Voici la soirée que je redoute le plus : Peut-on faire davantage éclectique que ce programme : Joe Jackson, Dead Jazz, Magma, Priscilla Ahn, Erykah Badu ? Difficile de trouver un point commun ne serait-ce qu'à deux d'entre eux, sauf, bien sûr, qu'ils font de la musique et sont invités au Nice Jazz Festival 2009. Certains pensent peut-être de leurs collègues de ce soir la même chose que Juliette Gréco de Sylvie Vartan quand elle lui avait asséné : "Madame, nous ne faisons pas le même métier". Et pourtant, ils vont se succéder de 19h00 à minuit.

J'ai souvent essayé d'entrer dans l'univers de Joe Jackson et n'y suis jamais parvenu. Peut-être le live me le permettra-t-il. Un magnifique piano à queue Yamaha le sépare du public. Des premiers rangs, on n'aperçoit que sa tête. D'ordinaire, les pianistes sont de trois quart dos ou de profil pour qu'on puisse aussi profiter de leurs mains. Pas lui. Il passe ses trente années de carrières en revue avec une prime au dernier album Rain. Je préfère de loin ses anciennes compositions et les parties instrumentales. Sur le morceau introductif, basse et batterie l'accompagnent. Lui se contente de chanter et ne pianote que sur les dernières mesures. Confirmation : je n'aime définitivement pas sa voix. J'ai tout de même tenu trois quarts d'heure et j'ai même pris des notes :
Setlist : You Can't Get What You Want (84) / Invisible Man (08) / Fools In Love (79) / The Uptown Train (08) / Chinatown (82) / King Pleasure Time (08) / Be My Number Two (84)...
Par la suite, j'ai préféré me rapprocher de la scène Matisse pour m'installer au premier rang. Les sons d'un titre au final rock'n roll au piano, d'un autre très décousu et d'une douce ballade sont arrivés à mes oreilles. No regret.

Place à Dead Jazz. Non, le jazz n'est pas mort. Il s'agit d'un hommage rendu par les frères Belmondo au Grateful Dead. Encore un univers dans lequel je ne parviens pas à entrer. Cette fois, je suis resté jusqu'au bout pour tenter d'y parvenir. Une heure non stop de jazz, certes, mais pas mon préféré, avec deux pianistes face à face. Celui de gauche est entouré d'un Steinway & Sons demi-queue, d'un clavier Wurlitzer et d'un Hohner Clavinet D6 que je ne l'ai pas vu utiliser (j'ai encore pris des notes). Son vis-à-vis joue sur un Rhodes et plus rarement sur un Korg CX3. Autant dire que pour moi qui ne suis pas un inconditionnel des claviers, le set va être long. Car nombreuses sont les plages où ils duettisent. Je m'attendais à davantage de tompette et de saxo soprano avec la présence respectivement de Stéphane et Lionel Belmondo. Et quelquefois, Stéphane préfère souffler dans des coquillages que dans sa trompette.

C'est pourtant lors de leurs trop rares soli que les applaudissements ont été le plus nourris. Je retiens une très prenante variation free autour d'un thème certainement de Grateful Dead. A la fin de l'heure prévue, peu de festivaliers réclament un rappel : ils connaissent les coutumes du festivals qu'ils acceptent en achetant leur billet : les sets ne peuvent pas être élastiques. Lionel Belmondo ne les assimile apparemment pas et entame un discours à mon sens superflu sur le formatage que ma voisine appuie bizarrement : "Bientôt, ils vont nous obliger à manger des McDo." Garanti. C'est écrit sur mes notes. De même que la formation de Dead Jazz :
Stéphane Belmondo (trompette), Lionel Belmondo (saxophone), Akim Bournane (basse), Dré Pallemaerts (batterie), Laurent Fickelson et Jozef Dumoulin (claviers).

L'univers de Magma, ça fait trente ans que je ne parviens pas à y entrer. Un de mes meilleurs amis étant inconditionnel, j'ai dû les voir trois fois dans ma jeunesse pour lui faire plaisir (en contrepartie, il devait subir Van Der Graaf Generator). Je ne m'y suis jamais ennuyé. A l'époque, Klaus Blasquiz, Janik Top et Didier Lockwood entouraient un Christian Vander au sommet de son art. Un de mes meilleurs souvenirs de concert est un solo de Vander d'un quart d'heure qu'il avait interrompu par cet aphorisme : "Cobham est humain, pas moi..." Ceux qui adhèrent sont conquis, quelquefois même excessifs au point d'apprendre le Kobaïen ou de se faire tatouer le joli logo. Marrant de voir la formation de ce soir dans de splendides T-shirts rouges ou noirs. Certains membres devaient être en culotte courte lors de la naissance du groupe. La première pièce me rappelle de bons souvenirs avec ces chants qui prennent aux tripes.

Le Kobaïen n'étant pas mon trip (je préfère le Hopelandic) et n'ayant pas l'âme zeuhl, je vais errer dans le village. C'est aussi ça le festival. Au niveau alimentaire, le choix est grand. J'ai longtemps lorgné sur la prometteuse poêlée aux jambons blancs mais la divine estouffade corse (saucisse de campagne + figatelli) a eu mes faveurs, suivie d'une glace deux boules stracciatella / mandarine. Des fringues à gogo, des partoches de folie, un village pour enfants, un bar à champagne... Impossible de trouver le temps long.

J'achève de contourner la scène Jardin par l'Allée Miles Davis puis l'Allée Dizzy Gillespie. Pendant tout mon périple, la musique dense de Magma ne m'a pas quitté mais je n'ai pas pris de notes. La force de la sono et l'énergie déployée par le groupe font qu'on en profite où que l'on soit sur le site.

"C'est insupportable ! Si ma mère était là, elle serait déjà partie." (une spectatrice parlant de Magma en attendant Priscilla Ahn). Le set de la Pensylvaniennene d'origine coréenne par sa mère est on ne peut plus intimiste avec deux acolytes pathétiques : une bassiste-pot de fleur et un claviériste les mains dans les poches (pour de bon !) un morceau sur deux. Des chansonnettes tranquilles et un joli brin de voix. Agréable à l'oreille, mais vite lassant. Martine Aubry doit avoir davantage de charisme que cette charmante demoiselle, c'est dire. Elle se contente d'interpréter ses chansons quelquefois en les présentant d'une manière inutile. Quelques exemples : elle explique pourquoi elle a écrit The Boobs Song avec les paroles exactes de la chanson. Plus tôt : "Astronaut, a song about astronauts". Je ne suis pas entré dans son univers mais je suis resté jusqu'au bout et j'ai pris des notes. J'ai compris comme nom du claviériste : Jack Planton. Ca ne s'invente pas.

Setlist : Dream / I Don't Think So / Astronaut / Masters In China / The Boobs Song / Living In A Tree (solo) / Willow Weeping / Rain / Leave The Light
Etrange soirée. Je me dirige vers la sortie lorsque j'entends une ambiance de folie du côté de la scène Jardin. Oops ! Il reste Erykah Badu. On va dire que je n'ai plus de place pour prendre de notes. Je quitte le site et j'attends une vingtaine de minutes le Noctambus. Le temps pour les déçus de ce dernier plateau de me rattraper. Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'ils ne sont pas entrés dans son univers. Dans le bus bondé à craquer, leurs commentaires étaient croquignolets. Ah ! Si j'avais eu une feuille de plus sur mon carnet !
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