Critique de concert Katerine + Villagers + Cascadeur + Kele + Monarchy + Twin Twin (Festival des Inrocks 2010)


Soirée contrastée au festival des Inrocks 2010 dans la salle de la Cigale à Paris le dimanche 7 novembre avec au programme Cascadeur, Villagers, Monarchy, Twin Twin, Kele et Katerine, une affiche sauvée in extremis du ratage par l'incroyable show de " l'invité spécial " de dernière minute, Philippe Katerine...

Le trublion français – un peu trop omniprésent dans les médias mais auteur d'un excellent album – , a sans aucun doute permis à cette affiche, qui n'avait pas déchainé les passions avant sa programmation en forme de cerise sur le gâteau, d'attirer un public plus nombreux. Et à celui-ci de repartir comblé. Après un show débridé de l'ex basketteur le plus doué de sa génération pour écrire des chansons décalées et drôles. Compte rendu :

Cascadeur
Déjà vu en concert en compagnie d'Arnaud Fleurent Didier et Mustang à la Coopérative de Mai il y a quelques temps, Cascadeur nous a fait un peu le même effet que la première fois : c'est plutôt classe pour un artiste français de s'inspirer de Jeff Buckley et Patrick Watson (il aurait pu choisir Johnny, Sardou ou Pagny... ), il faut pour cela posséder une voix capables d'acrobaties impressionnantes, mais le projet est encore très jeune et sans doute trop tourné vers les radios commerciales pour nous. De surcroit, les morceaux - des ballades aériennes jouées au piano en solo - sont tous assez similaires, les bidouillages pour les habiller sont, quant à eux, un peu faciles, et le décorum avec casque de cascadeur ou masque de catch est un peu toc : pas très drôle, déjà vu et un peu cache misère, l'homme semblant très timide quand il s'adresse au public. On retiendra donc quelques belles compositions oniriques, mais on oubliera très vite les atours consensuels du son, les dérapages démonstratifs à la Muse (quelle plaie universelle ce groupe !) et les remerciements sans fin au terme du set : merci papa, merci maman, merci à la maison de disques, merci à la manageuse, merci aux Inrocks, merci à JD Beauvallet... et bla bla bla bla...

Villagers
Très belle surprise juste après avec le set imparable du groupe irlandais Villagers, emmené par un chanteur/guitariste/songwriter de très grande classe, Conor J. O’Brien. Ce jeune homme arborant une fort seyante coupe au bol et un physique de gringalet lunaire écrit et interprète des morceaux immédiatement séduisants, qui le font entrer immédiatement dans la cour des grands, celle de Neil Young, Sufjan Stevens, The Divine Comedy et consorts. Mélodies très classe, voix prenante, arrangements pop rock musclés ou folk hyper sobre : Villagers possède tout l'attirail pour entrer dans le panthéon personnel de chaque membre du public, très rapidement bluffé par la prestation du groupe et de son leader. Si la musique de Conor J. O’Brien s'inscrit dans la grande tradition de la pop sans la bouleverser, la qualité des instrumentations (parfois légèrement bruitistes) donne une rafraichissante originalité à l'ensemble. Visiblement, nous ne sommes pas le seuls à avoir remarqué cela puisque la grande Charlotte Gainsbourg, croisée dans le hall de La Cigale (ouch !), a choisi de travailler avec cette future star pour son prochain album. La chanson écrite pour la fille de Serge, interprétée en solo ce soir, est un petit bijou, on ne vous dit que ça ! Et on ajoute que le dernier morceau joué par Villagers lors de ce concert, superbement alambiqué et complexe, tout en étant accrocheur et puissant, est également à mettre dans la catégorie " petit chef d'œuvre " !

Monarchy
Et patatra, la soirée commence à partir gravement en vrille avec les vraiment dramatiques Monarchy, un groupe auquel il faudrait rapidement couper la tête sur une place publique sous peine de devoir le subir encore un petit bout de temps... Les gars nous refont le coup du groupe masqué (hou la la, mystère !!!), qui commence à être sérieusement éculé, mais le principal problème c'est leur musique flirtant avec le pire de Hot Chip (un groupe capable d'écrire de bons morceaux, lui) et le meilleur de Début de Soirée, Cock Robin, Emile et Images ou Orchestral Manoeuvres in The Dark. C'est de la musique de garçons coiffeurs servie en direct par un groupe sans charisme aucun prenant la pose à chaque occasion et faisant souvent semblant de jouer (guitare, synthés etc). Voix FM hyper travaillées, synthés dégoulinants, rythmes déroulés au kilomètre, c'est un véritable régal ! On a le droit d'aimer la dance des années 80, c'est tout à fait légitime de vouloir draguer sur un dance floor en tortillant du cul sur ce genre de soupe et d'ailleurs ce n'est pas notre problème, chacun fait ce qui lui plait ! Mais par pitié, qu'on ne présente pas Monarchy comme le top de la branchitude, avec que ce sont juste des suiveurs faisant dans l'électro pop hyper putassassière. Les personnes qui ont comparé ce groupe à Daft Punk devront payer pour leurs crimes un jour. Le châtiment : écouter Phoenix alive, le tube autoproclamé de Monarchy en boucle pendant une semaine !
Twin Twin
Et là, c'est l'enchainement de la loose : pour patienter avant le spectacle Dance Machine 2010 de Kele, le chanteur de Bloc Party, il faut assister au spectacle humoristique de Twin Twin, des pseudo rappeurs déguisés en Village People ayant oublié de composer des morceaux dignes de ce nom... Ce court intermède devant le rideau de la Cigale dure seulement deux morceaux, et c'est bien trop !

Kele
Déjà passablement agacé par Monarchy et Twin Twin, on voit ensuite débouler Kele et son groupe de dance music de supermarché... Sa musique, particulièrement insupportable et livrée avec un énorme volume sonore bien cache misère, reçoit l'accueil qu'elle mérite : des applaudissements mous et juste polis, surtout pour saluer l'auteur des précédents exploits de Bloc Party. Cela semble piquer au vif celui qui singe si bien la voix de Robert Smith (et a fait paraître d'excellents singles post punk au début de Bloc Party, avant de sombrer) ; il fait donc de nombreuses remarques sur le calme de l'assistance. Mais ce n'est que justice, tout ceci est incroyablement chiant ! Et tout le monde semble être venu pour voir Katerine en live. Et il va arriver rapidement, fort heureusement !

Katerine
Gonflé à bloc, comme le ballon de basket qui lui sert d'accessoire dès son arrivée sur scène, Katerine arrive seul en sweat shirt " Boum ! ", et c'est parti pour une petite démonstration de basket. Acteur né, sportif hilarant et roi de la réplique débile, l'artiste français commence son travail de sape sur les zygomatiques du public, mort de rire pendant les presque 45 minutes du concert. Puis le groupe de scène du monsieur - Gregori Czerkinsky (batteur), Sébastien Moreau (basse), Philippe Eveno (guitare) - se pointe sur les planches en look total jeans pour présenter comme il se doit le disque qu'il a enregistré avec le gratiné Philippe.

Déjà mis en joie par la séance de basket, le public de La Cigale, réjoui comme un gosse à un spectacle de clown à Noël, à droit au titre La Reine d'Angleterre (qui nous chie une fois de plus à la raie !). Et les rires de fuser à tout va, la chanson étant jouée façon pop kitsch par le combo et chantée de manière bien déjantée (voix aiguë, choré de grande folle). S'en suivront Des Bisous, Bien Mal, Liberté, Té – lé – phone, Paris vélib, Moustache, Le rêve, La banane (des fruits volent sur scène... ) et autres perles fraichement parues dans le commerce. Certains y voient des enfantillages et du foutage de gueule éhontés, ce sont pourtant de très bonnes chansons aux textes hilarants et aux mélodies tubesques. La preuve : à force de rire à gorge déployée, on a un peu de mal à respirer ! Et notre voisine n'arrange pas les choses en lançant un "Comment tu t'appelles ?", repris par toute la salle et sur lequel Katerine enchaine en grand pro son titre happenning Philippe. Ça se termine par un tonitruant "Ta Gueule !" Mais c'est bien la dernière des choses qu'on a envie de dire, on voudrait plutôt hurler "Encore !"

Car entre ses derniers morceaux, l'auteur du multiplatiné Robots après tout, glisse quelques perles de son précédent opus : Le 20-04-2005 (son brûlot sur la terrifiante Marine Le Pen), Patati Patata,, Louxor J'adore, en rappel final, et Excuse Moi, qui permet au groupe et à Philippe Katerine, à qui on a amené une guitare, d'envoyer la distorsion pour la seule fois de la soirée. A la fin du morceau, magistralement et jouissivement étiré, la vedette de la soirée se prend pour le guitariste d'AC/DC, Angus Young. Cela donne un solo à rebondissements, qui fait pleurer de rire l'assistance. Pitre bienvenu dans le contexte actuel, Katerine prouve une fois de plus son génie pour trousser des pop songs irrésistibles lors de shows d'anthologie. Vivement le prochain concert du Monsieur ! Tout cela nous a donné une méchante envie d'aller chanter Liberté, mn cul, égalité mon cul et fraternité mon cul... sous les fenêtres de l'Elysée, en faisant comme la star préférée des petits et des grand enfants ce soir : de petites chorés avec un doigt pointé vers la partie la plus charnue de notre anatomie sur les Mon cul ! Mais on divague là... Normal après un tel tourbillon scénique !

Liens : www.myspace.com/cascadeur, www.myspace.com/villagers, www.myspace.com/monarchysound, www.myspace.com/iamkele, www.myspace.com/twintwinmusic, http://katerine.artistes.universalmusic.fr, www.lesinrocks.com, http://blogs.lesinrocks.com/festival-les-inrocks, www.lacigale.fr.
Photos live par Robert Gil, www.photosconcerts.com...

Signature : pierre andrieule 08/11/2010
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>> Réponse (le 08/11/2010 par julian turner) Comment peut-on qualifier Kele de chanteur de supermarché et encenser Katerine, le pire chef de rayon de la musique. De plus réduire Bloc Party à son premier album montre une écoute bien rapide de leur dernier opus (Zephyrus ion square talons...) > Réagir à cette critique

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