Accueil Chronique de concert Mina Agossi + Michel Jonasz (Festival Jazz des 5 continents 2006)
Dimanche 21 juillet 2019 : 11403 concerts, 25585 chroniques de concert, 5260 critiques d'album.

Chronique de Concert

Mina Agossi + Michel Jonasz (Festival Jazz des 5 continents 2006)

Mina Agossi + Michel Jonasz (Festival Jazz des 5 continents 2006) en concert

Palais Longchamp - Marseille 28 Juillet 2006

Critique écrite le par

Je n'avais jamais vu autant de monde sur les pelouses du Palais Longchamps. Les dernières places qui s'offrent à nous se trouvent dans les allées goudronnées qui pour la circonstance ont été fraîchement recouvertes de lais de moquettes encore sous leurs films protecteurs.

20h35 Nous retrouvons le maître de cérémonie annuel du festival qui nous annonce "un voyage au pays du vocal". Aidé de ses petites fiches, il fait une rapide biographie de la voix féminine de la soirée, terminant par cette phrase d'Archie Sheppina " Mina Agossi est sur la voie des Grandes !".

Après avoir salué son auditoire, la chanteuse entonne After you've gone, interprétation a capella "pour commencer en douceur". Voix chaleureuse et sustains en fin de phrases rappelant effectivement les voix de Grandes, on pourrait croire que l'on va assister à un récital de jazz plutôt classique jusqu'à la dernière tenue de note... Mais avec l'arrivée sur scène de ses deux musiciens Ichiro Onoe et Eric Jacquot, respectivement à la batterie et à la contrebasse, le concert prend une tout autre allure.


Mina agossi alterne chant, au timbre entre Billie Holiday et Shara Nelson, avec des scats inspirés d'Ella Fitzgerald et d'autres plus onomatopesques "ha-ha ho-ho" comparables à ceux de Day-o (banana Boat Song) d'Harry Belafonte. Surpris de prime abord, on ne peut qu'être envouté par cette chanteuse au visage expressif qui utilise sa voix à des fins aussi bien mélodiques que rythmiques. Elle palie à l'absence de la guitare, sur une reprise de Jimi Hendrix, et à celle de la trompette de Rob Henke sur ses compositions utilisant tous les sons qu'elle peut tirer de sa voix, jusqu'à des claquements de langues.
Ses musiciens sont eux aussi atypiques. Pour son premier accompagnement Ichiro Onoe prend le parti de n'utiliser ni balais ni baguettes et de jouer simplement avec la paume de ses mains. S'il effleure délicatement sa caisse claire en début de morceau, il se déchaîne littérallement sur ses fûts dans un solo appuyé de coups de grosse caisse. Son jeu est plutôt rock et ses solos énergiques, voire énervés. Les lignes du contrebassiste consistent principalement en des gimmicks de quelques notes et des grilles de blues rapides jouées au doigts, ou en des échappées, toujours de quelques notes, mais jouées à l'archer.


L'alchimie des genres fonctionne à merveille et la complicité des musiciens s'affiche tout au long de la prestation. L'esprit jazz plane sur chaque titre, avec des improvisations musicales mais aussi textuelles : "si tu laves mon linge, je te ferai à manger tous les jours : de la bouillabaisse, de la mozarella, des sushis...". La pluratité des jeux des instrumentistes et du jeu vocal de la chanteuse se retrouvent dans la reprise de Third Stone From the Sun qui reste cependant fidèle à la version d' Are you experienced.

À 21h35 c'est véritablement une heure d'originalité, servie par des musiciens talentueux et une chanteuse sans complexe, qui se termine sous des applaudissements plus que mérités.

Setlist :
1- After you've gone
2- Closer To me
3- Third Stone From the Sun de Jimi Hendrix
4- Drive
5- Ghost Of Yesterday
6- Laundry man blues
7- Why Don'T You Do Right?

Les gens ont continué d'affluer tout au long de cette première partie, et les derniers arrivés n'ont plus que le choix de se tenir debout, à la périphérie du jardin. La position assise est devenue quelque peu inconfortable du fait du rétrécissement de l'espace alentour. Dans l'attente de Michel Jonasz qui commence à se faire longue, on se met debout pour se détendre les jambes, sans jamais quitter son espace d'herbe ou de moquette maintenant devenu précieux.

22h10 Retour de notre G.O pour une nouvelle lecture de biographie sur fiche cartonnée, pendant que ceux qui pensaient avoir trouvé une place prévilégiée à la terrasse du bar du Palais Longchamps réclament que les nouveaux arrivés s'assoient.

Entrée sur scène des musiciens qui accompagnent Michel Jonasz : l'excellent Jean-Marc Jafet à la basse que j'avais pu voir à l'espace Julien en 2002 puis à Marciac en 2003 dans la formation jazz Trio Sud, Alfio Origlio aux claviers, Laurent Robin à la batterie et Jean-Christophe Maillard à la guitare. La formation est celle du dernier album 14ème à l'exception du batteur qui remplace Laurent Robin.
Le set débute avec Y'a toujours quelqu'un qui pleure et Je pense à elle tous les jours. La prestation s'annonce sous les meilleures augures avec un Mister Swing rayonnant, parcourant la scène micro en main, allant du public vers ses musiciens imprégnés des morceaux, à l'instar de Jean-Marc Jafet jouant yeux fermés et bouches pincée. Le guitariste coiffé du tresse atteignant le manche de sa SG nous délivre des solos aiguisés, le tout servi par un son irréprochable.


Michel Jonasz jugeant que l'on "commence toujours une soirée par les prestations" décline le nom de chacun de ses compagnons de scène, n'ayant de cesse tout au long du concert que de revendiquer que "la musique est un partage". Puis il annonce deux titres extraits de son dernier album : Pierre ponce et La femme du parfumeur.
A la fin de ceux-ci le chanteur déroule le fil conducteur de son spectacle, l'autre facette du concert, celle qui ajoute un plus et qui fait que celui-ci ne se résume pas à une simple succession de morceaux. Il nous explique que la chanson suivante a ressurgi du passé au cours d'une répétition d'avant-concert : ses musiciens ont lancé un blues, et le hasard a voulu que ce soit le premier morceau qu'il ait chanté sur scène. Sa première scène c'était quand déjà ? "À la guerre 1914" ? Jouant avec dérision de sa longévité scénique, il fait un flashback dans les années de ses débuts avec un quizz sur le groupes connus et moins connus de cette époque : "Qui était le chanteur des Chaussettes noires ? Celui des Chats sauvages ? Des Mediators? Des Lemons? " . Les Lemons, premier groupe de Jonasz, dont le chanteur Vigon lui avait demandé de chanter en première partie. Michel Jonasz avait alors repris Hoochie Coochie Man. Et si on a l'impression que la voix flêchit un peu lorsqu'il évoque ces souvenirs, celle-ci est impeccable dans cette reprise énergique de Muddy Waters, agrémentée d'un long solo de guitare en finger picking.


"Ah, c'était l'époque où j'avais des cheveux", mais il regrette finalement peut-être plus l'époque que sa capilarité, faisant remarquer qu'aujourd'hui le chauve est à la mode et ajoute "C'est vous qui êtes ridicules avec vos cheveux". D'ailleurs, il y trouve un côté pratique : se tournant vers son pianiste "Imaginons que tu veuilles faire la traversée de l'Atlantique à la nage; c'est sympa la traversée de l'Atlantique à la nage". Et ce soir, dans la région de la galéjade, il n'hésite pas ajouter "On l'a faite avec Jean-Marc" en se tournant vers son bassiste qui arbore la même coupe de cheveux.
Une évocation au voyage pour lancer La FM qui s'est spécialisée funky au tempo plus lent et plus groove que la version enrigistrée. Sur le refrain, l'instrumentation disparaît presque pour mettre en avant un chant en choeur de toute la formation, un chant plus aérien. Mister Swing allonge le morceau en répétant le refrain, de façon presque rappée, puis en canon avec les musiciens.


S'ensuivent Mini cassette, La nouvelle vie, Le dîner s'achève, Celui qui t'aimait c'était moi terminée par un long solo de guitare, qui me font m'interroger sur la justicification du nom best of affiché pour le concert de ce soir, alors que la majorité des morceaux sont extraits du dernier opus du chanteur, et qu'en fait la setlist est celle de tour de chant 2005, tournée dudit opus. Pour ce dernier, comme pour les précédents, Michel Jonasz nous rapporte qu'on n'a pas manqué de lui souligner son côté triste, à quoi il répond par un proverbe hongrois : "Le tzigane se réjouit en pleurant". Puis il ajoute "mes chansons ne sont pas tristes..." finalement nuancé d'un "quoique" emprunté à Raymond Devos, avant de lancer groove, baby, groove, illuminé tout du long par des éclairages aux couleurs complémentaires violet et jaune.


Le thème d'introduction de Super nana tourne en boucle au piano, alors que le chanteur entame une auto-psychanaliyse : sa tristesse est, comme bien souvent, due à une fille, La fille, celle qui a compté plus que les autres. Le nom de Lucille jaillit ça et là dans le jardin. Rappelant que "la musique est un partage", il propose au public de chanter le refrain et lui les couplets. Mais dès la première phrase, les spectateurs accompagnent les paroles du chanteur. Ce dernier qualifiant alors son public de "super public", annonce chaque couplet d'un dénombrement de doigts. Un air de jazz démarre dès la fin du morceau. Walking bass et chabada, accompagnent les propos de Michel Jonasz selon lesquels il a cherché cette fille de partout et par tous les temps, jusqu'à aller tout en bas, jusqu'à La boîte de jazz. Le chanteur y interprète un passage de scat aux claviers, puis termine sur l'énumération emballée "De Mac Pherson, D'Oscar Peterson..." provocant l'arrêt des musiciens. Se tournant vers son pianiste, il tente d'allonger la liste : "Léon Zitrone ? Massey Ferguson ? "


Les premières notes de Joueurs de blues retentissent et tout le jardin du Palais Longchamps se lève et se met à danser au son du slap et des cocottes funky. Puis les musiciens se retirent sous les acclamations du public.
22h45 Michel Jonasz revient et commence par rappeler que le spectacle est un travail d'équipe, qu'il n'y a pas une personne qui a plus d'importance qu'une autre et présente un à un les techniciens qui l'entourent. Il ajoute que Marseille est pour lui une ville porte-bonheur qui l'a soutenu, avant de nommer l'un après l'autre ses musiciens pour les faire revenir sur scène. Il est temps pour le chanteur de dévoiler le nom de cette super nana au public qui attend le titre éponyme avec impatience : Lucille. Il joue au cours de l'interprétation un solo de mélodica, sorte d'harmonica muni de touches de piano. Puis il termine le morceau en mimant son envol, tel un personnage de Folon, vers les dernières notes du concert.


Minuit sonne le second rappel, et l'interprétation du mélancolique Guigui accompagné au piano.
Il est 0h10, cette fois Mister Swing s'en est allé, et quelques irréductibles restent devant la scène en fredonnant les paroles de Je veux pas que tu t'en ailles. Il est vrai qu'on a en tête plein de titres que l'on aurait aimé entendre, mais déjà 2 heures de musique ont passé. Pas seulement de musique, mais aussi de générosité, d'émotion, et d'humour : la recette des meilleurs concerts.

Photos de Dimitri

 Critique écrite le 09 août 2006 par Fred B


Festival Jazz des Cinq Continents : les dernières chroniques concerts

Onefoot + Jeff Mills & Emile Parisien + GoGo Penguin + Cory Henry & The Funk Apostles (festival Marseille Jazz des Cinq Continents 2018) en concert

Onefoot + Jeff Mills & Emile Parisien + GoGo Penguin + Cory Henry & The Funk Apostles (festival Marseille Jazz des Cinq Continents 2018) par pirlouiiiit
Parc Longchamp, Marseille , le 28/07/2018
Cette année bien faille complètement passer à côté du Festival Marseille Jazz des Cinq Continents. Non pas que l'affiche ne me plaise pas mais plutôt faute de temps ou de savoir... La suite

Tony Allen Quartet, Roy Ayers band + Seun Kuti & Egypt 80 (Festival Jazz des Cinq Continents) en concert

Tony Allen Quartet, Roy Ayers band + Seun Kuti & Egypt 80 (Festival Jazz des Cinq Continents) par Pirlouiiiit
Parc Longchamp, Marseille, le 29/07/2017
L'année dernière je ne sais plus pourquoi mais je n'avais couvert aucun des concerts du festival (oui je réutilise mon intro de la précédente chronique !). Cette année 3 soirs.... La suite

Herbie Hancock, Émile Parisien, Vincent Peirani (Festival Jazz des Cinq Continents) en concert

Herbie Hancock, Émile Parisien, Vincent Peirani (Festival Jazz des Cinq Continents) par Marcing13
Palais Longchamp Marseille, le 28/07/2017
Nous voilà ce soir peut-être pour le point d'orgue de cette édition 2017 du festival de Jazz des Cinq Continents, qui accueille une légende du Jazz : Herbie Hancock dans son... La suite

Imany / George Benson (Festival Jazz des Cinq Continents) en concert

Imany / George Benson (Festival Jazz des Cinq Continents) par Zulone
Parc Longchamp, Marseille , le 27/07/2017
La nuit tombe sur le Palais Lomgchamp, le ciel laisse place à un petit coucher de soleil venté. Dans tout le parc raison les premiers échos de la voix chaude et berçante de la... La suite

Michel Jonasz : les dernières chroniques concerts

Michel Jonasz en concert

Michel Jonasz par Cabask
Théâtre Galli - Sanary sur Mer, le 01/02/2013
Malgré une arrivée moins à la dernière minute que d'habitude, je n'ai pu m'assoir à ma place que quelques secondes avant le début du spectacle. Il a en effet été délicat de trouver... La suite

Michel Jonasz par Joseph
Théâtre Toursky Marseille, le 23/10/2008
À Live in Marseille, on ne s'est pas battu pour aller voir Michel Jonasz. C'est dommage car les vrais mélomanes le savent, Jonasz, c'est une valeur sure, en disque comme sur scène. Car, même s'il trace son chemin légèrement en retrait, loin des frasques people et des mass médias, ne nous y trompons pas, Jonasz est un mammouth de la chanson... La suite

Michel Jonasz par Goose
Centre Culturel Biganos, le 08/03/2008
Quelle soirée, Concert énorme, des musiciens incroyables, Michel Jonasz vous entraine dans son univers avec des reprises des standards de la chanson française façon Jonasz, et cerise sur le gâteau à la fin un medley de ses plus grands succès (Super Nana, Lucille ...) Bref j'ai passé une merveilleuse soirée ! La suite

Michel Jonasz par emma
Salle Pleyel Paris, le 09/12/2007
Bonjour à tous ! Etant une super fan de Michel, je vous invite à aller le voir en concert ou à le revoir ! c'est l'homme de ma vie, je suis fan de lui depuis mes 13 ans ! les autres écoutaient du Mickael Jackson, moi j'écoutais du Jonasz ! ok sur cette tournée, ce n'est pas son répertoire mais il rend à la chanson francaise un grand hommage à la... La suite

Mina Agossi : les dernières chroniques concerts

Mina Agossi en concert

Mina Agossi par Jerome Justine
La Puce à l'Oreille, Riom, le 11/04/2017
C'est sous l'impulsion de mon binôme argentico-numérique que en ce mardi soir mes pas me conduisirent à Riom le Beau dans cette salle bientôt décennale, la Puce à l'Oreille. Malgré... La suite

Charlie Jazz Festival 3/3 :  Odean Pope & His All Star Odean List + Mina Agossi Quartet + Wonderbrass + Florent Pujuila Quintet 'Z' en concert

Charlie Jazz Festival 3/3 : Odean Pope & His All Star Odean List + Mina Agossi Quartet + Wonderbrass + Florent Pujuila Quintet 'Z' par Mcyavell
Domaine de Fontblanche - Vitrolles, le 04/07/2010
Dernière soirée du premier festival de jazz de l'été. Florent Pujuila Quintet ‘Z' J'avais découvert ici-même Etienne Lecomte, ses flûtes et son Vrak Trio l'année... La suite

Palais Longchamp - Marseille : les dernières chroniques concerts

Kamasi Washington + Robert Glasper Experiment (Festival Jazz Des Cinq Continents) en concert

Kamasi Washington + Robert Glasper Experiment (Festival Jazz Des Cinq Continents) par Sami
Parc Longchamp, Marseille, le 25/07/2017
Après la belle soirée avec Norah Jones, c'est ce soir une date que j'attendais personnellement depuis plusieurs mois, avril pour être précis depuis l'annonce complète de la... La suite

Norah Jones + Nguyen Le & Ngô Hôg Quang (Festival Jazz des Cinq Continents) en concert

Norah Jones + Nguyen Le & Ngô Hôg Quang (Festival Jazz des Cinq Continents) par Sami
Parc Longchamp, Marseille, le 24/07/2017
Semaine faste au Palais Longchamp avec dès lundi un concert complet depuis plusieurs mois déjà, Norah Jones, qui était déjà venue à deux reprises à Marseille, au Palais des... La suite

Ibrahim Maalouf & Friends : Michel Portal, Thomas Dutronc, Eric Legnini, Asa, Vincent Ségal  (Festival Jazz Des Cinq Continents 2014) en concert

Ibrahim Maalouf & Friends : Michel Portal, Thomas Dutronc, Eric Legnini, Asa, Vincent Ségal (Festival Jazz Des Cinq Continents 2014) par Sami
Palais Longchamp, Marseille, le 25/07/2014
Encore une soirée qui affiche complet et à voir l'interminable file d'attente une heure avant, un des concerts les plus attendus de cette édition. Carte blanche est donnée à... La suite

Herbie Hancock & Wayne Shorter, Roberto Fonseca & Fatoumata Diawara (Festival Jazz Des Cinq Continents 2014) en concert

Herbie Hancock & Wayne Shorter, Roberto Fonseca & Fatoumata Diawara (Festival Jazz Des Cinq Continents 2014) par Sami
Palais Longchamp, Marseille, le 22/07/2014
Les choses sont claires en arrivant, les concerts de ce soir affichent complet ce qui en configuration assis et en plein air n'autorise pas vraiment d'arriver en retard ou même... La suite