Critique de concert Montera et Invités + The irrepressibles (festival de Marseille)


En clôture du festival de Marseille, l’équipe d’Appoline Quintrand a proposé un plateau qu’elle espérait aventureux et glamour. Il s’est révélé, vers minuit, conforme et kitch.
Première partie :

Jean-Marc Montera, cofondateur du Montévidéo avec Hubert Colas, a invité 4 Japonaises et le batteur Ahmad Compaoré pour une création très noisy. Sur scène, deux bateries, 3 guitares et 1 laptop. Et un concert de 45 minutes qui ressemble à un set de Gospeed You, Black Emperor. Soit des morceaux de 7 à 10 minutes construits comme des cathédrales de bruit blanc.

Au départ, des sons sourds sortis du Laptop, des distorsions de guitare de Montera, le chant ( ?) de Tenko puis les batteries se mettent progressivement en mouvement, la seconde guitare qui envoie un riff plus rock et le tout monte comme une mayonnaise.

Intéressant, de temps en temps excitant quand l’expérimentation laisse place à une forme plus basique de la ryhtmique. Plusieurs personnes se trémoussaient sur leurs sièges, mais le public du festival de Marseille est bien loin de savoir se lâcher. Pire, il ne sait même pas s’il faut applaudir à la fin du morceau, comme dans un concert, où attendre la fin, comme pour un spectacle de danse.

Pour autant, le concert n’a rien d’aventureux. Montera a beau utiliser un archet, un pinceau, un collier ou même un ballon de baudruche pour faire grincer sa guitare, on reste carrément spectique par cette recherche musicale qu’il poursuit depuis 30 ans. 30 ans, on se retrouve au début des années 80, la No-Wave new yorkaise, Glenn Branca et les débuts de Sonic Youth. Thurston Moore et Lee Ranaldo utilisaient déjà l’archet et la baguette de batterie pour sortir des sons nouveaux de leurs guitares.

Il n’y a donc rien de nouveau dans ce que nous propose Montera et ses invités et finalement, celle qui nous a fait le plus trippé, c’est Sayaka Himeno, la batteuse japonaise. Dès le premier morceau, elle entre dans une sorte de transe métronymique dont elle aura du mal à ressortir. Elle frappe sur ses fûts comme un démon et fait passer le flux à travers le public.

Il n’y a rien d’expérimental, c’est juste l’énergie et la force de cette petite femme qui ne mesure pas 1,40m et doit peser quelques plumes. Mais voilà, elle fait passer quelque chose de viscéral et dans ce concert à prétention cérébral, on n’entend, on ne voit, on ne vibre que par elle.
Seconde partie :

Le problème de la province, c’est toujours de découvrir les groupes après la capitale et donc de cultiver ce complexe d’infériorité nourrie par la presse. L’ensemble des festivals se contruisent souvent sur ces bases. Les Irrépressibles étaient précédés d’une telle aura avant d’arriver à Marseille. On allait voir ce qu’on allait voir.

Il n’y avait qu’à lire l’extrait des Inrocks cité dans le programme de la soirée « Bien avant d’enregristrer Mirror Mirror, La petite troupe grandit sur scène en liant la musique classique baroque, la pop spatiale de Bowie, le rock pompier de Queen, le chant sophistiquée de Scoot Walker ou de Jeff Buckley. Lyrique, Glam, précieuse, la musique de The Irrepréssibles est toujours sauvée par la grandiloquence par la voix émue de Jamie Mc Dermott… Sur les photos et sur scène, tout est ici gestuelle théâtrale, pose statutaire, fanfreluches décadentes, maquillage fantaisiste… »

Les 650 spectateurs étaient donc prêts à découvrir le nouveau freak anglais. Prêts et même conquis d’avance. Car The Irrepressibles ne seraient-ils pas le chaînon manquant entre Antony and The Jonhson et Arcade Fire ? Le dispositif scénique avait l’air alléchant : ampoules façon cabaret, des panneaux de mirroirs déformés derrière chacun des 8 musiciens et un podium surélevé au centre.

2 violons, 2 clarinettes, une viole, une contrebasse, un clavier, une percussion, le groupe ne ment pas sur ces intentions musicales. Et sur le podium, Jamie Mc Dermott, chef d’orchestre, joue de la guitare à la manière d’un troubadour du moyen-âge. Le tout c’est un peu de les mettre en œuvre collectivement.

Alors, oui, il y a du spectacle visuel : les musiciens sont habillés comme s’ils sortaient d’un mix de « Marie Antoinette » et du « 5e élément », avec bandelettes sur le corps et perruque aristo. Oui, ils jouent en s’animant à la manière des robots de « Métropolis », avec des mouvements très courts, saccadés et répétés. Oui, ils sont bien maquillés à outrance. Oui, Jamie Mc Dermott porte les plumes et possède une voix qui peut monter très haut.

Mais, c’est absolument NUL. La musique qu’ils créent ensemble ressemble au Jelly, dessert anglais de gélatine. C’est mou, c’est mouvant, c’est laid et si on pourrait apprécier le côté kitch, c’est à la seule condition que cela soit bon. Or, il n’y a rien dans la musique proposée par The Irrépréssibles. On entend un ventre mou de la musique anglaise, ses origines pop noyées par ses prétentions d’opéra-rock dans lequel surnage un folk ridicule à force de précieusité.

« A l’orée de l’adolescence, Jamie Mc Dermott était anglais, pauvre, gay, solitaire, effacé et attiré par les falaises qui surplombe la mer. Il ne voulait pas sauter, non. Il voulait voler ». Ce sont les Inrocks qui le disent. Jamie Mc Dermott n’a pas les moyens de ses ambitions. Avec The Irrepressibles, il s’est écrasé comme un Jelly en bas de la falaise, entraînant avec lui le festival de Marseille.
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et une petite de Jean Marc Montera et ses invités : là
Signature : stephane sarpauxle 08/07/2010
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Photographe : pirlouiiiit
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