Critique de concert Festival du Bout du Monde : Louis Chedid + Toots & the Maytals + Susheela Raman + Ben L'Oncle Soul + Oumou Sangare + Renegades Steel Band + Gogol Bordello + Gipsy Burek Orkestar + Jaqee + Axel Krygier + Madjo + Sophia Charai

Le Festival du Bout du Monde - Jour 3

Troisième et dernier jour du festival du Bout du Monde. Et là, c'est le scenario inverse de la veille que tout le monde redoute : la journée commence avec un superbe ciel bleu mais les différentes prévisions annoncent de l'orage et un déluge de flotte en fin de journée. Préférant me fier aux réflexes météorologiques des gens du cru, je jette quelques oreilles, histoire de me rassurer. Manque de bol, ils confirment le déluge. La question ne sera donc pas de savoir s'il va flotter, mais à quelle heure !
Ouverture des festivités par le Renegades Steel Orchestra de Trinidad. Style fanfare calypso, frappant sur leur bidon et ça leur fait visiblement du bien, le groupe d'une vingtaine de percussionnistes plutôt jeunes sautillent, souriant. A nouveau cette joie d'être présents, joie communicative. Toutefois, passée l'agréable surprise de ce band frappant et bondissant, reprenant parfois des standards du reggae, dont quelques Bob Marley entre autres, de manière assez originales, le tout est finalement assez répétitif à mon goût, à moins que je ne prête pas assez l'oreille aux finesses de frappe et au jeu de scène.
Demi-tour pour rejoindre la très lointaine scène Kermarrec, où s'élance la très souriante Jaqee. Les balances sont déjà à elles seules un véritable spectacle, une première partie à part entière, avec des musiciens intarrissables dès qu'il s'agit de tester quelque chose. L'ingé son a bien du mal à se faire respecter de ces virtuoses reggae qui se livrent à des morceaux instrumentaux interminables dès qu'ils sont lancés, sur le rythme d'un batteur réellement impressionnant ! En tendant l'oreille, on devine même les échanges pince-sans-rire entre ingé son et backliners via les retours : "Je sais pas comment on les arrête... nous non plus..."
Une fois lancée, la germano-suédo-ougandaise Jaqee fait plaisir à voir, toutes dents dehors et regard rieur. Immédiatement dans le bain, Jaqee se lance, en tenue petite-guérilleros-de-la-paix, dans un reggae/soul très entraînant, emportant avec elle une grande partie du public, l'apostrophant de son sourire ou de sa voix. Naturellement retenue devant son pied micro, elle n'en demande pas moins qu'à danser aux quatres coins de la scène et faisant virevolter ses bras aux quatres vents de Crozon dès qu'elle en a la liberté, ses musiciens, dont deux cuivres, l'accompagnant dans cette bonne humeur générale. Belle prestation et montée sur le podium de la bonne humeur communicative.
Aucun commentaire concernant la prestation de Louis Chedid sur la grande scène Landaoudec. Je ferai en particulier comme la presse locale, en n'évoquant sûrement pas la palme de la mégalomanie décernée à Môssieur Chedid (ou sa production) qui fait placer à 1m50 de chaque extrémité du bord de l'immense scène Landaoudec deux adhésifs blancs et donne (ou sa production) comme instructions aux photographes de ne pas dépasser cette limite. Résultat : une quinzaine de photographes et cadreurs retenus dans 2 mètres carré à chaque extrémité d'une scène de 2 mètres de haut. Le tout au moment même où Môssieur se livre au morceau Egomane. En réécoutant ces paroles a posteriori, ça fait doucement sourire, pour ne pas dire plus. Mais non, promis, je n'en parlerai pas. Respect de l'omerta. Mais contrairement à mes collègues, accordez-moi la liberté de ne pas diffuser de photos grand format de Môssieur dans cette chronique, comme dans les éditions du lendemain des quotidiens locaux, au détriment d'images des autres artistes.
Palme de l'énergie et de la transe accordée indéniablement à Susheela Rama. Sous le Chapiteau Cabaret, cette dame qui m'était jusque-là relativement inconnue, qu'elle me pardonne, s'est livrée à un concert réellement étonnant. Le mix de ses influences pop et chants traditionnels doit déjà être une chose en soi (il faut que je me rattrape dès que j'en aurai l'occasion et réécouter tout ça calmement), mais la présence scénique de Susheela Raman est ici réellement phénoménale. Entourée de relativement peu de musiciens et plutôt discrets quoique efficaces, c'est véritablement elle qui fait le show, avec cette sorte de transe communicative, ponctuée d'incantations et d'exhortations adressées au public, au ciel ou à autre chose, allez savoir, dansant, balançant sa chevelure sombre. Au risque de me répéter, la prestation de Susheela Raman sur cette scène cabaret et sous chapiteau donne un sentiment d'exigüité au regard de sa prestation et de la fièvre communiquée au public. Je reste interrogatif sur la programmation de Susheela Raman sur cette scène là, même s'il faut sans douter faire des choix.
Autre phénomène sur la grande scène ici, Madame Oumou Sangaré. Comme lu ici ou là, c'est à une véritable diva à laquelle nous avons à faire là, vêtue d'une superbe tenue blanche, agrémentée d'inombrables bijoux et d'une coiffe qui aura du mal à être domptée sous les assaults du vent de la presqu'île. Spectacle haut en couleur, la malienne est entourée d'une troupe également bondissante et dansante avec instruments traditionnels, et avec notamment deux danseuses choristes et percussionnistes, ainsi qu'un autre percussionniste en devant de la scène. Show complet coloré et rythmé. Une réussite.
Nouvelle galette poulet-curry-patates-riz au stand mauricien, les autres stands Pizza, crêperies bretonnes, tajines et couscous... étant trop pris d’assaut pour mon impatience de joindre la scène Kermarrec. Et nouvelle bière bio bretonne (comment ça, ça va définitivement pas ensemble ? Ok. Note perso aux organisateurs : svp, ajouter à vos différents stands du nourritures du monde, un bar avec des vins du monde. Quelque soit le prix que vous afficherez, je préfèrerai mille fois un tokay hongrois, un Sidi Braim ou un vin argentin à une bière bio bretonne avec mes tacos ou mes galettes poulets-curry).
Nous voilà face à un autre phénomène bondissant, avec un argentin Axel Krygier véritablement sur ressort. Dès le show passé sur 'On', on ne l'arrêtera plus, et ce n'est pas la panne de sampleur du batteur en début de set, rapidement dépanné, qui le retiendra de sautiller sur place, véritablement électrocuté. Impossible de savoir à quoi il carbure, mais il y a sûrement déjà une bonne dose d'élecro-fusion teintée d'accents sud-américains dans le dosage. La voix et le physique sont surprenants au premier abord, avec un petit côté pop des années 80 et une touche à la Sparks sous douche électrifiée. Heureusement que ses différents instruments (claviers, mini-trompette, ...) l'obligent à rester un tant soit peu à sa place, sinon, allez savoir où ses rythmes electro latino le feraient sautiller ?
La palme du "je suis invité à un festival au bout du monde mais je vous fais un show comme à la télé" est attribué sans conteste à Ben l'Oncle Soul, au professionnalisme impeccable et incontestable, quoique l'on pense de l'aura frénétique qu'il dégage auprès de son fan club venu en masse. Rien à dire, c'est carré, nickel, aucune fausse note ou alors j'ai raté quelque chose. Idem : dès que le show est sur 'On', on ne retient pas le bondissant Ben, à la tenue de scène et aux mimiques tirées à quatre épingle. C'est millimétré. Il y en a pour tout le monde, à gauche à droite, au fond, une posture et un sourire à chaque photographe. C'est pro et indéniablement efficace et les bouchons auditifs distribués par les membres de la sécurité (si, si) ne sont pas pour le niveau sonore de la musique mais plus pour les cris et les chants des fans. Le renfort dont bénéficie Ben l'Oncle Soul composé de ses deux danseurs énergiques et de ses musiciens augmente encore le sentiment de show télévisuel. Non, de show tout court après tout. Respect oblige. Malgré le déluge d'eau qui se déverse finalement sur les festivaliers en fin de concert et le début des sets sur les deux autres scènes dans la foulée. Depuis mon abri dans l'espace presse (sauvegarde du matériel photo oblige), on entend néanmoins les festivaliers crier de joie devant la grande scène aux blagues de Ben au sujet de la pluie.

Mais je crois que je décernerai une palme spéciale à l'étonnante Madjo. Déjà vue dans la petite salle du Passagers Du Zinc à Avignon, Madjo est aussi à l'aise en festival dans un registre plus enflammé et instrumenté que folk et capela intimiste de l'époque. Une générosité assez incroyable et des morceaux transformés à souhait pour l'occasion, au point de ne pas les renconnaître d'emblée. Ses trois compères sont toujours aussi présents, notamment les deux choristes qui utilisent, ici, bien plus leurs intruments (basse, percussions, ...) que sur scène intimiste. Les lumières diffusées renforcent la densité des morceaux. Une artiste également visiblement extrêmement heureuse d'être présente. Public conquis (enfin celui qui arrive à se réfugier de la pluie sous le chapiteau).
Sur la grande scène, ça sent la fin de festival en folie, avec les deux prochaines scènes proposées : celle de la furie punk de Gorgol Bordello, puis celle de Toots and the Maytals pour clore les trois jours. Gorgol Bordello, c'est le grand n'importe quoi festif et multicolore, qui nous ramène aux bons vieux groupes punk ou rock indé à la Mano Negra, avec une profusion de musiciens aux apparences multiconfessionnelles, hautes en couleur et à la multitude de sons et d'influences. L'immobilité a été rayée de leur dictionnaire, ça va et ça vient, chacun y allant de son avancée en devant de scène en un saut et de repartir de plus belles. Rien de tel pour enflammer un public jeune, qui a tenu jusque là, peut-être vécu 72 heures sur le site, sans toucher terre pour certains, et qui sent venir la fin. Ca pogotte un maximum en devant de scène. Le public gentillement mélangé jusqu'à maintenant, commence radicalement à naturellement se stratifier en cercles concentriques depuis le devant de la scène. Mais ça reste bon enfant. Impossible pour moi de me déplacer assez rapidement pour rejoindre la fosse ou l'avant scène pour quelques clichés de près, la densité du public dansant est désormais telle qu'il est difficile de rallier un point à un autre rapidement. J'assisterai donc à la furie Gorgol Bordello de loin, une scène bouillant de lumière et de mouvements désordonnés aux rythmes ska, punk, latino ou dub.
Juste le temps d'un aller-retour vers la scène Kermarrec, à l'autre bout du site, mais cette fois par les allées-organisation qui relient les différents points du festival ; je me vois mal reparcourir le site, en nageant à contre-courant au travers de la foule dense et de fin de soirée, au risque de rater le début de set de la marocaine Sophia Charaï. Ici, c'est une nouvelle dame qui se produit, une autre diva en quelque sorte, tout en grâce, alliant chanson à texte et musique métissée. Les musiciens distillent une très belle musique jazz et orientale sur laquelle évolue Sophia Charaï tout en peps ou en délicatesse selon les morceaux. Une dame souriante, d'une politesse encore une fois étonnante, devant un public également extrêment varié, qui apprécie malgré l'heure tardive de cette fin de festival.
Retour par le même chemin pour rallier la grande scène. Il est 2 heures du matin. C'est à la barre de dynamite Toots and the Maytals que revient l'honneur de clore le festival. L'honneur et la responsabilité également de ne pas faire retomber le soufflet breton après la cuisson au thermostat Gorgol. La pluie a cessé. 2 heures zéro minutes : les musiciens, aux aspects d'ancêtres vénérés de la soul, du reggae et du funk, font leur entrée sur scène sous l'ovation du public. Après la prestation d'une chanteuse dont je mange le nom, visiblement issue du sérail familial, le leader Toots, un bonhomme, un roc, une armoire, un pilier de la soul comme dans les livres, fait son entrée et déchaîne les foules de sa puissance et de son jeu de scène malgré l'âge, lunettes noires sur le nez, gestuelles appuyées, voix chaude et profonde.
Voilà.
Palme d'or décernée à l'organisation, et aux 1550 bénévoles annoncés, pour la réussite de ce festival impressionnant d'organisation et de luxe d'équipements, et pour la programmation. Certains ont pu trouvé la carte un peu en deçà des années précédentes question têtes d'affiche. Personnellement, je resterai plus marqué par les découvertes que par les stars du moment. Remerciements au staff relations-presse, en particulier, pour leur accueil, spéciale dédicace à Marie.
Mention spéciale à la sécurité "en uniforme" pour leur accueil et leur disponibilité. Carton rouge par contre aux escadrons de sécurité en "civil" qui ont joué les cowboys à chaque fin de journée au regard de l'ambiance bon enfant du festival. Tout le monde peut se tromper, mais j'ai vraiment eu le sentiment de provocation gratuite à deux reprises, histoire sans doute qu'ils se réchauffent ou qu'ils se mettent quelque chose sous la dent. L'évacuation d'un jeune en milieu de public en cours du concert de Lavilliers (si, si : pendant le set de Lavilliers !) m'est apparu complètement dispropotionnée.
Il est 3 heures du matin. Je remonte cette fois vers le parking presse à deux pas... je veux bien faire comme tout le monde le reste du festival, mais là, franchement... Je crois que je me fais vieux.

Troisième et dernier jour du festival du Bout du Monde. Et là, c'est le scenario inverse de la veille que tout le monde redoute : la journée commence avec un superbe ciel bleu mais les différentes prévisions annoncent de l'orage et un déluge de flotte en fin de journée. Préférant me fier aux réflexes météorologiques des gens du cru, je jette quelques oreilles, histoire de me rassurer. Manque de bol, ils confirment le déluge. La question ne sera donc pas de savoir s'il va flotter, mais à quelle heure !
Ouverture des festivités par le Renegades Steel Orchestra de Trinidad. Style fanfare calypso, frappant sur leur bidon et ça leur fait visiblement du bien, le groupe d'une vingtaine de percussionnistes plutôt jeunes sautillent, souriant. A nouveau cette joie d'être présents, joie communicative. Toutefois, passée l'agréable surprise de ce band frappant et bondissant, reprenant parfois des standards du reggae, dont quelques Bob Marley entre autres, de manière assez originales, le tout est finalement assez répétitif à mon goût, à moins que je ne prête pas assez l'oreille aux finesses de frappe et au jeu de scène.
Demi-tour pour rejoindre la très lointaine scène Kermarrec, où s'élance la très souriante Jaqee. Les balances sont déjà à elles seules un véritable spectacle, une première partie à part entière, avec des musiciens intarrissables dès qu'il s'agit de tester quelque chose. L'ingé son a bien du mal à se faire respecter de ces virtuoses reggae qui se livrent à des morceaux instrumentaux interminables dès qu'ils sont lancés, sur le rythme d'un batteur réellement impressionnant ! En tendant l'oreille, on devine même les échanges pince-sans-rire entre ingé son et backliners via les retours : "Je sais pas comment on les arrête... nous non plus..."
Une fois lancée, la germano-suédo-ougandaise Jaqee fait plaisir à voir, toutes dents dehors et regard rieur. Immédiatement dans le bain, Jaqee se lance, en tenue petite-guérilleros-de-la-paix, dans un reggae/soul très entraînant, emportant avec elle une grande partie du public, l'apostrophant de son sourire ou de sa voix. Naturellement retenue devant son pied micro, elle n'en demande pas moins qu'à danser aux quatres coins de la scène et faisant virevolter ses bras aux quatres vents de Crozon dès qu'elle en a la liberté, ses musiciens, dont deux cuivres, l'accompagnant dans cette bonne humeur générale. Belle prestation et montée sur le podium de la bonne humeur communicative.
Aucun commentaire concernant la prestation de Louis Chedid sur la grande scène Landaoudec. Je ferai en particulier comme la presse locale, en n'évoquant sûrement pas la palme de la mégalomanie décernée à Môssieur Chedid (ou sa production) qui fait placer à 1m50 de chaque extrémité du bord de l'immense scène Landaoudec deux adhésifs blancs et donne (ou sa production) comme instructions aux photographes de ne pas dépasser cette limite. Résultat : une quinzaine de photographes et cadreurs retenus dans 2 mètres carré à chaque extrémité d'une scène de 2 mètres de haut. Le tout au moment même où Môssieur se livre au morceau Egomane. En réécoutant ces paroles a posteriori, ça fait doucement sourire, pour ne pas dire plus. Mais non, promis, je n'en parlerai pas. Respect de l'omerta. Mais contrairement à mes collègues, accordez-moi la liberté de ne pas diffuser de photos grand format de Môssieur dans cette chronique, comme dans les éditions du lendemain des quotidiens locaux, au détriment d'images des autres artistes.
Palme de l'énergie et de la transe accordée indéniablement à Susheela Rama. Sous le Chapiteau Cabaret, cette dame qui m'était jusque-là relativement inconnue, qu'elle me pardonne, s'est livrée à un concert réellement étonnant. Le mix de ses influences pop et chants traditionnels doit déjà être une chose en soi (il faut que je me rattrape dès que j'en aurai l'occasion et réécouter tout ça calmement), mais la présence scénique de Susheela Raman est ici réellement phénoménale. Entourée de relativement peu de musiciens et plutôt discrets quoique efficaces, c'est véritablement elle qui fait le show, avec cette sorte de transe communicative, ponctuée d'incantations et d'exhortations adressées au public, au ciel ou à autre chose, allez savoir, dansant, balançant sa chevelure sombre. Au risque de me répéter, la prestation de Susheela Raman sur cette scène cabaret et sous chapiteau donne un sentiment d'exigüité au regard de sa prestation et de la fièvre communiquée au public. Je reste interrogatif sur la programmation de Susheela Raman sur cette scène là, même s'il faut sans douter faire des choix.
Autre phénomène sur la grande scène ici, Madame Oumou Sangaré. Comme lu ici ou là, c'est à une véritable diva à laquelle nous avons à faire là, vêtue d'une superbe tenue blanche, agrémentée d'inombrables bijoux et d'une coiffe qui aura du mal à être domptée sous les assaults du vent de la presqu'île. Spectacle haut en couleur, la malienne est entourée d'une troupe également bondissante et dansante avec instruments traditionnels, et avec notamment deux danseuses choristes et percussionnistes, ainsi qu'un autre percussionniste en devant de la scène. Show complet coloré et rythmé. Une réussite.
Nouvelle galette poulet-curry-patates-riz au stand mauricien, les autres stands Pizza, crêperies bretonnes, tajines et couscous... étant trop pris d’assaut pour mon impatience de joindre la scène Kermarrec. Et nouvelle bière bio bretonne (comment ça, ça va définitivement pas ensemble ? Ok. Note perso aux organisateurs : svp, ajouter à vos différents stands du nourritures du monde, un bar avec des vins du monde. Quelque soit le prix que vous afficherez, je préfèrerai mille fois un tokay hongrois, un Sidi Braim ou un vin argentin à une bière bio bretonne avec mes tacos ou mes galettes poulets-curry).
Nous voilà face à un autre phénomène bondissant, avec un argentin Axel Krygier véritablement sur ressort. Dès le show passé sur 'On', on ne l'arrêtera plus, et ce n'est pas la panne de sampleur du batteur en début de set, rapidement dépanné, qui le retiendra de sautiller sur place, véritablement électrocuté. Impossible de savoir à quoi il carbure, mais il y a sûrement déjà une bonne dose d'élecro-fusion teintée d'accents sud-américains dans le dosage. La voix et le physique sont surprenants au premier abord, avec un petit côté pop des années 80 et une touche à la Sparks sous douche électrifiée. Heureusement que ses différents instruments (claviers, mini-trompette, ...) l'obligent à rester un tant soit peu à sa place, sinon, allez savoir où ses rythmes electro latino le feraient sautiller ?
La palme du "je suis invité à un festival au bout du monde mais je vous fais un show comme à la télé" est attribué sans conteste à Ben l'Oncle Soul, au professionnalisme impeccable et incontestable, quoique l'on pense de l'aura frénétique qu'il dégage auprès de son fan club venu en masse. Rien à dire, c'est carré, nickel, aucune fausse note ou alors j'ai raté quelque chose. Idem : dès que le show est sur 'On', on ne retient pas le bondissant Ben, à la tenue de scène et aux mimiques tirées à quatre épingle. C'est millimétré. Il y en a pour tout le monde, à gauche à droite, au fond, une posture et un sourire à chaque photographe. C'est pro et indéniablement efficace et les bouchons auditifs distribués par les membres de la sécurité (si, si) ne sont pas pour le niveau sonore de la musique mais plus pour les cris et les chants des fans. Le renfort dont bénéficie Ben l'Oncle Soul composé de ses deux danseurs énergiques et de ses musiciens augmente encore le sentiment de show télévisuel. Non, de show tout court après tout. Respect oblige. Malgré le déluge d'eau qui se déverse finalement sur les festivaliers en fin de concert et le début des sets sur les deux autres scènes dans la foulée. Depuis mon abri dans l'espace presse (sauvegarde du matériel photo oblige), on entend néanmoins les festivaliers crier de joie devant la grande scène aux blagues de Ben au sujet de la pluie.

Mais je crois que je décernerai une palme spéciale à l'étonnante Madjo. Déjà vue dans la petite salle du Passagers Du Zinc à Avignon, Madjo est aussi à l'aise en festival dans un registre plus enflammé et instrumenté que folk et capela intimiste de l'époque. Une générosité assez incroyable et des morceaux transformés à souhait pour l'occasion, au point de ne pas les renconnaître d'emblée. Ses trois compères sont toujours aussi présents, notamment les deux choristes qui utilisent, ici, bien plus leurs intruments (basse, percussions, ...) que sur scène intimiste. Les lumières diffusées renforcent la densité des morceaux. Une artiste également visiblement extrêmement heureuse d'être présente. Public conquis (enfin celui qui arrive à se réfugier de la pluie sous le chapiteau).
Sur la grande scène, ça sent la fin de festival en folie, avec les deux prochaines scènes proposées : celle de la furie punk de Gorgol Bordello, puis celle de Toots and the Maytals pour clore les trois jours. Gorgol Bordello, c'est le grand n'importe quoi festif et multicolore, qui nous ramène aux bons vieux groupes punk ou rock indé à la Mano Negra, avec une profusion de musiciens aux apparences multiconfessionnelles, hautes en couleur et à la multitude de sons et d'influences. L'immobilité a été rayée de leur dictionnaire, ça va et ça vient, chacun y allant de son avancée en devant de scène en un saut et de repartir de plus belles. Rien de tel pour enflammer un public jeune, qui a tenu jusque là, peut-être vécu 72 heures sur le site, sans toucher terre pour certains, et qui sent venir la fin. Ca pogotte un maximum en devant de scène. Le public gentillement mélangé jusqu'à maintenant, commence radicalement à naturellement se stratifier en cercles concentriques depuis le devant de la scène. Mais ça reste bon enfant. Impossible pour moi de me déplacer assez rapidement pour rejoindre la fosse ou l'avant scène pour quelques clichés de près, la densité du public dansant est désormais telle qu'il est difficile de rallier un point à un autre rapidement. J'assisterai donc à la furie Gorgol Bordello de loin, une scène bouillant de lumière et de mouvements désordonnés aux rythmes ska, punk, latino ou dub.
Juste le temps d'un aller-retour vers la scène Kermarrec, à l'autre bout du site, mais cette fois par les allées-organisation qui relient les différents points du festival ; je me vois mal reparcourir le site, en nageant à contre-courant au travers de la foule dense et de fin de soirée, au risque de rater le début de set de la marocaine Sophia Charaï. Ici, c'est une nouvelle dame qui se produit, une autre diva en quelque sorte, tout en grâce, alliant chanson à texte et musique métissée. Les musiciens distillent une très belle musique jazz et orientale sur laquelle évolue Sophia Charaï tout en peps ou en délicatesse selon les morceaux. Une dame souriante, d'une politesse encore une fois étonnante, devant un public également extrêment varié, qui apprécie malgré l'heure tardive de cette fin de festival.
Retour par le même chemin pour rallier la grande scène. Il est 2 heures du matin. C'est à la barre de dynamite Toots and the Maytals que revient l'honneur de clore le festival. L'honneur et la responsabilité également de ne pas faire retomber le soufflet breton après la cuisson au thermostat Gorgol. La pluie a cessé. 2 heures zéro minutes : les musiciens, aux aspects d'ancêtres vénérés de la soul, du reggae et du funk, font leur entrée sur scène sous l'ovation du public. Après la prestation d'une chanteuse dont je mange le nom, visiblement issue du sérail familial, le leader Toots, un bonhomme, un roc, une armoire, un pilier de la soul comme dans les livres, fait son entrée et déchaîne les foules de sa puissance et de son jeu de scène malgré l'âge, lunettes noires sur le nez, gestuelles appuyées, voix chaude et profonde.
Voilà.
Palme d'or décernée à l'organisation, et aux 1550 bénévoles annoncés, pour la réussite de ce festival impressionnant d'organisation et de luxe d'équipements, et pour la programmation. Certains ont pu trouvé la carte un peu en deçà des années précédentes question têtes d'affiche. Personnellement, je resterai plus marqué par les découvertes que par les stars du moment. Remerciements au staff relations-presse, en particulier, pour leur accueil, spéciale dédicace à Marie.
Mention spéciale à la sécurité "en uniforme" pour leur accueil et leur disponibilité. Carton rouge par contre aux escadrons de sécurité en "civil" qui ont joué les cowboys à chaque fin de journée au regard de l'ambiance bon enfant du festival. Tout le monde peut se tromper, mais j'ai vraiment eu le sentiment de provocation gratuite à deux reprises, histoire sans doute qu'ils se réchauffent ou qu'ils se mettent quelque chose sous la dent. L'évacuation d'un jeune en milieu de public en cours du concert de Lavilliers (si, si : pendant le set de Lavilliers !) m'est apparu complètement dispropotionnée.
Il est 3 heures du matin. Je remonte cette fois vers le parking presse à deux pas... je veux bien faire comme tout le monde le reste du festival, mais là, franchement... Je crois que je me fais vieux.
Signature : flagle 12/08/2011
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