* The Dead Weather - Horehound (2009 / Third Man Records) écouté par Pierre Andrieu
Composé de Jack White (The White Stripes, The Raconteurs, batterie, chant, chœurs, guitare), Alison Mosshart (The Kills, chant principal, guitare, percussions), Jack Lawrence (The Raconteurs, The Greenhornes, basse, guitare, chœurs) et Dean Fertita (Queens Of The Stone Age, guitare, orgue, piano, basse, chœurs), The Dead Weather est ce qu’on appelle un super groupe… Formé suite à une rencontre scénique entre les Kills et les Raconteurs, The Dead Weather a enregistré en trois semaines à
Nashville dans le studio de Jack White un premier album intitulé Horehound. Voir à l’œuvre le couple - musical - Jack White/Alison Mosshart est un fantasme réalisé pour tous les fans des Kills et des White Stipes, même si ce duo est un peu incestueux, les Kills s’étant largement inspiré des White Stripes à leurs débuts et ayant le même background blues’n punk que Jack + Meg… Quoi qu’il en soit, la rencontre fonctionne à plein régime : Alison chante plus que jamais à la manière d’une tigresse en chaleur, comme Jack donc, qui, lui, assure des chœurs enthousiastes tout en jouant (très bien !) de la batterie et en co composant les morceaux avec le reste de la troupe. Jack Lawrence et Dean Fertita, les deux autres acolytes de cette entreprise inspirée par Jimmy Page et Robert Plant de Led Zeppelin, Robert Johnson, Jimi Hendrix et Son House font parfaitement leur job, quant à eux ; tant et si bien qu’on se
retrouve avec un disque de heavy blues acéré avec force riffs chromés, chants puissamment sexuels, arrangements vintage et rythmiques plombées et/ou légères. Passionnés par les même artistes et ravis de s’amuser ensemble, les membres de The Dead Weather ont composé des morceaux entêtants et/ou puissants, qui font bouger la tête et le corps, tout en ayant le potentiel pour prendre d’assaut les ondes intelligentes. Sans toucher au génie (il y a quelques titres un peu anecdotiques), cette roborative collaboration a l’immense mérite de sonner très frais, tout en donnant de belles munitions pour s’énerver positivement, sauter en l’air, rêvasser sous un porche ou se rouler par terre de joie. Il va sans dire qu'on attend avec impatience les concerts !
Sites Internet : www.thedeadweather.com, www.myspace.com/thedeadweather, www.facebook.com/DeadWeather, www.thirdmanrecords.com, www.youtube.com/user/TheDeadWeatherTV (vidéos).
* Zone libre Vs Casey & Hamé - L’Angle mort (2009) écouté par Mystic Punk Pinguin
"La musique adoucit les moeurs" c’est quand même une vaste blague. Parce que avouons-le, la plupart des grosses claques musicales nous viennent par du son qui remuent les tripes. Et c'est dans cette catégorie que joue L’angle Mort.
Bon, vu le pédigrée des membres de ce projets, ça ne faisait guère de doute : Hamé, membre de la Rumeur, ce qui se fait de mieux en hip-hop intelligent et rageur depuis plus de 10 ans et Casey, une tueuse tout simplement, une nénette qui allie l’intelligence des textes de Rumeur avec la puissance physique d’un Joey Starr des débuts et surtout une haine jamais entendue jusque là. Et ces deux là sont backés par Zone Libre à savoir Serge Teyssot-Gay (Noir Désir), Cyril Bilbeaud (Sloy) et Marc Sens (Yann Tiersen)
, trio
qui délivre un rock tendu, sombre et incandescent, une tuerie sur scène.
Vu le background, on se dit que cela ne va pas donner une musique peace & love et effectivement on est parti pour 9 titres oppressants, violents, viscéraux et obsessionnel, entre anéantissement et rage. La noirceur et la colère des paroles sont soutenues par une bande-son à l’unisson.
Dès le premier morceau Les Mains Noirs, on est scotché par la "colère créatrice" qui se dégage de ce texte sur les racines de Hamé et Casey et la révolte issue des luttes d'émancipation, qui se termine en explosion sonique. L'Angle mort attaque d'entrée sur une rythmique oppressante et sur le flow rageur d'Hamé et quand Casey enchaine cela ne se calme pas. Sur Purger ma peine, Casey nous propose un des refrains les plus accrocheur entendu depuis longtemps, on imagine aisément un combat sur un ring entre elle et une basse plombée. La chanson du mort-vivant est à déconseiller en cas de déprime, rarement un morceau n'aura été aussi désenchanté.
Un vrai brûlot à ne pas conseiller aux âmes sensibles. On sort de là comme après avoir pris un coup de poing dans le bide, entre nausée et colère.
langlemort.la-rumeur.com
* Them Crooked Vultures - Them Crooked Vultures (2009) Philippe
Holy Fucking Shit… Oh, My, God ! Le voici donc, l'album que le rock (n')attendait (plus) en 2009, celui qui vous fout d'un coup le palmarès annuel cul-par-dessus-tête, et fin novembre encore ! Après être apparu sous une fausse identité lors d'une prestation en tout point parfaite à Rock en Seine 2009, le méga-groupe Them Crooked Vultures concrétise son propos sur galette, et comme on dit en Amérique, quand la merde frappe le ventilo, ça éclabousse tout le monde…
Pourquoi méga-groupe et pas juste super-groupe, surenchère de chroniqueur en crise d'inspiration ? Non, simple logique sémantique. Un super-groupe, terme consacré pour un boeuf ludique entre stars et parfois (pas toujours) intéressant, c'est par exemple The Dead Weather, attelage archi-excitant sur disque comme sur scène (voir les chroniques de midinettes que certains des trentenaires blasés que nous sommes ont postées par ailleurs), mais qui n'a peut-être objectivement à offrir, l'excitation retombée, que 3 ou 4 chansons essentielles sur tout un album. Alors qu'ici on parle bien d'un truc parfait et surprenant à la fois, de la troisième minute du titre 1, à la dernière seconde du titre 13.
Et puis on ne peut plus parler de "super-groupe" quand on réunit Queens of the Stone Age, Led Zeppelin et Nirvana dans un trio, quoi, merde, faut de l'excessif, du superlatif ! Car oui, mes frères, en vérité je vous le dis, ils ne sont même plus 4 comme à Rock en Seine où le requin stoner Alain Johannes tenait une deuxième guitare (il n'est crédité ici que sur 3 titres et comme choriste…). Ouais, ils sont trois, les salauds, mettons trois virgule cinq, à peine. Sauf que c'est là trois éléments qui symbolisent la quintessence de 40 années de rock, en partant de 2009…
Alors bien sûr, comme souvent avec le grand rouquin aux yeux de matou à la baguette, le son tape quand même plus dans la catégorie stoner blues du désert, que dans le punk pop contondant de son batteur, ou le heavy metal psyché de son bassiste/joueur de clavier. Mais dès Mind eraser, no chaser, on se rend compte que Josh Homme ainsi entouré, a miraculeusement retrouvé le délicat équilibre qui fait qu'à ce jour Songs for the Deaf reste le meilleur album de sa pourtant ô combien précieuse discographie. Alchimie sublimée en reprenant avec lui, excusez du peu, le cogneur Dave Grohl (comme par hasard, il était aussi sur l'album en question), mais aussi une touche de clavier fuzz comme on en avait pas entendu depuis les Doors, avec l'immense John Paul Jones, également agitateur de cordes graves mais salaces à ses heures perdues.
Evidemment quand tout est à ce point passionnant sur un disque, c'est du genre à vous décourager de détailler les titres… Une fois qu'on aura cité New Fang comme single supposé, puisqu'elle est calibrée pour squatter 6 mois les charts américains, mais aussi les cerveaux occidentaux en général, sans pourtant, et de loin, être la plus intéressante de l'album… Alors disons-le plus simplement : le groupe enchaîne 13 titres stoner et/ou groovy parfaits, rappelant l'Age d'Or des QOTSA qui est déjà le groupe de rock le plus cool du monde. Constatez donc ! Ici un titre de rock zombie à se pâmer de bonheur, là des groove toxiques à base de guitares sous-accordées et de frappe de mule sauvage. Plus loin, des choeurs, une guitare et un clavier funky à se taper le cul par terre… Ailleurs, un blu
es qui
donne l'impression de tituber en délirant dans le désert de Mojave, avec deux vilains trous rouges à la jambe, causés par un serpent à sonnette - serpent qu'on entend d'ailleurs frétiller plus en aval de l'album. Plus profond encore, un instrumental en plomb lysergique, soudain assailli de rugissements et de fractures grandes ouvertes causées par des particules de metal vicieux, qu'aurait pu écrire le mythique groupe-matrice du genre, Kyuss. Et vers la fin, un truc comme on en avait jamais entendu, électro-stoner, une bombe à fragmentation qui vous fait onduler irrésistiblement du cul, voire envisager d'acheter un string cuir pour parfaire le délire, tandis que vos baffles se fissurent sous le choc du boum boum diabolique.
Attention, avant écoute, volume sur 11, consolidez les fenêtres, planquez ce qui casse dans le salon, resserrez votre ceinture de deux crans, déchirez leur t-shirt aux popeux en larmes, giflez les punks pour attirer leur attention, tirez les cheveux des metalleux, chopez au colback les fans de faux-trio-à-six-sur-scène (Muse, Placebo) pour leur intimer de serrer leurs petites fesses émotives, assommez carrément les fans de Coldplay et U2, on gagnera du temps, enfermez les enfants à moins que vous vous les ayez déjà chopés en train de tripoter votre vinyle de Nevermind…
Parce que Them Crooked Vultures, Ces Putains de Vautours Tordus, comment vous dire, c'est pas de la menthe à l'eau, c'est quand même plutôt une boisson d'hommes - la Polonaise qui en buvait au p'tit dèj', elle en est crevée - c'est du brutal, ça vous ventile la tronche façon puzzle. D'ailleurs c'est mis en bouteille par Alan Moulder, et le scorpion jaune qui flotte au fond du flacon trouble, évidemment, c'est un vrai, un espèce de petit enfoiré qui a piqué puis bouffé sa propre mère, là-bas dans la Vallée de la Mort.
Hein, quoi, putain mais vous êtes encore là ?!
http://www.themcrookedvultures.com
* Steve Shiffman and the Land of No - Steve Shiffman and the Land of No (2009 / Tiny Beast Records) écouté par Pirlouiiiit
Lorsque j’ai croisé la route de Steve Shiffman il y a maintenant 6 ans, ce dernier évoluait soit en solo soit accompagné de the land of No (qui a l’époque se résumait a Pete Hayes des the Figgs). Alors que je tentais de comprendre pourquoi on appelait cette scène anti-folk (et pas folk minimaliste ou new folk par exemple ?) dans laquelle il côtoyait Herman Dune et autres futurs Jeffrey Lewis, de ses performances solos forcement minimalistes j’avais retenu la sensibilité et l’émotion qui se dégageait de sa voix éraillée. En duo en revanche chaque fois j’ai été
littéralement subjugué par le côté sauvage et brut de sa musique (garage folk ?). J’ai en effet pris une telle claque que je n’ai jamais perdu de vue ce désormais groupe qui sort enfin son premier album après plus de 6 ans d’existence. 6 longues années durant lesquels les rangs de the Land of No se sont étoffés avec l’arrivée de la (slide) guitare de Alec, la basse de Kent deux anciens The Holy Ghost, et la guitare de dAve un ancien Qatsi. Et c’est donc naturellement que tout ce joli monde est retourné en studio réenregistrer ces 12 titres qui l’avaient pour la plupart déjà été (mais en duo). Le résultat ? Un album riche et cohér
ent
avec des morceaux qui naviguent entre deux extrêmes : de délicates ballades calmes comme Unfortunately for her (déjà présent sur son EP Tambourino), Like squirrel in chinatown, A frog in my throat ou encore Ready for you now et des morceaux beaucoup plus pêchus comme Jet lag blues, This Second ou l’excellent Tweed Skirt (seul morceau capable de calmer ma fille de 2 mois lorsqu’elle pleure). On pense souvent aux Beatles pour les chœurs, mais on se fait aussi surprendre par les nombreux changements de rythmes, d’accélérations inattendus rendant des morceaux au départ paisibles, limite chaotiques (un peu comme la Akron/family est capable de le faire dans un registre plus hippie) comme sur Here comes the cigarette girl ou One of you is
lying. Bref Steve Shiffman (tout comme les Teenage Prayers qu’il m’a fait découvrir) fait partie de ses très bons artistes durs a classer (anti folk serait infiniment réducteur), issus de la bouillonnante scène new yorkaise (Brooklyn pour être précis) qui sans obligations familiales auraient certainement depuis longtemps traversé l’Atlantique et qu’il faudra donc (pour le moment en tout cas) se contenter d’apprécier sur disque (ou via internet). Pour moi assurément un de mes 3 disques de l’année 2009 !
myspace.com/steveshiffman
* Rivkah - Second (2009 - Autoprod.) écouté par Zeu Western Manooch
Septembre, la pluie ne tombe pas tout à fait…et je me souviens, cette enveloppe fuchsia, "Promenant nos Chiens", une gageure ? Mon cœur qui bat, en dedans mais fort, toum, toum ! Dehors ces fleurs encore là, qui tendent leurs bras étiolés; et ces chansons étoilés de mélancolie, qu'on peine à voir s'éteindre…oui, le disque est fini, et cette question : "A quand nos retrouvailles ?"
Septembre, la pluie dégringole, défonce le plafond, la vache, ça pisse dehors ! Une enveloppe rose saumon cette fois…les fleurs sont fanées, heureusement le temps s'est bien passé et revoilà Rivkah, son Second tout prêt, tout frais. Quelle attente ! Et pour tous ceux qui en croqueront, des notes de piano légères, du banjo, des cuivres et cette voix comme décuplée par sa poésie, cette force de cristal, qui nous raconte l'amitié, la vieillesse, la vie et nous apprend - était-ce déjà écrit - que nous n'aurons plus besoin d'été …Bordel, mais…la Rivkah est revenue !
Septembre est plus que là, les flaques elles, plus tellement…séchées. Les larmes coulées dans mon café presque aussi. Drôle de sensation, de toucher comme ça la beauté , la grâce d'un instant , le sommet de la colline qui de sa hauteur vous embrasse, vous embrase le cortex comme la foudre vous file des coups. Franchement on voudrait être le seul à marcher à côté de ces sons, ce folk de prose qui s'impose, là où ça cogne et ailleurs, s'y ancrer à en couler, et avant de sombrer, écrire pour vous dire : "Rivkah est différente, un de ces joyaux qui vous retournent la vie, vous mettent le pas de vis tout zize…à chaque fois , mais n'y posez pas une oreille, elle n'est pas pour vous".
Mais ça, ce serait trop moche, franchement on est pas comme ça ! Fonces, ma (mon) pote !
Murdochspace
* Dominique A - La Musique (2009 / Cinq7 - Wagram)) écouté par Pierre Andrieu
Johnny Hallyday a raison : Ça ne finira jamais, le talent que possède Dominique A pour offrir de régulières livraisons de petits trésors aux fans de chanson pop mélancolique et classe… Le nouveau disque de celui qui est à l’opposé des facilités "artistiques" de l’électeur numéro 1 du Petit Nicolas, est encore une fois une très belle surprise. Sur La Musique, M. Ané revient à ses premières amours ; il a enregistré seul comme du temps de l’album La Fossette, avec des boites à rythmes usées et des instruments sur lesquels il joue à l’arrache. Le résultat est donc très différent des murs de sons élégiaques, étranges et vrillants des derniers albums, très réussis eux aussi. Avec ce retour à des méthodes de création presque artisanales, le nouvel opus est forcément très intime (on a souvent l’impression – troublante – que l’auteur du Courage des oiseaux no
us
susurre ses morceaux à l’oreille) ; les textes chantés d’une voix tremblotante extrêmement touchante (Le sens) ou d’une saisissante manière lyrique (Immortels, Hasta que el cuerpo agaunte, Le bruit blanc de l'été… ), les mélodies en apesanteur, les arrangements à la fois décalés et parfaitement taillés pour cette nouvelle aventure (La Musique), tout concourt à faire replonger en apnée dans l’univers de Dominique A. On le sait depuis longtemps, notre homme peut faire beaucoup avec trois bouts de ficelles, et cela fonctionne cette fois encore, 16 ans après ses débuts en solo dans sa chambre. Il suffit d’écouter sa voix si particulière et si troublante, de se laisser porter par les textes (toujours très beaux… ) et de se faire emporter par les boucles de synthés ou de rythmes programmés ultra minimalistes de Nanortalik pour comprendre toute la pertinence de ce nouvel album. Contrairement à Johnny (même s’il jure - que dis-je, HURLE ! - le contr
aire),
Dominique A semble au tout début de sa carrière, avec encore une foultitude de chansons miraculeuses à faire découvrir à son public, qui mériterait de s’élargir encore… Chiche ?
Sites Internet : www.commentcertainsvivent.com, www.myspace.com/dominiquea, www.myspace.com/labelcinq7.
* Kylesa - Static Tensions (2009) écouté par Philippe
Amatrices et amateurs de boissons d'homme, soyez heureux, c'est la nôtre : Kylesa fait du sludge metal, on paye la tournée générale de boue ! Sludge metal donc, que vous serez aimables, les autres, de ne pas confondre avec le post-hardcore (oui c'est subtil, et alors, prendriez-vous tous les musiciens bruyants pour des bourrins, par hasard ?). Pour être plus clair c'est dans la droite lignée de groupes comme Mastodon, Isis, Neurosis, et autres bâtards non reconnus des terrifiants Melvins - par analogie, c'est un peu comme en son temps, Kyuss a éjaculé d'un jet unique et surpuissant l'ensemble du rock stoner.
Le premier mérite du présent style musical est d'avoir renoncé à la surenchère du look méchant, le look étant ici totalement "no-" : tout juste une petite barbe par-ci, un petit tatouage par-là : un mec d'aspect dangereux par groupe, c'est bien suffisant non ? On se souvient qu'Helmet, il y a quinze ans, avait été le premier à renoncer à vouloir faire peur visuellement - mais uniquement pour, après vous avoir mis en confiance, mieux vous défoncer la gueule à coup de riffs barbelés. D'ailleurs ici, c'est la fille (car il y en a une, on l'entend parfois …) qui a l'air la plus tatouée de tous !
Il est vrai aussi, malgré l'appellation, que la filiation de Kylesa est bien plus à chercher côté noisy/stoner que côté metal, dont on n'utilise ici malgré l'appellation, que certains réglages (voix hurlée, guitare distordues etc) mais pour jouer des chansons complexes et construites ! Par exemple les batteries tribales et les riffs sous-accordés de Perception évoquent les early Queens of the Stone Age (qui sont, rappelons-le en passant aux ignares, le meilleur groupe du monde depuis le 21ième siècle).
Par ailleurs le groupe Kylesa a aussi renoncé à la double grosse caisse pour prendre, c'est quand même plus pratique et un poil moins physique, deux batteurs en même temps - on les entend distinctement se répondre dès le début de Scapegoat, raffut introductif phénoménal qu'on croirait joué par les défunts Ministry et néanmoins, parmi les plus violents du disque - autrement dit, si vous y survivez, le plus dur est fait ! Car passé l'aride mais courte Insomnia for Months, personne ne pourra nier ensuite la musicalité et la complexité de morceaux comme le formidable Unknown Awareness, le Toolesque Running Red, ou le simplement apocalyptique Only One, toutes choses incomparablement plus riches qu'un titre standard en power chord de, mettons, Slayer ou Deftones.
L'intention artistique lorgnerait bien plus du côté de l'incorruptible Maynard James Keenan de Tool (cf To Walk Alone), en un peu moins bavard : 42 minutes en tout, Static Tensions est plus digeste que le géant mais interminable 10 000 Days de ce dernier ! Bref, Kylesa, ou comment se niquer les cervicales sur de la musique in-tel-li-gen-te. Bon évidemment les oreilles qui ne veulent pas se laisser avertir ne feront pas la différence, d'ailleurs leurs propriétaires n'ont pas lu au delà du mot "metal"… Pour les autres, rendez-vous est pris aux Eurockéennes pour une expérience à n'en pas douter mystique, terrifiante et psychotrope à la fois !
* The Horrors - Primary Colors (2009 / XL Recordings - Beggars Banquet) écouté par Pierre Andrieu
Nouvel album très surprenant pour les fous furieux de The Horrors, qui s’aventurent sur d’autres terrains de jeu que le garage tétanisant avec leur producteur, Geoff Barrow de Portishead. Le dangereux gang d’hommes en noir qui nous avait sidéré par la violence et l’intrépidité de son show aux Transmusicales de Rennes 2006 a changé son fusil d’épaule pour l’album Primary Colors, et ce afin de mettre en joue un son intégrant les influences de Kevin Shields (My Bloody Valentine), Ian Curtis (Joy Division), Morrissey (The Smiths), Jesus and Mary Chain, Portishead et The Cure, tout en gardant un œil (noir) sur les Cramps. Ce virage pris à fond après avoir ét
é
mûrement réfléchi contribue à l’érection de cathédrales sonores gorgées d’écho : les guitares tourbillonnent en s’élevant vers les cieux, la basse sature gravement, le chant sépulcral fait froid dans le dos, les synthés appuient là où ça fait mal (les sentiments torturés) et les rythmiques se font presque trip hop indus… Radicaux, envoûtants, tourmentés et addictifs, les nouveaux titres signés The Horrors entraînent dans un véritable maelström émotionnel ; Mirror’s image pousse le rythme cardiaque dans le rouge tout en rendant les humeurs noires, le « tube » Who can say électrise littéralement, la ballade maléfique I only think of you plonge dans les affres de la dépression d’un zombie, I can’t control myself provoque une danse de Saint Gui au ralenti, Scarlet fields est une bande son idéale pour faire un dernier adieu à quelqu'un que l'on aime, Sea within a sea donne l’envie d’être un naufragé volontaire dans un océan de sons
détraqués… Attention, le nouvel effort de The Horrors est un concentré de spleen gothique destiné à faire resurgir de terribles démons des tréfonds de l’âme humaine… Navigant en eaux troubles, cet album ressassant des pensées étranges et exhumant les fantômes de disques ultra marquants, le nouvel effort de The Horrors est une sorte de diamant noir à multiples facettes ; tout à la fois rock ‘n roll, pop, gothique, trip hop, shoegaze, Primary Colors emmène l’auditeur dans un ailleurs à la fois bizarre, malsain, décalé et familier. Une expérience qui ne s’oublie pas de sitôt et que l’on a envie de renouveler souvent sur disque, avant de provoquer un violent désir de communier avec ce groupe complètement habité et barré lors de messes noires scéniques…
Sites Internet : www.myspace.com/thehorrors, www.thehorrors.co.uk, www.youtube.com (vidéo de Sea within a sea), www.youtube.com (clip de Who can say).
* Oddatee - Halfway Homeless (2009 / Dead Verse Recordings - Jarring Effects - Discograph) écouté par Pierre Andrieu
Co-produit par le très impressionnant rappeur Dälek (avec des contributions de KOMPLX, The Oktopus, Digital Unicorn, Motiv… ), l’album de « hip hop électronico noise » angoissant et concerné de Ricardo Galindez alias Oddatee est à l’image des travaux anxiogènes, évocateurs et percutants du rappeur américain signé chez Ipecac Recordings : ses morceaux sont de véritables brûlots d’autant plus marquants qu’ils ont été longtemps réfléchis préalablement. Loin de ruiner l’effet percutant de l’ensemble, le gros travail sur les samples, la production et les beats sert en effet le propos d’Oddateee, rappeur du New Jersey pris sous son aile par le très doué Dälek. Les univers des deux artistes sont très proches mais Oddateee r
éussit
à se démarquer de son mentor avec un flow plus « classique » et des influences musicales moins rock. Le résultat final de cette collaboration est le genre de truc qui ridiculise le gangsta rap bling bling ; ici, grâce à la qualité des sons (originaux) choisis et à la force du propos rappé, on n’a aucun mal à croire à ce qui est raconté dans les textes… Cette salutaire entreprise de déstabilisation de l’auditeur pour mieux provoquer une nécessaire prise de conscience sur la réalité d’un Portoricain (ou d'un membre d'une minorité) aux USA fonctionne à plein régime sur la totalité du disque Halfway Homeless. Qui évoque une rencontre au sommet entre House of Pain, Dälek, KRS One, De La Soul et Gang Starr… Tour à tour menaçants, ultra bizarres, aptes à provoquer une mini émeute ou cinématiques, les titres qui figurent sur le dernier album d’Oddatee font preuve d’une versatilité et d’un esprit d’invention absolument remarquables. Conseillé !
Sites Internet : www.myspace.com/1oddateee, www.myspace.com/dalek, www.deadverse.com, http://jarringeffects.net.
* Lhasa - Lhasa (2009 / Tôt ou Tard) écouté par Philippe
Il faut une sacrée maturité, et une belle confiance en soi, pour enregistrer en 2009 un album vocal, tout juste soutenu discrètement par un orchestre de chambre. Mais de courage, la délicieuse Lhasa de Sela n'en manque pas, d'autant qu'elle n'a jamais refait deux fois la même chose. Son sublime album La Llorona (10 ans déjà) aurait pu la cantonner dans un style sud-américain porteur, mais The Living Road s'était déjà résolument ouvert sur de nouveaux horizons.
Le cru 2009, tout simplement appelé Lhasa, est donc une succession de chansons principalement blues-jazz, uniquement en anglais, dans la plus pure tradition des grandes chanteuses à voix d'outre-Atlantique (on pense successivement à Billie Holiday pour la simplicité dans l'interprétation, Nina Simone pour le voile subtil et l'émotion, ailleurs à Joan Baez pour le petit plus lyrique).
Certains arrangements étaient un peu too much sur l'album précédent ? Les accompagnements, à nouveau admirables, font entendre ici de la harpe, une batterie délicatement brossée, une guitare blues ou country selon les morceaux. La fêlure de sa voix touche toujours au sublime pour dire l'amour, comme la séparation (Rising, Love came here sont autant de slows positivement splendides, aussi beaux dans un style plus dépouillé que le Back to Black de la grande Amy Winehouse, c'est dire). On retrouve par moments et avec émotion, le spectre de la Pleureuse ('la Llorona'), notamment sussurrée à l'occasion de What Kind of Heart, ou plus démonstrative sur Where do You go ou l'admirable I'm going in, seule au piano.
Ailleurs, la voix se fait évocatrice d'images : on pense par exemple à l'ambiance poisseuse de David Lynch (The Lonely Spider, sa contrebasse et sa guitare toxiques). Where do you go aurait aussi admirablement accompagné l'enquête de Dave Robicheaux dans la brume électrique du bayou… D'ailleurs à ce sujet et par association d'idées, l'album n'est pas en reste dans le blues, comme le prouve la sombre 1001 Nights chantée d'une voix blanche de meurtrière, sur une guitare qui semble tout droit issue de Grinderman. Ou plus encore, Anyone & Everyone où le fantôme bienveillant de LeadBelly lui-même, semble assis juste derrière la chanteuse.
Alors certes un disque entier de chansons, toutes différentes mais toutes calmes, finit par provoquer une douce torpeur, une envie de rêverie et peut-être même de sieste. Il n'en reste pas moins assurément le plus bel album vocal entendu depuis le White Chalk de PJ Harvey : la divine Lhasa a ici enregistré, rien moins que ses American Recordings - et encore, pas au soir de sa vie. Et au passage, on a gagné une nouvelle voix qui vient fermement se positionner dans la vogue de l'americana actuelle (Fool's Gold), alternative idéale à celle, potentiellement irritante, d'Alela Diane. On a eu l'occasion de vérifier il y a quelques années que Lhasa était aussi sublime pour les yeux que pour les oreilles, on ne peut donc que rêver que la comète passera dans un ciel observable à l'oeil nu lors de sa tournée à venir, à l'automne 2009, af
in de
faire à nouveau chavirer le coeur des garçons et des filles…
* Arctic Monkeys - Humbug (2009 / Domino - PIAS) écouté par Pierre Andrieu
Co-produit par Josh Homme dans le désert de Mojave et par James Ford (Simian Mobile Disco, Last Shadow Puppets) à Brooklyn, les dix titres figurant sur le très attendu troisième album des Arctic Monkeys sont un audacieux mélange entre le rock survitaminé avec riffs saccadés dont le combo d’Alex Turner est adepte depuis ses débuts, la pop vintage croonée des Last Shadow Puppets et le rock psyché vénéneux des Queens of The Stone Age… S’il y a encore des titres enlevés qui rappelleront de (t
rès)
bons souvenirs aux fans des Arctic Monkeys (le single Crying Lightning, Dangerous Animals, Potion Approaching et Pretty Visitors), la tonalité générale de l’album est plus calme, une sorte de faux calme annonçant des tempêtes intérieures faites de sentiments torturés. Sous les influences conjointes du projet d’Alex Turner avec son ami des Rascals, The Last Shadow Puppets, des lovesongs humides faites pour faire craquer le cœur des filles, signature sexy des Queens of The Stone Age, et du jeu de guitare acidulé de Josh Homme, le QOTSA en chef, les Arctic Monkeys et leur chanteur/leader (qui vocalise ici plus langoureusement, ce qui devrait faire fondre la gent féminine… ) évoluent
aujourd’hui dans un univers psychédélique qui se révèle très agréablement lancinant et… particulièrement propice à la communion entre les corps chauffés à blanc par la fièvre du désir (My Propeller, Fire And The Thud, Secret Door, Cornerstone). Le trip proposé par l’album Humbug fait partie de ceux qu’on n’oublie pas de sitôt, car il est agité de soubresauts rock quasi viscéraux tout en permettant de laisser divaguer son esprit sur des ballades embrumées. Ce n’est un secret pour personne, les Arctic Monkeys ont un sacré Mojo pour composer des titres qui fonctionnent à plein régime ; grâce à l’album Humbug, on sait également qu’ils ne sont pas de ceux qui se contentent de sortir toujours le même disque pour cachetonner. Et c’est pour ça qu’on a envie de suivre les aventures de ce passionnant quatuor de Sheffield…
Sites Internet : www.arcticmonkeys.com, www.myspace.com/arcticmonkeys, www.facebook.com/ArcticMonkeys, www.youtube.com (vidéo de Crying Lightning), www.thelastshadowpuppets.com, www.dominorecordco.com.
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