Critique de concert Pascal Comelade et le Bel Canto Orquestra


Rocanrol bric-à-brac
Programmés par La Comédie, scène nationale de Clermont-Ferrand, Pascal Comelade et le Bel Canto Orcquestra ont déchaîné les passions dans la cadre intimiste de la salle Boris Vian de la Maison de la Culture. Le concert - complet, comme celui du 5 octobre -, a permis d’apprécier à sa juste valeur l’univers singulier d’un (dé)compositeur aussi doué pour faire vivre une mélodie que pour parler, avec l’accent catalan, l’argot du bruit. Le taciturne musicien est en effet un des plus brillants adeptes du grand écart permanent entre comptines touchantes ou hilarantes et voyages sonores aussi rock qu'expérimentaux ou mélancoliques. Avec son Music hall psychotico intimiste Pascal Comelade a réussi à emmener dans son monde à lui un public aussi bien composé de fans transis que de novices un peu sceptiques au début, puis rapidement conquis. Un exploit donc…

Comme dans un rêve éveillé d’enfant…
Très rapidement au cours du concert enthousiasmant de M. Comelade et de ses quatre musiciens, on se retrouve comme dans un rêve éveillé d’enfant. Les mélodies sont saisissantes et l’instrumentation, quant à elle, est véritablement ébouriffante. Les instruments sont en effet quasi systématiquement détournés de leur utilisation première, il y a même des objets de la vie de tous les jours qui deviennent des instruments de musique, comme par magie. Une paille (pour boire dans un verre) se transforme en saxophone, un ukulélé devient une guitare électrique capable de produire des sons que n’auraient pas reniés Jimi Hendrix ou un violoncelle, par la grâce d’un archer frotté contre ses cordes, un ballon se transforme en trompette etc etc. Le public écarquille les yeux, ne sachant où donner de la tête, tant le spectacle est partout sur scène. Faut-il se concentrer sur le chef d’orchestre aux mimiques aussi inquiétantes que drôles derrière son piano jouet, son piano ou son ukulélé ? Ou se focaliser sur celui qui apporte une note d’humour (hilarant) et un côté franchement décalé à certaines œuvres ? Pep Pascual, c’est de lui dont il s’agit, est un saxophoniste/clarinettiste jouant également avec une armada d’instruments réservés d’ordinaire aux enfants ou à une autre utilisation : clochettes, sifflets, mini trompettes, corne de brume, ballon… Doit-on scruter du regard les interventions pleine d’à propos et d’originalité de Gérard Meloux au piano jouet, au ukulélé, à la pédale wah wah et au slide ukulélé ? Ou s’intéresser principalement à la section rythmique ? Celle-ci est composée d’un bassiste placide et précis, Jean-Paul Daydé, et de Stéphane Poisson et Didier Banon, deux batteurs/percussionnistes (dont un officiant parfois à la guitare) s’escrimant afin de faire sonner une minuscule batterie jouet, aussi drôle à regarder que surprenante à écouter. Le spectacle est partout, et c’est totalement jubilatoire.

Précis de décomposition bruitiste
Armé de son précis de décomposition bruitiste, Comelade navigue avec ses fidèles matelots entre groupe de bal ayant la tête dans les étoiles et combo de rock ne cherchant pas à rouler des mécaniques, mais capable de géniales fulgurances noisy. L’auditeur/spectateur a donc le privilège de passer de morceaux de folkore oniriques (flamenco décalé, valse détournée etc) complètement étourdissants - Egyptian reggae, un morceau repris par les Pascals, un tribute band japonais, qui n’enchante pas le maître -, Love too soon - magnifiquement chanté par PJ Harvey sur l’album L’argot du bruit - à de jouissives reprises de pop - méconnaissable Sunny Afternoon des Kinks - ou de rock ’n roll (rocanrol selon M. Comelade) : Russian roulette, une cover détonante de Lords of The New Church, ou un stonien I can’t control myself des Troggs. Composant un univers captivant, les mini symphonies pour pianos, paille, kazoo, ukulélé, batterie, basse et guitare font un effet énorme ; d’apparence simple, elles nécessitent des trésors de minutie pour faire évoluer les instruments jouets entre mélodies lumineuses et dissonances bruitistes. Tout se termine par de généreux rappels et un moment à part : un duo entre un lapin/jouet tapant sur une batterie et un cochon/jouet couinant bizarrement.

« Désolé de ne pas communiquer, mais je ne sais pas le faire… »
En dehors de la présentation des musiciens, la phrase ci-dessus sera la seule prononcée par Pascal Comelade, à fond dans sa musique mais pas franchement ravi par le fait d’avoir à brasser du vent pour faire parler de lui. Sous ses faux airs de Lucky Luke (avec ses tics et rictus cartoonesques) un peu loup garou (ses pattes et son visage sont presque terrifiants quand il est concentré), se cache un homme libre désirant évoluer au-delà des clichés pittoresques, dans un rocanrol bric-à-brac qui n’appartient qu’à lui... Un homme souhaitant communiquer une seule chose : sa passion pour la musique.
Sites Internet : www.comelade.com, www.dsa-wave.com/wave/fiches/artistes/5.html, www.dsa-wave.com, www.lacomediedeclermont.com.
Photo live © Jean-Louis Fernandez
Signature : pierre andrieule 10/10/2006
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