Critique de concert Mistraal Indie Music : Chokebore, Narrow Terrence, Erevan Tusk, Garciaphone, Jungle Fever


Barbentane, petit village de 3600 habitants au sud d’Avignon. Barbentane, son café chez Henry, sa boucherie, son boulodrome parking, son château et désormais son festival de musiques.

Le "music Indie Mistraal Festival" se déroule dans le quartier de la Rebutte. Soit une impasse de 200 mètres de long bordée de charmantes petites maisons avec terrasse sur le devant et qui se termine sur un rond point à flanc de parois de 15 mètres de hauteur. La pierre, jaune sable, constitue donc une sorte d’amphithéâtre naturel qui renvoie un son parfaitement équilibré. Au fond du rond point, une scène en pierre a été aménagé. C’est sur ce site que se déroule traditionnellement des animations estivales, comme pièces de théâtre ou concert classique.

C’est en tout cas ce qu’affirme Jeanne, Gisèle et Marthe, trois habitantes du quartier rencontrées sur place qui dépassent les 200 ans à elles trois. "Mais là, c’est pas possible, s’exclame Jeanne, la plus virulente. Depuis ce matin, c’est un raffut pas possible. On n’en peut plus de leur musique de sauvages. Le maire, il a pas intérêt à se montrer sinon, je lui tombe dessus. – Moi, ça fait 55 ans que j’habite ici, et c’est la première fois que ça arrive. C’est pas qu’on est contre des animations, mais là, franchement, ils exagèrent. Ça n’a pas arrêté de la journée et ce soir, on va en avoir au moins jusqu’à 2 heures du matin. Sans parler que demain, ils remettent ça !".

Arrivé sur site, on se renseigne un peu sur cette balance qui aurait durer toute la journée et on apprend rapidement que les Narrow Terrence ont répété toute l’après-midi avec Alex, le batteur des Erevan Tusk qui a remplacé au pied de la lettre leur batteur (membre d’Ezekiel). Hum, vu la proximité des habitations et la réverbération du son du à l’amphithéâtre, on n’a pas de mal à imaginer le calvaire de Jeanne, Marthe et Gisèle, surtout si elles n’aiment que Marcel Amont.

Une forme d’improvisation qui fait le sel de tout festival qui démarre, mais si seulement elle était la seule. Mais manifestement, non. Dans un festival qui aligne 5 groupes, l’absence de restauration sur place est une erreur impardonnable, de même que des toilettes portatifs tout en plastoc sans lumière qui sont rapidement devenus une porcherie. Sans parler de la bière mal tirée à 3 euros, le vin au même prix et absolument horrible, sans parler de la communication du festival, un rien ridicule (Chokebore, le groupe préféré de Kurt Cobain !). Résultat, ce soir, nous ne serons que 150 spectateurs à tout casser dans une jauge à 600. Dommage mais pas immérité.

19h. Jungle Fever commence son set devant une assistance plus que clairsemée. Le trio d’Avignon, emmené par Ted Alonzo, déclenche un rockabilly très enlevé et foutrement bien balancé. On entends l’influence des Cramps, mais également du rock alternatif français des années 80 (Mano Negra). A noter que la moitié de leur titre est en français et que cela n’enlève absolument rien à la potion très années 50. Une excellente découverte en forme de BO alternatif de Pulp Fiction.

20h Changement d’ambiance avec Garciaphone. Le "chouchou de Télérama" comme l’annonce le flyer du festival, traîne sa mélancolie folk tout seul à la guitare sans que cela ne touche personne. Quand il commence à sampler, on n’en est pas plus ému. Seule chose intéressante : il tente de percer le brouillard du folk mélancolique anglais vers la pop ensoleillée californienne des années 60. Mais le problème chez le garçon, c’est qu’il fait trop bien la gueule. Alors, on reste englué sur les côtes anglaises et on s’emmerde en rêvant de l’autre côté de l’Atlantique.

21h Voici les 5 d’Everan Tusk. Un premier morceau bien trippant entre Stufjan Stevens et The sleepers, soit une pop élaborée, menée à deux voix avec une évidente aisance mélodique. A leur voir sur scène, on pense au début de Phoenix, voici plus de 10 ans. Mais le soufflé retombe assez rapidement.

Ils cassent la magie en faisant durer les pauses bien trop longtemps entre chaque morceau et surtout ils s’embarquent dans un trip groupe de stade qui ne fonctionne pas. On entend tour à tour Supertramp, Cranberries, U2, Placebo. Les influences sont bien trop évidentes pour que l’on accroche vraiment à leur set.

22h Narrow Terrence monte sur scène et là, on change de braquet. Le groupe des frères Puaux a beau être amputé de son batteur et de sa violoniste, ils vont mettre une sacrée claque. On les avait quitté mitigé voici plus d’un an, suite à la sortie de leur premier album, un peu trop sous l’influence Tom Waits (blues déglingué du sud des USA et voix éraillée d’Antoine).

Leur second album sorti au printemps, Narcos Corridos, a durci un peu le ton, mais ce n’est rien par rapport à ce qui se passe sur scène. Si les premiers titres (Cave In hell) sont calmes, tels des BO de westerns spaghetti, le reste du concert va faire lever tout le monde grâce à un son plus rock et plus explosif.

Des morceaux comme Weakness of the ship et surtout Wet Dead horses avec ses breaks à faire tourner la tête font mettre le feu au public. La prestation d’Antoine, tout en énergie et rage rentrée finira par convaincre les plus septiques. Peut être étaient-ils à ce point motivé qu’ils jouaient avant Chokebore, un de leur groupe référence, puisque leur nom de groupe est en partie tirer d’une chanson du combo US.

23h30 Chokebore monte sur scène. Les 4 membres doivent bien taper la cinquantaine chacun, mais quand ils branchent les guitares, ils font le même boucan qu’il y a 20 ans. Le frontman, Troy Baltazar, chante en tournant sa bouche autour du micro, l’air aussi habité que Jonathan Donahue, le leader des Mercury Rev. Mais ici, pas question de pop spatial, c’est de la noisy sèche et blanche que l’on nous sert. Mur de distorsion, voix planante par dessus, on se croirait au bon vieux temps des années sub pop.

Mais Chokebore n’a jamais été Nirvana, Pearl Jam, Soundgarden ou Mudhoney. Et encore moins Sonic Youth. C’est un bon groupe US, mais de seconde division tant il leur manque l’étincelle pour dépasser leur formule de base. Bref on s’y ennuie très rapidement et on fait le constat rassurant que les enfants (Narrow Terrence) ont aujourd’hui définitivement tué leurs idoles.
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et une petite de Jungle Fever : là
et une petite de Garciaphone : là
et une petite de Erevan Tusk : là
et une petite de Narrow Terence : là
Signature : stephane sarpauxle 25/07/2010
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