C'est entendu, Dionysos est un groupe qu'on adore sur scène comme sur disque ; rien de surprenant puisque c'est incontestablement la meilleure chose qui soit arrivée au rock français depuis le début du 21 ième siècle, et sur les deux supports. Chacun sait que ce groupe doit la .../...

C'est entendu,
Dionysos est un groupe qu'on adore sur
scène comme sur
disque ; rien de surprenant puisque c'est incontestablement la meilleure chose qui soit arrivée au rock français depuis le début du 21 ième siècle, et sur les deux supports. Chacun sait que ce groupe doit la plus grande part de sa personnalité à
Mathias Malzieu, troll-chanteur en costard surexcité et accessoirement champi
on du monde de crowd-surfing. Si charismatique qu'on est prêt à lui pardonner beaucoup, et notamment sa manie de se prendre pour le
Tim Burton français depuis qu'il a inventé le personnage de
Giant Jack et d'autres
Monsters in Love.
Il récidive ici et en poussant cette fois-ci la logique cinématographique à fond : une vraie histoire racontée de A à Z (l'enfance de Giant Jack), comédie musicale douce-amère à l'ambiance gothique victorienne (forcément) dont il est le héros, avec orchestre à l'appui et intervention de moult invités, déclinée aussi en livre et prochainement en film... En vérité il faut avertir les fans purement musicaux du groupe : il y a ici peu de choses qui feront date dans le panthéon dionysiaque, à part peut-être
King of the Ghost Train et son riff furibard pour les garçons pogoteurs, ou
Tais-toi mon coeur et son très beau
clip pour les filles romantiques (ce qui augure bien du film à venir, d'ailleurs !).
Par contre il y a une vraie diversification musicale (peut-être inspirée par la longue collaboration de
Dionysos avec la Synfonietta de Belfort ?) avec une orchestration digne de
Pierre et le Loup, allant du rock au rap symphonique, mariant human beat box et cuivres, ukulele et violons, ce qui donne quelques parties musicalement très riches comme entre autres, l'
Homme sans trucage, hommage malicieux à la
Messe pour le Temps Présent de Pierre Henry, ou la très Morriconienne
Ecole de Joe...
Certes sans aller jusqu'à celui des entériques comédies musicales de TF1, cette oeuvre devrait donc élargir le public du groupe, notamment aux morveux, déjà tous tombés amoureux de la très charmante
Femme-Chocolat, et qui joue ici le premier rôle fémininin :
Miss Acacia, la petite chanteuse andalouse, amour impossible du héros au coeur d'horloge. Si l'on passe outre quelques digressions inutiles (vous expliquerez à vos minuscules pourquoi le Hamster s'appelle Cunnilingus...), on suit avec plaisir l'histoire ainsi contée, qui mène ce personnage mi-Pinocchio mi-Vincent Price, de la naissance à la mort, via l'amour, la bataille, l'exil...
Les invités réussissent leur passage dans l'histoire avec des fortunes diverses :
Grand Corps Malade ne semble pas complètement habiter ses textes,
Rossy de Palma ne fait que passer, tandis qu'
Alain Bashung et ...
Jean Rochefort cabotinent au delà du raisonnable. Par contre
Emily Loizeau, Arthur H et même
Eric Cantona assurent, tout comme
Olivia Ruiz, omniprésente mais délicieuse, un ensemble de très bonne tenue !
Un poil déçu à la première écoute, on a fini par se prendre d'affection pour cette comédie foutraque et finalement charmante.... D'ailleurs
Mathias qui n'a plus peur de rien, lui, finit en plein délire en chantant seul au piano, se prenant manifestement pour
Lou Reed époque Berlin - et même ça, même avec son terrifiant french axante, c'est good... A bientôt pour de nouvelles aventures
live, donc !
(2008)