
Deuxième soirée de Marsatac 2011 pour moi, que je m'étais pourtant juré de ne pas chroniquer, n'ayant pour ce samedi soir ni l'accréditation, ni les nécessaires compétences qui vont avec (à savoir, potasser un minimum les groupes programmés, avant de les voir sur scène, eh ouais, on fait ça figurez-vous, chers fanatiques de truc et de machin qui parfois, aimez à nous pourrir quand même après !). Bon, pis comme disait l'autre, c'est pas parce qu'on a rien à dire qu'on doit fermer sa gueule. Au moins, n'ayant pas pris de notes cette fois, ça devrait aller plus vite.

Arrivée en goguette vers 22 heures, le vélo confié à qui de droit (encore bravo pour sa patience au Collectif Vélos en Ville), on commence avec
Gablé, recommandé par des gens en qui on a toute confiance. (en parlant d'éco-responsabilité, j'ai oublié d'écrire quelque part que cette année, il n'y avait enfin plus de saloperies en plastiques distribuées par SFR and co, et destinées à finir immanquablement par terre, donc un site globalement plus propre : c'est un joli progrès ! Sinon, j'ai déjà vu des toilettes sèches plus classes ou plus fonctionnelles - pas d'eau pour se rincer les mains ici - mais bon, il y en avait, c'est déjà ça !)

Euh, oui,
Gablé donc ! Trio de rock expérimental et ludique, avec quelques déchaînements de violence millimétrés. A ce stade, c'est plus des montées et des descentes, c'est des 0 et des 1 ! Ca n'a certes pas la dimension créatrice de Battles, dont le chanteur arbore le t-shirt, mais ça a un côté nettement plus théatral (le grand barbu a l'air d'un vrai taré, déchiquetant sa cagette presque avec les dents, la fille est marrante avec ses klaxons, le guitariste sort un son de malade de sa gratte sèche).

Soyons honnête, on s'emmerde parfois un peu à un concert de Battles ? Pas à celui de Gablé ! Certes, pas sûr de vouloir se l'écouter à la maison, mais le concert m'a bien amusé et par moments, fait vibrer franchement.
Cascadeur ? C'est un mystère. Pourquoi, avec un visuel et un look à copier les Daft Punk, jouer des chansons pop calmes ? Une jolie voix et un set planant, oui, mais planant pas très haut, assez easy-listening (quelques jolies parties de clavier quand même), ressemblant dans les tous meilleurs moments à Air, mais qui a déclenché rapidement un ennui à peine poli dans la grande salle de la Cartonnerie, qui se vide rapidement.

Dans un cadre intimiste et sans l'emballage clinquant et inutile, ça aurait peut-être pu me plaire davantage. Concept ni fait, ni à faire : un journaliste musical réalisant un fantasme, peut-être ? Une blague pour happy few ?

Bon par contre, si je n'ai pas tout aimé jusqu'ici, je n'avais rien vu de totalement nul (ma
diatribe de jeudi contre The Do relevant, on l'a compris j'espère, de l'émotion allergique, et pas du tout de l'analyse musicale). Heureusement, il y a eu
The Death Set, un vrai groupe de baltringues comme on en fait plus qu'en tout début de festival punk-à-chien champêtre et édenté, au fin fond de la Drôme provençale...

Punk très énergique - il faut leur laisser l'énergie - ils emballent sans peine un public qui n'a pour la plus grande partie jamais osé s'aventurer à la Machine à Coudre ou à l'Enthröpy... Où jouent plusieurs fois par mois des groupes punk objectivement bien, mais vraiment bien meilleurs. Juste passable à la batterie, mais nuls à la guitare et surtout nullissimes au chant, des chansons à vomir, une reprise massacrée de Cure, voilà un salmigondis à éviter : gros caca, beurk.

Si j'avais été accrédité j'aurais révisé, là non : j'aborde
Death in Vegas plus que circonspect, d'autant qu'ils sont très exactement éclairés... pour qu'on ne puisse pas les voir. Et en effet je m'emmerde presque la moitié du concert. Jusqu'à ce qu'il se passe quelque chose : à un moment très précis, je sens que je suis dedans, que cette chanson qui évoque une version sous Lexomil de The Jesus and Mary Chain, m'enveloppe pourtant et m'emporte. Le concert monte encore en intensité, et son dernier tiers est même passionnant, au point que j'arrête de me demander à quoi servent tous ces musiciens sur scène. Si tous ensemble ils peuvent me faire "ça", soit !

Vers la fin, je reconnais leurs plus grands tubes (époque Scorpio Rising, il y a 15 ans) et ce sont effectivement les meilleurs, comme me l'avait annoncé un journaliste de la Marseillaise, qui est hélas pour lui parti juste quand ça devenait intéressant. Bref très beau concert qui a fini devant une salle aux deux-tiers vide, mais au tiers restant fou de joie, voire hystérique. Au final, concert de la soirée, two thumbs up !

Comme ils ont pas mal débordé du timing, il paraît plus simple de glander sur place en attendant un peu Yuksek, que de faire un tour complet du site à travers une foule dense et parfois fatigante... Mais bon, n'oublions pas que si on se sent trop bousculé ou trop agressé, c'est qu'on a un peu vieilli... Moi aussi, et je m'en souviens plutôt bien, j'ai été un jeune con braillard de slogans d'étudiants titillé par ses hormones, défoncé à la troisième Kronenbourg à partir de 21 heures, gonflant sans doute tout le monde à force de m'agiter, avant de tout dégueuler vers 23 h 30 et de m'endormir comme une crotte dans un coin.

Bref dans l'ensemble, évidemment il faut savoir évoluer avec patience dans la foule, et se battre un peu pour rentrer dans les petites salles de concerts (m'enfin ils ne vont pas péter les murs du Cabaret Aléatoire ni de la salle Seita pour en faire des chapiteaux ouverts, faudra bien s'y faire !). Même si je n'ai toujours pas compris comment on accédait, justement, à la salle Seita en chaise roulante...

Quoi qu'il en soit, supporter les jeunes cons braillards oui, supporter leur musique de sonnerie de portables, non :
Yuksek, on se rend compte après avoir tenu plus de 20 minutes que c'est vraiment très chiant, ni montées ni descentes, ni violent ni planant, aucun sens de la mélodie, et en plus éclairage à chier (alors qu'il a été plutôt beau partout ailleurs, surtout à la Seita). Pourtant il m'avait fait bonne impression, ce minot, tout au début vers 2004, quand il n'était que DJ à la sortie des Eurocks, et pas interprète de ses propres compositions parfaitement fadasses, tout juste bonnes à illustrer des pubs...

D'ailleurs ses "tubes" On a Train, Tonight and co ne nous ont jamais fait vibrer quoi que ce soit : on échangerait pas l'ensemble de son oeuvre contre une demi-mesure de Vitalic/Justice/Digitalism/Daft Punk and co... qui ne viendront certes jamais jouer ici.

Ca tombe bien, c'est l'heure du dodo, mais non, tu vas aller voir un peu
Housse de Racket que tu aperçus il y a des années à Rock en Seine, tu es bien trop curieux pour partir comme ça. Bonne pioche : tout n'est pas inoubliable dans les compos du trio, mais certains chansons font mouche ("j'arrête le tennis, je sors ma guitare ! etc... : imparable !). De bons entertainers qui réveillent la salle (à la paupière un peu alourdie vers 2 h 30 du matin...), un guitariste qui place de petits soli sans jamais que ça fasse trop dans des titres rock globalement très percutants et même assez originaux.

Dans un monde meilleur, c'est eux et non les BB Brunes (à vue de nez, de la même génération) qui auraient du casser la baraque. Dieu sait qu'on casserait volontiers une raquette sur le pif du chanteur du trio du boulevard Brune, tandis que les
Housse de Racket, par leur fougue inspirée et prenante, m'ont retenu au moins 40 minutes de plus que ce que je pensais. Beau boulot qui aurait mérité d'avoir plus d'affluence, mais a été très applaudi par le public !

Au final, une belle soirée, terminée pour moi sans doute juste avant l'apparition des DBM (comprenez, les musiciens à laptop) : j'ai vu plus de guitares et de batteries, et moins d'ordinateurs que l'année dernière, il ne m'en faut pas plus pour être content, je ne disserterai pas plus avant sur le côté défricheur ou non de la programmation... Et d'ailleurs j'ai déjà fait une chronique aussi bavarde que d'habitude : heureusement que j'avais pas pris de notes, ni potassé, vous vous en sortez bien.
Alors merci à
Marsatac, et longue vie encore à la Friche, très joli site pour un festival urbain, essayez dans un Zenith si vous ne me croyez pas...
Beaucoup plus de photos (et mini vidéos) de cette longue soirée par
Pirlouiiiit par
là
Toujours disponible, du même auteur et souvent du même photographe, des retours sur les éditions anciennes de Marsatac, un peu partout dans Marseille, de
2010,
2009,
2008,
2007,
2006, et
2005 !...
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