
Superbe soirée éclectique au 22 d’Auron pour l’avant dernier jour du Printemps de Bourges 2009… Du hip hop polémique (sur le papier) d’Orelsan au hip hop électronique de Chinese Man en passant par la soul d’Eli Paperboy Reed And The True Loves et d’Alice Russell, l'électro rhythm and soul de General Elektriks, le trip hop soul de Belleruche et le hip hop décalquant de DJ Kentaro, il y avait de quoi repartir heureux, rassasié par le déluge de bon son et… crevé !

Orelsan
Tout commence avec le concert sulfureux de l’Eminen D’Hérouville-Saint-Clair (rires) aka Orelsan, qui a bien failli ne pas jouer à Bourges à cause de la polémique suscitée par son médiocre morceau intitulé finement Sale pute. Racontant l’histoire d’une jeune homme rendu fou par l’infidélité de sa copine au point de vouloir la tabasser à mort et l’insulter comme du poisson pourri, ce titre (non inclus sur le bon album d’Orelsan, une très bonne idée ! ) ne sera pas interprété, comme prévu…

Tant mieux car Orelsan a beaucoup mieux à offrir au public : de nombreux morceaux aux textes gratinés racontant le sinistre quotidien d’un gamin aujourd’hui (films X, histoires d’amour pourraves, drague sur internet et par sms, soirées en boites désespérantes, ennui et désanchantement généralisé etc etc ) avec humour décalé et mise en scène drolatique.

Souriant, affable, drôle ("le vrai problème avec cette histoire de titre sur internet, c’est que je fais fuir les filles maintenant…") et bien accompagné par deux rappeurs, un lapin géant (!), un DJ et un guitariste, le jeune rappeur au physique poupon - prénommé Aurélien dans le civil, encore un fils de bonne famille (Papa est directeur d'école) - fait le show, sans trop rouler des mécaniques, en faisant preuve de beaucoup d’autodérision et avec un talent certain pour faire croire à ses histoires.

Cela donne au final un bon concert (sans être génial, hein !) de rap français (avec plein de surprises, comme des titres rap rock avec un guitariste jouant des riffs d’AC/DC et Rage Agaisnt The Machine, un slow sirupeux joué au piano et chanté avec une voix de crooner FM… ) et beaucoup de promesses pour l’avenir…
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Eli Paperboy Reed And The True Loves
Le meilleur concert de la soirée a lieu juste après dans l’autre salle du 22 d’Auron, il s’agit de celui d’Eli Paperboy Reed And The True Loves, une revue rhythm & soul remettant joliment au goût du jour les géniaux Wilson Pickett, Otis Redding, Ben E. King, Ike & Tina Tuner, Al Green, Sam Cooke, Percy Sledge et compagnie… Boostés par le souriant et ultra tonique Eli Paperboy Reed, un chanteur/guitariste à la voix extraterrestre (quel organe !) et aux mains agiles, les impeccables True Loves semblent réellement se régaler à ferrailler une soul authentique, vintage et classieuse. Les cuivres, la guitare, la section rythmique et la voix se mélangent jouissivement ensemble pour créer de rutilants et enlevés tubes de rhythm & soul ou des ballades hyper sensuelles (l’idéal pour emballer donc).

Tout cela respire la joie de vivre, la passion pour la musique soul et une envie communicative de faire la fête avec le public… A la fois cultivé (à les écouter, on dirait bien que ces gens-là ont écouté tous les bons disques de le Terre !), multiculturel - latino, blacks, blancs… - et inspiré par le blues & soul du Sud des Etats-Unis, Eli Paperboy Reed And The True Loves casse la baraque une heure durant.

Etirant ses titres avec ferveur (sans être jamais bavard, un exploit !), la troupe emmenée par Eli Paperboy Reed enchante tout le monde, faisant oublier le temps qui passe avec une flopée de hits comme Take my love with you, Am I wasting my time, It’s easier, Doin’ the boom boom, The satisfier etc etc. L’horaire imparti au groupe américain est dépassé, mais cela ne semble avoir gêné personne dans l’assistance, bien au contraire ! A voir absolument !

DJ Kentaro
Et hop, on enchaîne sans perdre une seule seconde avec le set imparable, frénétique et inspiré de DJ Kentaro, un ovni des platines capable de retourner une salle en moins de temps qu’il ne faut pour le dire (ou l’écrire). Avec une belle série de vinyles, deux mains tellement agiles qu’elles semblent être quatre et un talent imparable pour mixer toutes sortes de styles (hip hop, drum ‘n bass, reggae, dub, rock, BO de Western… ), le virtuose japonais fait monter dangereusement la température du dance floor.

C’est une véritable partouze sonique à laquelle est cordialement convié le public du 22 d’Auron (très excité, et c’est normal !), une orgie donnant envie de faire absolument n’importe quoi avec ses jambes et ses mains. Les titres créés de toutes pièces en direct par DJ Kentaro sont positivement ré jouissants… A voir au moins une fois, si l’on est doté d’une robuste constitution !

Belleruche
C’est dans un registre plus langoureux qu’évolue Belleruche quelques instants plus tard… Le trio anglais crée en effet de très sensuels titres entre soul, trip hop et rhythm & jazz blues grâce à une voix ultra sexy, un guitariste jazzy et un préposé aux platines pas exactement maladroit. Cela donne immédiatement envie de se lancer dans des danses chaloupées en charmante compagnie.

La voix, la simplicité et le physique généreux de la chanteuse (nous n’en dirons pas plus… ) en font craquer plus d’un, sa très bonne entente avec le groupe achevant de convaincre sur les qualités de ce combo original et très bon en live. Joliment influencées par les magiciens de Portishead (on a vu pire comme référence !) mais aussi par DJ Shadow et Django Reinhardt, Anything you want not that, Idea three et autre séduisantes perles maintiennent durablement la (douce) pression sur le public, définitivement sous le charme.

General Elektriks
Et hop, encore un concert ultra chaud pour cette soirée décidément infernale : General Elektriks enfonce le clou dans le côté électro soul groovy, avec un live faisant la part belle aux voix sucrées, aux synthés vintage et aux basses au fort pouvoir ondulant sur les hanches. Le responsable de cette noble tâche est d’ailleurs le très funky Jessie Chaton de Fancy (une référence en matière de show sexy !), qui se fait bien évidemment fort de tortiller méchamment du cul tout en jouant de la basse ou du synthé basse.

Initiateur du projet General Elektriks, l'exilé aux Etats-Unis Hervé Salters a vraiment le chic pour composer et interpréter des titres à la fois dansant, langoureux, sensuels et classieux ! C’est un véritable bonheur pour les oreilles, les yeux, les guibolles et les sens, ce concert…

Alice Russell
Un peu comme le show d’Alice Russell et ses boys programmé quelques secondes plus tard… Avec un naturel tonique, plein de bonne humeur et d’envie de communier sa passion pour la soul, l’intenable Anglaise fait un bon show. Elle a par contre le malheur de passer après l’irréprochable set d’Eli Paperboy Reed And The True Loves, aussi remarque t’on sans doute plus son groupe pas sexy pour un sou, une guitare un peu ringarde et un violon parfois hors sujet.

Malgré ces petits défauts, il faudrait vraiment être un incorrigible peine à jouir pour ne pas se laisser emporter par la belle série de hits (parmi lesquels les excellents Turn and run et Two steps… ) généreusement joués pour un auditoire ravi par l’enthousiasme démontré par Alice Russell. Après une bonne reprise de Seven Nation Army des White Stripes, le (bon) set de Miss Russell se termine avec Crazy de Gnarls Barckley, un excellent titre joué avec foi, mais peu être trop entendu.

Chinese Man
C’est sur les genoux et littéralement épuisé qu’on "se finit" en beauté devant le set de Chinese Man, qui se fait fort de faire groover à mort son hip hop abstrait mâtiné de drum ‘n bass démoniaque. L’ensemble se révèle ultra remuant, très épicé, sacrément relevé niveau beats et d’une versatilité proprement renversante… De quoi attraper un torticolis ou se démettre le bassin à force de subir - à l‘insu de son plein gré - les changements de rythmes incessants, les brillants exercices de styles destinés à faire bouger le corps et les stimulations du cerveau avec les projections en fond de scène…

On ressort enchanté du 22, en pensant qu’une nouvelle fois, "le Printemps de Bourges nous a tuer !". Le festival se termine le lendemain avec les toujours aussi désespérants et démagos Tryo et Miss Platnum (déjà vue deux fois dans de meilleures conditions), il est donc temps de dire "à l’année prochaine" !

Sites internet : www.printemps-bourges.com, www.myspace.com/orelsan, www.myspace.com/generalelektriks, www.myspace.com/belleruche, www.myspace.com/djkentaro, www.myspace.com/alicerusselluk, www.myspace.com/elipaperboyreed, www.myspace.com/chinesemanrecords
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Photos sans crédit : Flore-Anne Roth
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