Que faut-il faire lorsqu'une légende du blues passe en concert à proximité de chez vous ? Y aller bien sûr, car c'est une occasion qui peut ne plus jamais se représenter. C'est ce que j'ai fait jeudi 30 juin 2011 au Grand Rex. A l'affiche,
BB King, l'un des plus grand nom du blues, l'un des derniers maitres du genre. Il appartient à cette génération très proche des racines de cette musique noire américaine que d'autres ensuite, et avec beaucoup de talent ont perfectionné et rendu encore plus populaire. Tous ces nouveaux musiciens ont un jour ou l'autre suivi les sillons que BB King a tracé dans une galette de vinyle.
La musique conserve, c'est ce qui vient à l'esprit lorsque l'on voit
BB King. La musique, c'est finalement simple ; c'est ce que l'on est tenté de penser lorsqu'on l'entend jouer. Quelques notes égrainées sur le bon tempo, un son limpide sans saturation, et surtout, de la nuance dans le jeu. C'est ce dernier élément qui caractérise un bon musicien, et qui plus est un bon guitariste. Faire vivre une note, la faire vibrer, l'évoquer, et enfin, l'affirmer puissamment. C'est ensuite que l'on peut rajouter des cuivres, un clavier et des percussions.
N'oublions pas la voix, un instrument formidable, très joliment mis en valeur lors de la première partie du concert de jeudi soir.
Robin Mc Kelle fait plus que chauffer la salle. Sur scène, elle a une vraie présence. Sa voix swing, elle est pure et sensuelle. Une première partie, ça sert aussi à découvrir de nouveaux artistes (ses albums : Introducing Robin Mc Kelle, Modern Antique, Mess Around).
Le temps de préparer la scène et l'orchestre BB King s'installe. Un round de chauffe, comme pour un match de boxe, le maitre n'est pas encore là, mais les notes font déjà présager un bon moment. Moyenne d'age sur scène ? 65-70 ; poids maximum ? 130 – 150 kg. Du lourd, au propre comme au figuré. Un batteur, un bassiste, un guitariste rythmique, un saxo ténor, un saxo, deux trompettes, son neveux dans tout ça ; la troupe cultive son folklore comme son sens du rythme. Sonorité grand orchestre, nous voici replongés au chœur des années 1960 dans un club de jazz enfumé.
A la fin du premier morceau, le maitre est annoncé au micro ; il entre dans l'arène :
Mister BB King. Étonnamment vif d'esprit et facétieux, il va alterner grands classiques et anecdotes sur sa vie. Il tisse rapidement une proximité avec le public ; en vieux routier de la scène musicale (il a joué en live plus de 250 fois par an lors de ses plus belles années), il sait distiller sa musique, se faire attendre, faire désirer ses accords. God damn, il a 85 ans ! Dommage que mon anglais ne soit pas au niveau, j'ai du rater quelques bons mots. Car BB King a fait beaucoup d'humour durant ses longues tirades. Un clin d'œil sur son age – 80 ans aux dires du maitre !? - une promesse ; que nous souhaitons tous qu'il tienne : revenir jouer dans la capitale parisienne l'année prochaine pour ses 86 ans.
Au milieu du concert, il casse son grand orchestre et choisi de réunir en cercle une guitare, une batterie, une basse et lui même. Ils jouent alors encore plus blues, et on a l'impression d'être dans le jardin d'une maison ouvrière d'une banlieue de Louisiane. Évidemment, c'est trop court. Mais BB king a 85 ans. Point remarquable, même si les morceaux sont entrecoupés par de longs monologues, il n'y a pas de temps mort durant 1h15. Chapeau.
C'est déjà l'heure de partir, mais même pour sa sortie,
BB King a son petit rituel. Séance de dédicace au milieu de la scène. On lui a déjà mis son chapeau et son long mentaux sur les épaules. La classe des caïds des années 1960. Une autre classe, un autre caïd, son garde du corps, qui complète à merveille la bande à BB. Un homme grand, en costume raillé élégant, des bijoux en or et en diamants aux doigts et à l'oreille, un œil plein de distance qui semble ne réagir qu'aux ordres du maitre. Sur demande de BB King, c'est lui qui va chercher les objets à dédicacer. Le maestro les désigne parmi la foule.
A la fois si proche, si conscient qu'il est une icône, et si amusé par la liesse qu'il déclenche. On est venu chercher un autographe, mais c'est un Tribute qu'on lui offre. Il sort sous les vivas. Les plus rapides peuvent le voir depuis la sortie des artistes monter dans sa belle limousine noire, entouré par sa suite, toujours la fenêtre ouverte à offrir des dédicaces. C'est la vie d'une diva du blues...
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