Dernière soirée réussie à l’occasion du Festival Europavox à Clermont-Ferrand, avec une flopée de très bon groupes évoluant entre folk et rock : le doué Zak Laughed, le très inspiré collectif Kütu Folk (The Delano Ochestra + Pastry Case + St Augustine + Leopold Skin), Herman Dune en version trio pour un bon concert, le sidérant Loney Dear, le .../...
Dernière soirée réussie à l’occasion du Festival Europavox à Clermont-Ferrand, avec une flopée de très bon groupes évoluant entre folk et rock : le doué
Zak Laughed, le très inspiré collectif Kütu Folk (
The Delano Ochestra + Pastry Case + St Augustine + Leopold Skin),
Herman Dune en version trio pour un bon concert, le sidérant
Loney Dear, le surprenant
Declan De Barra, les très rock et débraillés
Mujeres, le cabaret folk de
Lonely Drifter Karen et le rock de stade pompier de
Southpaw, seule véritable déception de la soirée.
Zak Laughed : d’une irrésistible fraîcheur…
Alors qu’à la Coopé, c’est soirée électro jusqu’au bout de la nuit (avec
Vitalic en tête d’affiche), les deux Magic Mirrors offrent quant à eux une très jolie programmation fortement teintée "folk", à quelques exception près…
Zak Laughed et son groupe (basse, batterie, guitare électrique) lancent la journée à 18h30, avec un show case gratuit de fort bon aloi au Cabaret.
En une demi heure chrono, Zak démontre que son statut d’artiste signé sur une maison de disques (Troisième Bureau, le label d’
Orelsan) n’est absolument pas usurpé ; même s’il n’a que 14 ans, il écrit de superbes chansons qui accrochent l’oreille et restent en tête, des chansons à rendre jaloux bien des songwriters ayant dépassé le stade de l’adolescence. En s’inspirant du
Velvet Underground, de
Jonathan Richman, d’
Eels, de
Dylan, de
Neil Young et des
Beatles,
Zak Laughed écrit en effet des titres originaux avec mélodies captivantes, charmantes parties vocales juvéniles et instrumentations bien choisies… Le gamin doué a il est vrai - en plus de ses dons pour trousser des folk pop songs catchy - de nombreux atouts à mettre à son crédit : il travaille d’arrache pied à l’écriture de ses compositions et à la présentation scénique de celles-ci. Sa voix est désormais assurée (mais elle va bientôt muer), son jeu de guitare tient la route et son groupe rock -
The Hobos Company - est une très bonne idée.
Boosté par le batteur des
Elderberries, un bassiste impeccable (son propre frère) et un guitariste sachant apporter un petit plus par ses interventions, Zak arrive à faire rocker ses compositions… La caricature de "l’enfant du folk" au ukulélé est joliment écornée par l’interprétation d’une belle série de titres énergiques, sautillants et velvetien en diable (
Apologies song… ). Dans ces conditions, on ne peut que taper du pied, sourire franchement, apprécier les références et saluer l’irrésistible fraîcheur de l’écriture. On pense même aux excellents français américanophiles de
Coming Soon en découvrant le tube de l’album (
The Last Memories of My Old House, à paraître le 24 août 2009), le charmant
Each Day. Comme les titres joués en solo et la reprise (très) improvisée de
My Beloved Monster d’
Eels avec le chanteur de
The Glums font également bonne impression, on ressort ravi de ce mini concert…
Collectif Kütu Folk (The Delano Ochestra + Pastry Case + St Augustine + Leopold Skin) : tout simplement magique.
Toujours au même endroit et toujours gratuit, le concert suivant atteint véritablement des sommets d’inspiration et de communion ; car les quatre "leaders" des groupes du collectif
Kütu Folk, Alex de
The Delano Orchestra, Bertrand de
Pastry Case, Damien de
Leopold Skin et François-Régis de
ST Augustine forment désormais un vrai groupe proposant des sets sidérants de classe et de versatilité. Les univers des quatre artistes interagissent avec bonheur, se télescopent magistralement et fusionnent miraculeusement au final, entraînant la création de morceaux tout simplement magiques.
Si chacun chante ses propres chansons, tout le monde met la main à la patte pour les chœurs (divins) et les orchestrations (carrément bouleversantes). Vraiment impressionnante, la cohésion et la ferveur qui se dégagent de cette mini troupe formée pour une tournée promotionnelle organisée pour les sorties conjointes des quatre albums du label (
Changing plans,
Will Anyone Else Leave Me ?,
Leopold Skin & The Blue House Dandelions,
Wheelchair And Jogging Suit)! On reste souvent coi devant le torrent d’émotions provoqués par les morceaux… Avec un synthé/sampler antique, une batterie improbable, des guitares électriques, un banjo et des micros, ce combo aussi discret qu’inspiré et habité maintient l’attention pendant la totalité de son set, entre folk rustique, pop aérienne, hip hop barré et post rock menaçant. Tant et si bien qu’on se demande à la fin du spectacle si le Kütu Folk Crew ne devrait pas continuer un temps sous cette forme ; présenter les disques du label à la France entière (voire en Europe) de cette façon collective et inspirée serait sans doute un excellent moyen de se faire mieux connaître. Une véritable claque aux petits mauvais concerts cette prestation scénique saisissante du Collectif Kütu Folk !
Mujeres : la branleur attitude Lo Fi qui va bien.
Ah, la belle surprise que ce groupe en provenance de Barcelone, Espagne ! Visiblement inspirés par la pop et le rock garage des fifties et des sixties (comme les
Black Lips auxquels ils font très fortement penser !) les quatre
Mujeres se font fort de jouer des pop songs à la
Beatles/Kinks avec l’énergie du psyché punk garage et la branleur attitude Lo Fi qui va bien. Affreux, sales et (peut-être) méchants, leur rock sent la sueur, la bière chaude et la frustration sexuelle... mais c’est ça qui est bon nom de Dieu ! Quand cela vient conjointement avec un chant gueulé comme un petit sagouin, des guitares désaccordées et des rythmes magistralement basiques, on ne peut que déclarer ouvertement un franc et massif
"Yeah !" Tout en remarquant avec joie que la musique rafraîchissante de ces
Mujeres est idéale pour boire des litres de bière et danser comme un zombie, ce qui est bien appréciable, vous en conviendrez aisément ! Encore au tout début de leur carrière (ils n’ont semble-t-il qu’une démo à leur actif), ce groupe Made in Spain lorgnant fortement vers les USA niveau influences est à suivre absolument. Car, sous des dehors glandeurs et voyous, ces quatre mauvais garçons-là savent écrire des morceaux qui captent l’attention, donnent le grand frisson et proposent des mélodies accrocheuses. C’est pas mal, non ?
Lonely Drifter Karen : folk pop très bohème et joliment désuète.
Un peu plus tard dans le grand Magic Mirrors (décidément quel superbe endroit pour donner des concerts !), le groupe
Lonely Drifter Karen fait plutôt bonne impression avec son cabaret folk à la fois baroque, très varié et animé par une belle énergie… Formé à Barcelone par
Tanja Frinta, une autrichienne un temps exilée à Gotheborg (Suède), avec le pianiste espagnol
Marc Melià Sobrevias et le batteur italien
Giorgio Menossi,
Lonely Drifter Karen est pile poil dans le concept du festival Europavox !
Le résultat de ce choc des cultures (la chaleur du Sud versus la froideur du Nord ou inversement, les être humains ne correspondant fort heureusement pas toujours aux clichés véhiculés sur leurs origines) est une sorte de folk pop très bohème et joliment désuète. Tout cela est très agréable pour passer un moment de détente en début de soirée, mais l'on pourrait reprocher à l’ensemble de manquer un peu de caractère et d’aspérités. Une critique valable sur certains morceaux un trop lisses et consensuels mais pas sur d’autres titres, plus marquants quant à eux…
Southpaw : déconseillé !
La mauvaise surprise de la soirée, ce sont les Tchèques de
Southpaw qui se lancent dans des titres pop/rock ampoulés, emphatiques et racoleurs. Ils jouent dans un petit Magic Mirrors à moitié rempli (ou vide c’est selon) et ils en font des tonnes comme s’ils jouaient au stade de Wembley. Sorte de
Coldplay du pauvre (Coldplay étant déjà du sous sous
Radiohead, rappelons le),
Southpaw est de nature à désespérer n’importe quel fan de rock un tant soit peu authentique et classe. A déconseiller à tout le monde sauf aux fans de
Glasvegas et aux supporters de foot torse nu, bourrés et écoutant toute la journée Virgin Radio ou Le Mouv (Beurk !)
Declan De Barra : une sorte de country folk pop celtique qui retourne l’auditeur et le hante pour longtemps...
Sacré personnage que ce songwriter Irlandais au physique d'ex rugbyman pilier de comptoir sachant écrire des morceaux magnifiques et les chanter avec une voix à tomber à la renverse ! Aussi à l’aise dans les aigus que dans les graves,
Declan De Barra fait ce qu’il veut de ses cordes vocales ; il peut tout aussi bien évoquer un
Jeff Buckley marchant sur les eaux troubles du Mississippi qu’un
David Eugene Edwards nageant dans le Bayou ou un
Bono profil bas et à marée basse.
Cette virtuosité vocale surprend au début, effraie un peu l’amoureux de sobriété, puis finit par emporter l’adhésion grâce à la puissance évocatrice qui s’en dégage immanquablement. Accompagné par un guitariste et une violoncelliste,
Declan de Barra maintient la tension tout au long de son set à la fois planant, virulent, agité de soubresauts et onirique. Entre les morceaux, le vieux routard baroudeur enchaîne les blagues potaches, les anecdotes gratinées et les commentaires osés mais cela ne gâche jamais le morceau suivant, où notre solide (mais sensible) gaillard impressionne à chaque fois.
Au bout de quelques minutes, on a très clairement une image mentale qui vient à l’esprit :
Declan de Barra propose une rencontre improbable et marquante entre
Jeffrey Lee Pierce (Gun Club),
Sixteen Horsepower,
Jeff Buckley,
Antony and the Johsnons et
U2. Une sorte de country folk pop celtique qui retourne l’auditeur et le hante pour longtemps.
Herman Dune : laisse entrer le soleil dans la tête…
Pas de surprise pour le concert d’
Herman Dune mais un très bon moment avec un groupe proposant un set parfois un peu trop carré… La formule trio va bien à David Ivar Herman Dune (guitare, chant) et à ses acolytes Neman (batterie, choeurs) et Ben (basse), le son rock et chaud qu’elle permet d’apprécier va bien au teint des chansons du nouvel album,
Next Year In Zion.
Les riffs de guitare électrique à la
Keith Richards (des…
Rolling Stones) constituent la structure de nombre de morceaux, puis la rythmique groove joliment et Yaya (l’autre nom du chanteur d’Herman Dune) peux susurrer façon
Leonard Cohen ses morceaux bien écrits. Tout cela donne le sourire, laisse entrer le soleil dans la tête, donne envie de faire onduler son corps et rappelle des histoires d’amour passées…
C’est plutôt frais même si l’on sent le trio un peu en pilotage automatique typique de la fin de tournée. On remarque également une trop grande similarité des riffs de guitare qui rend un peu nostalgique des concerts où André apportait un peu de diversité à l’inspiration d’Herman Dune. Il serait toutefois malvenu de bouder son plaisir devant ce concert réussi, même si trop court et pas assez varié. Il faudra suivre le parcours des Franco Suédois pour les voir en début de tour du monde la prochaine fois…
Loney Dear : la fin idéale…
La soirée prend fin - après un set impeccable d’
Araban en dehors du Magic Mirrors - par le superbe concert des Suédois de
Loney Dear. Alternant entre rock "psyché groovy" et folk pop délicate, le songwriter poupon et naturel survole les débats avec sa voix épatante de virtuosité, tout en restant sobre et évocatrice. Les chansons sont arrangées classieusement, permettant au public d’entrer de plain pied dans un univers à la fois onirique et poétique.
Malgré l’heure tardive et l’accumulation des concerts depuis trois jours,
Loney Dear arrive à maintenir l’attention et à emporter avec ses très jolies compositions. Notre préférence va vers celles qui sont les plus simples et les plus dépouillées, même si les titres les plus rock tiennent également parfaitement la route. Dans les instants les plus calmes, la voix cristalline prend une ampleur phénoménale, bouleversant l’auditeur, qui ne s’attendait pas forcément à prendre de plein fouet une telle puissance émotionnelle. Après un rappel touchant,
Loney Dear tire sa révérence non sans savoir très simplement et sincèrement remercié le public, attentif et enthousiaste. Comme le dit si bien le songwritrer suédois, répondant à ceux qui lui réclament un titre en plus :
"Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais pour moi c’est la fin idéale…". Belle lucidité (parfois il faut savoir dire stop) et joli résumé de cette fin de festival Europavox, qui laissera un excellent souvenir pour son édition 2009.
A lire également sur le Festival Europavox 2009, les comptes rendus des concerts de
Get Well Soon + Soap&Skin + Bloc Party + Soy Un Caballo + The Barbed Wire Brothers et
Ebony Bones + Powersolo + I'm From Barcelona + Triggerfinger + Charlie Winston + ZZZ + Araban
Sites Internet :
www.europavox.com,
www.myspace.com/lonelydrifterkaren,
www.myspace.com/mujeresdebarcelona,
www.myspace.com/loneydear,
www.myspace.com/zaklaughed,
www.myspace.com/kutufolkrecords,
www.myspace.com/declandebarra,
www.myspace.com/lonelydrifterkaren,
www.myspace.com/southpawtheband,
www.lacoope.com.
Photos des concerts :
Rémi Boissau
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