Une soirée chargée nous attend pour ce troisième jour de festival avec quatre groupes à l'affiche. Manque d'intuition ou manque d'attention aux annonces qui auraient été faites la veille, à notre arrivée aux Pennes-Mirabeau le premier concert a déjà .../...
Une soirée chargée nous attend pour ce troisième jour de festival avec quatre groupes à l'affiche. Manque d'intuition ou manque d'attention aux annonces qui auraient été faites la veille, à notre arrivée aux
Pennes-Mirabeau le premier concert a déjà débuté, ayant logiquement commencé plus tôt qu'à l'habitude.
20h50
Sauvages Organismes Sonores
Un chant lyrique accompagné de percussions et des sonorités exotiques du pan de Tobago (steel drum) résonne dans la salle du
JasRod. Sur la scène, tout de blanc vêtus, les trois musiciens en marcel, imprimé de l'acronyme
S.O.S, et la chanteuse en toge évoluent au milieu de sculptures sonores : cristal trombone et tôle à voix de
Baschet. Comme aspirés par le rythme hypnotique et les vocalises crescendo, ce n'est qu'au terme d'une explosion inéluctable de voix que l'on peut retenir son attention visuelle sur l'abondance des instruments présents sur scène, aussi hétéroclites qu'inusuels.
Pour le morceau suivant,
Sam De Agostini soutient d'un groove plus "conventionnel" un sample électro, alors que
Phil Spectrum se saisit d'un archet pour jouer d'un drôle d'instrument unicorde, d'aspect rudimentaire et muni d'une sorte d'antenne, posé sur ses claviers.
Alain Bordes accompagne, lui, d'une rythmique de guitare un peu déjantée à la
Sausage, le chant de
Marie Démon qui, dans cet atmosphère quasi magmaiène, semble écrit en cobayen. Constamment présent dans le off (=les stands) du festival, ce soir le thérémin sous sa forme la plus complète (boucle de volume en plus de l'antenne habituelle) est enfin sur scène. L'instrument chatouilleux, qui crie sans même que les mains de
Marie Démon ne l'éffleure, termine le morceau par un dialogue passionnel avec les claviers.
La chanteuse se tourne ensuite face à la tôle de voix, se servant de l'imposante structure en forme de losange bombé comme d'un amplificateur mécanique. Derrière ses vocalises, sonar, roulement de toms et bruit d'orage s'ajoutent tour à tour. Une machine à écrire se transforme alors en instrument de musique sous les doigts de la chanteuse avant que ne surgisse une voix synthétique futuriste marquant le départ d'un rythme techno.
Phil Spectrum abandonne ses nappes à la
Vangelis pour exécuter des percussions sur une batterie de casseroles couleur cuivre, interprétant une ligne mélodique que vient doubler la voix de
Marie Démon.
Une introduction de clavecin et de chant aux sonorités latines viennent accueillir
L'Oise a.k.a
Alain Chiarrazzo : des "retrouvailles" pour la chanteuse et le guitariste qui 7 ans plus tôt étaient à l'affiche du spectacle des
Quatiers Nords,
L'odyssée de l'Estaque. Les 5 musiciens mettent en place un thème dégageant une incroyable puissance : un riff heavy du guitariste invité accompagné d'un pattern de batterie savamment appuyé par la frappe énergique des trois autres musiciens aux tombass. S'enchaînent ensuite chorus de clavier et de guitare dont le mélange de hard-rock et rythmique électro rappelle
Engine of creation de
Joe Stariani.
21h20 Le
Sauvages Organismes Sonores quitte la scène déclarant "on part juste quand on commence à être chauds!", sentiment que je partage d'autant plus que j'ai raté une partie de la prestation. En tous les cas, cette demi-heure de découverte m'a largement donné envie de retrouver le groupe pour un concert complet.
21h20 Pause avant
Interpose +...du moins pour le public, car sur scène on s'active ardemment pour mettre en place le plateau du groupe japonais.
21h45
Interpose +
Pour moi la prestation du groupe s'est jouée sur des bonnes premières impressions, bonnes dans le sens que la prestation m'a tout de suite séduit, mais aussi dans le sens que ces impressions se sont confirmées tout au long du concert, voire même le lendemain. En effet, dès le premier titre, avec un son plus fort que le groupe précédent (et ça c'est une impression avérée depuis le premier soir), il apparaît que les compositions sont indéniablement progressives, que les parties chantées viennent assagir les parties instrumentales, que le tout est joué par des musiciens prolixes et avec une certaine décontraction.
En formation type (guitare, clavier, basse et batterie) les instrumentistes d'
Interpose + débutent par un introduction assez pêchue à plusieurs mouvements avec chorus et harmonies à la clef. L'interprétation instrumentale pourrait se suffire à elle-même et continuer à partir dans d'autres mises en places pointues, mais, non pas par la scène mais par le fond du public, la chanteuse
Sayuri Aruga rejoint les musiciens pour donner une nouvelle direction au morceau, plus calme et plus aérée. Mélangeant le rock 70's , le jazz, le funk, et des aspirations métal, les compositions d'
Interpose + semble ainsi s'équilibrer entre des élans instrumentaux complexes et les mélodies jazzy, pop et parfois même variété du chant en japonais. Cette sorte de compromis est mis en place par 5 musiciens talentueux. Le guitariste
Jouji Iijima au jeu extrêmement fluide, alterne rythmique seventies à la wha-wha, jeu funky jusqu'aux chorus sweepés, et sait aussi bien se mettre au premier plan avec des déchirements de vibrato que se rendre discret dans un accompagnement en son clair comme sur
Anonymous.
Nobuo Watanabe se partage entre ses trois claviers et leurs sonorités jazzy, d'orgue Hammond, de distorsion...rivalisant ou harmonisant les soli de guitare. Le plus impressionnant est sans doute le bassiste
Dani aux lignes de basses aussi originales que denses, entre accompagnement et chorus. En général relativement en retrait, cet instrument attire ce soir toutes les attentions, et pourtant son excellente prestation ne sera qu'un avant goût de ce qu'il accomplira le lendemain au sein de
KBB. Le batteur
Katsu Sato affiche, lui, un jeu solide servi avec beaucoup d'énergie. Quant à
Sayuri Aruga, elle arrive à faire sa place dans ces compositions complexes, réussissant à placer un chant poursuivant des lignes musicales parfois bancales et périlleuses. Elle double certains chorus de guitare, et lorsqu'elle doit rester muette, elle accompagne les titres d'un tambourin, mais ne quitte jamais la scène. Le titre
Aircon est ce soir celui qui reflète le mieux ce kaléidoscope musical créé par
Interpose +.
A l'image du bassiste qui joue avec une aisance déconcertante, l'ensemble du quintet semble relativement détendu. Cette décontraction qui se ressent dans le jeu s'affiche d'abord de façon vestimentaire comme dans les lunettes noires de
Katsu Sato ou le bandana de
Jouji Iijima. Si on met volontiers cette assurance sur le compte de leur talent, le groupe, plus modeste, l'attribue au bon accueil du
ProgSud et de ses organisateurs en particulier, déclarant qu'il rentrera chez-lui avec le souvenir de cette journée (de concert et de visite de l'Estaque !) et lisant un texte préparé en français : "tout le monde est gentil, nous sommes détendus". Des propos sympathiques qui précèdent le titre phare
Rosetta, dont l'introduction commence à nous être familière après trois jours de festival, passée en fond sonore entre le changement de groupes.
22h40 Sur les bons conseils d'
Alain Chiarrazzo : "Si vous en voulez une autre c'est le moment", la salle du
JasRod plébiscite le groupe affable pour retrouver une dernière fois à travers
Alive la douceur de la voix de
Sayuri Aruga introduite par un piano acoustique contrebalancés par les chorus distordus de
Jouji Iijima et de
Nobuo Watanabe.
Nouveau changement de scène après une brève introduction de
Myrath. 30 minutes avant de voir sur scène le groupe tunisien dont j'ai pu écouter quelques titres sur Myspace et qui m'avait interpelé à plusieurs titres. Déjà, c'est du métal progressif, genre gros son donc, un style moins habituel à ce festival. Ensuite la ressemblance non cachée au groupe
Symphony X, sorte de mentor du groupe, qui est impressionnante surtout au niveau du chant très proche de celui
Russel Allen, ce qui se fait de mieux dans le genre. Enfin, et le plus important, si
Myrath n'a pas inventé un style nouveau, il apporte une touche novatrice en mélangeant un métal progressif à des sonorités arabes dans l'instrumentation et dans les lignes de chants : le côté lourd et pompeux des passages symphoniques wagnériens laisse place à l'originalité d'une musique traditionnelle héritée. Coïncidence, c'est dans cette salle du
JasRod que 10 ans plus tôt j'ai pu voir pour la première fois
Symphony X, qui pour l'occasion n'avait bénéficiait ni d'un bon son, ni de spectateurs en nombre (peut-être la moitié de ce soir).
23h20
Myrath
Le concert commence logiquement par l'ouverture instrumentale
Intro, en quelque sorte l'
Oculus Ex Inferni du groupe tunisien. Il semble qu'il ait déjà pas mal de fans au vu de l'intensité des applaudissements qui lui sont réservés alors que les musiciens prennent place dans le noir. Un glissé de guitare et
Malek Ben Arbia donne le ton : rythmique grasse et grave sur la corde de mi (accordée plus bas) pour lancer
All my fears. Quelques coups de ride et
Saif Ouhibi le rejoint à la batterie suivi de
Elyes Bouchoucha au clavier. Quant à
Anis Jouini, malgré sa basse 6 cordes, la seule du festival, je ne l'entends pas. Je préfère commencer par ce point plutôt négatif, et ne plus y revenir, mais le son n'a pas été vraiment bon tout au long de la prestation : basse inaudible sauf sur
My inner way joué en rappel, grosse caisse pas top, et volume de la double grosses caisses trop envahissant dès le deuxième titre
Hope. Heureusement, que contrairement aux parties de batteries de
Symphony X, qui sonnent souvent comme de cavalcades, l'usage des deux grosses caisses dans celles de
Myrath est fait avec plus de parcimonie. Si l'empreinte du groupe de prédilection se ressent rapidement, surtout au niveau des sons de guitare et de clavier, des grosses rythmiques unicordes des couplets, des ambiances mélodiques des refrains et des duos clavier-guitare, les compositions laissent découvrir d'autres influences. On retrouve du
Dream Theater surtout dans la structures des longs passages instrumentaux mais également sur des plans rythmiques comme pour l'introduction de
Hope qui rappelle
The mirror; des passages rythmiques caractéristiques de
Pantera où se superposent rythmes binaires et terniares et des plans de percussions à la
Igor Cavalera sur
All my fears; des riffs façons
Jeff Waters et des sons de claviers à la
King Diamond sur
Seven sins...Et d'autres influences qui dépassent celles du métal et qui révèlent un jeu très varié. Cette variété on la retrouve chez le batteur mais surtout chez le guitariste sur lequel reposent beaucoup d'attentes car lorsqu'on pense à
Symphony X on pense immanquablement à son guitariste virtuose
Michael Romeo. Et on n'est pas déçus!
Malek Ben Arbia fait surgir de son instrument des rythmiques et des chorus dignes du guitariste américain en particulier sur
Seven sins. Là, où c'est encore plus fort, c'est que, tel
Andy Timmons,
Malek Ben Arbia semble jouer "à la manière de" (son,phrasé,touché,sensibilité), principalement
Michael Romeo et
John Petrucci, des chorus inédits.
Et le chant ? Contrairement à l'album, il n'est pas assuré par
Elyes Bouchoucha mais par
Zaher Zorgati. Niveau voix on retrouve encore le bon timbre de
Russel Allen, et niveau scénique on y gagne un chanteur dégagé des contraintes d'un instrument. Le clavier conserve les choeurs et les vocalises orientales de l'introduction
Confession.
Zaher Zorgati en plus d'une bonne voix, mélangeant subtilement la hargne du métal et les vibrations des mélodies maghrébines, dégage une bonne présence sur scène, un entrain certain. Il donne beaucoup sur ses parties et préfère s'éclipser sur les longues parties instrumentales. Cependant, il paraît par moment en décalage avec le public du
JasRod. Déjà, on ne comprend pas pourquoi il prend la parole en anglais, alors qu'il parle le français, et ce sentiment d'incompréhension est d'autant plus fort qu'il semble parfois hésiter entre les deux langues. Ensuite, il essaie à plusieurs reprises d'entraîner la salle à scander des "Yeah!" mais ne trouve aucun écho dans l'assistance qui, et il n'a pas dû bien le peser, est majoritairement assise. Mais il faut lui reconnaître qu'il est opiniâtre et que finalement, en plus du soutien inconditionnel d'une fillette postée aux pieds des marches de la scène, il finit par arracher des "rock'n'roll" plus qu'enthousiastes à sa demande insistante "You wanna rock ?". Le morceau qui suit la réponse révèle d'abord une facette plus heavy du groupe, avec un chant plus personnel et plus incisif sur une rythmique assez speed, puis une facette plus cool où les "ho-ho-ho" remportent plus de succès que les "Yeah"! Ce titre qui, si je l'ai bien compris figurera sur le prochain album, montre que le groupe peut aussi se libérer de l'estampillage
Symphony X.
Au terme d'un rappel et d'une heure de concert, on est convaincu que
Myrath, en plus d'avoir l'étoffe du groupe si souvent cité, a une griffe bien personnelle et qu'il apporte du nouveau dans le style. Et si, on n'a en revanche pas été convaincu par le son, on peut profiter de la pause qui nous sépare du prochain groupe pour acheter le cd et découvrir les plans de basse qui sont restés, en tous les cas pour moi, seulement mimés ce soir.
0h50 "Il est largement temps" pour
Alain Chiarrazzo d'annoncer
Trettioariga Kriget, espérant que son appel "ne partez pas ça vaut le coup" une demi-heure plus tôt ait évité des défections dues à l'heure tardive. Avec ce dernier groupe venu de Suède, l'affiche de ce soir aura été une parfaite image de l'éclectisme de ce festival, à la fois ethnique, musical mais aussi générationnel : si
Myrath est un jeune groupe émergeant,
Trettioariga Kriget est fort d'une longévité commencée en 1974.
Et c'est d'ailleurs par un titre de leur premier album que le quintet a choisi de débuter le set, après que son bassiste
Stefan Fredin nous a lancé un ironique "Good Morning!". Deux atmosphères différentes s'alternent dans ce morceau : une première assez hard-rock avec un riff qui aurait pu inspirer
Iron Maiden pour un tire comme
Phantom of the Opera sur lequel
Dag Lundquist enchaîne les descentes de toms, et une autre plus calme, tempo blues-rock, où le chant en suédois du guitariste ryhtmique
Robert Zima donne des allures un peu folk. Cette dernière impression est en partie due à une oreille formatée aux chants anglo-saxons, qui rend les textes dans d'autres langues vite catalogués au rang variété (italien, japonais) ou au rang folklorique. Le titre suivant ressemble à une modulation de
You really got me sur lequel
Christer Åkerberg derrière ses lunettes fumées et au manche de sa Stratocaster assure de bons chorus, permettant à son compagnon d'infortune d'aller chercher une autre guitare, ayant cassé une corde assez tôt dans le morceau. Ce dernier revient juste à temps pour reprendre le chant sur une ambiance des
Doors mise en place par les claviers de
Mats Lindberg. L'énergique
Stefan Fredin, qui du haut de ses longues jambes semblent en déséquilibre permanent, se saisit alors du micro pour lancer un titre énervé, style punk-rock. S'ensuit alors un air qui rappelle
Allan Parson Project, puis la mise en place de 2 coalitions : d'un côté, le bassiste qui s'est mis à la guitare et
Christer Åkerberg assurent des arpèges de 6-cordes, de l'autre
Robert Zima et
Mats Lindberg jouent chacun d'une main sur le même clavier. Un dernier titre mélange un chant bossa-nova avec un thème à la
Changes de
Yes avec des descentes chromatiques... Pas le dernier titre joué ce soir par
Trettioariga Kriget, mais le dernier titre après lequel on a décidé de partir à 1h40 préférant garder nos dernières forces pour la soirée du lendemain... Et quelle soirée ! (to be continued...)
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