À la frontière entre théâtre, comédie musicale et concert,
Philippe Duquesne et
Camille Grandville nous proposent
Par Hasard Et Pas Rasé, au
Petit Théâtre de la Criée.
Philippe Duquesne : Franckie au chant
Joël Bouquet : piano et arrangements
Patrice Soler : contrebasse
Guillaume Arbonville : batterie
Célia Catalifo : choriste
Adeline Walter : choriste
Et la participation filmée d’
Anne Benoît et de
Yolande Moreau

Un groupe de musiciens mené par le chanteur Franckie est en tournée, quelque part… avec
Gainsbourg au programme. Phase d’avant spectacle : chacun arrive et prend place, plus ou moins en retard, après une dernière bière, pour quelques répétitions, pour une dernière mise au point. Au fil des chansons de Gainsbourg, les relations entre les membres du groupe transparaissent, cocasses, émouvantes, et Franckie en aparté lève le voile de la pudeur sur des souvenirs d’adolescence entre Béthune et Berck, frustration, rupture, blessure... les bribes d’un passé fictif (ou pas ?) se dessinent, en mode impressionniste. L’arrivée des deux choristes, ravissantes poupées, dynamise le groupe, comme dans la vie. L’une sera B.B., l’autre Jane B.
Le spectacle est une suite de séquences particulièrement réussies, fortes ou émouvantes :
celle où l’image d’une femme projetée en grand écran dialogue plus ou moins directement, par l’intermédiaire d’une chanson de Gainsbourg avec Franckie, le souvenir d’un épisode de la vie passée, sans doute ;
le texte de Je Suis Venu Te Dire Que Je M’En Vais éclairé sous un nouveau jour par la scénarisation de Yolande Moreau ;
l’apparition de B.B. puis de Jane B. en Melody Nelson, et beaucoup d’autres encore.
On est frappé par l’évidence de ce que le théâtre peut apporter à la musique, au concert : le jeu d’acteur de
Philippe Duquesne est magnifique, la mise en scène créative est tout aussi efficace, l’écriture du spectacle est fine et stylée, fortement servie par les somptueux textes de
Serge Gainsbourg.
Les trois musiciens sont discrets, le pianiste arrangeur est excellent.
Philippe Duquesne utilise quelques gimmicks de
Serge Gainsbourg sans tomber dans l’écueil de l’imitation intégrale (on sent qu’il en serait capable).
Célia Catalifo et
Adeline Walter sont au top : les intonations, gestuelles, mimiques de B.B. ou de Jane B. sont frappantes de réalisme.
Et l’on retrouve en fragrance, pour notre plus grand plaisir, la
Deschamps Makeieff touch : un choix de situations à la frontière du théâtre et d’autre chose qui reste un peu indéterminé, un peu nostalgique, humoristique, tendre et hospitalier.

En espérant vous avoir mis L’Eau à La Bouche, tant ce spectacle mérite le déplacement, mon conseil du jour, valable jusqu’au 28 janvier : Que ce soit en Harley Davidson, en Ford Mustang, en Solex en tramway à pied ou en métro, foncez à
La Criée voir
Par Hasard Et Pas Rasé.
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