Critique de concert (mes) Eurockéennes 2010 3/3 : Rien, Gallows, Julian Casablancas, LCD Soundsystem, Wovenhand & Muzsikas, Empire of the Sun, Massive Attack

Le samedi, c'est par ici !

Se remotiver pour le dimanche est toujours une petite épreuve. Outre le sentiment de satiété qui finit généralement par apparaître après deux grosses journées de festival, c'est là que le corps du (largement) trentenaire a tendance à lui rappeler qu'il n'est plus un petit con de 20 ans capable d'enchaîner les journées comme qui rigole, en dormant 3 heures au camping. Quand en plus on a rien à lui proposer en entrée... Enfin Rien, le groupe quoi ! Un groupe français de post-rock assez plaisant, à 2 batteries mais pas de chanteur, avec guitares planantes au son stratosphérique, et du Korg saturé. Leur set assez court comporte de très bons passages noise, mais se finit curieusement sur un morceau plus lent, un peu mou. Au final on les a trouvés un peu autistes quand même - quelqu'un leur a interdit de dire merci ou au-revoir peut-être ?
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Retour sous chapiteau, à la fraîche, pour un set très énervé des Gallows, des lads punk angliches en t-shirt blanc cintré, avec de vraies tronches à claques (bon, cela étant, on a pas vraiment envie de les faire chier...) qui jouent du metal avec un son lorgnant sur l'indus. Par moments, on pense à Ministry (London is the reason, jouée dès le début). Ils sont emmenés par un certain Franck Carter, petite boule de nerf rouquine tatouée jusqu'aux oreilles et très arrogant au départ, du genre qui ne tolère pas qu'on puisse glander en l'écoutant. Finalement il s'avèrera plus sympa que prévu (c'est le seul à avoir remercié la sécurité, quand même !), mais aussi très exigeant.

Il va nous faire hurler, taper des mains, se bousculer pour les plus motivés, et même, déclencher le plus beau mosh-pit tournant que j'aie jamais vu, après avoir fait vider presque la moitié de la surface du chapiteau (voir la vidéo par ailleurs). Enorme ! Musicalement, parmi un flot de chansons qui se ressemblent pas mal, un titre sort du lot : The vulture (I & II), départ chanté seul avec une guitare, et final pogo étonnament mélodieux et assez surpuissant. A signaler aussi pour finir, une reprise sympa d'I Fought the Law... après nous avoir menacé de cogner ceux qui ne reconnaitraient pas. Assommant donc, mais un peu dans tous les sens du terme.

On avait pas réellement été bouleversé par The Strokes il y a 4 ans. Mais leur musique, tout comme l'album solo de Julian Casablancas, comporte quelques passages puissants et mélodieux, renouvelant vigoureusement le rock velvetien, et le type a une voix métallique si fascinante qu'on l'écouterait lire la Bible, s'il le fallait. Fort de cet atout, il se pointe sur scène avec 6 personnes et surtout, de loin le look le plus ignoble qu'on ait pu voir sur l'ensemble des festivaliers (et dieu sait qu'il y en a des gratinés...). Pantalon et veste rouge abjecte, basket montantes à la Bon Jovi, mèche latérale décolorée et coupe de cheveux à l'avenant, peau grasse, collection de montres et de bracelets cheap, t-shirt à hurler de peur : rien ne manque !

Un crève-coeur, quand on aperçoit par ailleurs sur l'écran la magnifique guitariste/batteuse qui se cache dans le fond de la scène... Comme sur son disque, parmi des longueurs avérées, quelques mélodies dépotent sacrément et emportent l'adhésion : Rivers of Brakelights (qui lorgne un peu vers Muse quand même), et son slow Chords of the Apocalypse. Mais surtout on doit confesser un pied total, malgré une performance écourtée et très statique, sur le titre introductif du disque, Out of the Blue, single putassier à mort (mais dans le meilleur sens du terme), qui nous transforme en pisseuses se tortillant dans un jean slim. Finir sur sa meilleure chanson quand on a vaguement foiré un concert, ça au moins c'est très pro, Mister C. !

Retour au plus attendu aujourd'hui : LCD Soundsystem, le groupe-projet électro de Mr James Murphy ! Ce garçon, outre avoir un physique très quelconque et donc rassurant pour les spectateurs très quelconques que nous sommes, dans son t-shirt blanc informe, a amené avec lui un gang de 6 accompagnateurs/trices, qui va nous entraîner dans un vortex proprement fantastique, enchaînant des morceaux à la montée diaboliquement indétectable, appuyés sur sa voix tour à tour déglinguée, ou assurée et classieuse. On met quelques minutes à y entrer (comme dans ses albums), juste le temps que le cerveau se mette au diapason et que les genoux prennent le rythme. Et c'est parti pour 60 minutes épuisantes et euphoriques, où les batteries les plus martiales répondent aux claviers les plus guillerets et aux riffs de guitare les plus graisseux !

Us vs Them nous chauffe au fer rouge, un titre franchement "aérobic" nous tue les genoux, One Touch nous électrise le poil, Drunk Girls nous rend proprement dingues (comme tout le monde autour d'ailleurs), d'autres titres pas reconnus maintiennent le palpitant à 120... Et pour finir, un métronomique Yeah (découvert ce jour-là) qui ne finit jamais, appuyé sur le batteur (robotique, androïde, dopé ou amphétaminé, mystère) qui semble ne jamais devoir s'arrêter de jouer... Wouaouh, 10 minutes de délire corporel pur, et sans produit chimique ! Petits regrets, pas de You Wanted a Hit ni de la très Bowie All I want, ni même de l'émouvante Someone Great. Mais bon, aurait-on pu survivre à plus d'une heure dans un tel shaker à tubes ? On aura qu'à se débrouiller pour le voir en salle, et puis voilà ! Enfin sauf s'il arrête les tournées comme il l'a annoncé, ce qui serait bien triste...

On a pris bien soin de ne pas rester plus de trois minutes à Mika (et encore, juste pour acheter à manger !), puisque c'est la faute de goût annuelle du festival (mon filleul l'adore, mais à 6 ans il est encore un peu petit pour les Eurocks...), pour aller vite se réfugier, le cul dans le sable, sur la Plage. Nous y attendent Woven Hand, le groupe de folk mystique du prêcheur David Eugene Edwards, qui alterne ses titres lancinants avec de curieux intermèdes tziganes, joués par un autre groupe, Muzsikäs. Sans vraiment, hélas, qu'ils ne jouent ensemble ou que la transe habituelle ne prenne, faute d'enchaînements suffisants de l'ancien leader de 16 Horsepower. On flâne en tout cas dans le sable en contemplant un couple très amoureux (on partira avant que ça vire aux cochonneries, ils semblent très inspirés par cette fin de journée romantique au bord de l'eau !). Concert trop court et collaboration pas assez travaillée, dommage.
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Il reste, avant la tête d'affiche, à se taper un groupe à la fois drôle (enfin, dix minutes...) et proprement immonde (là, ça ne prend que 30 secondes pour s'en rendre compte), le trio australien d'Empire of the Sun. Leur électro-pop est anti-musical au possible, après avoir regardé avec intérêt les danseuses moulées très près du corps changer 3 fois de tenue - mais pas vraiment de chorégraphie, il s'avère que le trio déguisé est franchement insupportable. Le chanteur, avec son faux air de frère Bogdanov, et ses acolytes, portent les déguisements le plus kitsch qu'on ait vu depuis Tokio Hotel ! Vite, vite, on s'enfuit avant que nos bières du jour ne commencent à vouloir s'échapper, pour boucher la fuite qui menace d'un flammekueche de bon aloi ! 5 euros, délicieux et pratiquement pas d'attente, c'est toujours le bon plan du festival...
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Place pour finir, au concert de Massive Attack, one-man-band fabuleux sur disque, mais dont les performances sur scène en 2003 et 2008, nous ont toujours laissé un sentiment étrange : celui d'un manque de cohésion autour de son leader historique, Robert del Naja, et de son pote Grant Marshall. Ce soir va nous faire définitivement changer d'avis. Le départ est punchy, tout en grosses basses, avec les musiciens planqués derrière leurs machines et une faible lumière bleue, immédiatement suivi par un de ces titres lents et fascinant chanté de la voix atonale de 3 D, Risingson (pas facile à retrouver, celui-là !)
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Mais voilà qu'arrive leur meilleur chanteur, ce bon vieux Horace Andy - le concert commence vraiment à ce moment-là, à l'écoute de sa voix fluette et superbe, pour Girl I Love You, titre majeur du dernier Heligoland. Des chiffres géopolitiques commencent à défiler, comme à l'accoutumée, tout comme des manchettes d'infos françaises (y compris la phrase désormais célèbre de Nicolas Anelka) - le mystère demeure pour savoir comment ils font pour savoir exactement de quoi parlent les médias des pays visités... On reconnaitra aussi certains visuels plus anciens, comme des horaires d'avion qui datent de ... 2002. En tout cas l'habillage finit de rendre captivant une musique qui le serait déjà sans aucun gadget.
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Et c'est alors que notre coeur chavire à l'entrée en scène de la belle, que dis-je, de la sublime Martina Topley-Bird en robe de soirée (ratée plus tôt dans l'après-midi en solo) pour un Psyche qui prend ici sa pleine mesure émotionnelle, pourtant jouée en version guitare seule. Cette bulle de chaleur étant crevée par le retour de 3 D au chant (la belle salue et s'en va gracieusement), pour jouer Future Proof, l'un de nos titres préférés entre tous (issu du sous-estimé 100th Window). Nous achevons de nous décomposer devant le retour de la miss pour un Teardrop sensuel en diable... et à nouveau un froid jeté par un titre pas retrouvé de Mezzanine avec une basse incroyable.
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Pic du concert parmi d'autres, un Angel glacial et tellurique, par Horace bien sûr, musique idéale pour une apocalypse nucléaire... Suivie par un baume apaisant, Safe from Harm, vieille chanson pourtant archi-entendue mais que j'avais totalement oubliée, qui agit du coup comme une madeleine de Proust, délicate et sucrée. C'est une nouvelle chanteuse black qui a remplacé la précédente (ils ont aussi opportunément viré une blonde qui ne nous avait pas laissé un grand souvenir). Et comme chaque fois, ce moment de grâce est puni de plusieurs minutes d'infrabasses et de voix atones, qui font vibrer un autre organe de notre corps : après le coeur, la cage thoracique ...
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La jolie Splitting the Atom est l'occasion unique de voir les trois chanteurs sur scène en même temps : aigrelet, grave, et atone, le mélange est magnifique. Presque arrivés au dessert, nous avons droit au grand classique Unfinished Sympathy, toujours par la nouvelle chanteuse, et qui va carrément nous flanquer une chair de poule des enfers ! Le dernier pour la route sera Pray for Rain, sans Tunde Adebimpe mais avec Grant Marshall, au final plus dansante que ce qu'on aurait cru. On repart relativement bouleversés par un concert superbe qui, contrairement au précédent de 2008, donne vraiment l'impression que le groupe est reparti du bon pied, en ordre de marche autour de son leader pour une longue tournée qui va encore repasser plusieurs fois en France cette année. Hallelujah ! Heligoland !

Rideau idéal, avec un concert vraiment magnifique, sur une 22ième édition qui n'est sans doute pas la plus belle qu'on ait faite, mais qui a réservé un joli lot de beaux moments tout de même, entre confirmations et surprises. A peine deux sensations dégonflées sur scène, et une seule horreur absolue (Charlotte, The XX et Empire of the Sun), qui n'ont pas suffi à entacher un bel enchaînement des artistes parmi les plus excitants du moment. Quand à la jauge sold-out non atteinte, on ne peut pas dire que les 5000 personnes en moins nous aient manqué : ce fut au contraire un vrai plaisir d'aller et venir si facilement sur le site cette année !

Petit bémol, dû à ces temps de crise peut-être : il n'y a plus de décoration sur le site en 2010 (c'était pourtant toujours agréable de les découvrir...), il a aussi manqué cruellement des écrans sous le chapiteau (c'était pourtant bien pratique...) et même le matériel pour filmer semblait plus light cette année (pas de caméra grue, a priori pas de film sur les petites scènes...). Rien de tout ça n'est vital pour passer un bon festival mais quand même, on a remarqué que ça manquait, à partir du moment où ça a disparu !
Sans rancune, on souhaitera néanmoins comme à l'accoutumée une Longue Vie aux Eurockéennes, espérant atteindre l'an prochain les 18 ans de vie commune, et aussi... un cul qui pèle au Arras Live Nation Festival (le seul festival où il reste des places tous les jours, la veille, et qui est complètement sold out, juste après... voleurs et menteurs, bravo !) Diiiiiiiiie, you gonna diiiiiiiiiiie, allright !

Bonus, notre photo : victimes des restrictions budgétaires de la RGPP dans l'Education nationale, les jeunes d'aujourd'hui ne sont même plus capables de compter jusqu'à un... et sombrent ainsi bêtement dans l'alcoolisme.
(Photos par Andy Trax, illustrations par Philippe, quelques vidéos par ici)
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Flashback : Chroniques de (mes) Eurockéennes 2009, 2008, 2007, 2006, 2005, 2004, 2003.... et plus anciennes encore (sans discontinuité, méfiez-vous des imitations !), en trois parties à partir de 1994.
Se remotiver pour le dimanche est toujours une petite épreuve. Outre le sentiment de satiété qui finit généralement par apparaître après deux grosses journées de festival, c'est là que le corps du (largement) trentenaire a tendance à lui rappeler qu'il n'est plus un petit con de 20 ans capable d'enchaîner les journées comme qui rigole, en dormant 3 heures au camping. Quand en plus on a rien à lui proposer en entrée... Enfin Rien, le groupe quoi ! Un groupe français de post-rock assez plaisant, à 2 batteries mais pas de chanteur, avec guitares planantes au son stratosphérique, et du Korg saturé. Leur set assez court comporte de très bons passages noise, mais se finit curieusement sur un morceau plus lent, un peu mou. Au final on les a trouvés un peu autistes quand même - quelqu'un leur a interdit de dire merci ou au-revoir peut-être ?
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Retour sous chapiteau, à la fraîche, pour un set très énervé des Gallows, des lads punk angliches en t-shirt blanc cintré, avec de vraies tronches à claques (bon, cela étant, on a pas vraiment envie de les faire chier...) qui jouent du metal avec un son lorgnant sur l'indus. Par moments, on pense à Ministry (London is the reason, jouée dès le début). Ils sont emmenés par un certain Franck Carter, petite boule de nerf rouquine tatouée jusqu'aux oreilles et très arrogant au départ, du genre qui ne tolère pas qu'on puisse glander en l'écoutant. Finalement il s'avèrera plus sympa que prévu (c'est le seul à avoir remercié la sécurité, quand même !), mais aussi très exigeant.

Il va nous faire hurler, taper des mains, se bousculer pour les plus motivés, et même, déclencher le plus beau mosh-pit tournant que j'aie jamais vu, après avoir fait vider presque la moitié de la surface du chapiteau (voir la vidéo par ailleurs). Enorme ! Musicalement, parmi un flot de chansons qui se ressemblent pas mal, un titre sort du lot : The vulture (I & II), départ chanté seul avec une guitare, et final pogo étonnament mélodieux et assez surpuissant. A signaler aussi pour finir, une reprise sympa d'I Fought the Law... après nous avoir menacé de cogner ceux qui ne reconnaitraient pas. Assommant donc, mais un peu dans tous les sens du terme.

On avait pas réellement été bouleversé par The Strokes il y a 4 ans. Mais leur musique, tout comme l'album solo de Julian Casablancas, comporte quelques passages puissants et mélodieux, renouvelant vigoureusement le rock velvetien, et le type a une voix métallique si fascinante qu'on l'écouterait lire la Bible, s'il le fallait. Fort de cet atout, il se pointe sur scène avec 6 personnes et surtout, de loin le look le plus ignoble qu'on ait pu voir sur l'ensemble des festivaliers (et dieu sait qu'il y en a des gratinés...). Pantalon et veste rouge abjecte, basket montantes à la Bon Jovi, mèche latérale décolorée et coupe de cheveux à l'avenant, peau grasse, collection de montres et de bracelets cheap, t-shirt à hurler de peur : rien ne manque !

Un crève-coeur, quand on aperçoit par ailleurs sur l'écran la magnifique guitariste/batteuse qui se cache dans le fond de la scène... Comme sur son disque, parmi des longueurs avérées, quelques mélodies dépotent sacrément et emportent l'adhésion : Rivers of Brakelights (qui lorgne un peu vers Muse quand même), et son slow Chords of the Apocalypse. Mais surtout on doit confesser un pied total, malgré une performance écourtée et très statique, sur le titre introductif du disque, Out of the Blue, single putassier à mort (mais dans le meilleur sens du terme), qui nous transforme en pisseuses se tortillant dans un jean slim. Finir sur sa meilleure chanson quand on a vaguement foiré un concert, ça au moins c'est très pro, Mister C. !

Retour au plus attendu aujourd'hui : LCD Soundsystem, le groupe-projet électro de Mr James Murphy ! Ce garçon, outre avoir un physique très quelconque et donc rassurant pour les spectateurs très quelconques que nous sommes, dans son t-shirt blanc informe, a amené avec lui un gang de 6 accompagnateurs/trices, qui va nous entraîner dans un vortex proprement fantastique, enchaînant des morceaux à la montée diaboliquement indétectable, appuyés sur sa voix tour à tour déglinguée, ou assurée et classieuse. On met quelques minutes à y entrer (comme dans ses albums), juste le temps que le cerveau se mette au diapason et que les genoux prennent le rythme. Et c'est parti pour 60 minutes épuisantes et euphoriques, où les batteries les plus martiales répondent aux claviers les plus guillerets et aux riffs de guitare les plus graisseux !

Us vs Them nous chauffe au fer rouge, un titre franchement "aérobic" nous tue les genoux, One Touch nous électrise le poil, Drunk Girls nous rend proprement dingues (comme tout le monde autour d'ailleurs), d'autres titres pas reconnus maintiennent le palpitant à 120... Et pour finir, un métronomique Yeah (découvert ce jour-là) qui ne finit jamais, appuyé sur le batteur (robotique, androïde, dopé ou amphétaminé, mystère) qui semble ne jamais devoir s'arrêter de jouer... Wouaouh, 10 minutes de délire corporel pur, et sans produit chimique ! Petits regrets, pas de You Wanted a Hit ni de la très Bowie All I want, ni même de l'émouvante Someone Great. Mais bon, aurait-on pu survivre à plus d'une heure dans un tel shaker à tubes ? On aura qu'à se débrouiller pour le voir en salle, et puis voilà ! Enfin sauf s'il arrête les tournées comme il l'a annoncé, ce qui serait bien triste...
On a pris bien soin de ne pas rester plus de trois minutes à Mika (et encore, juste pour acheter à manger !), puisque c'est la faute de goût annuelle du festival (mon filleul l'adore, mais à 6 ans il est encore un peu petit pour les Eurocks...), pour aller vite se réfugier, le cul dans le sable, sur la Plage. Nous y attendent Woven Hand, le groupe de folk mystique du prêcheur David Eugene Edwards, qui alterne ses titres lancinants avec de curieux intermèdes tziganes, joués par un autre groupe, Muzsikäs. Sans vraiment, hélas, qu'ils ne jouent ensemble ou que la transe habituelle ne prenne, faute d'enchaînements suffisants de l'ancien leader de 16 Horsepower. On flâne en tout cas dans le sable en contemplant un couple très amoureux (on partira avant que ça vire aux cochonneries, ils semblent très inspirés par cette fin de journée romantique au bord de l'eau !). Concert trop court et collaboration pas assez travaillée, dommage.
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Il reste, avant la tête d'affiche, à se taper un groupe à la fois drôle (enfin, dix minutes...) et proprement immonde (là, ça ne prend que 30 secondes pour s'en rendre compte), le trio australien d'Empire of the Sun. Leur électro-pop est anti-musical au possible, après avoir regardé avec intérêt les danseuses moulées très près du corps changer 3 fois de tenue - mais pas vraiment de chorégraphie, il s'avère que le trio déguisé est franchement insupportable. Le chanteur, avec son faux air de frère Bogdanov, et ses acolytes, portent les déguisements le plus kitsch qu'on ait vu depuis Tokio Hotel ! Vite, vite, on s'enfuit avant que nos bières du jour ne commencent à vouloir s'échapper, pour boucher la fuite qui menace d'un flammekueche de bon aloi ! 5 euros, délicieux et pratiquement pas d'attente, c'est toujours le bon plan du festival...
Place pour finir, au concert de Massive Attack, one-man-band fabuleux sur disque, mais dont les performances sur scène en 2003 et 2008, nous ont toujours laissé un sentiment étrange : celui d'un manque de cohésion autour de son leader historique, Robert del Naja, et de son pote Grant Marshall. Ce soir va nous faire définitivement changer d'avis. Le départ est punchy, tout en grosses basses, avec les musiciens planqués derrière leurs machines et une faible lumière bleue, immédiatement suivi par un de ces titres lents et fascinant chanté de la voix atonale de 3 D, Risingson (pas facile à retrouver, celui-là !)
Mais voilà qu'arrive leur meilleur chanteur, ce bon vieux Horace Andy - le concert commence vraiment à ce moment-là, à l'écoute de sa voix fluette et superbe, pour Girl I Love You, titre majeur du dernier Heligoland. Des chiffres géopolitiques commencent à défiler, comme à l'accoutumée, tout comme des manchettes d'infos françaises (y compris la phrase désormais célèbre de Nicolas Anelka) - le mystère demeure pour savoir comment ils font pour savoir exactement de quoi parlent les médias des pays visités... On reconnaitra aussi certains visuels plus anciens, comme des horaires d'avion qui datent de ... 2002. En tout cas l'habillage finit de rendre captivant une musique qui le serait déjà sans aucun gadget.
Et c'est alors que notre coeur chavire à l'entrée en scène de la belle, que dis-je, de la sublime Martina Topley-Bird en robe de soirée (ratée plus tôt dans l'après-midi en solo) pour un Psyche qui prend ici sa pleine mesure émotionnelle, pourtant jouée en version guitare seule. Cette bulle de chaleur étant crevée par le retour de 3 D au chant (la belle salue et s'en va gracieusement), pour jouer Future Proof, l'un de nos titres préférés entre tous (issu du sous-estimé 100th Window). Nous achevons de nous décomposer devant le retour de la miss pour un Teardrop sensuel en diable... et à nouveau un froid jeté par un titre pas retrouvé de Mezzanine avec une basse incroyable.
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Pic du concert parmi d'autres, un Angel glacial et tellurique, par Horace bien sûr, musique idéale pour une apocalypse nucléaire... Suivie par un baume apaisant, Safe from Harm, vieille chanson pourtant archi-entendue mais que j'avais totalement oubliée, qui agit du coup comme une madeleine de Proust, délicate et sucrée. C'est une nouvelle chanteuse black qui a remplacé la précédente (ils ont aussi opportunément viré une blonde qui ne nous avait pas laissé un grand souvenir). Et comme chaque fois, ce moment de grâce est puni de plusieurs minutes d'infrabasses et de voix atones, qui font vibrer un autre organe de notre corps : après le coeur, la cage thoracique ...
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La jolie Splitting the Atom est l'occasion unique de voir les trois chanteurs sur scène en même temps : aigrelet, grave, et atone, le mélange est magnifique. Presque arrivés au dessert, nous avons droit au grand classique Unfinished Sympathy, toujours par la nouvelle chanteuse, et qui va carrément nous flanquer une chair de poule des enfers ! Le dernier pour la route sera Pray for Rain, sans Tunde Adebimpe mais avec Grant Marshall, au final plus dansante que ce qu'on aurait cru. On repart relativement bouleversés par un concert superbe qui, contrairement au précédent de 2008, donne vraiment l'impression que le groupe est reparti du bon pied, en ordre de marche autour de son leader pour une longue tournée qui va encore repasser plusieurs fois en France cette année. Hallelujah ! Heligoland !
Rideau idéal, avec un concert vraiment magnifique, sur une 22ième édition qui n'est sans doute pas la plus belle qu'on ait faite, mais qui a réservé un joli lot de beaux moments tout de même, entre confirmations et surprises. A peine deux sensations dégonflées sur scène, et une seule horreur absolue (Charlotte, The XX et Empire of the Sun), qui n'ont pas suffi à entacher un bel enchaînement des artistes parmi les plus excitants du moment. Quand à la jauge sold-out non atteinte, on ne peut pas dire que les 5000 personnes en moins nous aient manqué : ce fut au contraire un vrai plaisir d'aller et venir si facilement sur le site cette année !
Petit bémol, dû à ces temps de crise peut-être : il n'y a plus de décoration sur le site en 2010 (c'était pourtant toujours agréable de les découvrir...), il a aussi manqué cruellement des écrans sous le chapiteau (c'était pourtant bien pratique...) et même le matériel pour filmer semblait plus light cette année (pas de caméra grue, a priori pas de film sur les petites scènes...). Rien de tout ça n'est vital pour passer un bon festival mais quand même, on a remarqué que ça manquait, à partir du moment où ça a disparu !
Sans rancune, on souhaitera néanmoins comme à l'accoutumée une Longue Vie aux Eurockéennes, espérant atteindre l'an prochain les 18 ans de vie commune, et aussi... un cul qui pèle au Arras Live Nation Festival (le seul festival où il reste des places tous les jours, la veille, et qui est complètement sold out, juste après... voleurs et menteurs, bravo !) Diiiiiiiiie, you gonna diiiiiiiiiiie, allright !

Bonus, notre photo : victimes des restrictions budgétaires de la RGPP dans l'Education nationale, les jeunes d'aujourd'hui ne sont même plus capables de compter jusqu'à un... et sombrent ainsi bêtement dans l'alcoolisme.
(Photos par Andy Trax, illustrations par Philippe, quelques vidéos par ici)
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Flashback : Chroniques de (mes) Eurockéennes 2009, 2008, 2007, 2006, 2005, 2004, 2003.... et plus anciennes encore (sans discontinuité, méfiez-vous des imitations !), en trois parties à partir de 1994.
Signature : Philippele 06/07/2010
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Photographe : andy trax
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>> Réponse (le 09/07/2010 par Becky)

Bravo pour cette chronique qui fait revivre le festival et surtout vivre aux personnes travaillant, n'ayant pu réellement profiter des concerts ;-) Pour le mystère Massive Attack, j'ai la réponse ;-) Longue vie à vous ! A l'année prochaine !!! > Réagir à cette critique

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