Critique de concert Klaxons + MGMT + Eagles Of Death Metal + Prodigy + Them Crooked Vultures + Metric + Macy Gray + Lilly Wood And The Prick (Rock en Seine 2009)


Dernière journée du festival Rock en Seine au Parc de Saint-Cloud, toujours sous le soleil et avec des problèmes récurrents de poussières dès que la foule se déplace… Après deux bonnes journées de concerts, la tendance se confirme le dimanche, avec une belle série de sets bien envoyés (Them Crooked Vultures, Metric, Klaxons, Eagles Of Death Metal, MGMT… ) et quelques "ratages", minoritaires (Prodigy). Les 97 000 festivaliers (un record !) qui ont assisté aux concerts donné dans le cadre du festival francilien sont semble-t-il repartis ravis, malgré Oasis et la poussière. Rendez-vous l’année prochaine, avec une prog offrant quelques découvertes, des artistes classieux et, bien sur, du consensuel pour les masses ! Maintenant, il ne reste plus aux organisateurs qu’à se creuser les méninges pour trouver des têtes d’affiche des années 2000 et pas des années 90… ça serait mieux, car Faith No More, Oasis, Offspring et Prodigy la même année, c’était un peu trop.

Metric
Quoi de mieux comme mise en jambes qu’un concert de pop new wave des Canadiens de Metric ? Parfaits pour partir sur les chapeaux de roue, la chanteuse Emily Haines et ses hommes de mains pas maladroits (guitare, basse, batterie, synthés) proposent un set concis, rentre dedans et sexy. La voix de la jolie Emily et ses petits pas de danses aériens y sont pour beaucoup. Sosie d’Uma Thurman dans Kill Bill de Quentin Tatentino, la vocaliste de Metric envoie une belle série de coups au foie, d’uppercuts au menton, de crochets à la pommette et high kicks pleine face en direction du public, qui tombe KO sur place devant une telle série de tubes bâtis pour séduire. Tout cela est fait sans prétention, avec conviction, en dégageant une saine (high) énergie et procure la dose de tonus nécessaire pour sautiller de joie dans les allées de Rock en Seine dès 15h. Merci !

Lilly Wood And The Prick
Juste après, un tout jeune groupe parisien fait plutôt bonne impression avec un set délicat, groovy et simple : Lilly Wood And The Prick. Il reste beaucoup de chemin à parcourir pour devenir des bêtes de scène mais la troupe un peu bricolo sait écrire et interpréter avec un talent certain des morceaux entre pop, électro et soul. Comme la voix façon soul noire de la chanteuse est très agréable à entendre et que tout cela parait sans prétention et sincère, on dit banco. Cette jolie petite découverte qu’est Lilly Wood And The Prick a en plus l’excellente idée de reprendre de manière décalée et réussie l’immense L.E.S. Artistes de Santogold. Cela nous rappelle la route ensoleillée des vacances de l’année dernière en compagnie de notre dulcinée… Sympa.
Macy Gray
Si Macy Gray a toujours un magnifique voix rocailleuse et quelques tubes dont elle a le secret dans son escarcelle, il faut avouer qu’en 2009 elle parait un peux à la traîne derrière Santigold et Amy Winehouse. Entre modernité et esprit soul jazz rhytm and blues, elle n’a pas choisi, ce qui donne des arrangements parfois bancals et souvent trop fournis. Car c’est dans la plus grande simplicité (de l’accompagnement et de la structure des morceaux, souvent trop alambiqués) que sa voix fait le plus d’effet. Toutefois, même si cela arrive trop peu lors de ce concert à Rock en Seine, Macy Gray monte en puissance lors de son show et garde le meilleur pour la fin. A la grande joie du public (qu’elle qualifie de "sexy people"), qui fait la fête à Macy lors de ce très bel après midi dominical.

Eagles Of Death Metal
Malgré ses cotés démago et un peu lourdingue, sa passion pour George Bush et les armes à feu (quel crétin de beauf Ricain !), Jesse Hugues et ses Eagles Of Death Metal nous ont encore une fois réjoui lors de leur court show à Rock en Seine. Quand on joue avec autant de verve des morceaux aussi percutants, c’est vrai qu’il est difficile de rater un concert. Tous les morceaux se ressemblent, les riffs sont toujours piqués aux Stones, à T. Rex ou à AC/DC, les textes parlent sempiternellement de sexe avec des jeunes filles à la jambe leste : tout cela n’est pas très finaud, mais qu’est ce que ça fait du bien, ce grand défouloir ! Entraînant une régression jubilatoire, Eagles Of Death Metal font taper du pied, lever les bras et hurler leur public. Le cameraman qui filme pour les deux écrans de la grande scène essaie de pousser des jeunes filles à enlever le haut (voire le bas) en les mettant à l’honneur mais rien n’y fait, on n’est pas à un concert de Motley Crue dans le Middle West non plus, hein ! Pour ceux qui ne sont pas abonnés à Magic, Technikart, Elle, Modes & travaux ou à d'autres publications coincées du cul, tout cela donne des envies épicées. Notre voisine nous avoue d'ailleurs avec un grand sourire coquin que la moustache rousse de Jesse Hugues (qu’il vient juste de peigner complaisamment) lui donne envie d’un petit broute minou des familles, et c’est son droit le plus strict, non ? Pour éviter d’être trop explicite, nous ne dirons pas quel désir la chanson Gotta Feeling (Just Nineten) fait surgir en nous… Toujours est il que Cherry Cola, I Wanne Be in LA (avec Josh Homme aux chœurs !), I want you so hard, Anything ‘cept The Truth, Heart On, Secret Plans, Speaking In Tongues et tous les tubes de EODM sont exécutés avec l’énergie nécessaire par un groupe imparable. Seul défauts, quelques chœurs un peu faux, mais à part cela, c’était parfait messieurs…

Them Crooked Vultures alias Les Petits Pois
Après cette parfaite mise en jambes, direction la scène de la cascade qui est prise d’assaut par les fans de Josh Homme (Queens of The Stone Age), Dave Grohl (Nirvana, Foo Fighters) et John Paul Jones (Led Zppelin) pour les concerts de Them Crooked Vultures alias Les Petits Pois, qui est chroniqué ici.

MGMT
Très attendu, MGMT n’a semble-t-il pas déçu ses très nombreux fans en leur offrant un show best of pourtant un peu scolaire… Sorti de son studio pour empocher le gros lot des cachets pharaoniques dans les grands festivals, le duo (accompagné sur scène par une troupe de musiciens bohèmes) semble avoir arrêté les drogues qui le rendaient souriant et avenant l’été dernier. Là, c’est tirage de gueule, je bouge pas une oreille et je tiens des propos lénifiants : genre "on est super contents d’être ici ce soir". Petite déception également, on l’imagine aisément, dans les rangs des fils à papa parisiens branchés qui arborent les foulards que portaient leurs idoles il y a un an : aujourd’hui sur scène, c’est coupe sérieuse et t-shirt sans froufrou, l’été de l’amour c’est bel et bien fini ! Bon, cessons d’être grinçants : MGMT reste une machine à tube capable de propulser au septième ciel, même en pilotage automatique. Leurs chansons magiques fonctionnent toujours à plein : quel bonheur renouvelé d'écouter Time to pretend, Week end Wars, Pieces of what, The Youth, Electric Feel (quand même un peu massacré sur les voix) et Kids, en final jouissif avec éclairages bleu blanc, rouge (clin d’œil à l’UMP ?) ! Baignées de psychédélisme seventies, chantées d’une voix d’ange par Andrew VanWyngarden et truffées de sons de synthés oniriques (merci Ben Goldwasser), ces chansons-là permettent de voyager très très loin, vers un pays paradisiaque. C’est sans doute pour cela – c'est-à-dire pour enfumer les gens - que le parti de Sarkozy avait choisi Kids comme hymne, sans payer les droits avant la menace de procès, la classe ! Justement, à ce propos, une source proche de l’enquête nous a signalé la présence à Saint-Cloud du roquet (on ne peut pas dire menteur, sinon il fait un procès !) des Hauts de Seine, l’UMP Patrick Devedjian… Une visite de courtoisie à son groupe préféré, sans aucun doute. Ou une rencontre au sommet pour un duel à mort sur le stand Guitar Hero avec le plus grand rocker d’Ile de France, Jean-Paul Huchon venu avec sa femme et son garde du corps kiffer sa race sur cette dernière journée de rock en Seine. Mystère ! Bref, le set minimum syndical de MGMT et les quelques inédits joués pied au plancher rendent très impatient d’écouter le nouvel album puis de revoir à nouveau le groupe sur scène, cette fois-ci avec de larges sourires béats…

Klaxons
Changement radical d’attitude avec les Anglais de Klaxons, en très grande forme, ne ménageant pas leur peine et très avenants avec leur immense cohorte de fans (dont beaucoup d’Anglais positivement ravis) sur la scène de la cascade. Ces musiciens-là semblent ravis de mettre le nez en dehors de leur studio, un endroit vers lequel leur maison de disques les avait poussé à plancher à nouveau sur leur deuxième album. Faisant fi des rares t-shirts "fuck nu rave" aperçus, les Klaxons proposent toujours un mélange explosif entre new wave catchy, dance groovy, post punk hystérique et électronique remuante… Les voix haut perchés, les chœurs hystériques, les claviers clinquants, les guitares joliment brouillonnes et les rythmes frénétiques créent un joyeux bordel hyper communicatif.

Quand Atlantis to Interzone, Two receivers et It’s not over yet sont joués (avec ce coté toujours magistralement percutant des Klaxons en live), on rêve de courir en faisant des sauts de marsupilami au milieu de la foule mais il y a trop de monde… Un groupe classe en concert et sur disque, qu’on attend au tournant pour écouter son très attendu nouvel album !

The Prodigy
Avant Rock en Seine au Parc de Saint-Cloud, il y eut Rock à Paris en 1996 au Parc des Princes, un festival qui ne dura pas à cause de l’acoustique désastreuse du lieu. Cela dit, on se souvient de concerts magistraux et réjouissants de groupes encore en activité comme les soi disant rebelles de Rage Against The Machine (signés chez Sony et se reformant pour la pognon, vive la gauche caviar !) et les inventeurs du son électro rock Prodigy. A l’époque on avait bien pogoté sur RATM et sur le groupe de Liam Howlett. En 2009, on n’attendait pas grand-chose de ce groupe important à l’époque mais désormais complètement dépassé, à notre humble avis. Et ça n’a pas loupé : en deux temps trois mouvement, les gesticulations et les cris des deux gueulards en chef, les morceaux s’appuyant toujours sur les mêmes ressorts éprouvés et le public conquis d’avance nous ont énervé. Cerise sur la gâteau, le guitariste qui porte bas sa guitare pour faire punk mais qui semble bel et bien débranché la plupart du temps. Prodigy fait le show, Prodigy fait monter la sauce avec ses deux go go dancers, Prodigy donne à la foule de kids surexcités (trop cool Prodigy, quoi !) ce qu’elle est venue chercher, Prodigy est très carré pour enchainer ses titres, parfait ! Mais on a le droit de trouver ça archi convenu, très daté, super chiant et sans aucun intérêt majeur.
Rendez-vous en 2010 pour une nouvelle édition du festival Rock en Seine, un grand raout de fin d’été - avec une prog majoritairement intéressante - qui permet tous les ans de passer un excellent dernier week-end avant la rentrée.
Sites internet : www.rockenseine.com, www.myspace.com/rockenseine.
Photos : Rod Maurice et Nicolas Joubard (MGMT, Prodigy).
A lire également, les chroniques des concerts du samedi 29 août (Noisettes + Yann Tiersen + Ebony Bones + DANANANANAYKROYD + School Of Seven Bells + Faith No More + Zone Libre VS Casey & B. James + Kitty Daisy And Lewis + The Asteroids Galaxy Tour + The Horrors + Calvin Harris) et des concerts du vendredi 28 août (Yeah Yeah Yeahs + Vampire Weekend + Passion Pit + Gush + The Tatianas + Keane + Asher Roth) et de Them Crooked Vultures + le compte rendu de Philippe...
Signature : pierre andrieule 02/09/2009
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