Critique de concert Gloomy Holiday (Laure Donnat / Lilian Bencini Duo) (Festival Jazz Sur La Ville)


Toujours créative, Laure Donnat multiplie au fil des années les concepts variés. Au sein de son quintet Laure Donnat 5, elle propose des compositions personnelles où s’entremêlent jazz et poésie. Avec le trio Hors Zone, elle tutoie le free jazz.
Gloomy Holiday est un projet beaucoup plus classique, entièrement consacré à Billie Holiday. Merveilleux titre qui souligne la "sombritude" de la vie de Lady Day tout en évoquant Gloomy Sunday, une chanson qu’elle a contribué à propulser standard du jazz.

J’ai déjà été conquis cet été par Paul Chéron Sextet avec Nadia Cambours qui avaient joué 5 titres de Billie Holiday. Ce soir, la totalité du spectacle lui est consacré.
Le pari d’être accompagnée d’une seule contrebasse est osé. Il se révèle rapidement réussi. Tout d’abord, la voix de Laure Donnat, claire la plupart du temps, écorchée lorsqu’il le faut, gagne à être sobrement accompagnée. Son scat initial sur God Bless The Child pratiquement nu vaut le détour.

Ensuite, Lilian Bencini n’est pas le premier venu et le prouve sur Gloomy Sunday : il sample huit notes, trame de la pièce qu’il agrémente d’un sublime accompagnement. Laure Donnat y effectue une de ses trois plus prenantes performances de la soirée. La deuxième a lieu sur Lady Day où elle effectue un scat/solo de saxo décoiffant. La troisième, sur My Man dont l’arrangement est parfait (divine intro à la contrebasse avec archet suivi d’un exquis dialogue entre Laure et Lilian).

Passionnée par la musique de Billie Holiday mais aussi par le personnage, elle nous rappelle sa détresse et sa souffrance, nous explique les paroles de Don’t Explain qui témoignent du fait que BH pardonnait tout à ses petits amis même lorsqu’ils la trompaient.

Deux titres ne font pas partie du répertoire de la diva du jazz : Lady Day, le surnom que Lester Young lui avait trouvé (elle-même l’appelait Pres pour Président), composition personnelle de Laure Donnat et I Have A Dream, le fameux discours de Martin Luther King évocateur des conditions de vie des Afro-Américains prononcé en 1963 mis en musique par Laure Donnat et Lilian Bencini. Billie Holiday était morte depuis 4 ans.

Encore une belle soirée proposée par le Festival Jazz Sur La Ville dans un lieu, La Maison du Chant, propice à une telle ambiance. Le duo a su créer une intimité que les nombreux flashes, déplacements et clics bruyants d’un photographe peu respectueux ont quelque peu perturbée. Il ne s’agissait bien évidemment pas du toujours discret Françoiiiis qui, lui, avait même choisi le pull idéal pour se camoufler dans le rideau.
Setlist : God Bless The Child / Gloomy Sunday / Detour Ahead / Lady Day (Donnat) / Body And Soul / Ain’t Nobody Business / Strange Fruit / Good Morning Heartache / Don’t Explain / My Man / The Lady Sings The Blues / Travelin’ Light
Rappel : I Have A Dream (Luther King / Donnat / Bencini)
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Signature : mcyavellle 08/10/2009
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Photographe : pirlouiiiit
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