Accueil Chronique de concert Festival du Bout du Monde : Fanfare Ciocarlia + Moriarty + Staff Benda Bilili + Marcio Faraco + Gaetan Roussel + Jehro + Katzenjammer + Catherine Ringer
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Chronique de Concert

Festival du Bout du Monde : Fanfare Ciocarlia + Moriarty + Staff Benda Bilili + Marcio Faraco + Gaetan Roussel + Jehro + Katzenjammer + Catherine Ringer

Festival du Bout du Monde : Fanfare Ciocarlia + Moriarty + Staff Benda Bilili + Marcio Faraco + Gaetan Roussel + Jehro + Katzenjammer + Catherine Ringer en concert

Presqu'île de Crozon 5 août 2011

Critique écrite le par

Le Festival du Bout du Monde - Jour 1

A peine quitte-t-on la terre ferme (enfin, la terre intérieure), cap plein Ouest, longeant les méandres de l'Aulne, franchissant le superbe pont de Trézéné flambant neuf après avoir laissé sur notre droite le cimetière à bateaux, nous voilà nous engageant sur la presqu'ile de Crozon. Sur cette épaulement de terre qui relie Crozon-Morgat, et plus loin Camaret, à la terre ferme, des bras de mer, à gauche et à droite. On devine Brest au loin sur l'autre rive. Par beau temps on aperçoit les deux autres pointes du Finistère, Le Raz au Sud et Saint-Mathieu au nord. Devant nous, à l'Ouest, l'océan immense.
Le décors est planté. Nous voilà au bout du monde. Plus loin, ce sont les îles, Ouessant, Sein, Molène. Et après, la flotte.

Le festival du Bout du Monde est planté là, sur la presqu'île de CroZon, à deux pas de l'Ile Longue et de sa base de sous-marins nucléaires (on se sent en sécurité ... quoique les affiches de prévention dans le camping nous informant des consignes en cas d'accident nucléaire font froid dans le dos : rester à l'abri. Quand on est en toile de tente...).



Le site du festival, réparti sur 110 champs et propriétés privées est impressionnant par son ampleur, son luxe d'équipements et d'organisation. On ne le redira jamais assez au cours de ces trois jours, au BDM (festival du Bout du Monde), c'est la presqu'île dans la presqu'île, un festival à taille humaine. Aucun sentiment d'oppression ou de marée humaine malgré les 20 000 personnes affichées chaque journée (excepté sur le tout devant des scènes bien entendu), malgré sa vingtaine de parkings entourant le site et reliés par un même cordon piéton, malgré son site de camping libre rapidement plein. Certains pourront regretter cet aspect "propret". Il n'empêche que vous y croiserez des mères de famille et des personnes âgées, des jeunes bretons (éventuellement passablement éméchés et dénudés) et des touristes en shorts, chacun y trouvant semble-t-il son compte.



Le site même des concerts rassemble 3 scènes, la scène principale Landaoudec, une seconde sous chapiteau dit "cabaret" (il faudra qu'on m'explique la notion de "cabaret") et une troisième, la scène Kermarrec, bien plus confidentielle par la taille de l'espace pouvant accueillir le public, au détriment on le verra de certains artistes qui s'y produiront. Les artistes programmés sur ces deux dernières scènes se produisent cependant deux fois dans la journée, de manière à ce que le public ait le temps de butiner ici et là, ce qui est appréciable, compte tenu du nombre d'artistes proposés et du timing extrêmement serré, mais respecté assez rigoureusement : les sets sur les grandes scènes durent 1h15, puis changement de plateau de 45mn durant lesquelles deux autres artistes ou groupes se produisent sur les deux autres scènes.
Impossible donc de tout voir et de tout écouter de manière exhaustive (ce qui sera malheureusement mon cas), mais il est possible de se faire une bonne idée de toutes les scènes assez facilement pour qui aime naviguer (et marcher!).



Programmation (très) éclectique, à l'image des norvégiennes Katzenjammer et leur pop-folk festive. Les quatre demoiselles (très) court vêtues balancent une musique débridées, instruments fabrication maison, banjo ou piano son cabaret. C'est déjanté, marrant, ça ne se prend pas au sérieux. Les voix font un peu dans le style "cuisinier suédois", mais c'est entraînant et ça donne tout de suite le ton à l'entrée du festival, à la suite du son de la fanfare CioCarlia que j'entendrai malheureusement que de loin, le temps de remonter les parkings et de passer la sécurité.



Dans la foulée, montée sur scène des invités de marque du festival. Le groupe franco-américain Moriarty toujours aussi coloré, souriant et haut en sonorités. Début de set un peu coincé cependant, avec une RoseMary qui cherche visiblement ses marques. Le public aussi. Mais les premières notes des désormais standards Private Lily et Jimmy mettront le feu aux poudres et dérideront tout le monde, groupe et public. Idem pour le plus récent Isabella, (dédicacé à un certain Mister Bigoudène qui circule dans le public avec une coiffe traditionnelle miniature, et un reste de tenue moins... conventionnel). Invitée oblige, Rosemary nous fera le cadeau d'un changement de tenue en cours de set, avec une superbe robe rouge, alors que le soleil inonde la scène de sa lumière rasante. Set conventionnel dans l'ensemble mais très efficace pour une entrée en la matière.



Je délaisse à mon grand regret la fin de set de Moriarty pour faire un saut au chapiteau cabaret sous lequel s'installe l'autre américain Bernard Allison. Blues-rock débridé et entraînant, avec en prime un défilé d'attitudes et de faciès fantastiques de ce bluesman impressionnant et à la présence envoûtante. Un sax extrêmement présent l'accompagne entre autre. Au devant du public, visiblement plusieurs fans, réagissant aux moindres des morceaux.



Pas le temps de s'attarder et de déguster ce blues, le temps de déguster quelques tacos au stand mexicain et une nouvelle bière bio bretonne (comment ça, ça va pas ensemble ?) à l'un des innombrables points d'eau du site (oui, c'est très aride comme région), que le Staff Benda Bilili du Congo s'est déjà lancé sur la grande scène devant un très nombreux public. Leur musique étonnante de bonheur et de mixité de styles (soul, funk, reggae et plusieurs autres ingrédients) nous fait oublier le handicap de plusieurs de ses membres. Leur joie est communicative. Voir les membres danser sur leurs béquilles ou avec leur chaise donne envie de bouger. Une politesse et une communion avec le public réellement étonnantes, le groupe étant visiblement très heureux d'être présent (leitmotiv des groupes originaires d'Afrique, notons-le).



Une ambiance bien plus calme prend place sous le chapiteau avec le brésilien Marcio Faraco. Pas d'effusion ici ni d'énergie débordante, mais une musique bien plus intimiste, mêlant jazz et bossa nova, avec des guitaristes assez incroyables, au jeu tout en finesse et subtilité soulignant la belle voix chaude du chanteur. Le set sous chapiteau renforce le sentiment de concert intimiste et "d'ailleurs". Ca chaloupe pas mal dans le public, une vraie vague dansante. La chaleur est montée d'un cran aux sonorités brésiliennes.



Pendant ce temps une foule transgénérationelle s'agglutine au devant de la scène Landaoudec. Une Catherine Ringer visiblement très attendue se lance au milieu de l'ovation. Une claque donnée par Madame Ringer sera définitivement une claque reçue avec bonheur. Impressionnante de présence sur scène, avec cette éternelle souplesse (!), à l'image du second morceau, Punk 103, au jeu de scène énergique. Souplesse, également, mais cette fois en ce qui concerne le grand écart entre nouveau virage pris par la chanteuse et incontournables références aux Rita. Grand écart qui frustrera naturellement les uns ou les autres, à en entendre les échos ici ou là. Il faudra cependant un jour ou l'autre donner à Catherine Ringer la liberté de sa toute nouvelle direction artistique, au risque de la condamner à de l'éternelle et impossible redite. En ce qui me concerne, un très très bon concert, si ce n'est les transitions aux discours un peu plan-plan. J'adhère pleinement au titre d'un quotidien local : "Pas très Rita, mais 100% Ringer!".



Virage à 180 degrés avant la fin du set de Catherine Ringer pour atteindre la scène Kermarrec où Jehro a visiblement hâte de s'élancer, accompagné de ses musiciens et d'une choriste à la bonne humeur et au rythme communicatifs. Beaucoup d'envie et d'énergie, une belle voix claire, beaucoup de rythme pour cette pop alliant reggae et calypso, que l'incident de début de set où l'une des cordes de sa guitare casse n'entamera en rien. Un set très coloré et un public extrêment nombreux sur l'espace Kermarrec où il maquera visiblement de place pour acceuillir tout le monde : ça s'agglutine de partout, dans le fond, sur les bords, sur les talus, tout le monde se presse pour participer au concert de Jehro où visiblement, sa notoriété l'a devancé.




Fin de première journée, avec sur la grande scène, un Gaëtan Roussel pas à son meilleur. Même si ce qu'il propose n'est pas franchement mon style, son concert à Avignon m'avait donné l'impression de plus d'énergie, de dynamisme et surtout de variation dans le set. Ici, Gaëtan Roussel et son team semble jouer (abuser) des prolongations sur certains de ses morceaux les plus "electro-pop", avec des mises en boucles interminables, sur 3 accords et 4 paroles franglaises au phrasé habituel mais poussé ici à l'excès, et sur rythme de boite de nuit allant crescendo. Ca va cinq minutes, c'est sans doute efficace en fin de soirée, mais ça me laisse un sentiment de rengaine, de facilité et d'inachevé. Il fallait une tête d'affiche française énergique dans la programmation. Voilà c'est fait. Une très bonne fin de soirée sans doute pour les adeptes de Roussel (quoique), peut-être un peu moins pour les adeptes du Bout du Monde, qui attendront les deux autres fin de journées pour se rattraper avec des choses plus variées et originales ? Il est 2 heures, je remonte les 10 parkings à pied : je vais me coucher !


(d'autres photos prochainement)