Chronique de Concert
No Jazz Quartet - The Lemon Cars

Scène un peu surréaliste ce vendredi à 19 h 15: des gens attendent en file sur un trottoir minuscule, rue St-Pierre, en plein jour et trois bonnes heures avant leurs pratiques usuelles... Et tous ceux qui ne sont pas encore là à cette heure d'ailleurs, y compris des habitués et activistes, resteront dehors ce soir. Eduquer des Marseillais.es à la ponctualité, pas une mince affaire... Mais faut dire qu'avec une jauge à 50 personnes, même si on essaye d'être souple le soir de l'ouverture, ça ne pardonne pas. Et justement ce soir, tout le monde voulait venir !

Déjà parce que la belle salle du Leda Atomica Musique rouvre après des années de fermeture, ou quasi (je me souviens d'avoir vu des toiles d'araignées partout pour David Lafore en 2016, la dernière fois que je suis rentré ici - mais c'était une réouverture temporaire).

Et ensuite parce que pour bien se lancer - et aussi ramasser, en quelque sorte, l'étendard de la Machine à Coudre, définitivement tombé à terre cet été - le LAM a fait fort et programmé pour son premier WA7 / Work After Seven, non pas un, mais deux supergroupes, et chacun pour sa première apparition, provoquant une légitime curiosité/excitation chez les aficionados ! Supergroupe : terme né à la fin des années 1960 pour désigner un groupe (de rock à la base) formé de musiciens ayant déjà acquis une certaine notoriété au sein d'un ou de plusieurs autres groupes (Wikipedia). Notez que le préfixe "super" s'entend donc au sens topologique et qu'un supergroupe peut théoriquement très bien jouer de la merde, s'il n'est pas super par ailleurs... Mais ce ne sera pas le cas ce soir.

Car quand on met 2 (ex)Elektrolux, 1 (ex)Mockers, 1 (ex)Holy Curse (pour ne citer qu'un nom de groupe par artiste...), c'est un bon exemple de "super supergroupe," voyez ? Meet the No Jazz Quartet ! Qui attaque frontalement et à l'heure dite (19h30, c'est quasiment inhumain, m'enfin !), un rock abrasif, noisy et noiseux (chercheur de noise quoi), sous influence revendiquée australienne façon Radio Birdman - ça tombe bien, à l'écoute on a aussi pensé à du early Nick Cave, ça reste bien dans le ton ! Et puis bien sûr on a pensé à Elektrolux, pas mal (avec 50 % d'ADN en commun, forcément...), mais qui s'en plaindrait ?

On retrouve la voix bien-aimée de Cédric-Trolux, et on découvre celle de Sonic Polo, qui a décidé de ne plus se planquer derrière des cordes... Belle prise de risque et bien récompensée : cela complète admirablement sa panoplie de rock star, d'autant qu'il assure la partie mélodie et Cédric la rythmique, sauf erreur ou échange temporaire - les cordes se répondent admirablement !

Fait amusant, Paul a la voix plus claire quand il chante en anglais, et plus grave quand il chante en français (parce qu'ils font un peu ça aussi les NJQ, ils n'ont peur de rien, et on dirait même que ça raconte des choses intéressantes !). Pour les autres, le Pierre Moqueur complète la partie rythmique avec élégance, sans ostentation et les yeux protégés, alors qu'on l'a collé en première ligne sous les spotlights - il faut dire que la scène fait à peu près la même taille que celle de la Machine.

Par ailleurs je croyais avoir compris que le Manu batteur d'Elektrolux avait de gros problèmes de dos, manifestement ça va mieux : on en sait gré au kiné ou ostéo qui l'a remis d'aplomb, et toujours aussi efficace, en colonne vertébrale du son justement... Plusieurs personnes se sont un peu plaintes des réglages et c'est vrai qu'on doit pouvoir faire mieux, qu'on a frôlé le cassage d'oreilles amendonné - mais ça n'a nullement gâché le plaisir de découvrir ce nouveau gang, qui ne joue pas de jazz mais parfois un tango (superbe), affectionne le mid-tempo trippant et tendu, comme les 2 titres qui ont admirablement clôturé ce set très prometteur... Affaire à suivre, session de rattrapage prévue tout bientôt à la Rue du Rock #7 !

Setlist No Jazz Quartet :
White light on tomorrow
Soledad of a king bee
Shareholders
Steel work
Le cadavre et le sel
It was worth it
And then I saw the bird
Utar Pradesh

Bon, quand on met messieurs Michel Basly, Kino Frontera, Piloo Mars & John Kuriac, c'est aussi un super supergroupe, avec des usual suspects déjà bien identifiés de nos services ! Et un groupe, The Lemon Cars qui pour le coup fonctionnerait presque en "less is more" : en jouant moins rugueux et surtout moins fort (on l'a souvent constaté), Mr Basly est un superbe guitariste racé et sa Gretsch n'en est que mieux honorée...

En tombant le masque de catch et celui de batteur oï, Mr Kuriac peut également faire l'élégant (il a gardé sa veste pour jouer de la batterie - respect !) ; Mr Frontera chante très bien (ça on le savait) et organise le tout au clavier, tout en prenant ses responsabilités en tant que frontman ; Mr Mars retient également un peu les chevaux par rapport à de bien plus bruyantes autres formations... Et tout ce petit monde joue... du rock'n'roll et du rock classique ! Ni plus, ni moins.

The Lemon Cars (qui signifierait les bagnoles mal foutues, d'après nos informations) a bien du métier et largement toutes les compétences requises, c'est plaisant et classe, y'a pas de basse et pour le coup ici on s'en fout, les balades en sonnent d'autant plus sexy... Et les titres plus pétaradants sont d'autant mieux mis en valeur que jamais ils ne taperont dans le rouge - tout au plus un petit son stoogien deci-delà, dû peut-être à une légère parenté vocale avec Iggy...

Quelques soli de guitare, une exhibition de bête à 12 cordes, péchés mignons et éventuellement excusables de poseurs patentés, mais très aimables ! A signaler, une reprise d'un truc connu (ou alors un titre en forme de classique instantanté) : Edition of You a priori (Roxy Music ?). C'est très bien aussi et ça appelle la bière, que le LAM n'a déjà plus en stock hélas. Autre hélas, on a un peu surestimé la durée du set et notre petite pause respiration & nicotine dehors, nous en a donc coûté la fin, oups. Pour eux, par chance, session de rattrapage également proche, en ouverture des mythiques Bellrays au Makeda !

Setlist The Lemon Cars :
Six feet under
Virginia
Raw flowers
Genius
Edition of you
Dive and let die
Dorian gray
Babies

On a donc fini dehors et un peu trop vite : il faut dire qu'il y avait là des gens bien mais recalés, des visages amicaux mais déçus, à rasséréner : oui, c'était super, oui, tes potes ont assuré, oui, tu rentreras la prochaine fois et moi non, t'inquiète ! Et oui, enfin on l'espère, ils prévoieront plus de bière et ne seront pas à sec à 21 h 00.... De minuscules réglages horaires côté public et logistiques côté salle, et ce sera parfait ! Pour ce soir, à 22 h 15 c'est déjà plié et un peu frustrant certes mais... Nouvel endroit, nouveaux groupes, la collection automne-hiver du rock à Marseille est bien lancée !
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Critique écrite le 15 septembre 2019 par Philippe
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> Réponse le 17 septembre 2019, par Yann U.
Confondre une une Gibson ES-335 avec une Gretsch est un crime de lèse majesté ! Réagir
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