Critique de concert Dominique Bouzon & Nadine Esteve

Dominique Bouzon est une artiste singulière. Elle a su trouver en Nadine Esteve la duettiste idéale pour mettre en valeur la richesse de sa palette sonore, sa palette à vents, faite de flûtes uniquement. L’une souffle, l’autre enregistre, sample, reproduit et transforme en accompagnement, en rythmique les sonorités diverses riches des flûtes.
Dès le début du concert, Dominique Bouzon s’excuse : sa flûte basse vient de subir un dommage, elle ne pourra sans doute pas en jouer ce soir. Puis le souffle commence, le son emplit la salle voûtée du Roll’Studio et impose le silence ébahi du public captivé. Les morceaux s’enchaînent, la légèreté aérienne du son rend bizarrement un effet de profondeur, de gravité. Des morceaux aux styles très variés qui trouvent leur unité dans la richesse et la beauté du son des flûtes.
Il existe une association naturelle entre la flûte et une abstraction sans nom qui rassemble des images de nature, de vie, d’essence fondamentale, de pureté, d’origine (le souffle de vie ?). Le courant New Age a utilisé cette association, puis en a abusé jusqu’à la caricature cocasse. Dominique Bouzon évite cet écueil grâce à une nature rieuse, elle s’amuse et nous amuse tout en nous faisant profiter pleinement de ses instruments superbes. C’est une artiste sérieuse, qui ne se prend pas au sérieux.
Des flûtes, elle en a : piccolo, la classique, traversière (en ut), alto (en sol), basse (en ut), et l’immense et exceptionnelle octobasse, la plus rare (une dizaine d’exemplaires en Europe). Dominique Bouzon nous parle de temps à autre de chacune, comme de ses filles, dans un mélange touchant d’affection et de considération ; elle effectue quelques démonstrations et recherche de son, de résonances riches en arpentant la salle exiguë et remplie de chaises, frôlant les murs de pierre de la voûte du Roll’Studio, traquant le trou, la niche qui rendra une réverbération parfaite, le tout au grand plaisir du public.
Juste avant la pause médiane, nous savourons une scène telle qu’on n’en voit qu’au Roll’Studio. Dominique Bouzon affiche soudain un large sourire de gratitude: elle a reconnu au fond de la salle une silhouette qui s’avance. Le maître luthier Daniel Reboh, de l’Atelier des Vents lui ramène sa flûte basse. Elle lui avait amenée en urgence à 19h20, elle revient réparée à 20h15, et livrée par les mains propres de l’artisan qui a droit à une juste salve d’applaudissements.
Le deuxième set est plus varié, il contiendra des pièces classiques (Moussorgski, Saint-Saëns) un standard de jazz. Grâce à la technologie avancée de Nadine Esteve, Dominique Bouzon verra sa voix transformée en celle d’un crooner, puis d’une midinette type Betty Boop lors d’une chanson d’anthologie qui rendra le public hilare. A plusieurs reprises, la voix chantante de la flûtiste se superpose aux notes qu’elle expulse de ses flûtes, elle effectue des percussions avec son souffle, avec les tampons des instruments, le son "louré" sur un morceau : sa maîtrise technique est totale, à chaque instant.
Nadine Esteve met superbement en valeur les potentialités de sa duettiste. On en oublierait le travail de fond qui lui est propre et fait d’elle la part irréductible du duo. Echantillonnage, construction d’accords et de rythmes d’accompagnement : Nadine Esteve offre au duo sa qualité autosuffisante, son autonomie, son indépendance. Elle ajoute sur certains morceaux la percussion d’un triangle, ou d’un autre instrument, bricolé, improbable mais efficace (boîte de conserve, bâton et fil de pêche).
Manuchello la semaine dernière, Dominique Bouzon et Nadine Esteve ce soir : au fil du festival Jazz Sur La Ville, comme tout au long de l’année, le Roll’Studio s’affirme par l’originalité et la qualité de sa programmation comme un lieu audacieux et indispensable du Jazz Marseillais.
Des extraits vidéos de Mardal par ici.
Dès le début du concert, Dominique Bouzon s’excuse : sa flûte basse vient de subir un dommage, elle ne pourra sans doute pas en jouer ce soir. Puis le souffle commence, le son emplit la salle voûtée du Roll’Studio et impose le silence ébahi du public captivé. Les morceaux s’enchaînent, la légèreté aérienne du son rend bizarrement un effet de profondeur, de gravité. Des morceaux aux styles très variés qui trouvent leur unité dans la richesse et la beauté du son des flûtes.
Il existe une association naturelle entre la flûte et une abstraction sans nom qui rassemble des images de nature, de vie, d’essence fondamentale, de pureté, d’origine (le souffle de vie ?). Le courant New Age a utilisé cette association, puis en a abusé jusqu’à la caricature cocasse. Dominique Bouzon évite cet écueil grâce à une nature rieuse, elle s’amuse et nous amuse tout en nous faisant profiter pleinement de ses instruments superbes. C’est une artiste sérieuse, qui ne se prend pas au sérieux.
Des flûtes, elle en a : piccolo, la classique, traversière (en ut), alto (en sol), basse (en ut), et l’immense et exceptionnelle octobasse, la plus rare (une dizaine d’exemplaires en Europe). Dominique Bouzon nous parle de temps à autre de chacune, comme de ses filles, dans un mélange touchant d’affection et de considération ; elle effectue quelques démonstrations et recherche de son, de résonances riches en arpentant la salle exiguë et remplie de chaises, frôlant les murs de pierre de la voûte du Roll’Studio, traquant le trou, la niche qui rendra une réverbération parfaite, le tout au grand plaisir du public.
Juste avant la pause médiane, nous savourons une scène telle qu’on n’en voit qu’au Roll’Studio. Dominique Bouzon affiche soudain un large sourire de gratitude: elle a reconnu au fond de la salle une silhouette qui s’avance. Le maître luthier Daniel Reboh, de l’Atelier des Vents lui ramène sa flûte basse. Elle lui avait amenée en urgence à 19h20, elle revient réparée à 20h15, et livrée par les mains propres de l’artisan qui a droit à une juste salve d’applaudissements.
Le deuxième set est plus varié, il contiendra des pièces classiques (Moussorgski, Saint-Saëns) un standard de jazz. Grâce à la technologie avancée de Nadine Esteve, Dominique Bouzon verra sa voix transformée en celle d’un crooner, puis d’une midinette type Betty Boop lors d’une chanson d’anthologie qui rendra le public hilare. A plusieurs reprises, la voix chantante de la flûtiste se superpose aux notes qu’elle expulse de ses flûtes, elle effectue des percussions avec son souffle, avec les tampons des instruments, le son "louré" sur un morceau : sa maîtrise technique est totale, à chaque instant.
Nadine Esteve met superbement en valeur les potentialités de sa duettiste. On en oublierait le travail de fond qui lui est propre et fait d’elle la part irréductible du duo. Echantillonnage, construction d’accords et de rythmes d’accompagnement : Nadine Esteve offre au duo sa qualité autosuffisante, son autonomie, son indépendance. Elle ajoute sur certains morceaux la percussion d’un triangle, ou d’un autre instrument, bricolé, improbable mais efficace (boîte de conserve, bâton et fil de pêche).
Manuchello la semaine dernière, Dominique Bouzon et Nadine Esteve ce soir : au fil du festival Jazz Sur La Ville, comme tout au long de l’année, le Roll’Studio s’affirme par l’originalité et la qualité de sa programmation comme un lieu audacieux et indispensable du Jazz Marseillais.
Des extraits vidéos de Mardal par ici.
Signature : mardalle 16/10/2011
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Photographe : mardal
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le 9 octobre 2011 - La Mesón - Marseille (par Mardal)
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