Une soirée chargée nous attend pour ce troisième jour de festival avec quatre groupes à l'affiche. Manque d'intuition ou manque d'attention aux annonces qui auraient été faites la veille, à notre arrivée aux Pennes-Mirabeau le premier concert a déjà débuté, ayant logiquement commencé plus tôt qu'à l'habitude.
20h50 Sauvages Organismes Sonores
Un chant lyrique accompagné de percussions et des sonorités exotiques du pan de Tobago (steel drum) résonne dans la salle du JasRod. Sur la scène, tout de blanc vêtus, les trois musiciens en marcel, imprimé de l'acronyme S.O.S, et la chanteuse en toge évoluent au milieu de sculptures sonores : cristal trombone et tôle à voix de Baschet. Comme aspirés par le rythme hypnotique et les vocalises crescendo, ce n'est qu'au terme d'une explosion inéluctable de voix que l'on peut retenir son attention visuelle sur l'abondance des instruments présents sur scène, aussi hétéroclites qu'inusuels.
Pour le morceau suivant, Sam De Agostini soutient d'un groove plus "conventionnel" un sample électro, alors que Phil Spectrum se saisit d'un archet pour jouer d'un drôle d'instrument unicorde, d'aspect rudimentaire et muni d'une sorte d'antenne, posé sur ses claviers. Alain Bordes accompagne, lui, d'une rythmique de guitare un peu déjantée à la Sausage, le chant de Marie Démon qui, dans cet atmosphère quasi magmaiène, semble écrit en cobayen. Constamment présent dans le off (=les stands) du festival, ce soir le thérémin sous sa forme la plus complète (boucle de volume en plus de l'antenne habituelle) est enfin sur scène. L'instrument chatouilleux, qui crie sans même que les mains de Marie Démon ne l'éffleure, termine le morceau par un dialogue passionnel avec les claviers.
La chanteuse se tourne ensuite face à la tôle de voix, se servant de l'imposante structure en forme de losange bombé comme d'un amplificateur mécanique. Derrière ses vocalises, sonar, roulement de toms et bruit d'orage s'ajoutent tour à tour. Une machine à écrire se transforme alors en instrument de musique sous les doigts de la chanteuse avant que ne surgisse une voix synthétique futuriste marquant le départ d'un rythme techno. Phil Spectrum abandonne ses nappes à la Vangelis pour exécuter des percussions sur une batterie de casseroles couleur cuivre, interprétant une ligne mélodique que vient doubler la voix de Marie Démon.
Une introduction de clavecin et de chant aux sonorités latines viennent accueillir L'Oise a.k.a Alain Chiarrazzo : des "retrouvailles" pour la chanteuse et le guitariste qui 7 ans plus tôt étaient à l'affiche du spectacle des Quatiers Nords, L'odyssée de l'Estaque. Les 5 musiciens mettent en place un thème dégageant une incroyable puissance : un riff heavy du guitariste invité accompagné d'un pattern de batterie savamment appuyé par la frappe énergique des trois autres musiciens aux tombass. S'enchaînent ensuite chorus de clavier et de guitare dont le mélange de hard-rock et rythmique électro rappelle Engine of creation de Joe Stariani.
21h20 Le Sauvages Organismes Sonores quitte la scène déclarant "on part juste quand on commence à être chauds!", sentiment que je partage d'autant plus que j'ai raté une partie de la prestation. En tous les cas, cette demi-heure de découverte m'a largement donné envie de retrouver le groupe pour un concert complet.
21h20 Pause avant Interpose +...du moins pour le public, car sur scène on s'active ardemment pour mettre en place le plateau du groupe japonais.
21h45 Interpose +
Pour moi la prestation du groupe s'est jouée sur des bonnes premières impressions, bonnes dans le sens que la prestation m'a tout de suite séduit, mais aussi dans le sens que ces impressions se sont confirmées tout au long du concert, voire même le lendemain. En effet, dès le premier titre, avec un son plus fort que le groupe précédent (et ça c'est une impression avérée depuis le premier soir), il apparaît que les compositions sont indéniablement progressives, que les parties chantées viennent assagir les parties instrumentales, que le tout est joué par des musiciens prolixes et avec une certaine décontraction.
En formation type (guitare, clavier, basse et batterie) les instrumentistes d'Interpose + débutent par un introduction assez pêchue à plusieurs mouvements avec chorus et harmonies à la clef. L'interprétation instrumentale pourrait se suffire à elle-même et continuer à partir dans d'autres mises en places pointues, mais, non pas par la scène mais par le fond du public, la chanteuse Sayuri Aruga rejoint les musiciens pour donner une nouvelle direction au morceau, plus calme et plus aérée. Mélangeant le rock 70's , le jazz, le funk, et des aspirations métal, les compositions d'Interpose + semble ainsi s'équilibrer entre des élans instrumentaux complexes et les mélodies jazzy, pop et parfois même variété du chant en japonais. Cette sorte de compromis est mis en place par 5 musiciens talentueux. Le guitariste Jouji Iijima au jeu extrêmement fluide, alterne rythmique seventies à la wha-wha, jeu funky jusqu'aux chorus sweepés, et sait aussi bien se mettre au premier plan avec des déchirements de vibrato que se rendre discret dans un accompagnement en son clair comme sur Anonymous. Nobuo Watanabe se partage entre ses trois claviers et leurs sonorités jazzy, d'orgue Hammond, de distorsion...rivalisant ou harmonisant les soli de guitare. Le plus impressionnant est sans doute le bassiste Dani aux lignes de basses aussi originales que denses, entre accompagnement et chorus. En général relativement en retrait, cet instrument attire ce soir toutes les attentions, et pourtant son excellente prestation ne sera qu'un avant goût de ce qu'il accomplira le lendemain au sein de KBB. Le batteur Katsu Sato affiche, lui, un jeu solide servi avec beaucoup d'énergie. Quant à Sayuri Aruga, elle arrive à faire sa place dans ces compositions complexes, réussissant à placer un chant poursuivant des lignes musicales parfois bancales et périlleuses. Elle double certains chorus de guitare, et lorsqu'elle doit rester muette, elle accompagne les titres d'un tambourin, mais ne quitte jamais la scène. Le titre Aircon est ce soir celui qui reflète le mieux ce kaléidoscope musical créé par Interpose +.
A l'image du bassiste qui joue avec une aisance déconcertante, l'ensemble du quintet semble relativement détendu. Cette décontraction qui se ressent dans le jeu s'affiche d'abord de façon vestimentaire comme dans les lunettes noires de Katsu Sato ou le bandana de Jouji Iijima. Si on met volontiers cette assurance sur le compte de leur talent, le groupe, plus modeste, l'attribue au bon accueil du ProgSud et de ses organisateurs en particulier, déclarant qu'il rentrera chez-lui avec le souvenir de cette journée (de concert et de visite de l'Estaque !) et lisant un texte préparé en français : "tout le monde est gentil, nous sommes détendus". Des propos sympathiques qui précèdent le titre phare Rosetta, dont l'introduction commence à nous être familière après trois jours de festival, passée en fond sonore entre le changement de groupes.
22h40 Sur les bons conseils d'Alain Chiarrazzo : "Si vous en voulez une autre c'est le moment", la salle du JasRod plébiscite le groupe affable pour retrouver une dernière fois à travers Alive la douceur de la voix de Sayuri Aruga introduite par un piano acoustique contrebalancés par les chorus distordus de Jouji Iijima et de Nobuo Watanabe.
Nouveau changement de scène après une brève introduction de Myrath. 30 minutes avant de voir sur scène le groupe tunisien dont j'ai pu écouter quelques titres sur Myspace et qui m'avait interpelé à plusieurs titres. Déjà, c'est du métal progressif, genre gros son donc, un style moins habituel à ce festival. Ensuite la ressemblance non cachée au groupe Symphony X, sorte de mentor du groupe, qui est impressionnante surtout au niveau du chant très proche de celui Russel Allen, ce qui se fait de mieux dans le genre. Enfin, et le plus important, si Myrath n'a pas inventé un style nouveau, il apporte une touche novatrice en mélangeant un métal progressif à des sonorités arabes dans l'instrumentation et dans les lignes de chants : le côté lourd et pompeux des passages symphoniques wagnériens laisse place à l'originalité d'une musique traditionnelle héritée. Coïncidence, c'est dans cette salle du JasRod que 10 ans plus tôt j'ai pu voir pour la première fois Symphony X, qui pour l'occasion n'avait bénéficiait ni d'un bon son, ni de spectateurs en nombre (peut-être la moitié de ce soir).
23h20 Myrath
Le concert commence logiquement par l'ouverture instrumentale Intro, en quelque sorte l'Oculus Ex Inferni du groupe tunisien. Il semble qu'il ait déjà pas mal de fans au vu de l'intensité des applaudissements qui lui sont réservés alors que les musiciens prennent place dans le noir. Un glissé de guitare et Malek Ben Arbia donne le ton : rythmique grasse et grave sur la corde de mi (accordée plus bas) pour lancer All my fears. Quelques coups de ride et Saif Ouhibi le rejoint à la batterie suivi de Elyes Bouchoucha au clavier. Quant à Anis Jouini, malgré sa basse 6 cordes, la seule du festival, je ne l'entends pas. Je préfère commencer par ce point plutôt négatif, et ne plus y revenir, mais le son n'a pas été vraiment bon tout au long de la prestation : basse inaudible sauf sur My inner way joué en rappel, grosse caisse pas top, et volume de la double grosses caisses trop envahissant dès le deuxième titre Hope. Heureusement, que contrairement aux parties de batteries de Symphony X, qui sonnent souvent comme de cavalcades, l'usage des deux grosses caisses dans celles de Myrath est fait avec plus de parcimonie. Si l'empreinte du groupe de prédilection se ressent rapidement, surtout au niveau des sons de guitare et de clavier, des grosses rythmiques unicordes des couplets, des ambiances mélodiques des refrains et des duos clavier-guitare, les compositions laissent découvrir d'autres influences. On retrouve du Dream Theater surtout dans la structures des longs passages instrumentaux mais également sur des plans rythmiques comme pour l'introduction de Hope qui rappelle The mirror; des passages rythmiques caractéristiques de Pantera où se superposent rythmes binaires et terniares et des plans de percussions à la Igor Cavalera sur All my fears; des riffs façons Jeff Waters et des sons de claviers à la King Diamond sur Seven sins...Et d'autres influences qui dépassent celles du métal et qui révèlent un jeu très varié. Cette variété on la retrouve chez le batteur mais surtout chez le guitariste sur lequel reposent beaucoup d'attentes car lorsqu'on pense à Symphony X on pense immanquablement à son guitariste virtuose Michael Romeo. Et on n'est pas déçus! Malek Ben Arbia fait surgir de son instrument des rythmiques et des chorus dignes du guitariste américain en particulier sur Seven sins. Là, où c'est encore plus fort, c'est que, tel Andy Timmons, Malek Ben Arbia semble jouer "à la manière de" (son,phrasé,touché,sensibilité), principalement Michael Romeo et John Petrucci, des chorus inédits.
Et le chant ? Contrairement à l'album, il n'est pas assuré par Elyes Bouchoucha mais par Zaher Zorgati. Niveau voix on retrouve encore le bon timbre de Russel Allen, et niveau scénique on y gagne un chanteur dégagé des contraintes d'un instrument. Le clavier conserve les choeurs et les vocalises orientales de l'introduction Confession. Zaher Zorgati en plus d'une bonne voix, mélangeant subtilement la hargne du métal et les vibrations des mélodies maghrébines, dégage une bonne présence sur scène, un entrain certain. Il donne beaucoup sur ses parties et préfère s'éclipser sur les longues parties instrumentales. Cependant, il paraît par moment en décalage avec le public du JasRod. Déjà, on ne comprend pas pourquoi il prend la parole en anglais, alors qu'il parle le français, et ce sentiment d'incompréhension est d'autant plus fort qu'il semble parfois hésiter entre les deux langues. Ensuite, il essaie à plusieurs reprises d'entraîner la salle à scander des "Yeah!" mais ne trouve aucun écho dans l'assistance qui, et il n'a pas dû bien le peser, est majoritairement assise. Mais il faut lui reconnaître qu'il est opiniâtre et que finalement, en plus du soutien inconditionnel d'une fillette postée aux pieds des marches de la scène, il finit par arracher des "rock'n'roll" plus qu'enthousiastes à sa demande insistante "You wanna rock ?". Le morceau qui suit la réponse révèle d'abord une facette plus heavy du groupe, avec un chant plus personnel et plus incisif sur une rythmique assez speed, puis une facette plus cool où les "ho-ho-ho" remportent plus de succès que les "Yeah"! Ce titre qui, si je l'ai bien compris figurera sur le prochain album, montre que le groupe peut aussi se libérer de l'estampillage Symphony X.
Au terme d'un rappel et d'une heure de concert, on est convaincu que Myrath, en plus d'avoir l'étoffe du groupe si souvent cité, a une griffe bien personnelle et qu'il apporte du nouveau dans le style. Et si, on n'a en revanche pas été convaincu par le son, on peut profiter de la pause qui nous sépare du prochain groupe pour acheter le cd et découvrir les plans de basse qui sont restés, en tous les cas pour moi, seulement mimés ce soir.
0h50 "Il est largement temps" pour Alain Chiarrazzo d'annoncer Trettioariga Kriget, espérant que son appel "ne partez pas ça vaut le coup" une demi-heure plus tôt ait évité des défections dues à l'heure tardive. Avec ce dernier groupe venu de Suède, l'affiche de ce soir aura été une parfaite image de l'éclectisme de ce festival, à la fois ethnique, musical mais aussi générationnel : si Myrath est un jeune groupe émergeant,Trettioariga Kriget est fort d'une longévité commencée en 1974.
Et c'est d'ailleurs par un titre de leur premier album que le quintet a choisi de débuter le set, après que son bassiste Stefan Fredin nous a lancé un ironique "Good Morning!". Deux atmosphères différentes s'alternent dans ce morceau : une première assez hard-rock avec un riff qui aurait pu inspirer Iron Maiden pour un tire comme Phantom of the Opera sur lequel Dag Lundquist enchaîne les descentes de toms, et une autre plus calme, tempo blues-rock, où le chant en suédois du guitariste ryhtmique Robert Zima donne des allures un peu folk. Cette dernière impression est en partie due à une oreille formatée aux chants anglo-saxons, qui rend les textes dans d'autres langues vite catalogués au rang variété (italien, japonais) ou au rang folklorique. Le titre suivant ressemble à une modulation de You really got me sur lequel Christer Åkerberg derrière ses lunettes fumées et au manche de sa Stratocaster assure de bons chorus, permettant à son compagnon d'infortune d'aller chercher une autre guitare, ayant cassé une corde assez tôt dans le morceau. Ce dernier revient juste à temps pour reprendre le chant sur une ambiance des Doors mise en place par les claviers de Mats Lindberg. L'énergique Stefan Fredin, qui du haut de ses longues jambes semblent en déséquilibre permanent, se saisit alors du micro pour lancer un titre énervé, style punk-rock. S'ensuit alors un air qui rappelle Allan Parson Project, puis la mise en place de 2 coalitions : d'un côté, le bassiste qui s'est mis à la guitare et Christer Åkerberg assurent des arpèges de 6-cordes, de l'autre Robert Zima et Mats Lindberg jouent chacun d'une main sur le même clavier. Un dernier titre mélange un chant bossa-nova avec un thème à la Changes de Yes avec des descentes chromatiques... Pas le dernier titre joué ce soir par Trettioariga Kriget, mais le dernier titre après lequel on a décidé de partir à 1h40 préférant garder nos dernières forces pour la soirée du lendemain... Et quelle soirée ! (to be continued...) Réagir à cette critique
On ne chôme pas au ProgSud ce jour doublement férié. Pour cette deuxième soirée du festival, le JasRod a retrouvé sa configuration habituelle avec un plus grand nombre de rangées de chaises que la veille. Le public, lui, reste à son habitude toujours impressionnant par son écart d'âge, pouvant revendiquer de faire plus fort que le célèbre 7 à 77 de Tintin.
J'en profite d'ailleurs à ce sujet pour ouvrir une parenthèse à l'attention des parents qui me liraient. Loin de moi l'idée de ne pas vouloir ouvrir l'horizon musical des plus jeunes à d'autres mélopées que celle du papa pingouin, mais je me demande s'il est bien raisonnable de placer des enfants de 4 ans à moins de 3 mètres des baffles des heures durant, de les laisser s'endormir sous un niveau de décibels bien loin de celui d'une berceuse ? Faut-il laisser le temps répondre à cette question ? Je referme cette parenthèse.
21h00 Rosco il est content
L'an passé, "un contretemps", pourtant familier de la rhétorique des groupes de jazz, qui plus est progressif, avait privé le groupe grassois de festival. Alors il est content d'être là ce soir ? Ben, il semblerait que oui ! Si Olivier Bonnafous, batteur et porte parole du groupe le déclare oralement dès le début : "Nous sommes contents, et vous", les musiciens vont par la suite l'exprimer de façon non verbale tout au long de leur prestation instrumentale. Devant la batterie, la scène se divise en deux clans mettant face à face les deux guitaristes Arnaud Guillaume et Luc Lavenne et les deux bassistes...Enfin non, un seul en fait, Laurent Rigo, qui se partage entre la basse qu'il porte en bandoulière, et la basse fretless qui est empalée au bord du plateau, comme une contrebasse en équilibre. Les deux factions, dans une espèce de transe qui les anime en une danse sur place de lever du genou, viennent se lancer régulièrement des coups de gueule. Parce que s'il est une chose qui n'a échappé à personne, c'est la stigmatisation des compositions instrumentales au travers des rictus des cordistes : la musique se lit sur leurs visages. Au-delà de ce que certains qualifient de simples grimaces, le travail des zygomatiques traduit la conviction et l'enthousiasme enragés de l'interprétation. Le batteur, plus dans l'ombre, n'en manque pas non plus et ne ménage pas ses efforts derrière son instrument. Mais si la frappe technique semble sans retenue, on n'en subit pas les avatars sonores. En effet, ce premier groupe bénéficie d'une excellente balance et d'un taux de décibels idéal.
Alors nous, on est contents ? Ben oui. Déjà, ces qualités sonores sont plus qu'appréciables. Ensuite l'entrain des musiciens, est, à l'instar de la bonne humeur, communicatif. Mais évidemment, ce qui nous rend contents et ce dont je n'ai pas encore parlé jusqu'ici, c'est la musique de Rosco il est content : des compositions de fusion jazz mâtiné de rock progressif remarquables par leur ductilité. À l'image des métaux précieux, les quatre titres joués ce soir, ont cette incroyable propriété de se déformer sans se rompre, s'étirant chacun bien au-delà des 10 minutes. Les morceaux s'articulent autour d'un thème central, souvent un arpège bancal, fruit d'une mesure asymétrique, joué en légère distorsion et qui n'est pas sans rappeler la marque de fabrique de Mahavishnu orchestra (Birds of fire pour ne pas le citer). Sur celui-ci vient se greffer un riff de guitare parfois en son clair style Brett Garsed, mais toujours tordu qui nous plonge dans des atmosphères pouvant rappeler celles de Kotebel. S'ensuit alors un long déroulement, où se succèdent des thèmes aux notes sporadiques, des longs chorus d'inspiration blues-rock et d'autres plus techniques et jazz-rock dans la veine Holdsworth, Howe ou encore Christophe Godin : une complémentarité affichée du jeu d'Arnaud Guillaume et Luc Lavenne. L'accompagnement peut passer d'un shuffle tempo médium à un tempérament presque hard-rock, infliger un brusque changement et suspendre les temps, mais toujours en revenant à une ligne conductrice dont il n'a finalement donné que l'impression de s'éloigner (on peut y voir d'ailleurs des similitudes avec les compositions du groupe Éclat). Pour cela, Olivier Bonnafous s'emploie avec habileté à mettre en place des figures rythmiques ingénieuses, alors que Laurent Rigo alterne notes, accords fretless et claquements de slaps.
Le tout s'enchaîne pratiquement sans relâche et sous un bel éclairage, comme cette aurore boréale pour Chromosphère.
Au terme de 50 minutes très riches et exaltantes pas de rappel mais un dernier coup de gueule du batteur : "Non au consommable jetable, oui au ProgSud".
Une prestation qui pousse à s'acheminer sans attendre vers le stand des cds pour y acheter l'album du groupe sur lequel on retrouve deux des titres joués ce soir : ginkgobiloba et outoksa.
Changement complet de plateau : contrairement à hier soir où tout était entassé sur scène, le matériel du groupe à venir remplace celui du précédent. Shin Ichikawa est déjà sur scène, et comme il y a deux ans, le bassiste vient y déposer ses pédales d'effets qu'il sort méticuleusement une à une de sa boîte. Il est rejoint par Max Hiraishi qui vient lui-même serrer les papillons de ses cymbales (qu'il va sans doute frapper sans ménagement).
22h10 Baraka
Alain Chiarazzo annonce que les musiciens sont venus avec un "nouveau répertoire" et qu'"ils sont plus affûtés" qu'à leur prestation précédente en 2006.
Dès les premiers arpèges on sent qu'un gain substantiel du volume a été opéré depuis le passage du premier groupe, ce qui n'est pas du goût du timbre de la caisse claire qui résonne plus que de raison. Je ne me souviens pas bien de l'impression que le groupe m'avait laissé au niveau technique, mais là,on peut dire qu'Alain Chiarazzo n'a pas exagéré. En 10 minutes, c'est un succession ininterrompue de mises en place, de rythmes tordus qui s'enchaînent et parfois même se superposent (polyrythmie ?), de styles passant du rock seventies au jazz-fusion, de tempi cools à rapides...Bref une avalanche de riffs, qui me rappelle de longues introduction de Rush. Et c'est là que je me trompe : ce que je prends pour un long préambule est en fait un titre comme d'autres vont suivre. Il y a deux ans, le power trio avait interprété des titres chantés, parfois long et tortueux, certes, mais relativement heavy, rafraîchissants et illustrés par de véritables contorsion physiques du guitariste Issei Takami. Ce soir les deux micros placés devant les deux frontmen ne serviront qu'à quelques prises de paroles et le 6-cordistes sera bien plus sage qu'en 2006.
Ceci étant, malgré la concentration exigée par leurs nouvelles compositions, les trois musiciens jouent de façon plus qu'énergique.
Donc bien qu'interprétant également des titres très longs, ils apparaissent, contrairement à ceux de Rosco il est content, comme un enchaînement de mouvements, parfois courts et faits de petits riffs rappelant des introductions telles que celles de Yyz de Rush ou Changes de Yes. Les transitions sont cousues de façon quasi chirurgicale et sujettes aux changements d'effets allant du crunchy au flanger en passant par la distorsion bien grasse. On se dit parfois qu'avec un seul de ces morceaux, certains auraient pu faire plusieurs albums entiers! Baraka semble déborder d'inspiration et mélange allègrement au cours d'un même morceau les styles (jazz,blues/rock,rock,reggae...jusqu'à l'expérimental) et les figures de styles (walking-bass, chabadda, cocottes funky...jusqu'aux cris de vibrato). Donc des interprétations très denses, dans lesquelles une oreille distraite pourrait se perdre, s'il n'y avait parfois une réminiscence d'un thème pour la ramener dans le (tout sauf droit) chemin. C'est le cas avec Bharmad suite : plus de 20 minutes qui nous mènent d'arpèges de basse en chorus de guitare déchirants, de progressions d'accords jazz-rock aux bruitages de vibrato, le tout en passant par un solo de batterie de trois minutes...Mais commencées et reprises par un thème proche de Mission impossible rapidement familier.
Après un telle succession de riffs, on ne peut s'empêcher de sourire lorsque que Shin Ichikawa annonce que le titre suivant sera un meddley de 2 morceaux!
23h15 5 minutes supplémentaires : le temps pour l'hôte de demander "une petite dernière ?", à Issei Takami de déclarer "nous aimons Marseille" et au groupe de jouer le morceau le plus court de son set : Let me in, une déclinaison d'un riff bancal et d'un chorus de guitare original et servi par un son proche du thérémin.
Pendant le nouveau changement de scène on peut écouter au choix : des interprétations au stick Chapman à tomber par terre de Take five à la sauce Benson ou Cantaloupe Island (accompagnement et chorus joués par la même personne !); les sirènes des thérémins; ou encore une bande sonore des intros des titres phares de chacun des groupes de cette édition. En fait, on a le choix si on arrive à filtrer ces sources sonores qui se mêlent dans la salle du JasRod.
0h00 Jerry Marotta & Guillermo Cides
Ils ont déjà joués ensemble la veille sur la scène du JasRod le temps d'un morceau et se retrouvent pour partager la scène avec "quelques surprises au cours de la soirée".
Des trilles au stick, un chant de baleine inattendu imité par le passage du doigt de Jerry Marotta sur la peau des toms de sa batterie, et nous voilà plongés dans le monde collaboratif des deux artistes. El mundo interior est le premier titre interprété par le duo ce soir et composé par Guillermo Cides. On y retrouve le mélange des sonorités et du toucher de Mike Oldfield, Stanley Jordan ou Joe Satriani que Guillermo Cides sait faire naître à lui seul de son instrument à 10 cordes. On y découvre la frappe sèche, percutante et millimétrée de Jerry Marotta. Une frappe chirurgicale, réglée, presque mécanique, que le batteur applique sur chaque fût, l'un après l'autre, avec un regard vide, limite inquiétant! L'alchimie des mélodies et du groove occulte, comparée au groupe précédent, le côté technique. On se laisse emporter dans des atmosphères tantôt entraînantes, tantôt quasi sophrologiques. Visuellement, on s'accroche aux chorégraphies développées par les gestes calculés et sobres de Jerry Marotta face à ceux démultipliés de Guillermo Cides, véritable Vishnu, qui jongle entre instrument et effets, saisissant bâton (stick en anglais ?) et archer pour frapper et caresser son instrument.
Le batteur, multi-instrumentiste et également chanteur, interprète, main sur l'oreille, à la manière des chanteurs de polyphonies corses, une reprise de Sleepless de King Crimson. Le joueur de stick joue à lui seul la quasi totalité de l'instrumentation, Jerry Marotta n'assurant que des battements de grosse caisse sur les parties de chant et des parties complètes de batterie seulement sur le chorus. Fait récurrent et fortuit de cette édition, les musiciens ne concilient pas chant et instrument. Le 10-cordiste se retrouve cette fois réellement seul pour interpréter une adaptation de J.S Bach. Comme l'an passé, il en profite pour expliquer sa technique d'enregistrement en direct et de réinjection de boucles, et, comme l'an passé, la féerie dégagée par la superposition des lignes instrumentales créées par Guillermo Cides remporte un vif succès. Ce soir en plus, il a droit au commentaire admiratif de son partenaire : "Shit man! How does he do that!?!".
Il apparaît au fil de la prestation et des déclarations que les interprétations de cette soirée sont à la fois le fruit d'un travail de collaboration et d'une estime réciproque. Le batteur qui "pense en français mais n'a pas les mots pour s'exprimer" ne tarit pas d'éloges envers Guillermo Cides et son instrument. Le stick Chapman est pour lui un instrument inhabituel réservé aux "crazy guys", dont beaucoup sont français, et son partenaire en est le meilleur joueur du monde. Il fait d'ailleurs sur scène la publicité d'un cd réunissant de multiples joueurs de stick, afin de les faire "sortir de leur grotte", et du cd de CCA réunissant, lui, Guillermo Cides, Linda Cushma et Tim Alexander (d'où l'acronyme CCA). Comme il le souligne, pas d'autopromotion : "ces cds ne contiennent aucun des morceaux joués ce soir!". Il indique qu'avec Guillermo Cides il progresse dans le même état d'esprit qu'avec Peter Gabriel pour l'album Security : une référence on ne peut plus flatteuse. Quant à l'interessé, même s'il parle peu, il n'en pense pas moins et déclare simplement que Jerry Marotta "est le meilleur batteur du monde".
Les deux hommes poursuivent par une ballade que le batteur interprète au chant au devant de la scène : au pied de sa stature imposante on ne peut qu'aller dans le sens d'une remarque qu'on lui a souvent faite, à savoir que sa voix ne correspond pas à son physique. Pour l'occasion Guillermo Cides déploie violonnings et chorus au son de cordes en nylon. Ensuite un morceau plus fusion à l'accompagnement slappé, puis une nouvelle reprise : celle de Back in N.Y.C de Genesis, où, malgré sa voix aiguë, le batteur rencontre quelques difficultés. Un neuvième titre, sorte de ritournelle au riff lancinant, termine la prestation en duo (je plains la personne qui est venue lors de ce morceau ajuster la batterie en ayant à exposer ses oreilles aussi prêt de la caisse claire!).
La venue spontanée de Linda Cushma ravit Jerry Marotta qui déclare alors : "the band looks better". Fred Schneider attend lui qu'on l'appelle pour se joindre au reste du trio et interpréter Elephant Talk de King Crimson. Un morceau où l'on retrouve le chant syncopé et le jeu de stick de Linda Cushma qui me font définitivement penser qu'elle est une Les Claypool au féminin. L'interprétation tourne royalement bien au son du slap, des claquements de mains et d'un groove, martelé sur une cowbell, digne de Dave Weckl.
Plus on est de fous...Maintenant viennent se joindre au quatuor "shy" Marina, jeune joueuse de stick dont c'est le deuxième concert avec celui de la veille, Alain Chiarazzo, et Issei Takami pour un boeuf où chacun laisse libre court à sont talent. Jerry Marotta cède rapidement sa place à Max Hiraishi. Après un long chorus sur une rythmique funky, le boeuf s'achève sur un final improvisé et énormément apprécié par le JasRod.
1h20 Le rappel est autant souhaité par le public que par tous les musiciens qui étaient sur scène. Ils reviennent peu à peu remplir l'espace physique et sonore; même Yoan et sur scène, à peine caché derrière un ampli! Jerry Marotta invite un batteur, je dirais inconnu, à prendre son siège. Au fur et à mesure que celui-ci prend de l'aisance, les musiciens en une sorte de complot quittent la scène, le laissant alors seul derrière son instrument. Prenant cela comme une invitation au solo, celui-ci exécute des roulements et des rythmes latino plus que convaincants. Tout le monde revient pour conclure ce final inattendu et à l'image de la générosité dégagée par les deux musiciens que sont Jerry Marotta et Guillermo Cides.
Ce soir la fin de cette deuxième journée a glissé jusqu'à 1h35. Alain Chiarazzo termine suivant la formule consacrée : "à demain, si vous le voulez bien!".
>> Réponse (le 22/05/2008 par liz) Merci pour votre critique riche en détail. Juste pour dire que le batteur qui pour vous est "inconnu", celui qui a .../...La suite
>> Réponse (le 23/05/2008 par leoced) Très belle critique qui retrace bien l'univers du groupe.La suite
Festival ProgSud : Fred Schneider + Guillermo Cides + Ange 30 Avril 2008- Jas'Rod, Les Pennes Mirabeaux Pour la neuvième année consécutive, les hauteurs des Pennes-Mirabeau deviennent le lieu de rendez-vous des pèlerins de France de confession (rock-)progressiste. En ce week-end de l'Ascension, ils sont de nouveau rassemblés au JasRod pour écouter les .../...
Pour la neuvième année consécutive, les hauteurs des Pennes-Mirabeau deviennent le lieu de rendez-vous des pèlerins de France de confession (rock-)progressiste. En ce week-end de l'Ascension, ils sont de nouveau rassemblés au JasRod pour écouter les bonnes paroles délivrées par les apôtres, venus de part le monde, d'une musique naît au début des années 70 et revêtant de multiples facettes. Tous viennent avec la ferme conviction que durant cette nouvelle édition du ProgSud, ils trouveront la (ou les) révélation(s). Ce soir pour ouvrir le festival, descendu non pas du ciel mais de l'est de la France, Ange, augure de mauvais temps sur Marseille (voir plus bas) mais surtout pape du rock-progressif français, a déplacé les foules.
La notoriété du groupe semble modifier d'ailleurs le déroulement habituel que l'on connaît des soirées du festival : les rangées de chaises ont fondu comme neige au soleil pour accueillir un plus grand nombre de personnes debout et la durée des sets des 2 premiers artistes sera relativement courte rappelant un concert traditionnel avec premières parties et tête d'affiche. Ceci dit l'affiche n'en reste pas moins celle d'un festival du ProgSud puisqu'on y retrouve d'ailleurs les 2 mêmes protagonistes qu'au dernier soir de l'édition précédente. Spectre d'une redite ? Que nenni...
21h00 Fred Schneider
Habituellement accompagné du groupe Éclat, ce soir le bassiste fait un one man show. Un one man show musical évidemment, mais aussi de comique d'autodérision. Après un "on m'applaudit déjà" à son entrée sur scène, le musicien réclame l'indulgence du public : pour lui c'est "une première en solo total" (rappelons-nous que l'an passé c'était aussi une première mais en duo) et qu'il "apprend à jouer". Pas de doute, 20 ans passés à Marseille ont surdéveloppé le sens de l'exagération du Lorrain.
Le set se déroule sous forme d'une "série de petites pièces selon l'ambiance" : improvisation, morceaux écrits, titres tirés de son dernier album de duos seul à seul. De longs chorus aux inspirations fusion-jazz, des arpèges joués en tapping à deux mains, des slaps, des accélérations et des tensions... Un superbe panorama (non exhaustif) du jeu et des influences du bassiste (Pastorius, Caron, Wooten...) servi avec énormement d'émotion et de sensibilité. On apprécie également les sonorités de l'instrument avec beaucoup de claquant et parfois même des aigus proches d'une guitare acoustique.
Grâce à ses "machins", il s'accompagne de boucles rythmiques tapées à la basse, sonnant parfois comme des sortes de battements mécaniques. Pas de surenchère de parties samplées, des parties sobres pour s'accompagner simplement, utilisées à bon escient et parfois avec originalité lorsque par exemple le thème devient la partie jouée en boucle et l'arpège la partie jouée live.
Poussé aux bords de la scène par l'encombrement du matériel des musiciens à venir, face aux premières rangées de chaises à ses pieds, coincés de part et d'autre par deux caméramans, Fred Schneider utilise la parole comme oxygène entre chaque morceau. Décrivant son nouvel album sans synthé, ni batterie, mais avec uniquement de la basse, il ironise : "rassurez-vous ça ne se vend pas !".
Après 5 titres en 35mn de concert, et après avoir remercié du luthier à l'équipe d'organisation, le bassiste à le temps d'en piocher "une courte" dans "un répertoire large de 15 ans de variétés". Le morceau est diamétralement opposé à tout ce qui a précédé : c'est un feu d'artifice de boucles rythmiques. Superposant couches de slap, de battements, de claps, Fred Schneider termine en chorussant avec un son de distorsion et un phrasé proche de la guitare électrique.
Un petit entracte permet à quelques uns de gratter des chaises supplémentaires et à d'autres d'aller au stand toujours convoité des thérémins, en nombre cette année et habillés de couleur bois.
22h00 Guillermo Cides
Tous ceux qui étaient présents à l'édition précédente se souviennent de Guillermo Cides (et pour tous les autres c'est en ligne ici) : dans ses mains il semblait que seul la parole manquait au stick Chapman. Aussi pour combler cette lacune, le musicien "a invité" (dixit Alain Chiarazzo) une autre joueuse de stick, et non moins chanteuse, Linda Cushma, également présente au ProgSud 2007 au sein du groupe Oxygene8 (voir lien précédent pour les absents).
Dans son rôle d'homme orchestre, Guillermo Cides pose de grosses nappes vrombissantes auquel il ajoute des sons de violons. De là s'échappent quelques notes au délay familier puis deux accords grattés en légère distorsion, le tout sous les tambourins de Linda Cushma. Aux premières paroles de la chanteuse, pas de doute on connaît ce morceau : c'est Still haven't found what I'm looking for de U2. L'instrumentation forcément différente garde en elle la marque des guitares de the Edge, le texte fidèle est parfois parlé sur des ambiances planantes de violonnings et agrémenté de coups de cymbales sur pieds. C'est le concept du set des deux artistes : "reprendre des morceaux célèbres avec un autre point de vue". Une idée originale en ces lieux et fortement appréciée qui nous entraîne sur des sortes de standards revisités que sont Heroes,Make You Feel My Love, Kashmir ou Time After Time.
Sur scène le duo fonctionne à merveille. On est bluffés par l'ubiquité de Guillermo Cides qui occupe ses mains et ses pieds entre instrument, racks et pédales d'effets. À lui seul il fait renaître thèmes, accompagnements et chorus le tout en mélangeant subtilement l'essence de ces succès et arrangements personnels. On est séduit par le côté "nature" de Linda Cushma à la voix habitée et fragile, au chant presque parlé et syncopé qui n'hésite pas à déplier un cd de CCA et se le mettre sur la tête pour en faire la promotion : "si vous n'aimez pas la musique vous pourrez toujours vous en servir comme chapeau !". Derrière la batterie, instrument de ses débuts, elle accompagne le titre de Led Zeppelin, et s'en retire presque gênée pour laisser la place à Jerry Marotta et prendre son stick le temps d'un trio.
Coup de théâtre final : Guillermo Cides abandonne son instrument et sa musique qui se répète en boucle puis réapparaît aux sons des roulements d'une caisse claire qu'il s'est passée autour du cou pour inviter Linda Cushma à traverser le public du JasRod. Le fade out laisse place au commentaire "ça c'est du talent !" du maître de cérémonie qui rappelle le duo. Accompagné d'une jeune joueuse de stick, Marina pour qui c'est le premier concert, ils interprètent le titre de Cindy Lauper dans un esprit proche de celui de Tuck&Patti, les nappes suspendues de violon en plus.
22h50 Après ce "pur moment de bonheur", comme le conclut Alain Chiarazzo, les derniers préparatifs se terminent sur scène pour accueillir le groupe que l'on présente plus... formule utilisée au sens littéral ce soir !
23h15 Ange
Dans le noir, la bande son où se superposent violons et cliquetis rapides et qui tournent depuis quelques instants, est rattrapée par le claquement de mains du public. Une détonation met fin à l'attente du JasRod qui voit débouler, tout de noir vêtus, les musiciens de Ange et son leader en combinaison beige et tétine autour du coup, le tout ébloui par les illuminations des projecteurs. Le set débute sur les chapeaux de roues avec Tous les boomerangs du monde, une entrée énergique qui est accompagnée d'une augmentation substantielle du nombre de watts! Aux devants de la scène on retrouve Hassan Hajdi avec un chorus fantomatique et oriental exécuté au bottleneck : à n'en pas douter le premier d'une longue série. On y retrouve également Caroline Crozat tambourins et filet de percussions en mains, qui enchaîne par le mime du déplacement d'une locomotive sur l'introduction de La Gare de Troyes. Et bien sûr, le Christian Décamps transpirant d'une hargne qui force le respect et qui, une fois de plus, commence sa prise de parole par le mauvais temps marseillais : "il ne fait jamais beau ici. Il a plu ce matin sur l'Estaque, on se serait cru à Brest". Théorie du complot ou méthode Coué, il est vrai qu'il n'a jamais autant plu que ce matin et que l'an dernier le même temps avait accueilli Ange à Aix-en-Provence.
Le groupe poursuit avec l'Exode, duquel on pourrait dire qu'il est le premier morceau progressif pur jus de la soirée. Le titre aux multiples mouvements et humeurs, voit tour à tour Caroline Crozat danser avec un squelette couronné en lambeaux, Christian Décamps se livrer à un air-guitar face au guitariste inspiré et un déchaînement de la totalité des musiciens sur un final qui suscite l'acclamation du public. Retour au dernier album, après une petite citation de Jean Yanne, avec Dieu est un escroc : un titre où se mêle un rythmique électro, riffs hard-rock, texte parlé, canons de voix et chorus alanguis, le tout dans le dos de la choriste qui lit le Canard enchaîné puis froisse des feuilles de papiers qu'elle envoie à l'aide d'un lance-pierres dans la salle. Le titre se termine par un face à face aux claviers des Décamps père et fils. L'atmosphère devient plus calme avec la ballade qui suit, au solo déchirant de Hassan Hajdi qui fait fondre en larmes le chanteur qui se ressaisit pour présenter les musiciens qui personnifient Ange ("Ange c'est...et c'est aussi...encore...toujours").
"Une chanson pleine de poésie en ces temps où il vaut mieux être gérontophile que pédophiles : on a moins de soucis avec le parents !" annonce Aurélia, titre pour lequel Thierry Sidhoum lâche sa basse pour la guitare acoustique, Benoît Cazzulini sort de derrière sa batterie pour se mettre aux percussions et Caroline Crozat joue du tombass. Le guitariste nous assène à nouveau un chorus vibrant...au vibrato. Pour les deux titres suivants Christian Décamps cède le chant. Nouvelles du ciel est d'abord interprété en solo par Tristan Décamps. Le morceau rappelle Harmonie (que certains croient reconnaître aux premiers accords) avec sa voix éclatante et son piano acoustique qui mêlent de superbes tensions à la mélancolie. Ensuite, guitare et accordéon accompagnent Caroline Crozat sur Coupée en deux. Si le titre s'annonce comme une sorte de valse tranquille, celui-ci se durcit au cours de l'interprétation au gré de la voix parfois grave d'une chanteuse plus que convaincante.
Une intro style opéra-rock seventies relance une série de trois titres plus pêchus dont le récent Les beaux restes. L'occasion pour le bassiste de venir aux devants de la scène durant un passage instrumental, faire claquer un slap bien groove ou bien encore oser un chorus à la pédale wha-wha digne de Stanley Clarke. Ce soir Thierry Sidhoum me fait oublier le souvenir d'un bassiste effacé qu'il m'avait laissé au Hot-Brass. À l'image de celui-ci, le groupe entier semble alors se lâcher complètement : roulements de batterie, vocalises, accords quasi punk...le tout finissant crescendo dans un rythme hard-rock endiablé . Christian Décamps taquine le public avec Ode à Emile en imitant l'accent marseillais "et puis tranquill-heu on peut partir-heu" en guise de conclusion mais le mot de la fin "firmament" lui est soufflé pour la salle.
0h45 Après une standing ovation et des "ho-hohoho-ho" spontanés, Ange revient pour Le Soir du Diable avec sa super ligne de basse et son chorus de clavier pink floydien final. Le temps d'une intro aux toms de Benoît Cazzulini soutenu par le claquement de mains du public, Christian Décamps abandonne son squelette couronné et revient en haut-de-forme fleuri et veste queue-de-pie pour Les noces. Après un passage parlé, le chanteur danse sur une rythmique rock puis s'en va chercher, d'une main, Caroline Crozat enceinte sous sa chemise de nuit blanche, et d'une autre, une poupée gonflable. Christian Décamps termine ses frasques en pissant (avec une bouteille d'eau) sur le premier rang, et laisse Caroline Crozat poursuivre par une fessée donnée à la poupée gonflable à l'aide d'un bâton de majorette prélude à une danse enlacée. Derrière l'instrumentation s'est peu à peu réduite à des roulements de caisse militaire. Ballon de Billy termine sur une note très rock la prestation et donne à Hassan Hajdi une nouvelle occasion de bravoure.
1h10 Sur une bande son,les musiciens de Ange reviennent saluer le JasRod qui debout applaudit longuement, sans doute caressant l'espoir d'un ultime morceau.
J'avais quelques craintes au fait de voir deux concerts de Ange à moins d'un an d'intervalle. Quelle bonne surprise donc, que de constater que le répertoire de ce soir était complètement différents de celui joué au Hot-Brass. S'ajoute à cela de nouvelles mises en scène, une prestation un peu moins théâtrale et plus musicale...Bref, un autre concert. Il en va de même pour les deux premiers artistes de la soirée qui ont assuré un set bien différent de celui donné il y a un an.
Une nouvelle édition qui démarre bien, et qui ce soir ne se termine pas trop tard (il faut penser à se ménager pour les trois soirs à venir).
Festival Rythm and Funk : Marc Campo Quartet et Tombad 23 Novembre 2007- Jas Rod - Pennes MIrabeau On ne peut qu'encourager l'existence de ce festival pour sa quatrième édition, avec toujours une programmation de grande qualité, des révélations, des valeurs sûres, du grand plaisir pour les amateurs de Jazz, Soul, Funk, Rythm and Blues ... pour une .../...
On ne peut qu'encourager l'existence de ce festival pour sa quatrième édition, avec toujours une programmation de grande qualité, des révélations, des valeurs sûres, du grand plaisir pour les amateurs de Jazz, Soul, Funk, Rythm and Blues ... pour une fois exit le rock et la chanson française, ici çà groove, çà swingue, la musique exprime le rythme, les nuances, les racines ...
Evidemment le hic c'est que hier soir il y avait pas grand monde (pas toujours le cas heureusement), lorsqu'on voit le TOP 10 des artistes les plus consultés ici ou ailleurs, les salles et les stades que remplissent Obispo et l'OM, quand on est comme moi, "un peu connaisseur" et puriste on est ravi de trouver encore des programmations comme celle-là, à l'image de Jazz à Nice bien-sûr à une dimenssion plus petite, mais toujours dérouté par le peu de public, je me souviens d'un Joe Sample Randy Crawford à Hyeres avec 400 personnes environ celà me fait toujours halluciner !
Ceci dit pour ce festival les points forts donc la programmation, les organisateurs musiciens et connaisseurs, une bonne com, les masters class, la salle trés bien conçue pour le live et bon son, le hic à mon avis la situation trés difficile à trouver si on connait pas, donc avis aux organisteurs mettez le paquet sur le flèchage, je pense que certaines personnes n'arrivent jamais sur place, et fléchez avec Rythm And Funk ou Concerts " " mais pas Jas Rod car il y a plein de gens qui viennent sans savoir que la salle se nomme comme çà !
Rentrons dans le vif du sujet les concerts d'hier soir : Marc Campo Quartet, j'ai adoré, j'ai vu fois plusieurs joué ce guitariste mais dans des formations plus funk, ou comme accompagnateur, là il tient son rôle de leader à merveille, tout en laissant pleinement s'exprimer les personnalités de chacun, je ne l'avais jamais entendu chanté, sa voix trés agréable, juste, nuancée, swingue, chaleureuse ...
pour la guitare magnifique phrasé, son et virtuosité, totalement dans l'esprit des premiers albums de Benson, et je sais qu'il a d'autres jeux de guitares à son arc pour l'avoir entendu dans d'autres styles ...
Le répertoire trés bon alternant des compos que j'ai adorées, des standards trés bien choisis et pas les plus joués, une reprise des Beatles avec un bel arrangement !
Un final sur une compo en Français trés "Nougaro", trés beau texte sur un rythme Jazz/valse !
Pour les autres musiciens, à la Batterie Philippe Jardin formidable batteur, à mon sens un de rare qui est toujours plus au service de la musique que de lui même, tempo, swingue et groove parfait, nuances exceptionnels ...
au piano Benoît Paillard, grand pianiste de Jazz, enseigne à l'Imfp, vituosité, lyrisme, rentre dans les morceaux avec ferveur, chante ses impros et elles sont toujours dans l'esprit des thèmes, belles harmonies de piano ou d'orgue ... Sam Favreau jeune contrabassiste et bassiste prometteur, surement moins expérimenté que ses compères mais tient sa place dans le groupe, belles lignes de contrebasse, et j'ai bien aimé son jeu sur Eleanor Rigby .
J'attends leur album avec impatience !
Deuxième Partie Tombad, alors révélation grosse surprise on reste sur le cul, un groupe funk composé d'excellents jeunes musiciens lyonnais, çà groove, çà déménage, la machine infernale funk est là, le gros son, la tourne, les cuivres fabuleux, la rythmique fabuleuse, le délire, le chant, il y a tout digne des plus grands groupes de Funk américain ! Je leur souhaite une longue vie, déjà des albums à leur actif
Les organisateurs on pour habitude de mettre une formation "musique de rue" Fanfare Funk pour accueillir le public en début de soirée et peandant les entractes entre les groupes pour le remontage de la scène, trés bonne initiative !
Voilà je peux que vous encourager à découvrir ces groupes et soutenir ce festival, déjà en vous y rendant encore des concerts ce soir et dimanche concert des élèves de la Master Class ! Réagir à cette critique
MacAlpine / Sheehan / Donati 21 Octobre 2007- Jas'rod - Pennes Mirabeau
Quel tour de force! Le trio Donati/Macalpine/Sheehan a su enthousiasmer, de l'aveu des plus sceptiques, un public allant des accrocs de virtuosité aux hermétiques de démonstrations techniques. Sur l'affiche d'une telle formation, on avait .../...
Quel tour de force! Le trio Donati/Macalpine/Sheehan a su enthousiasmer, de l'aveu des plus sceptiques, un public allant des accrocs de virtuosité aux hermétiques de démonstrations techniques. Sur l'affiche d'une telle formation, on avait tendance a priori à focaliser sur le guitariste, à penser que le concert allait graviter autour de son ego. Issu de la vague des guitar-heroes des années 80, des shredders ou "branleurs de manches" pour les détracteurs du style, on fait trop souvent l'impasse sur son éclectisme musical, et on (le Wikipédia par exemple) ne retient aujourd'hui de Tony Macalpine que son retour auprès de Michel Polnareff (fait rarissime, on a pu voir un bon guitariste le 14 Juillet sur une chaîne publique !) ou son rôle de second couteau derrière Steve Vaï. D'ailleurs, mauvais souvenir que ce concert au Moulin, où Steve Vaï, en plus d'avoir un son miteux, avait complètement éclipsé ses musiciens, laissant Tony Macalpine dans l'ombre (au sens propre du terme) et un doute aujourd'hui dans ma mémoire à savoir si Virgil Donati était déjà derrière les fûts. Ce soir, au contraire, la partage équitable de la scène entre les trois musiciens a été le socle du concert. Ces trois musiciens hors-pairs qui ont joué avec la crème du hard-rock ou du jazz-rock, comme Allan Holdsworth, Dennis Chambers, Greg Howe, Terry Bozzio, Steve Vaï, Paul Gilbert...nous ont délivré des compositions de leurs collaborations passées et des compositions inédites de leur projet commun Devil's Slingshot. Durant 1h30 de prestation, ils ont mis à mal les idées préétablies que l'on pouvait se faire du concert, idées confortées peut-être par le déroulement de la première partie. Reprenons donc les choses à leur début...
La soirée commence par une petite satisfaction sadique : sortir de Marseille par la voie déserte de l'autoroute en regardant à contresens une file interminable de voitures qui s'acheminent au pas vers le stade Vélodrome (que les supporters de foot se rassurent, ils me l'ont bien fait payer à mon retour du concert en me bloquant une bonne demi-heure au rond-point du Prado). Au terme de ce moment de grâce, nous arrivons dans le parking du Jas'Rod où le nombre de voitures, rarement égalé à ma connaissance, indique que Macalpine déplace encore les foules même un soir de OM-Lens.
Aux grilles d'entrée, des gars distribuent des flies du concert à venir : Monsters of rock tributes : Iron Maiden - AC/DC . Ce soir, l'ambiance au Jas'Rod, c'est un peu Back to the future : sous le signe du hard-rock des années 80... Hélas la Dolorean qui nous a conduit jusqu'ici n'a pas rattrapé le petit 1/4 heure de retard à l'horloge du tableau de bord, et quand nous pénétrons dans la salle de concert la première partie a déjà commencé (il faut dire que si je n'avais jamais connu le parking aussi plein, je n'avais pas connu non plus le Jas'Rod aussi ponctuel, avec un lancement de concert moins d'une 1/2 heure après l'ouverture des portes annoncée).
20h00 Seul sur scène, coincé entre batterie, amplis et claviers, un jeune guitariste, pass autour du cou et un strato bien usé (pardon : vintage) à la main, abreuve le public d'un déluge de notes sur un accompagnement enregistré. Quelques secondes suffisent à nous convaincre que les dieux de la guitare se sont penchés sur son berceau, et quelques secondes de plus, le temps d'un chorus joué en sweeping et repris au clavier, à nous convaincre que les dieux du piano s'y sont associés. Dextérité, rapidité, technique, virtuosité...bref, l'énumération du lexique du guitar-hero colle au jeune gaucher. Ce que ne dit pas le lexique, c'est son nom. Je suppose qu'il a été mentionné au début de la prestation, mais à aucun autre moment. Ayant le privilège d'avoir un voisin de bureau dont le privilège est d'avoir joué avec ce surdoué et non de m'avoir comme voisin de bureau, je savais avant ma venue qu'il s'appelle Alex Brachet.
Après la tempête (prise en cours) de Dark desires, et quelques craquements de jacks incongrus, l'éclaircie d'une belle ballade vaïesque se dessine dans une boucle d'arpèges lancée par le guitariste. Au manche de son Ibanez 7 cordes on sent Alex Brachet un peu hésitant dans son jeu de scène : lever le menton vers le ciel en guitariste inspiré, mais ne pas en faire trop, on sent le dilemme. Pas de parole superflue, juste un "Merci, la prochaine : Slave utopia", et c'est reparti pour un style plus métal progressif avec une rythmique bien grasse, jouée pa la suite les cordes à vide, permettant ainsi au musicien de jouer d'une main de la guitare et d'assurer de l'autre un chorus de clavier, pour un résultat assez bluffant (si vous voulez vous faire une idée de ce dont est capable ce gars au piano avec une seule main, jetez un oeil sur sa vidéo de Godowsky left hand only chopin study 12op.25 disponible sur youtube). Par contre, j'avoue que je suis un peu rétiscent au son choisi pour le clavier qui rappelle des sons futuristes des années 80 (obsolètes aujourd'hui), et le son de la basse sur la bande enregistrée est un synthétique. À la fin du morceau, accélération vertigineuse du médiator, style moulineur, (shredder en anglais). Riff plus rock et intro van halenienne avec Mr.Slowfinger, mais une balance entre la guitare et la bande son de plus en plus désagréable : charleys trop fortes. La main droite redoutable et véloce d'Alex Brachet court de nouveau sur les touches du clavier dans un chorus aux couleurs blues-jazzy, avant de bondir çà et là sur les cordes de la guitare balayées par sa main gauche. Craquement rituel de jack, avant une déclaration qui laisserait à penser qu'en musique impossible n'est pas Brachet : "ce morceau est injouable!". Et pourtant, c'est à toute vitesse et sans anicroche que déboule le néo-classique Dance of the crazy elves (adaptation pour guitare d'un morceau écrit pour violoncelles). Un passage lent, hélas une fois encore gâché par des bruits parasites, permet à tous de reprendre du souffle avant de repartir pour une chevauchée parcourue d'un thème joyeux presque helloweenesque (avec un -e-, c'est volontaire).
En 35 minutes j'ai été convaincu que ce jeune musicien surfe déjà avec les aliens de la guitare. Par contre, plus dur de me faire une opinion sur la valeur ajoutée, l'originalité de ses compositions qui ont pour moi un certain goût de déjà-vu. Alex Brachet semble porter le flambeau d'une race de guitar-heroes qui a aujourd'hui (et je suis le premier à le regretter) perdu de son aura. De plus il est bon de profiter du moment du concert pour enrober les compositions d'un jeu de scène, de les rendre plus assimilables afin de toucher un public plus large que celui des musiciens : adopter, par exemple, des poses improbables ou pratiquer l'autodérision des Mattias IA Eklundh et autres Christophe Godin. Sur ce point, Alex Brachet semblait manquer d'assurance, mais il s'imposait un lourd handicap en jouant seul sur des bandes sonores. D'ailleurs j'espérais fortement qu'il revienne sur scène rejoindre le groupe de tête d'affiche, où je pense que sa présence aurait eu tout autre dimension. Hélas, ce ne fut pas le cas.
(Pour en savoir plus sur Alex Brachet, on peut trouver une interview dans http://thejemboy.free.fr/eGuitareMagazineN12-Mars.pdf).
21h00 Dans le noir et sur des nappes d'ambiance, 3 silhouettes prennent place sur scène. Un glissé au médiator et le groupe ouvre le set avec Winter In Osaka de Tony Macalpine. À tout seigneur tout honneur, le son est bien meilleur qu'en première partie de soirée, plus compressé et justement équilibré, on reste agréablement surpris de ne pas se faire déchirer les tympans. Pourtant la section rythmique n'y va pas de main morte; Billy Sheehan dès les premières notes du morceau, à fond dans son trip, épluche frénétiquement de sa main droite les cordes d'une basse qu'il ne cesse de pointer dans toutes les directions.
Sa présence scénique, sûrement surdéveloppée pour survivre aux côtés de Steve Vaï et David Lee Roth, est énorme : on a du mal à le quitter des yeux alors qu'à côté de lui Tony Macalpine, sous sa casquette, a déjà lâché quelques mélanges de sweeping et de tapping nets et sa bavure. Virgil Donati, derrière son original set de batterie (3 charleys, 2 caisses claires, des toms à hauteur de cymbales) soutient d'une main ferme et d'un pied souple, mais sans fioriture. Thème harmonisé, petit interlude de basse, ce premier morceau, classique dans son genre, plonge les fans en territoire connu et entraîne les autres sans résistance. Changement de guitare et "petite révolution" avec Nederland. Avec ce titre original du Devil's slingshot, le trio prend le contrepied de tous ceux qui pensent que, comme la nature, les guitar-heroes ont horreur du vide : pas d'avalanche de notes, pas de chorus à perte de vue, mais un rythme, un groove jubilatoire. Un couplet bien lourd au son de la 7-cordes doublée par la basse, aux cris des cordes aiguës et à la caisse claire assassine, un prérefrain plus entraînant pour headbanguer, un refrain au thème héroïque et deux breaks, l'un métal où les temps se comptent à grands coups de charleys et un autre plus jazz-fusion. Et le chorus ? Pas plus de 30 secondes pour plus de 6 minutes de morceaux ! Ça ressemble à un morceau de métal progressif auquel on aurait retiré les paroles, sans pour autant que celles-ci manquent. Certains qualifient ce titre de néo-métal, j'y retrouve une ambiance de formations bien antérieures à ce courant, comme Coroner avec son album Grin et des titres tels que Serpent moves (quasi-instrumental).
En tous les cas, une bonne surprise et une bouffée d'oxygène avant de replonger dans un morceau d'armes de Tony Macalpine : Empire in the sky. C'est avec une décontraction et une humilité déconcertante que le guitariste ravive ce titre, alors qu'à ses côtés, Billy Sheehan n'en finit plus de saisir sa basse par toutes ses extrémités. Un mouvement de vibrato, une intro basse/batterie et le groupe poursuit par une composition plus récente de Tony Macalpine. Chromacity à l'allures néo-classique est l'occasion pour ce dernier d'alterner la guitare à son autre instrument, le piano, sur lequel il revient plus tôt que prévu, n'arrivant plus à reprendre le contrôle de sa 6-cordes. Virgil Donati en profite pour placer un petit solo en fin de morceau, et utiliser enfin ces toms aux placements atypiques. Mais avant l'heure ce n'est pas l'heure, et même si le public scande son nom, le batteur préfère entamer une discussion qui sera sans doute moins longue qu'un solo.
Mais après un "Hey, Marseille!", devant le problème de guitare qui persiste il se résigne à annoncer un "break" et se retire avec Billy Sheehan. Tony Macalpine, lui, revient derrière son piano, et dos au public pour un interlude acoustique. Après qu'un technico-exorciste a libéré le matériel du guitariste de ses démons, c'est une deuxième composition du trio qui relance le set, une composition dans la veine de Nederland. Cette fois c'est de l'essence de Prove you wrong (l'album) de Prong que je retrouve dans Lay off : un son puissant, un groove martelé, et un rythme saccadé sur le break. Un peu plus de mélodies de guitare cette fois, mais pas d'excés de vitesse, et toujours un nectar de chorus concentré dans 30 secondes. Un larsen contenu sert de tremplin à Don't look down. Avec ce titre de Billy Sheehan, c'est le duo basse/batterie qui prend les devants et s'accompagne des accords du guitariste. Avec un son de disto dément, c'est un peu le Satch Boogie de Satriani (c'est un pléonasme) version 4 cordes qui glisserait sans crier gare vers la partie "folle" d'Anesthesia.
Le tempo retombe avec Ballade de Bastille, troisième composition du Devil's slingshot qui malgré son titre est quand même un morceau enjoué, notamment grâce à de supers parties de batterie de Virgil Donati. L'ambiance du morceau permet de nous faire apprécier les premiers chorus en son clair des cordistes. C'est l'acalmie avant la tempête. Maintenant sous une douche, le batteur abandonne son shuffle pour un jeu de double grosse caisse style sulfateuses. De sa propre composition, Dog Boots est un morceau rouleau compresseur pour lequel les trois protagonistes se donnent à fond. Les cordes de la basse bourdonnent aux supplices des abducteurs et tendons extenseurs de la main droite à faire pâlir ou rougir de honte Steve Harris, la caisse claire claque au rythme du grin-métal, les cordes de la guitare voient double avec une main gauche qui passe de chaque côté du manche. Bref une tuerie !
La cadence ne faiblit pas pour le néo-classique The witch & the priest mené au train d'enfer de la basse et de la double grosse caisse. Billy Sheehan qui étanche son front à grand coup de bracelet en éponge, se lance dans un face à face en tapping avec Tony Macalpine. Virgil Donati enchaîne avec un court solo, puis décide de jouer les troubles-fêtes dans un nouveau jeu de questions-réponses des cordistes.
Le temps pour Tony Macalpine de laisser sa guitare et d'annoncer une composition de Billy Sheehan et The suspense is killing me emboîte le pas. Sur la progression des accords du thème de James Bond jouée au clavier, le bassiste entame un phrasé prolixe, prélude à près de 10 minutes de solo. Jeu en accords, tapping avec une tenue originale des doigts de la main droite, lâché d'harmoniques, son clair, distortion, inspirations classiques, riffs soutenus, effet de vibrato en tordant son instrument...Billy Sheehan envoie toujours plus fort jusqu'au retour de ses acolytes, accueillis par un public qui scande "Billy"! Après le prénom du bassiste, c'est le thème au délay de Stream Dream qui résonne dans la salle du Jas'Rod. Nouvelles envolées de guitare et chorus jazzy en son clair de basse sont accompagnés de quelques percussions électroniques. Tony Macalpine n'aura gardé sa guitare qu'un morceau, avant de rejoindre au piano le duo rythmique sur le riff dream theateresque de TAJ. On devine au petit manège de Virgil Donati qui place de plus en plus de trucs tordus que l'heure du solo a sonné. De roulements spatiaux de toms en rythmes syncopés de caisse claire piccolo, de frappes de double grosse caisse en crashs de cymbales aux baguettes tournoyantes, le batteur emporte à son tour le public dans 10 minutes de virtuosité qui se terminent dans un fracas visuel et sonore. Dans un rythme beaucoup plus linéaire, le trio termine avec Christmas Island. Pour se titre Tony Macalpine va aussi réaliser l'exploit de jouer de la guitare et du clavier en même temps...Mais avec 3 bras! Dans son dos, un roadie vient plaquer sa main gauche sur le manche (pour barrer une position ou bloquer les harmoniques, je sais pas bien dire) : un petit numéro qui fait son effet. Puis le groupe se retire avec un "Merci Marseille !"
Après quelques minutes de cris de sollicitations, un son de vibrato se fait entendre depuis les coulisses. Tony Macalpine revient seul sur scène jouant un thème néo-classique avec des envolées de sweeping-tapping mais avec un son trop aigu voire strident. La section rythmique le rejoint pour un entraînant Confrontation with the electric bees avant de conclure par Naked Nancy. Le guitariste profite de ce titre pour présenter ses deux partenaires, dont Billy Sheehan qui lui rend la pareille en demandant au public de scander "Tony en formant T avec ses mains". Il termine en faisant tourner sa basse par son strap, une basse dont les frets s'illuminent maintenant en bleu.
À 22h40, visiblement bien épuisé après avoir donné le meilleur de lui-même, Billy Sheehan tient à justifier le départ du groupe par un concert la veille en Espagne et lance un "Vive la France !".
Progsud 2007 : Double Face + Guillermo Cides +Oxygene 8 + Kotebel 19 Mai 2007- Jas'Rod - Marseille Quatrième et dernier soir du festival ProgSud. Un ultime volet, un peu plus chargé que les précédents puisque quatre groupes doivent se succéder sur la scène du Jas'Rod. Pourtant Alain Chiarazzo annonce que la soirée ne sera pas plus longue. Pour .../...
Quatrième et dernier soir du festival ProgSud. Un ultime volet, un peu plus chargé que les précédents puisque quatre groupes doivent se succéder sur la scène du Jas'Rod. Pourtant Alain Chiarazzo annonce que la soirée ne sera pas plus longue. Pour arriver à cela, les organisateurs entendent réduire le temps passé à l'installation du matériel entre chaque groupe en pré-installant le maximum de matériel sur scène. C'est donc dans un décor encombré que prennent place les premiers protagonistes.
21h05 Double face
Deuxième apparition pour Fred Schneider dans cette 8ème édition du festival. Deux jours plus tôt dans les rangs du groupe Éclat, il revient ce soir accompagné de Kathrin Sinistra au piano, toujours à la basse mais cette fois dans un rôle de premier plan.
Pour cette première apparition en public le duo est un peu tendu, et c'est Fred Schneider en solo qui commence la prestation assurant accompagnement et chorus, avec des arpèges et tappings à deux mains, deux mains de maître (on retrouve dans ce premier morceau le style Victor Wooten et des morceaux comme the vision).
La participation du piano se fait de façon progressive au fil des titres suivants : doublement de l' accompagnement sur ka-1, court chorus sur Anoë, harmonie des thèmes et des descentes et appui du slap sur kawana.
Avec pour toi et son introduction un peu sonate au clair de lune, le rôle de piano devient enfin un peu plus prépondérant, et on appréciera des harmonisations piano/basses originales et quelques notes de voix de Fred Schneider.
Rappelés pour un ultime morceau, alors qu'ils « commençaient à peine à destresser », les deux instrumentistes, reviennent interpréter une seconde composition de Kathrin Sinistra où l'on retrouve également des harmonisations originales et des chorus de la pianiste et du bassiste. Ce dernier morceau conclut un set relativement court de 30 minutes, en laissant apparaître un peu tardivement une réelle « double face » de la formation. En effet, passé la première impression de l' indiscutable talent des instrumentistes, on peut rester un peu perplexe sur la formule piano/basse sur les compostions jouées. Piano timide et parfois redondant, que ce soit sur la sonorité ou sur les mélodies, sur les compositions du bassiste; il semble prendre sa revanche sur les compositions de la pianiste. Plus qu'une collaboration sur scène, on aurait peut-être souhaité une collaboration plus en amont sur les compositions.
21h45 Guillermo Cides
« Double face » est un qualificatif qui conviendrait à l' instrument de l' argentin Guillermo Cides. Le stick chapman qui se présente comme un énorme manche de guitare, se compose d'un jeu de cordes divisé un deux parties : une partie mélodique et une partie basse. Ainsi, comme pour un piano, la main gauche joue généralement les basses pendant que la main droite joue les mélodies. On avait déjà pu apprécier la sonorité de cet instrument dans l'édition de l'an passé au sein du groupe Lazuli, où il y assurait en partie un rôle de basse.
Il est seul sur scène, et à lui seul c'est tout une orchestration qu'il met en place sur chaque morceau. Mais comme il s'en défend, il n'utilise pas une bande son (je ne sais pas si il faut y voir là une allusion à ce qui suivra dans la soirée), mais une technique d' enregistrements en temps réel qu'il fait répéter en boucle (cette technique est assez en vogue ces dernières années et notamment chez les musiciens français comme Vincent Segal de Bumcello ou David Walter ). Illustration avec le premier morceau : il tape les cordes de son stick créant un pattern de batterie première couche de la boucle; dans un tapping à deux mains il joue un arpège de la main droite et une ligne de basse de la main gauche, deuxième couche de la boucle; il ajoute des thèmes sur les couches suivantes avant de se lancer dans un chorus accompagné de ce flot de notes et de sons qui vit derrière lui maintenant de façon autonome. Guillermo Cides varie les sons et les styles musicaux : des nappes de Vangélis, au chorus jazz-rock en passant par les clavecins J.-S. Bach.
J' entends derrière moi des voix qui s' émerveillent devant le stick chapman le décrivant comme un instrument tout-en-un. Ce n'est sans considérer le tapis de pédales, les racks de multi-effets et l' incroyable dextérité de l' instrumentiste. Guillermo Cides fait courir ses dix doigts sur le manche de son stick, pendant que ses pieds déclenchent, stoppent l'enregistrement, actionnent une pédale d' expression, une distorsion. Véritable numéro d' équilibriste, il soigne le moindre détail comme des flas de batterie, des fins de morceaux au millimètre.
En plus de son talent, l' instrumentiste affiche un tempérament chaleureux qu'il exprime de préférence en espagnol avec des remerciements répétés à son invitation à « ce grand festival » et à son public « venu écouter la musique avec le coeur ».
Une reprise de King Crimson marque le sommet de la prestation, avec un groove presque funky, des sons de cuivres, et des barrissements de sticks. Sur le titre suivant il commence en gratter des accords comme sur une guitare, première strate de son accompagnement, et termine par un chorus doublé par un harmonizer. Et tel le docteur Frankeinstein, il abandonne sa création vivante sur scène, et s'en va par le devant de la scène, sous les yeux stupéfaits des organisateurs qui se lancent des regards pour savoir qui doit ou ne doit pas débrancher le « monstre ».
Ovationné , Guillermo Cides revient sur scène pour interprèter sa première composition : primitivo. Il explique que « primitif », c'est comme ça qu'il s'est senti lorsqu'il a découvert le stick chapman, un peu comme l'homme devant la découverte du feu. Le son de distorsion et le jeu à deux mains nous ramènent à lord of hocus ou endless four hoursemen de Satriani.
22h25 Les dernières notes du stick chapman s' éteignent dans une fin une fois de plus impeccable.
22h40 Oxygene8
Avec son gros riff métal de guitare, son chant presque parlé, son break déjanté à la wha-wha, et son jeu en taping à deux mains, le premier titre stand pourrait être sorti tout droit d'un album de Primus.
Amené par Linda Cushman au stick chapman, le groupe joue également en trio. A la batterie Kiko King, même stature et frappe, voire plus puissante, que le nouveau ex-batteur de Primus, Tim Alexander (qui soit dit en passant figure parmi les musiciens du dernier album d'Oxygene8). Et à la guitare Claudio Cordero, affichant un tee-shirt de Frank Zappa, idole du guitariste Larry Lalonde dont il est l'auteur d'une compilation. Bref, beaucoup de points communs avec Primus. Du Primus, et j'ai envie du dire, presqu'en mieux, puisque d'une part Oxygene8 se produit en France, contrairement au sus-nommé dont la dernière apparition remonte à plus de 10 ans pour le brown album, et d'autre part son guitariste nous scotche littéralement dès son premier solo de guitare.
Le premier riff plutôt dans la veine DMV du premier titre laisse place à un thème plus groove style Army of me, appuyé par une batterie puissante et sur lequel se posent quelques notes de guitare tenues. Après un refrain très aérien et un break de guitare qui rappelle les samples de Clawfinger suit un nouveau solo vertigineux. Sur le thème asymétrique de Cathedral, le batteur fait la démonstration de sa frappe puissante et subtile, un peu comme celle de Dennis Chamber (allez, plus puissante et moins subtile peut-être !). Jeu au toms sur le morceau suivant, pendant que Linda Cushman joue des arpèges et des violonings dans son jeu à deux mains.
Les musiciens se retirent et seul Claudio Cordero reste sous les feux des projecteurs. Assis en tailleur, médiator à la bouche, il exécute sunset tiré de son album solo, dans un jeu à deux mains à la Stanley Jordan. Changement de tempo et de tempérament pour le morceau suivant. Soutenu par une bande son (revoir un peu plus haut la remarque de Guillermo Cides), il se livre à une vraie démonstration de guitar hero, alliant vélocité et technicité, sur un premier morceau plutôt Steve Vaï et un second plus Joe Satriani. Kiko King le rejoint sur une reprise du vol du bourdon, sur lequel s'était illustré en son temps Nuno Bettencourt, effectuant des variations sur le même thème.
Linda Cushman revient à son tour accompagnée de Guillermo Cides pour un morceau groove voire disco sur le refrain, à l' issue duquel se déroule une présentation un peu confuse des musiciens, du fait que Claudio Cordero ne semble plus vouloir arrêter de chorusser.
Rappelé par le public, le maintenant quartet revient pour heart to weep. Kiko King s'est muni de deux percussions et s'est assis devant la scène, pour ce morceau plus calme où Linda Cushman a laissé son stick pour un chant moins parlé accompagné des arpèges de Guillermo Cides et des violonings de Claudio Cordero.
22h45 Guillermo Cides, invite ses comparses à quitter la scène et à traverser la salle du Jas'Rod pendant que la musique continue seule sur scène.
0h15 Kotebel
Pour clôturer cette huitième édition du festival, le ProgSud nous présente un groupe espagnol des plus singuliers. Après à peine quelques minutes d' écoute, on est frappés par l'originalité et la complexité des morceaux composés par le pianiste (en fait multi-instrumentiste) Carlos Plaza. On est quelque peu déroutés, mal-menés et la seule façon de rentrer dans l'univers de Kotebel c'est de s' abandonner à sa musique sans concession. D'ailleurs, pour la seule fois depuis le début de ce festival, je referme mon bloc-notes pour ne me consacrer qu'à l'écoute de la prestation.
La musique de Kotebel est à l'image du titre de son dernier album Omphalos dont sont issus les quatre premiers morceaux joués ce soir. Omphalos, pierre symbolisant le centre du monde, le point de rencontre de la diversité. Le classique, le jazz, le rock et le métal se rencontrent et se côtoient chez Kotebel, grâce à ses musiciens hors-norme. La chanteuse Carolina Prieto et le bassiste Jaime Pascual marquent les deux extrêmes des influences de Kotebel. D'un côté le chant lyrique et apaisant de Carolina Prieto, de l'autre la basse métallique et énergique de Jaime Pascual.
Pour lier le classique au métal,Carlos Plaza assis derrière un clavier au son souvent acoustique, avec des mélodies classiques et des chorus parfois plus jazz. Sa fille Adriana Plaza, également aux claviers, debout lui tournant le dos, joue des gimmicks rapides aux tonalités modernes, dans des mouvement très amples de la main. Carlos Franco alterne un jeu très subtil, très en l'air typique du jazz et un jeu plus appuyé, issu du rock. Enfin, César Garcia passe allègrement par tous ces styles, avec de magnifiques thèmes classiques à la guitare acoustique, des soli rock exécutés au bottleneck, des longs chorus aux limites de l' improvisation jazz, et des riffs saturés aux tendances métal.
Au début du set c'est la basse qui marque le plus, déjà du fait de son volume un peu élevé, qui cache parfois les chorus de guitare, et surtout par son abondance de notes qui l' emmène au-delà de son rôle de soutien rythmique. C'est une tendance que l'on retrouve dans des groupes de métal progressif comme Spiral Architect ou Gordian Knot, avec des bassistes qui ont poussé l' héritage de Jaco Pastorius vers le monde du métal.Emergent de Gordian Knot pourrait d'ailleurs s' approcher des interprétations de Kotebel par le jeu de son guitariste Steve Hackett et les compositions du bassiste Sean Malone.
Ensuite on se laisse happer dans le maelstrom de Kotebel, tantôt bercés par la voix de Carolina Prieto tantôt ballottés par de longs passages instrumentaux, vers des horizons inédits, à la fois hétéroclites et incroyablement harmonieux.
Au terme de 6 titres et d'un rappel qui n'aura pas eu besoin des sollications d'Alain Chiarazzo, le voyage prend fin. Mais la musique de Kotebel qui est quelque part aux antipodes du easy-listening demande à être écoutée, et ré-écoutée avec attention, riche trop riche pour qu'on puisse l' apprécier en une seule écoute.
01h50 Le public ne s'est pas complètement retiré, l'espoir de gagner une guitare Lag étant suspendu aux quelques minutes qui nous séparent du tirage de la tombola. Le grand vainqueur n'est pas là ce soir, mais quelques « un peu moins chanceux » repartent avec un tee-shirt, comme l'un des musiciens de Lazuli.
La huitième édition du ProgSud s' achève. Ce soir, pas de palme d'or pour un groupe (tout le monde a 10 comme chez Jacques Martin), mais pour les organisateurs du festival. Une fois de plus ils ont réussi à réunir des groupes incroyables, venus défendre une même cause, celle du rock progressif. Des groupes à propos desquels on se dit que l'on aurait pu passer à côté si ce festival n' existait pas. Et c'est évidemment avec impatience que l'on attend la neuvième édition du ProgSud. Réagir à cette critique