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Dimanche 27 mai 2012 : 9160 concerts, 20891 critiques de concert, 4719 critiques de CD.

Critique de concert (mes) Eurockéennes 2010 1/3 : Baroness, The Dead Weather, The Black Keys, Kasabian, Charlotte Gainsbourg, Jay-Z, Infectious Grooves, Hot Chip, The Subs


(mes) Eurockéennes 2010 1/3 : Baroness, The Dead Weather, The Black Keys, Kasabian, Charlotte Gainsbourg, Jay-Z, Infectious Grooves, Hot Chip, The Subs en concert


4 étoiles, bon concert

Jaime


22 ans déjà que la presqu'Ile du Malsaucy, paisible base nautique, se transforme au début de l'été en un formidable écrin pour amateurs de musique vivantes - de notre petite expérience de festivals, on n'en connaît pas de plus agréable, mieux organisé et sonorisé, ou même plus écologique... Incomparable par exemple avec l'invraisemblable bordel qu'a représenté le chaotique festival Sonisphère, il y a 15 jours en Suisse. La météo 2010 est optimiste, presque trop : après 17 participations d'affilée (pas mal non ?), on a acquis une assez bonne connaissance du surprenant micro-climat qui peut régner sur la zone - pas question de sortir sans être couvert !


L'affiche de cette année donne franchement envie, même privée de méga-star internationales. Il faut dire que la pieuvre Live Nation et son ex-égérie/harpie France Leduc sont occupés à les truster, les étoiles, à coups de millions (littéralement volés dans les poches de leur public) vers Arras depuis quelques années et, avec un peu de chance, pour la dernière fois en 2010 (la chose partant sérieusement en c... aux dernières nouvelles). Rien de grave : si on aurait pu avoir l'usage éventuel des flamboyants Rammstein, il n'y a rien d'autre sur l'affiche ultra-mainstream de là-bas qui va nous manquer ici. Y'a-t-il encore quelqu'un en France qui n'ait pas vu Gossip en concert ?


Ici par contre, et comme à l'accoutumée, du sérieux faisant référence en sa catégorie, de la découverte de l'année à confirmer, de l'inédit amené à percer ici... et quelques stars radio-formatées que personne ne nous obligera à aller voir ou revoir (Mika, Jay-Z, Missy Elliott ou les BB Brunes...). On embarque donc sous un soleil de plomb avec la banane et raisonnablement excité, ne serait-ce que parce que l'affiche de ce vendredi comporte (comme l'an passé mais dans un autre gang), la plus énorme bombe atomique femelle du rock ! Et au fait, non, ce n'est pas Lady Gaga...


Ayant raté (sans même se forcer) les fatigants BB Brunes (bientôt renvoyés à leurs études, puisqu'il paraît que Telephone se reforme...), et aussi les relativement inconsistants (sur disque) Two Door Cinema Club, on commence par hésiter entre le metal étrange - tantôt sludge ou hardcore, tantôt mélodieux voire prog - de Baroness et les belles promesses de Sophie Hunger, qui joue ce jour avec des bons (Piers Faccini) et des mauvais (Patrick Watson) amis. Ce sera finalement Baroness, menés par un barbu à l'air un peu zombie, avec un gros son inégal, quelques beaux morceaux instrumentaux où l'on reconnaît Bullet Psalm et plus loin, Bullet Lament, comme sur leur déconcertant Blue album, entre de longues plages pensives et un peu zarbi. Egalement un bon passage sur Swollen & Halo et ses accents discoïdes. Bien pour se dégourdir les oreilles et transpirer un bon coup au soleil couchant, mais au final un peu moins intéressant que Kylesa l'an passé.


Fan au delà de l'imaginable des deux membres principaux du groupe, l'incendiaire Allison Mosshart et le très hot Jack White, on a pas hésité l'an dernier à monter à Paris voir un trépidant concert de The Dead Weather à l'Olympia. Ce n'est pas parce que le super-groupe a sorti un deuxième album un peu feignant (petit travers de Jack White, déjà vu pour The Raconteurs) qu'on va bouder notre plaisir de les revoir - et d'accueillir pour la première fois, c'est à peine croyable d'avoir une lacune pareille à réparer... Jack White aux Eurockéennes de Belfort !


Bien entendu, ce dernier arrive presque en catimini derrière la bombe sus-citée, pour débuter par un bien saignant 60 Ft Tall. Les déhanchés de la Belle n'ont d'égale que l'énormité du son blues dégagé par le gang d'oiseaux de nuit, un peu pâle dans ses fringues noires mais bien décidés à imprimer leur marque sur cette première journée du festival. Essayez seulement de résister à Hang you up from the Heaven, éructée par une panthère punk et ébouriffée ! L'excitation demeure même quand Jack White vient chanter un blues, pendant que Dean farfise à qui mieux mieux et que Jack n° 2 (Greenhonres/Blanche/Raconteurs) honore sa belle Gretsch blanche de coups de reins rageurs. So far from your heaven ou Cut like a Buffalo, you choose ?


Le mélange, agrémenté de sa Créature est chaud bouillant, au point qu'on envie notre camarade cameraman, aujourd'hui affecté à la grande scène, payé pour reluquer Allison en somme, griffant sauvagement une guitare rectangulaire ou se penchant en arrière à en tomber (mâtin, quelle souplesse !) pour mieux vociférer des insultes et parfois, des cochonneries... gargl. 4 fois qu'on la voit, et le shoot est toujours aussi intense...


Le groupe part ensuite dans son deuxième album, pour du plus rapide - les jambes filiformes de la chanteuses virevoltent sur les baffles et (un peu) dans notre esprit... Quand elle commence I'm Mad, on comprend bien que c'est au sens "fâché" du terme - ouch, ca dépote ! Blue Blood Blues est du même tonneau, on frôle la surchauffe dans le public. Une minuscule pause nous est accordée par Jack quand il présente les musiciens et leur état d'origine aux USA - avant un Die by the Drop très White Stripes...


Aux jumelles, on peut confirmer que la Déesse se met bien en transe, les joues en feu, sans tricher ni surjouer, quand elle harangue ce malheureux New Pony, et plus encore quand elle pourrit son interlocuteur sur la phénoménale Treat me like your Mother, à ce jour leur tube le plus intersidéral ! Le concert se poursuit dans une tonalité un peu plus calme, d'un blues lent (Will there be enough Water ?) où Mr White lâche sa batterie pour son étrange guitare difforme, de laquelle il sort un de ces soli mortels dont il a le secret, et ensuite chanter en duo avec Allison, dans le même micro.


Scène musicalement torride, au point qu'un spectateur monte on ne sait commment jusque sur la scène les prendre en photo de plus près, avant de se faire jeter (pas trop méchamment, Jack le remercie même d'être passé !) Le set se finit comme il se doit d'une tuerie noisy avant leur sortie, poing dressé et clope au bec : ils sont bien la classe incarnée, des concerts comme ça, on s'en roulerait par terre de plaisir ! Et en plus un concert de The Dead Weather, c'est presque aussi long en festival qu'en salle, alors que demande le peuple ?


Si l'on a pu penser à tort que leur blues fonctionne aussi sur le public grâce à leurs looks, leurs dégaines et leus belles gueules, on constatera juste après que ce n'est pas si déterminant que ça... On on avait pas revu les bluesmen rigoristes et néanmoins jouissifs des Black Keys depuis bien 5 ans à Marseille. De quoi être impatient - l'échappée solo du nègre blanc Dan Auerbach (à découvrir !), jouant en leur faveur plus qu'un dernier album un peu plus coloré que les précédents, mais parfois dilettante...


Bref les deux zigues sous chapîteau, aussi no-look que d'habitude, sont en effet en train de rendre dingues les spectateurs, alors qu'il n'y a pas grand chose à voir : le pouvoir sexuel et magnétique du Blues, ne passerait donc que par les oreilles ? On est en tout cas conforté qu'il est bien pertinent de continuer à la suivre sur Concertandco, cette musique centenaire, avec ses jeunes et moins jeunes pousses (The Legendary Tigerman, Seasick Steve, Björn Berge, etc, etc.), puisqu'elle continue à rendre les gens euphoriques, voire un peu, euh, tarés. L'arrivée de deux compères en plus, si elle n'est pas déterminante, fait encore gonfler leur son énormissime (le superlatif est ici de rigueur), qui envoûte littéralement l'assistance. Dan chante comme une quincagénaire plantureuse, Patrick tabasse comme un grizzli, et ça sonne à vous en faire vibrer la terre entière...


Leurs nombreux albums ne sont pas de ceux dont on retient les titres : pas reconnu grand-chose à part Howling for You, très groovy. Peu importe : les gens heureux et saoûls (dont nous faisons partie), trépignent, des odeurs de fumées clandestines, des Bob l'Eponge et des bulles de savon envahissent l'espace, on pardonne même volontiers à un crétin à guitare gonflable d'en faire des tonnes. Un signe ne trompe pas : il fait beau mais quand même, on sue encore à 21 h 15... Le public s'est un peu clairsemé mais une bonne partie est restée, prisonnière de la vibration, et il a eu raison : leur formidable Your Touch, proprement mortelle, achève de ravager l'assistance de bonheur. Heureusement qu'il n'y a pas un troisième concert de blues d'affilée, il est temps de se réhydrater !


Après eux, les membres de Kasabian auront bien du mal à retenir autant notre attention. Rien de mauvais dans leurs prestation de pop-rock poseur, connotée électro-pop, d'autant que leurs albums sont bons (depuis leur hit Shoot the Runner, raté hélas ce soir) et que la part belle est faite à leurs titres les plus dansants. Peut-être un peu de mégalomanie à déplorer quand même chez le chanteur, quelque part entre Robbie Williams (pour l'attitude) et Billy Corgan (pour la voix). Après avoir reconnu quelques titres de la dernière livraison (Fast Fuse, efficace, Take Aim appuyée de trompettes, assez prenante aussi), l'intérêt finit par décroître.


On file donc faire un petit tour au village pro, taper la causette avec l'excellent photographe Andy Trax, et goûter un sympathique burrito... L'ambiance un peu trop "passe-droit" à notre goût (de quelle profession au juste sont tous ces jeunes gens qui flânent ici ?), et surtout le fait que les conférences sont toutes passées, font qu'on ne s'y éternisera pas trop - on entend en repassant le titre Fire, vraiment bien quand il est servi avec un gros son. Une prestation très/trop carrée d'un groupe sans doute taillé pour les stades (on leur donnerait bien volontiers la place des épuisants Muse dans ce genre), et qui a en tout cas largement convaincu les aficionados du groupe.


Place à un concert sur lequel on misait beaucoup, celui de la jolie et grande actrice Charlotte Gainsbourg, dont le petit filet de voix a été admirablement mis en valeur par Air, puis par Beck sur deux disques très réussis. Hélas sur scène, dès IRM, on constate que sa voix est largement couverte par la batterie et la basse : on l'entend à peine ! Le public est d'abord très chaleureux - après tout, comme elle l'annonce, c'est seulement son premier festival français, et puis c'est quelqu'un que tout le monde aime bien - mais il l'écoutera ensuite donc de moins en moins. Le brouhaha ne trompe pas, il est pourtant rare sous ce chapiteau...


Il faut dire que les titres pop (Heaven can Wait, Dandelion ) comme les titres doux (Time of the Assassins ou l'épatante - sur disque - Chat du café des artistes) ne se sortent décidément pas de ce son déplorable, qui semble avoir été réglé expressément pour couvrir l'actrice. Perturbée par le trac, elle rate un départ, puis son groupe de baltringues massacre horriblement l'Hôtel Particulier de Melody Nelson (quand on pense à quel point c'est bien produit sur disque...), avant qu'elle se languisse dans une chanson lente et interminable. C'est donc de loin, assis dans l'herbe avec une bonne bière qu'on entendra une reprise sans intérêt de Couleur Café. A revoir peut-être dans quelques années, après beaucoup de travail et le recrutement d'un ingénieur du son...


L'heure et notre ébriété avançant, nous avons de toutes façons besoin de nous faire un peu souffler dans les bronches par un truc plus punchy. On accorde donc quelques minutes à ce qui a coûté le plus cher à l'organisation cette année. Et pourtant dieu sait qu'on en a rien, mais alors rien à foutre vraiment, du hip-hop de Jay-Z (artiste certes moins ridicule et déplaisant que Kanye "Jackass" West venu nous les briser en mode auto-tune l'an passé). Il s'avère pourtant que cette fois-ci, le show est de qualité, vrai groupe, flow puissant et archi-carré, images assez magnifiques : du travail de pro, qui fait toaster des milliers de personnes enchantées - c'est sans doute mieux si on connaît déjà... A écouter à l'occasion sur disque !


On a quand même plutôt envie d'aller faire un tour sur la plage, voir un groupe qui a bercé (enfin, si on peut dire) nos années étudiantes, les Infectious Grooves (qui ont été, bonne idée, déplacés à cette heure-ci). Et non de dieu, ça groove ! Le toujours gracieux Mike Muir, qui a gardé son look (T-shirt de basket trop grand, iroquois et foulard juste au dessus des yeux), agite ses gros bras en gambadant sous une tenture "Suicidal Tendencies" à tête de mort. Il gueule comme aux plus beaux jours, entourés de musiciens hors pairs, salaces et funky, par exemple un bassiste phénoménal, ou le gratteux de Suicidal qui vient faire un coucou. Et jouer une fausse reprise de Michael Jackson, qui en est une vraie de Led Zeppelin, mais en version piment rouge et chaud du chili...


(Désolé pour la photo, ces gens bougent beaucoup...) La petite foule assemblée pogote et slammme joyeusement, tandis qu'on réécoute des vieux titres oubliés dont, évidemment, la fameuse Violent & Funky. Pour finir, on reprend avec plaisir, dans un final déchaîné, We're the Infectious à l'invitation du sympathique Cyco Miko. Leur notoriété et leur côte ont peut-être baissé avec les années, pas leur motivation à maintenir haut la flamme de la fusion, genre qu'ils ne sont plus très nombreux à porter. Amusant d'imaginer qu'un ancien gars de ce gang joue maintenant avec Metallica dans des stades, pendant qu'ils font les fous sur la plage. En tout cas chapeau les mecs, voilà une jolie claque qui nous a bien remis d'aplomb !


Hélas, il n'y a plus grand-chose à voir ce soir. Les Hot Chip cumulent les handicaps d'un look kitsch (dans le genre nerd-issime) et d'une musique kitsch 80's (relativement inécoutable à notre goût) - en principe il est de bon ton de n'afficher que l'un de deux à la fois - mais il se trouve qu'ils ont plutôt bonne presse sur scène. La voix post-Jimmy Sommerville du chanteur est aussi horrible que sur disque et les looks aussi affreux, mais il faut avouer que certains boum-boum sont diablement efficaces. Leur électro-rock est à la fois putassier et moins pénible que prévu, on s'en lasse quand même après quelques minutes.


Le final de cette longue journée (lever, 6 heures...) avec The Subs, nous laissera peu de souvenirs : électro jouée par des punk bicolores, voix et guitares, un masque sur la tronche du chanteur, un laser... c'est punchy et pas désagréable, mais pas très marquant - ils nous accompagneront en tout cas jusqu'à la voiture. Quant à Missy Elliott, il semble évident qu'elle se débrouillera sans nous... d'autant qu'on lira le lendemain qu'elle a proprement salopé le travail. Une première journée charmante, mais dont les deux concerts de blues auront quand même été le point culminant. On attendra donc le lendemain avec impatience.


En bonus, notre photo : le type que tout le monde voulait embrasser, et celui que tout le monde voulait taper... Devinez lequel est notre ami ?

(Photos par Andy Trax, illustrations par Philippe, quelques vidéos par ici)

Le samedi, c'est par !


 


>> Réponse (le 16/07/2010 par Joanna) Yes, les Dead Weather c'était de la balle, du blues gras avec des looks gothiques, moi j'en redemande ! Contrairement à toi, j'ai découvert le groupe sur scène ce jour-là - grosse claque ! Sinon bravo pour les photos qui retranscrivent bien la sensualité du groupe !  > Réagir à cette critique

>> Réponse (le 20/07/2010 par Flanbelge) Ouais, mais au Main Square au moins, après s'etre fait faire les poches avant et pendant, (achat de tickets bière forcé par 4 minimum), on peut se faire péter la gueule pour rien, par des vigiles ! Ca c'est punk ! c'est la voix du Nord qui raconte : http://www.lavoixdunord.fr/Locales/Arras/actualite/Secteur_Arras/2010/07/10/article_un-festivalier-du-main-square-roue-de-co.shtml  > Réagir à cette critique

Kasabian : actuellement en concert 


  4 étoiles
Kasabian
le 22 novembre 2011 - Le Zénith - Paris (par Lebonair)
 

  4 étoiles
Main Square Day 2 : Triggerfinger + Mai + Kaiser Chiefs + The National + Yodelice +Moby + Kasabian + Arcade Fire + Aloe Blacc + Two Door Cinema Club + The Shoes
le 2 Juillet 2011 - Citadelle, Arras (par Boby)
 

Muse + Kasabian + White Lies + Devotchka
le 12 Juin 2010 - Stade de France - Paris (par VoodooPeople)
 

  2 étoiles
Kasabian
le 22 février 2010 - L'Usine - Istres (par Cabask)
 

  5 étoiles
Kasabian + Reverend & The Makers
le 10 Novembre 2009 - Metro Radio Arena, Newcastle Upon Tyne, Angleterre (par Benjamin Fournet)
 

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