Critique de concert Jazz des Cinq Continents 2/5 : Chick Corea Freedom Band + Omri Mor Trio

Tout simplement : le meilleur concert de ma vie.
Je ne parle pas d’Omri Mor Trio, peuchère. Il va me falloir faire des efforts incommensurables pour me souvenir de sa prestation. Le Freedom Band a tout effacé, a nettoyé mon disque dur à présent peuplé d’images et de sons, ceux-ci inoubliables.

Allez, Omri Mor les mérite bien ces efforts. Ce pianiste israélien nous propose ses mélodies qu’il joue au piano avec virtuosité. Des mélodies faciles d’accès auxquelles il ajoute des variations. C’est le cas de Shahar, et d’une ballade jouée en dédicace à "son héros" Chick Corea. Des mélodies qui font parfois penser à Michel Legrand.

Il a sauf erreur interprété des pièces d’un autre de ses projets, l’Israeli Andalus Orchestra. L’une, où la contrebasse et le piano jouaient la même partition en intro, vira vers le klezmer et gagna en vivacité. Sur une autre, Ramel Maya, peut-être commençais-je, comme la veille avec Esperanza Spalding, à me lasser du manque de variété. La technique est là certes, l’émotion beaucoup moins. Les pièces dépassent allègrement les dix minutes et c’est un peu trop long. L’enthousiasme des trois complices est palpable mais ne se répand pas dans le Parc Longchamp.

Le programme annonçait deux invités aux percussions. S’ils avaient prévu de venir pour le rappel, c’est loupé…
Omri Mor Trio : Omri Mor : piano / Gilad Abro : contrebasse / Noam David : batterie

"Assis !" "Debout !" : épisode 2
La traditionnelle guéguerre entre les deux camps continue. Je ne suis pas toujours dans celui des "debout" notamment lorsque le concert s’annonce intimiste. Mais ce soir, quand même avec un plateau pareil, ça me paraissait acquis. Eh bien non !
Chick Corea pianote en attendant calmement que le public cesse de beugler. Il est clair que le concert ne débutera pas avant. Le clan des debout cède alors. Le dernier à obtempérer le fera avec panache : "C’est les réactionnaires qui ont gagné ! Sarkozystes !!!"

J’oublierai vite l’inconfortabilité de ma position (assis sans vraiment l’être avec le genou du gars de derrière au milieu du dos, barrière en obstacle visuel).
Cascade : Omri Mor avait rendu hommage à son héros Chick Corea. Celui-ci rend hommage au sien, Bud Powell. J’avais eu le privilège de le voir interpréter cette pièce l’année dernière en compagnie de Gary Burton. Quatre soli l’émaillent : dans l’ordre, Chick Corea, Kenny Garrett, Christian McBride et Roy Haynes. Vous avez bien lu. Le Freedom Band est une véritable dream team.
D’ailleurs le Parc Longchamp déborde de musiciens venus voir leurs dieux vivants : les saxophonistes sont là pour Kenny, les pianistes pour Chick, les batteurs pour Roy, les (contre)bassites pour Christian.

Et là, les sentiments passent ! Tous savent exprimer tendresse et folie à quelques secondes d’intervalle :
La contrebasse, souvent swinguante à souhait peut se révéler explosive.
La batterie sait tour à tour nous inonder de caresses ou délivrer de puissants uppercuts ;
Le piano enchaîne naturellement plages aériennes et accords destructeurs ;
Le saxophone alto se dévoile tantôt cajoleur tantôt psychopathe.

Ceux qui ont vu Coltrane et son sax ténor disent qu’il n’était pas rare qu’il "passe de l’autre côté" lors de ses concerts. J’imaginais vaguement ce que cela voulait dire. Je le sais désormais grâce à Kenny Garrett et son alto. Il est passé deux fois "de l’autre côté" ce soir. Indescriptible. La première fois sur Psalm après un déjà divin solo de Chick. Le genou du gars de derrière n’est plus pointu, la barrière est devenue transparente.

Un autre grand pianiste est alors honoré : Thelonious Monk à travers son Monk’s Dream. La pièce dépasse allègrement le quart d’heure et c’est beaucoup trop court.
Outre la qualité des solistes et de l’ensemble, il y a cette communion entre les quatre. Les facéties de Kenny, la bonhommie de Chris, l’air paternel de Roy, le côté pince-sans-rire de Chick.

Les minutes passent clairement trop vite. L’archet de la contrebasse sur un titre inconnu puis une tendre ballade au saxo (We’ll Be Together Again) nous font craindre la venue du marchand de sable. Ce n’était fort heureusement qu’un break. Ca reprend de plus belle avec le second solo culte de Kenny Garrett puis le chorus final de batterie de Roy Haynes.

Ils partent pour de faux. Les pro-debout font semblant de les croire et se lèvent avant de réclamer le rappel. Et c’est parti pour dix minutes de "padapadam padapadam pada pada dadadadam" entrecoupés de "Hey ! Hey ! I feel alright". Garrett et McBride aiguillonnent la foule qui n’en a pas besoin.

Deuxième retour / jam avec le public. Kenny Garrett semble prêt à continuer la nuit avec nous. Christian, au gabarit à peu près du double, le prend alors sous son bras et l’emmène derrière la scène comme s’il transportait sa contrebasse.
Nos cordes vocales nous trahissent. Nous crions "Encore !" mais les sons ne sortent plus. J’y étais.
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et une petite de Omri Mor trio : là
Signature : mcyavellle 23/07/2010
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