du 1er au 16 octobre - Marseille JAZZ sur la Ville... un collectif informel, réunissant des lieux qui nourrissent quotidiennement et depuis longtemps, la vie musicale de Marseille. Ici, chacun programme ce qui lui plait, selon ses gouts, son public, sa curiosité, selon ses murs. Sans barrière. Bref, une dynamique à l’image du JAZZ, multiple, protéiforme, sans cesse réinventée... généreux, aussi.
JAZZ sur la Ville... du JAZZ sous toutes les coutures partout et pendant 15 jours ! PreÌs de 80 musiciens ! Une programmation faisant la part belle aux groupes régionaux, confirmés ou émergents. Au rendez-vous également, quelques pointures internationales.
Le programme entend défendre le travail actuel d'artistes qui travaillent, résident ou sont originaires de la ville. La plupart présenteront leurs nouveaux répertoires ou nouveaux groupes.
Méandres (festival Jazz sur la Ville 2011) - 17 Octobre 2011 - La Meson - Marseille (critique écrite le 17/10/2011 par Mardal)
Festival Jazz Sur La Ville, soirée de clôture à la Meson qui programme Méandres, groupe qui est affilié au Nu Jazz et au Hip Hop. Une prestation du groupe m’avait déjà fait forte impression il y a quelques mois à Lollipop. Je m’impatiente de les écouter à nouveau. Ce soir, Méandres invite un .../...
Festival Jazz Sur La Ville, soirée de clôture à la Meson qui programme Méandres, groupe qui est affilié au Nu Jazz et au Hip Hop. Une prestation du groupe m’avait déjà fait forte impression il y a quelques mois à Lollipop. Je m’impatiente de les écouter à nouveau. Ce soir, Méandres invite un flûtiste.
Comme dans de nombreux concerts (mais pas tous) donnés lors de Jazz Sur La Ville, nous avons le privilège d’écouter d’authentiques compositions. Et comme lors de nombreuses soirées précédentes, ces compositions sont fortement personnalisées.
Avec Méandres, il s’agit d’un Nu Jazz tendance urbaine qui se teinte fortement de Hip Hop grâce au chant de Simon BALLEYGUIER, et s’échappe régulièrement vers la musique classique contemporaine, sous l’archet d’ Emmanuel CREMER.
L’association orchestrée par Fabien GENAIS est audacieuse, séduisante, parfaitement maîtrisée et aboutie. La création hybride qui en émerge balance, sans jamais choisir définitivement son camp, entre l’Europe et les U.S.A, elle est puissante, charmante et mystérieuse.
Set List : Songe Ame Slide Motion Conga Slam Balkan Strange Dub Sentinelles Clint Viennoiserie Et Toi ?
Au fil des morceaux, en analyste obsessionnel compulsif que je suis, et dans le souci de mieux la comprendre, la situer, la comparer, je tente de caractériser la musique de Méandres : des phrases à l’unisson rythmique et en accord dissonants, souvent à deux (flûte & saxophone) parfois à trois ou quatre (violoncelle & guitare en plus).
L’effet de ralentissement ou de cassure de la régularité avec l’usage fréquent de triolets et des changements occasionnels de tempo ; des temps forts lourdement appuyés (sur les passages Hip Hop surtout). Riffs des vents et cordes répétés à l’identique sur lesquels se pose soit le chant Hip Hop qui s’appuie sur une même note pour la plupart des syllabes chantées, soit une improvisation, un chorus, tantôt le violoncelle, tantôt le saxophone, la flûte ou la guitare. La partie basse assurée, c’est original, tantôt par le sousaphone, tantôt par le violoncelle.
Puis je réalise que ces caractéristiques se retrouvent dans de nombreuses formations, Nu Jazz et Hip Hop. L’essence du groupe, son empreinte est ailleurs, mais où ? Avancer dans mes investigations silencieuses ne mènera à rien. Je me perds dans les méandres de ma perception, les replis de mon cerveau; ma quête est vaine, et je réalise encore, comme souvent que certaines choses ne peuvent qu’être jouées, interprétées et perçues musicalement.
La transposition vers le vocabulaire et les mots est insignifiante, stérile. C’est sans doute une bonne chose que la musique demeure inaliénable, irréductible tout en continuant de tant nous parler. Mais l’envie de l’interprétation est tenace et me relance : c’est peut-être que dans la musique de Méandres, à travers le dialogue surprenant de ses instrumentistes, se profile un reflet déformant du chaos urbain, du désordre dans lequel nous vivons, et sous lequel se dissimule un ordre qui reste caché, secret, illisible mais que l’on sait présent.
A côté de moi, deux mamies dodelinent nonchalamment. Des visages différents autour, l’âge, l’allure… et tous qui semblent fortement imprégnés, en immersion totale. Il doit y avoir tout de même une relation, une accointance entre le Hip Hop et la nature humaine, sous toutes les latitudes, pour que face à cette musique, des gens si différents se laissent aller si naturellement, s’abandonnent si volontiers, de concert.
Je me connais : j’essaierai encore de pénétrer les arcanes de la création, de dérouler un fil d’Ariane invisible dans les méandres labyrinthiques de ce quintet / sextet passionnant, de dévoiler le secret des Dieux. Vanitas !
Accepter notre monde comme une approximation brutale, attendre, voir venir et se laisser porter ou tenter de déchiffrer, de comprendre pour avoir l’illusion de maîtriser, et au risque de s’y perdre. Voilà le choix cornélien que nous propose Méandres, au fil de ses sinuosités, avec l’élégance de ne pas forcer la réponse.
Mike Ladd + Us3 - 16 octobre 2011 - Cabaret Aléatoire - Marseille (critique écrite le 03/11/2011 par Mai-lan) Dimanche 16 octobre 2011, pendant que la Fiesta des Suds fait les yeux doux aux marseillais avec une programmation plus que séduisante, le Cabaret Aléatoire accueille Mike Ladd et Us3.
Une belle affiche mais en pleine période de concerts, et qui plus est un dimanche soir, c'est un pari risqué... .../...
Dimanche 16 octobre 2011, pendant que la Fiesta des Suds fait les yeux doux aux marseillais avec une programmation plus que séduisante, le Cabaret Aléatoire accueille Mike Ladd et Us3.
Une belle affiche mais en pleine période de concerts, et qui plus est un dimanche soir, c'est un pari risqué... et c'est malheureusement un Cabaret à moitié plein (ou à moitié vide c'est selon...) qui ouvre ses portes sur une salle scindée en deux par de lourds rideaux pour tenter de recréer la sensation de foule... un peu décevant pour qui aime l'habituelle promiscuité du Cabaret.
Au plafond, des écrans en noir et blanc projettent des images d'archives sur lesquelles une gymnaste en justaucorps virevolte en une sorte de mouvement perpétuel, autour de barres asymétriques. Plutôt étrange...
Mike Ladd, poète diplômé et slameur hors pair, arrive aux alentours de 21h00, accompagné d'un batteur à la fière allure (Damali si je ne m'abuse) et du très remarquable Juice Aleem, coiffure afro, t-shirt de Marcus Garvey et lunettes orange.
Les trois artistes proposent un rap puissant mais mélodieux, un hip-hop rock, avec des variantes à tendance dancehall ou électro. Difficile de répertorier ce trop-plein d'énergie, de créativité, ce mélange des genres et d'influences d'horizons diverses.
C'est en tout cas un show bien mené, le live de la batterie et les cymbales jazzy créent une atmosphère chaleureuse, les deux chanteurs parviennent sans peine à conquérir un public peu nombreux, en le gratifiant de regards quasi individuels et en imposant un rythme soutenu auquel il est impossible de résister.
De fait, çà bouge, çà danse, les morceaux sont percutants, et Mike Ladd réussit parfaitement à faire passer le poids des mots et de la rime sans qu'il soit besoin pour cela d'être bilingue.
Trois quarts d'heure plus tard, j'ai tout simplement oublié que je venais écouter Us3 et regrette que leur performance ne dure pas davantage...
Peu avant 22h00, la formation Us3 entre sur scène, une contrebasse, un saxophone ténor, une trompette, deux micros, une platine et un public toujours aussi disparate...
Inconditionnelle de Hand on the Torch, succès incontestable de Us3 fondé sur une superposition de samples du répertoire magique des artistes signés chez Blue Note, et mon disque de chevet depuis 15 ans, mais totalement ignorante quant au parcours récent de Us3, je ne sais pas trop à quoi m'attendre. Et en fait, à tout, sauf à çà.
Us3, aux origines de l'acid jazz et expert en mixes savants, délivre un hip-hop classique, urbain, mais presque convenu.
La gestuelle me semble maniérée, les tentatives pour emmener le public vaines et forcées ("Do you like Hip-Hop music?!"...)
C'est une opinion très personnelle puisque les amis venus avec moi apprécient et perçoivent même un son jazzy, mais, pour ma part, je ne retrouve pas la finesse des albums, et (pardon!) je me surprends à penser de manière sans doute exagérée, qu'il ne suffit pas de mettre trois cuivres pour recréer une ambiance jazz...
C'est indispensable certes pour reconnaître le son caractéristique de Us3 et faire en sorte qu'on ne soit pas totalement perdus, mais loin d'être assez convaincant pour me laisser le sentiment d'avoir écouté du bon son et assisté à une belle performance scénique.
Rapidement d'ailleurs, je décroche, je vais échanger trois mots avec Juice Aleem descendu dans la fosse et prendre quelques photos. Et je ne dois pas être la seule... après un rappel "de politesse" la salle se désemplit en effet assez vite... trop vite ?
Déçue mais pas rancunière, je continuerai à écouter Us3 chez moi...
Dominique Bouzon & Nadine Esteve - 15 octobre 2011 - Roll\'Studio - Marseille (critique écrite le 16/10/2011 par Mardal) Dominique Bouzon est une artiste singulière. Elle a su trouver en Nadine Esteve la duettiste idéale pour mettre en valeur la richesse de sa palette sonore, sa palette à vents, faite de flûtes uniquement. L’une souffle, l’autre enregistre, sample, reproduit et transforme en accompagnement, en .../...
Dominique Bouzon est une artiste singulière. Elle a su trouver en Nadine Esteve la duettiste idéale pour mettre en valeur la richesse de sa palette sonore, sa palette à vents, faite de flûtes uniquement. L’une souffle, l’autre enregistre, sample, reproduit et transforme en accompagnement, en rythmique les sonorités diverses riches des flûtes.
Dès le début du concert, Dominique Bouzon s’excuse : sa flûte basse vient de subir un dommage, elle ne pourra sans doute pas en jouer ce soir. Puis le souffle commence, le son emplit la salle voûtée du Roll’Studio et impose le silence ébahi du public captivé. Les morceaux s’enchaînent, la légèreté aérienne du son rend bizarrement un effet de profondeur, de gravité. Des morceaux aux styles très variés qui trouvent leur unité dans la richesse et la beauté du son des flûtes.
Il existe une association naturelle entre la flûte et une abstraction sans nom qui rassemble des images de nature, de vie, d’essence fondamentale, de pureté, d’origine (le souffle de vie ?). Le courant New Age a utilisé cette association, puis en a abusé jusqu’à la caricature cocasse. Dominique Bouzon évite cet écueil grâce à une nature rieuse, elle s’amuse et nous amuse tout en nous faisant profiter pleinement de ses instruments superbes. C’est une artiste sérieuse, qui ne se prend pas au sérieux.
Des flûtes, elle en a : piccolo, la classique, traversière (en ut), alto (en sol), basse (en ut), et l’immense et exceptionnelle octobasse, la plus rare (une dizaine d’exemplaires en Europe). Dominique Bouzon nous parle de temps à autre de chacune, comme de ses filles, dans un mélange touchant d’affection et de considération ; elle effectue quelques démonstrations et recherche de son, de résonances riches en arpentant la salle exiguë et remplie de chaises, frôlant les murs de pierre de la voûte du Roll’Studio, traquant le trou, la niche qui rendra une réverbération parfaite, le tout au grand plaisir du public.
Juste avant la pause médiane, nous savourons une scène telle qu’on n’en voit qu’au Roll’Studio. Dominique Bouzon affiche soudain un large sourire de gratitude: elle a reconnu au fond de la salle une silhouette qui s’avance. Le maître luthier Daniel Reboh, de l’Atelier des Vents lui ramène sa flûte basse. Elle lui avait amenée en urgence à 19h20, elle revient réparée à 20h15, et livrée par les mains propres de l’artisan qui a droit à une juste salve d’applaudissements.
Le deuxième set est plus varié, il contiendra des pièces classiques (Moussorgski, Saint-Saëns) un standard de jazz. Grâce à la technologie avancée de Nadine Esteve, Dominique Bouzon verra sa voix transformée en celle d’un crooner, puis d’une midinette type Betty Boop lors d’une chanson d’anthologie qui rendra le public hilare. A plusieurs reprises, la voix chantante de la flûtiste se superpose aux notes qu’elle expulse de ses flûtes, elle effectue des percussions avec son souffle, avec les tampons des instruments, le son "louré" sur un morceau : sa maîtrise technique est totale, à chaque instant.
Nadine Esteve met superbement en valeur les potentialités de sa duettiste. On en oublierait le travail de fond qui lui est propre et fait d’elle la part irréductible du duo. Echantillonnage, construction d’accords et de rythmes d’accompagnement : Nadine Esteve offre au duo sa qualité autosuffisante, son autonomie, son indépendance. Elle ajoute sur certains morceaux la percussion d’un triangle, ou d’un autre instrument, bricolé, improbable mais efficace (boîte de conserve, bâton et fil de pêche).
Manuchello la semaine dernière, Dominique Bouzon et Nadine Esteve ce soir : au fil du festival Jazz Sur La Ville, comme tout au long de l’année, le Roll’Studio s’affirme par l’originalité et la qualité de sa programmation comme un lieu audacieux et indispensable du Jazz Marseillais.