Après avoir trainé son image de chanteur torturé prétentieux pendant pas mal d’années, Benjamin Biolay semble enfin avoir être en odeur de sainteté auprès des médias : un dernier album – à juste titre- unanimement salué par "la critique", deux victoires de la musique en poche, des concerts aux commentaires plus qu’élogieux… celui qui attendait ironiquement "que le monde entier l’acclame" semble quand même servi !.
La salle était donc archi comble hier à l’Espace Julien pour la venue du monsieur.
En première partie, un pari osé : Simeo , jeune chanteur au look roots, visiblement pas encore bien remis du fait d’ouvrir pour "Benjamin, un immense artiste". Mais le garçon réussit pendant une petite demi-heure à capté notre attention, avec des morceaux de guitare acoustiques à tendance reggae ou plus mélancolique.
Il joue avec ses machines, ajoute des lignes de basse, de piano, des rythmiques, le tout créant une ambiance. Ca marche bien aussi car il sollicite beaucoup le public et échange avec lui. La fraicheur et la candeur de ses chansons tranchent avec la noirceur à venir de Biolay , mais le contraste n’est pas pour autant désagréable.
Un changement de plateau un tantinet long, qui laisse le temps de sentir que quelque chose va se passer… Beaucoup d’instruments sur scène : guitares, basse, batterie, un piano au fond, synthé, consoles, violoncelle, harpe, un ordinateur… ca promet.
Le groupe arrive sur scène vers 21 h 40 avec une bande son évoquant ce qu’il faut avoir vécu "pour écrire un vers". Quelques cris s’élèvent et le chanteur apparait, élégant, en costume noir avant d’entamer par la sombre "Tout ca me tourmente" . Biolay semble un peu nerveux mais il a une gueule, du charisme et de la présence. Il n’en fait pas des tonnes et ca suffit.
Dès le début, la musique prend aux tripes, on s’y attendait mais c’est beau. Biolay a pas mal de morceaux pop rocks, il bouge beaucoup sur scène et nous offre par exemple "Si tu suis mon regard" , l’excellente "Lyon presqu’ile" ou encore la géniale "Merco benz" (durant laquelle il joue de la trompette un très court instant et qui se terminera en "sarko benz…." ).
Le concert fait bien sûr place à des moments plus calmes où le chanteur entre en cohérence avec cette image de dandy classe. La belle "Night shop" me saisit à la volée, Biolay raconte, sobrement, triste mais harmonieux, envoûtant ….On voit beaucoup de choses passer dans son regard... Celui qu’on dit dédaigneux ne cesse de remercier l’assistance et semble vraiment touché par les acclamations. Quelques clins d’oeils aux groupies en transes à gauche malgré tout… Au milieu du concert, il s’installe seul au piano pour quelques morceaux, parmi lesquels "Ton héritage" , que le chanteur explique avoir écrite pour sa fille.
Le concert m’apparait peut-être alors un brin trop lisse ou carré – trop semblable au CD en fait-. Qu’à cela ne tienne, lorsque débutent les violons de la si bien nommée "La superbe" , je suis transportée. Un pur instant de beauté, intense et vibrant, sublimé entre suspension et montées en puissance… magnifiques les quelques notes de saxo à la fin aussi… "Quelle aventure"
Suivent quelques morceaux agréables mais que je ne considère pas comme les meilleurs : "L’espoir fait vivre" , Assez parlé de moi" , "Quinze septembre" .
Mais Biolay nous prend par surprise pour "A l’origine", qui débute lentement et qu’il termine en hurlant littéralement pendant 3 bonnes minutes, il se libère et sort de lui mais ca nous fait un bien fou et ca reste musical... Une bonne claque.
Pour le rappel, trois autres pépites : "Négatif" , dérivant à la fin sur une chouette petite reprise de "Clint eastwood" de Gorillaz, encore un peu d’impro qui passe bien. Puis la belle "Padam" , donnant l’occasion de jouer avec le public qui l’acclame dans les refrains ("j’attendais en vain que le monde entier m’acclame, qu’il me déclare sa flamme, dans une orgie haut de gamme"….)
Enfin, il était impossible de l’oublier : le concert finit sur la très bien écrite "Brandt rhapsodie" , en duo avec la violoncelliste dont on découvre alors véritablement le visage. Tout est dit, la force des mots opère simplement.
Malgré certaines chansons qui ne me paraissaient pas toujours essentielles, Biolay m’a totalement conquise, ainsi que toute la salle, et a aussi réussi à me surprendre. Noir, sombre et grave, mais aussi beau, sincère, harmonieux… Mention spéciale au virtuose guitariste-pianiste-machiniste-saxophoniste et aussi espèce de chaman (Pirlouiiit aide moi, comment s’appelait son instrument ?) multi instrumentiste !
Pour finir la soirée tranquillement, les 3 musiciens du Trio Tentik (batterie, tuba, saxo) proposait un petit set au café de l’Espace Julien. Un moment très sympa, bluffée par leur talent (notamment une magnifique reprise de « Just the two of us » ,) les formations les plus « simples » envoient aussi souvent de grandes choses !
Plus de photos par Pirlouiiiit qui lui non plus n'a jamais su le nom de cet instrument à ondes en cliquant ici
Bonus vidéo :
et une petite de Siméo : ici
et une petite de Trio Tentik : là
Pour info le fameux instrument se prénomme "MOOG".
Pour Biolay que j'ai vu le lendemain au Pasino je dois avouer qu'il s'agit là d'une agréable surprise. Aprés un album unanimement salué par la critique sauf la mienne j'avais peur de m'endormir sous les paroles d'un nombre écorché vif sans intérêt. Finalement ce fut un bon concert avec de trés bons moments comme la reprise de Gorilaz.
http://www.concertandco.com/critique/concert-benjamin-biolay-simeo-trio-tentik/espace-julien-marseille/33197.htmArrivé avec un a priori extrêmement négatif, je suis reparti réconcilié. Passé le choc d'avoir l'impression de voir Benicio Del Toro déguisé en Nick Cave je suis rentré doucement dans son monde ... je n'avais pas réussi à écouter jusqu'au bout son double album précédent et cette fois tous les morceaux au presque, finalement assez variés m'ont plu ou touché ou même amusé. Des musiques qui m'ont parfois fait penser contre toute attente à Téléphone, U2, Police (il faut reconnaitre qu'il y a quand même un côté très 80s), un façon de chanter qui le rapproche de gens comme Chinaski (qui aurait fait une très bonne partie - même si Siméo dans un style radicalement différent m'a plu aussi), Bashung and co, aller peut être Gainsbourg même si ne l'ayant jamais vu en concert ... et de façon plus .../... >> La suite
ok merci bobby pour l'info ! la chanson que pirlouiit a filmée, "bien avant" était vraiment superbe aussi, extraite de l'avant dernier album. blasée et hyper noire mais il réussit à en faire un bijou, un truc très beau.
Euuh, je l'avais préciés dans une autre chronique du même concert, sans vouloir enfoncer Boby bien sûr, que l'instrument est un THEREMIN. Quant à "Moog" c'est la marque, mythique, des inventeurs du synthétiseur. Pour mémoire, c'est un instrument assez courant chez les artistes qui veulent dépasser l'habillage classique piano-guitare-batterie, par contre les formes en sont très variables... parfois c'est une simple antenne, parfois c'est très compliqué. Bref c'était donc un Theremin de marque Moog, voilà. Boby est encore trop jeune pour connnaître ce genre de choses... ;-)
En savoir encore plus sur le Theremin (et un peu sur les chats) :
http://www.youtube.com/watch?v=0ONJfp95yoE
Je ne suis pas trop jeune. Juste mal renseigné. Une fois j'avais joué avec je ne sais plus qui et il avait cet instrument. Je lui ai donc demandé et il m a répondu ceci est un moog. On ne peut plus se fier à personne de nos jours !