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Chronique de Concert

Tricky

Transbordeur de Lyon 29 novembre 2001

Critique écrite le par

Tricky en concert au Transbordeur de Lyon. Voilà l'occasion de juger, de jauger, de la forme de l'ex Tricky-kid de Massive Attack. Au commencement, il y eu Maxinquaye, éblouissant mariage, ou greffe, entre la mélancolie hip hop et la hargne d'un combattant de la facilité ambiante ouvert à toutes les influences. Puis une série d'albums tour à tour flamboyants, arrogants et décevants. De déceptions en renaissances Tricky n'en finit plus de surprendre avec, cette année, avec un nouvel album assurément plus "vivant", revigorant et facile d'accès. Simplement plus rien à dire ou tout à espérer ?

Tricky ou la belle vie.

Arrivée 21h00. Juste eu le temps de me réécouter l'ensemble des productions du bonhomme. Tout d'abord, les premières apparitions en tant qu'électron libre, voir plutôt comme matraque de déséquilibre, chez Massive Attack. L'album solo fondateur Maxinquaye (1995), puis le jeu de piste avec la tentative de disparition (ratée), Nearly God (1996). Enfin les hauts et les bas d'une discographie déjà pléthorique, dans l'ordre : Pre-Millenium Tension (1996), Angels with dirty faces (1998), Juxtapose (1999), le maxi Mission Accomplished (2000), et enfin, le dernier opus précédant cette tournée : Blowback, délivré en cette année 2001. Bref, un passage au nouveau millénaire bien encadré, environs un album par année, par le défricheur public numéro un.
Voilà un homme étrange tout de même. Des premiers albums avant tout personnels, intimes et profonds, comme des confessions, puis ce nouvel opus, ouvert et offert, aux antipodes de ces précédentes productions. En dehors des collaborations habituelles (cette fois-ci Alanis Morissette, Cindy Lauper et les Red Hot Chili Peppers) quelques intrusions de moribonds : Kurt Kobain par exemple, pour lequel notre homme n'a jamais caché son admiration. Tricky a surtout été jusqu'à aujourd'hui, un maître du son, un parfait agent de maîtrise d'ambiances poisseuses et inquiétantes. Mais un banal (qui a dit piètre ?) compositeur de chansons. Et la reprise de "Something in the way" de Nirvana illustre parfaitement cette situation : Tricky a muté, est en cours d'évolution (A ce titre, le morceau "Evolution revolution love" sonne comme un appel à témoin...), mais celui-ci aspire surtout à l'émancipation de ces chansons. À la création d'authentiques standards de la musique contemporaine.
Alors, ange ou démon ? Expérimentations saccagées ou chansons travaillées ?
Au jour d'aujourd'hui, tout simplement l'envie de faire de belles mélodies écoutables par le plus grand nombre. Bien entendu, ces nouvelles compositions restent des objets difficiles d'accès mis en rapport avec le commun des "chansons pour mortels" si habituelles, mais on est tout de même bien loin des compositions sombres et dévastatrices de Pre-Millenium tension ou Maxinquaye. De 1995 à 2001, six année de vies qui ont évolué sont passées (la mienne et celle de Tricky...). On a tous les deux vieillis, pour en arriver à cette conclusion : Il faut bien à un moment ou à un autre faire le premier pas vers "les autres" (quelle horrible constatation). On en est donc arrivé là, c'est-à-dire à cette rencontre entre lui et moi, certes au milieu de quelques milliers d'autres, bien sûr, dans une salle de concert, et puis oui, contre la modique somme de 140 francs, mais tout de même, un rendez-vous a été fixé.
Là je suis bien installé, j'attends, comme tous les autres fans fidèles, en sirotant mon demi habituel. Certains joignent leurs mains et applaudissent, chiens d'infidèles ! Moi je reste poli, je fume mon joint, je me tais et observe la fumée s'échappant de mon nez. Une clameur, ça y'est c'est l'heure, du rendez-vous programmé.
Cinq ans que j'attendais ce moment. Et le voilà, lui, maintenant, qui arrive sur scène avec ces musiciens. Comme la bande des Cinq mais six en tout. On ne distingue rien, si ce n'est des ombres envahissant la scène. Un râle d'outre-tombe transperce la salle, une présence chaleureuse et inquiétante s'empare de notre esprit. Un serpent (féminin) se faufile dans mon corps, je me laisse faire. L'effet est immédiat. D'emblée un morceau inédit, puis "Overcome". Les titres s'enchaînent sans temps mort, "Makes me wanna die", "Blackstell" jumelé avec "Evolution revolution love", "You don't wanna".... Un esprit envoûtant plane au-dessus de la salle, tous mes sens sont en éveil, torturés, malmenés, mon corps dérive. Une expérience sensorielle unique. Tous les sons de l'histoire de la musique "rock" sont compressés, digérés et recrachés. De la fièvre désorganisée des années 70, en passant par les phrasés rap, rock et reggae, jusqu'à la rage et l'éternelle féminité du rock, la synth-pop et Iggy Pop, tout est là. Les fantômes des Pink Floyd, de Suicide, de CAN, des Pixies et de Nirvana défilent devant ses glaces sans teint qui me servent d'yeux. "Thank you very very very much". J'ai vu le cosmos. Tricky and beyond the infinite. Une expérience proche du trip mystique de Dave Bowman. Lumière. Réveil. Sueur. Réalité.
Tricky est un homme sûr de sa force et ayant foi en lui, sa musique se nourrissant de ces tumultes intérieurs, bons ou mauvais. Ceux qui ont pu lire ces interviews ici ou la ont pu s'en rendre compte : Cet homme fait de la musique comme un fauve est lâché, avec les gardiens du zoo et les ours derrières lui. La camisole de force à moitié défoncée. Tricky est toujours vivant, mais pas un bon vivant. Comme le laissaient poindre les premières impressions à l'écoute de son dernier album Blowback, celui-ci a opté pour de nouveaux chemins musicaux. Moins cérébraux, peut-être plus "commerciaux" mais sans pour autant se laisser aller à la facilité. Mais en tout cas, des pistes déjà foulées, puis refoulées, par les avant-coureurs, ces "scouts toujours" que sont Massive Attack, Radiohead, et autres Portishead. Mais notre homme est encore mal à l'aise dans son cheval de Troyes mal taillé pour lui. À trop avoir envie de se délester de l'image de défricheur public, de trublion, ou "d'homme dévergondé de toute obligation" du milieu du trip hop, celui-ci a fini par se raccrocher et se rapprocher, contre toute attente, des lignes toutes tracées de l'establishment Rock. Pour mieux nous entourlouper ? Peut-être bien... Entre le concert et la prestation sonore du soir, il y a un écart. On sent bien que notre homme hésite encore. Comme un appelé aux cieux hésitant, contre toute attente, à choisir entre l'enfer de Lucifer ou le paradis artificiel, si pépère, des compromis. Car notre homme a le choix : De laisser sa vie, le plaisir de choisir, au destin, ou d'opter lui-même du monde musical à investir. Et ayant déjà trivialement défriché avec ses premiers albums les entrailles diaboliques de Satan, on peut penser que cet esprit libre (comprendre par là : Délesté de la sacro-sainte obligation de faire ces preuves auprès de la "critique") optera pour le monde de la "reconnaissance médiatique éternelle". Tricky déclarait ceci, dans ce même journal, en 1996 pour la promotion de Pre-millenium tension "J'ai toujours été un type mobile, incapable de rester en place, constamment sur la route, le mouvement fait partie de ma vie. J'ai horreur de l'ennui, je le fuis comme la peste". Alors, quant les soirées dans l'antre du diable deviennent trop ennuyeuses, on frappe à la porte du paradis de la "chanson populaire", ornée du petit écriteau "au bon accueil" au-dessus. Car c'est un fait, entre ses concerts à fleur de peaux, intransigeants et cérébraux, en tout point magistraux, et un dernier album plus consensuel faisant la part belle à la nouvelle peau musicale du bonhomme, moins rugueuse et plus polie, il y a, comme on le disait plus haut, une frontière : "Si on décide que les frontières n'existent plus, tout devient possible" déclarait-il, toujours en 1996. Plutôt que de stagner dans un certain état musical, de se voir affubler d'étiquettes qui, de toute façon, ne le définiront jamais convenablement, il n'est pas impossible (voir plus que probable) que Tricky ait décidé que les aller et retours permanents entre des œuvres intimes et profondes et des entreprises plus consensuelles et divertissantes, s'amuser des conventions et des étiquettes, ou plus simplement, se foutre complètement de ce que l'on pense de lui, soit la meilleure des solutions.
Tricky est donc un être mouvant et mutant, c'est-à-dire aux multiples identités et parentés musicales, enfanté autant par les mal-aimés et oubliés du mur sale de la maison rock, que par les préférées et respectées idoles ou visages incontournables de l'histoire de la musique rock. Pour l'instant donc, difficile voire impossible de coller une étiquette nette sur ce caméléon qui se plaît à apparaître là où on ne l'attend pas. Un véritable jeu de piste (Fort Boyard est dépassé) plutôt qu'une crise d'identité. Au jour d'aujourd'hui, le plus passionnant parcours de tous les personnages publics de la musique contemporaine. Un homme à la croisée des chemins scientifico-musicale, l'expérimentation brute de décoffrage et l'étalage publique de musiques soniques. Tout ça , c'est Tricky.
La suite......? Réponse au prochain album, qui, même s'il sonnera de toute façon comme du Tricky pur jus plein esprit, délivrera au moins un verdict : Tricky ou la belle vie.

 Critique écrite le 21 janvier 2002 par LaurentM


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