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Interview de Jason Williamson du groupe Sleaford Mods à propos de l'album Spare Ribs

Interview de Jason Williamson du groupe Sleaford Mods à propos de l'album Spare Ribs en concert

Nottingham, Angleterre Février 2021

Interview réalisée le 02 février 2021 par Pierre Andrieu



Malgré l'état pitoyable dans lequel se trouvent le monde entier en général et leur pays, l'Angleterre, en particulier, les Sleaford Mods, qui auraient pu déprimer lamentablement en subissant le lock down et rester des mois à glander chez eux, ont décidé de se retrousser les manches et de se remettre au travail ensemble en 2020 pour enregistrer un de leurs meilleurs albums à ce jour, "Spare Ribs" (chroniqué ici). A des années-lumière de ces journaux de confinement chiantissimes et sans aucun intérêt dont on nous abreuve quotidiennement, le duo Jason Williamson/Andrew Fearn a déboulé début 2021 avec une série de titres tubesques, bien remontés et très énergiques. Des morceaux qui sont bien évidemment sertis de lyrics qui tranchent dans le lard, on n'en attendait pas moins de la part de ces punks réfractaires à l'autorité inconséquente de Boris Johnson & Co. Sur une planète complètement pétée désormais peuplée de zombies neurasthéniques, échanger avec Jason Williamson à propos du dernier disque des Sleaford Mods (et de tout un tas d'autres sujets comme Iggy Pop, Mister Johnson, le Brexit, Johnny Rotten, le groupe français Frustration, Amyl And The Sniffers, le festival de Binic, Billy Nomates, Shame... ) fait l'effet d'un monumental coup de pied au cul : comme on l'avait prévu, le gars en a vraiment sous le capot ! Interview :



Ce n'est pas trop dur de ne pas jouer sur scène ? J'ai un très bon souvenir de la dernière fois où je vous ai vus avec Sleaford Mods, c'était au festival de Binic 2019... A la fin du concert, tu avais dit que c'était une des meilleures ambiances sur la tournée et que tu aimerais revenir. Alors, c'est prévu pour quand ?
Jason Williamson : Le festival de Binic, c'était un truc de dingue ! Il devait y avoir 40 000 personnes dans le public, c'était incroyable ! Du coup, c'est sûr qu'on aimerait revenir jouer là-bas... J'aime la France, j'aime l'Europe en général, mais c'est clair qu'avec la France il y a un truc spécial. Je ne suis pas sûr qu'on revienne cette année en Bretagne mais je pense qu'on fera quelques dates en France fin 2021, enfin si c'est possible, hein ! On a une tournée qui est prévue en France et en Europe cet automne, donc j'espère qu'elle pourra avoir lieu et ne sera pas annulée. C'est dur de ne pas jouer sur scène, je me demande si je sais encore comment donner un concert... L'arrêt de toutes les tournées provoqué par la pandémie a détruit de nombreux boulots dans le secteur de la musique, c'est déprimant de penser à tout ce gâchis. C'est la merde !

En cette période bien chiante de confinement, comment avez-vous procédé pour composer les morceaux du nouvel album ? Tu as écrit les textes en te basant sur des musiques déjà faites par Andrew ? Andrew a composé d'après tes textes ? Ou vous avez pu composer ensemble dans la même pièce malgré le lock down ?
On a déjà utilisé un peu toutes ces méthodes. Pour chaque album c'est différent : il y a des manières de travailler qui fonctionnent mieux que d'autres... Par exemple pour "Spare Ribs", Andrew et moi on a trouvé que ce qui marchait le mieux était de composer ensemble dans la même pièce, face à face. Pour l'album d'avant, "Eton Alive", c'était complètement différent : on a bossé séparément, Andrew m'envoyait les musiques et j'écrivais les textes tout seul chez moi. Mais pour "Spare Ribs", ça fonctionnait mieux quand on était ensemble.

Même si l'album aborde des sujets sérieux, quand on se réveille de mauvaise humeur et qu'on se le passe toute la matinée, ça redonne de l'énergie et l'envie de sortir, voire d'affronter puis de lutter contre la connerie ambiante... C'était un des buts du disque ?
Non, pas vraiment, haha. Mais c'est cool, si le disque te fait cet effet là ! Si c'est bon pour moi de faire sortir tout ça de ma tête pour le mettre dans mes textes, il n'y a pas de raison pour que ça ne fasse pas le même effet aux autres personnes. Et puis je ne raconte pas de conneries, je parle franchement sans déblatérer des trucs prétentieux ou sans véritable sens. La musique est très dansante, ça aide à rendre le truc énergique je pense.

Dans le titre "Elocution", tu abordes avec ironie le thème des salles de concert indépendantes qui sont en souffrance en ce moment, en te foutant de la gueule de ceux qui font mine de les défendre alors qu'en faisant cela ils espèrent devenir populaires et ne plus avoir à jouer dans de petites salles...
Oui, ces mecs-là se présentent comme des gens intègres, philosophes et honnêtes, mais en réalité ce sont des lèche-culs, des créatifs moyens qui récitent des poncifs et balancent des banalités qui ne servent à rien, des trucs si ressassés que ça me fout en rogne !

Boris Johnson n'a pas voulu inclure dans l'accord sur le Brexit le fait que les groupes anglais puissent tourner sans visa en Europe, ce qui va rendre plus chères les tournées et donc compliquer encore l'économie de la musique en Europe... Ce type le fait-il exprès d'être aussi con ou est-il malade dans sa tête ?
On ne saura jamais vraiment ce qu'il en est avec ce mec... Je pense qu'il n'est pas réellement au courant du problème, ce n'est pas quelque chose qui fait partie de ses priorités parce que tout ce qui concerne la culture, ça ne l'intéresse pas. Ceux qui font partie de l'aristocratie anglaise sont aussi vieux que les gens dont ils ont lavé le cerveau et qui votent pour eux. L'un va avec l'autre : il y a chez ces personnes un intérêt très réduit pour l'expression individuelle.



La chanson "Out There" (l'un des meilleurs titres sur la situation que l'on vit en ce moment) parle du "lock down stress", du Brexit et des gens qui rendent les étrangers responsables de la situation de merde dans laquelle ils sont, alors que ce sont les hommes politiques qui ont fait n'importe quoi... Comment réussis-tu à rester positif et à avancer malgré ce constat ? Comment tu vois le futur pour ta génération et pour les plus jeunes ?
Je reste positif parce que je gagne mieux ma vie aujourd'hui, et aussi parce que j'ai une femme et des enfants. Mon but, c'est que ma famille soit heureuse, je suis responsable de ça. J'ai une vie plus agréable ces temps-ci, mais j'ai travaillé dur pour ça, donc je ne me sens pas coupable de quoi que ce soit. Cela dit, comme tout le monde, il y a des jours meilleurs que d'autres pour moi. Mais quand j'ai un coup de mou, j'attends que ça passe et le lendemain ça va mieux. C'est le seul moyen de continuer à avancer : être fort et ne pas lâcher l'affaire. J'ai arrêté l'alcool et la drogue, donc je n'ai plus à me soucier de ça, les choses sont plus faciles à gérer. Le monde a toujours été chaotique, donc mes gamins auront à faire face à ça, comme moi. Est-ce qu'aujourd'hui c'est pire qu'avant ? Peut-être...

Je sais que vous avez déjà assez de problèmes comme ça en Angleterre avec Mister Johnson, mais as-tu pu te faire une opinion sur Emmanuel Macron ? Il est surnommé "le président des riches" ici, il a provoqué la révolte des gilets jaunes en taxant les plus précaires, il l'a réprimée avec des violences policières dramatiques et, last but not least, il a continué le "travail" de ses prédécesseurs en réduisant les budgets alloués aux hôpitaux...
Oui, je suis au courant que Macron est un néo libéral et que sa politique n'est pas bonne pour votre pays. J'ai aussi entendu dire que Marine Le Pen était juste derrière lui dans les sondages, donc qu'est ce qu'il faut faire ? C'est une situation délicate, non ? Je suis de plus en plus enclin à me dire que je ne vais plus aller voter. Parce que la politique en général ne fonctionne pas et ne fait rien pour les gens. Ça doit changer !

Dans le titre "Top Room", au détour d'une phrase sur le fait de devenir dingue à cause du confinement, tu dis que les rues de Paris te manquent... Si Boris Johnson reste en place et si la situation devient encore plus problématique en Angleterre, tu pourrais essayer de déménager ?
Non mais tu peux imaginer ça ? Imagine ! Je rêve d'aller me balader dans les rues de Paris. De la France en été aussi, à la campagne.

Le premier single extrait du disque est nommé "Mork N Mindy", c'est un très bon duo avec Billy Nomates, avec qui tu as également enregistré un titre pour son disque... Tu peux parler de cette rencontre et de vos collaborations ?
Tor (Billy Nomates) a envoyé ses titres à Andrew via instagram. On a beaucoup écouté sa musique et on s'est rendus compte peu à peu que c'était très, très bon ! Donc, on l'a contactée, on a commencé à se découvrir mutuellement, on connaît la suite... Elle a sorti son premier album sur spotify mais elle l'a réenregistré après avoir signé sur le label Invada Records, c'est là que je lui ai demandé si je pouvais participer et que j'ai balancé un couplet sur le titre "Supermarket sweep". Je suis un grand fan de Billy Nomates !



Il y a un autre titre avec une invitée de marque sur le disque, c'est "Nudge it" avec Amy Taylor du groupe Amyl And The Sniffers... Tu peux évoquer sa participation au disque ? Tu as vu son groupe sur scène j'imagine. C'est incroyable, non ?
Oui, ils sont vraiment très, très bons Amyl And The Sniffers ! Une chanteuse de rock comme Amy, on en voit une tous les dix ans ! Ce qu'elle fait est plus punk que rock, mais tu vois ce que je veux dire, non ? Andrew et moi, on s'est dit qu'elle pourrait bosser sur un de nos nouveaux titres. J'aime ses textes et la manière dont elle décrit les choses d'une façon simple mais qui parle aux gens. Ce qu'elle réussit à faire, c'est très difficile à réaliser !
 
Sur "Nudge it", il y a de très percutantes parties de basse et de guitare... Qui les joue ? Toi ? J'ai vu passer des photos et vidéo où tu tenais une guitare...
Sur "Nudge it", c'est Andrew qui joue les parties de basse et de guitare. Moi, je joue de la guitare sur "Thick Ear". 
 
Tu avais interprété votre tube "Tweet Tweet Tweet" sur scène avec le groupe français de post punk Frustration au festival Villette Sonique en 2016...
Ça, c'était un putain de concert ! Je garde un bon souvenir de cette soirée. Frustration, c'est un super groupe, j'ai bossé avec eux sur leur dernier disque, sur la chanson "Slave Markets", c'est un excellent album !

C'est quelque chose que tu fais souvent en festival ?
Non, on ne fait jamais de collabs sur scène avec d'autres artistes... Donc, c'est cool que ça se soit fait avec Frustration !

Sleaford Mods pourrait éventuellement se produire sur scène un jour avec une section guitare/basse/batterie ?
De vrais instruments en live pour Sleaford Mods ? Non ! Hahaha.
 
Connais-tu la scène punk française (Métal Urbain, Stinky Toys, Bérurier Noir, Les Dogs...)?
Non, je n'ai pas écouté tous ces groupes. Je ne connais pas vraiment d'artistes français à part Frustration. 
 


Tu te souviens de ta réaction quand l'inventeur du punk, le génial Iggy pop, a passé vos titres dans son émission sur la BBC et a déclaré que Sleaford Mods était le meilleur groupe de rock actuel ?
Oui, je suis encore sous le choc ! C'est un grand honneur pour nous. Je lui parle de temps en temps via email, c'est un mec adorable. Pas de bullshit avec lui, on peut s'exprimer normalement. 
 
Ton accent et ta manière de chanter (que j'adore) font penser à Johnny Rotten des Sex Pistols... Tu es fan du mec et du groupe ? C'est une influence à la base quand tu as commencé à faire de la musique ? Ses récentes déclarations pro Trump, tu les as prises comment : une énième provocation ou de la sénilité ?
J'aime Johnny Rotten, j'aime aussi John Lydon, mais je ne suis pas d'accord avec ses idées politiques. Je suis fan des Sex Pistols depuis que j'ai dix ans...
 
Peux-tu nous dire un mot des mini interviews et sketches que tu fais pour "Late Night With Jason" ? C'est très drôle, particulièrement ceux avec Robbie Williams et Amy Taylor (où le jeu de mot avec le magnet de Kiss sur son frigo est hilarant) ? Tu es vraiment doué pour "faire le con" devant une caméra, tu n'as pas envie de jouer dans des films ou des séries ? Voire de tenter des spectacles de stand up ?
Merci ! Je joue de temps en temps dans des films ou des mini séries, c'est quelque chose que j'adore faire et que j'aimerais réitérer de plus en plus souvent si c'est possible. Avec les vidéos "Late night with Jason", on voulait juste se marrer pendant le confinement, parce que c'est vraiment la merde ce truc ! C'est parti de là au début et c'est devenu ce que c'est aujourd'hui... C'est drôle, ça nous fait rire. Oh et puis merde, pourquoi on le ferait pas ?

Très drôle également, le dernier numéro de "Late Night with Jason" a pour invité Charlie Steen, le chanteur du groupe Shame, et est précédé d'un message indiquant que le but de cette invitation est d'établir des "relations positives avec les musiciens post punk"... C'est une allusion a votre engueulade avec Idles ? Avez-vous pu en parler en vrai avec Idles et trouver des points de convergence, ou êtes-vous toujours brouillés ?
Je ne veux plus parler d'Idles. Putain de merde, c'était horrible cette histoire !
 
Pour conclure cet entretien, tu peux nous dire s'il y a des groupes post punk que tu apprécies en ce moment ?
Lice est vraiment bon ! Le nouvel album du groupe, "WASTELAND: What Ails Our People Is Clear", est intéressant. Sinon, le dernier disque de Shame, "Drunk Tank Pink", est bon lui aussi. On sent clairement qu'il y a de la créativité chez ces groupes, et de belles perspectives d'évolution.
 




Liens : sleafordmods.bandcamp.com, www.facebook.com/SleafordModsOfficial, www.instagram.com/sleaford_mods/, www.sleafordmods.com, twitter.com/sleafordmods...





Photos : Titouan Massé (photo live à Binic 2019) et Alasdair McLellan (photos 3, 4 et 5)

Aide précieuse pour la traduction : Camille Promérat et Stéphane Moulin.


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