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(mes) Eurockéennes anciennes - Quelques concerts marquants 3/3 (2000-2002) : /2000 : Alanis Morrissette, -M-, Muse, Nine Inch Nails, Cranberries, Tryo, France Cartigny, Rita Mitsouko, Asian Dub Foundation /2001 : Skull, La Nef des Fous, Yann Tiersen, Les Têtes Raides, La Ruda Salska, The Young Gods, Tricky, Ben Harper & the Innocent Criminals, Nashville Pussy /2002 : The (International) Noise Conspiracy, Mclusky, Sinclair, Saïan Supa Crew, Archive, Noir Désir, Alec Empire, Guem, Miro, Astonvilla, Ska-P, Lofofora, Air, Chemical Brothers (Rammstein)

(mes) Eurockéennes anciennes - Quelques concerts marquants 3/3 (2000-2002) : /2000 : Alanis Morrissette, -M-, Muse, Nine Inch Nails, Cranberries, Tryo, France Cartigny, Rita Mitsouko, Asian Dub Foundation /2001 : Skull, La Nef des Fous, Yann Tiersen, Les Têtes Raides, La Ruda Salska, The Young Gods, Tricky, Ben Harper & the Innocent Criminals, Nashville Pussy /2002 : The (International) Noise Conspiracy, Mclusky, Sinclair, Saïan Supa Crew, Archive, Noir Désir, Alec Empire, Guem, Miro, Astonvilla, Ska-P, Lofofora, Air, Chemical Brothers (Rammstein) en concert
Presqu'Ile du Malsaucy, Evette Salbert   01 juillet 2000

5 étoiles, concert à ne pas manquer


Jaime



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    La deuxième partie par ici (1997 - 1999) !



    2000


    Troisième et dernier volet de cette petite monographie sérieuse (mais sans prétention) des "vieilles" Eurockéennes. Enfin de moins en moins vieilles, on n'est plus que 9 ans en arrière... En 2000, nous sommes allés au camping pour la dernière fois (enfin, à ce jour), pas parce qu'on aimait plus ça mais pour cause de bons plans hébergements ensuite...Et il faut souligner qu'il est dûr de retrouver le line-up complet (ni le site des Eurocks ni Wikipedia n'ont une très bonne mémoire de cette année-là). Pourquoi ? Mystère... Le mythologique bug de l'an 2000 serait-il quand même arrivé ? Auraient-ils programmé un artiste particulièrement difficile à assumer ? Naaaan, pas David Hallyday quand même, puisqu'il était déjà venu avant ?!


    En tout cas je suis sûr d'avoir raté Oomph (une sorte de sous-Rammstein, peut-être marrant en live) et Coldplay dont le monde s'est aperçu enfin en 2008 qu'ils vendaient du vent, tandis qu'ils m'ont toujours fait chier... Quel visionnaire non ? On a cependant du passer un moment en compagnie d'Alanis Morrissette, pas de quoi fouetter un chat mais un joli concert dans mon souvenir : une brune au sourire rayonnant, jouant bien et chantant juste, quelques titres accrocheurs comme Ironic ou énervés comme You oughta know, c'était déjà un bon début non ?


    Sur ce qu'on appelait encore la scène C, souvenir formidable du vibrionnant Mathieu Chedid, alias -M-, devenu depuis une vraie star de la pop française grâce à un toucher de guitare tout à fait exceptionnel. En étant à ses deux premiers albums, il avait déjà à disposition des tubes comme les très funky Machistador ou Onde Sensuelle. Il venait de sortir l'album Je dis Aime et ses bombes atomiques comme Le Complexe du corn-flakes, sa reprise de Close to Me, et déjà la très rassembleuse Mama San. Just for the record, j'avais découvert ce garçon 4 ou 5 ans avant, accompagnant le plutôt mol Sinclair et mettant déjà le feu, à Marseille.


    Par ailleurs il avait encore une ironie mordante qu'il a peut-être un peu perdu par la suite, avec des chansons comme le Festival de Connes. En tout cas, rien de changé ensuite, -M- ne m'a jamais déçu y compris en 2005 en grand-messe, pour un spectacle toujours aussi généreux - peu de performers français surfent aussi bien sur la vague grand public sans tomber dans la soupe ! D'ailleurs en 2008, il a paraît-il tué son personnage avant que celui-ci ne le fatigue, et nous avec. Excellente idée !


    Bon, 2000 fut aussi l'année d'émergence du phénomène Muse, dont le premier album Showbiz ravageait les campus que je fréquentais encore. Ce parfait mélange/remix éhonté de Radiohead et de Jeff Buckley, grandiloquent et plein de pompe (aux deux sens du terme !), effectué par trois garnements, avait de quoi provoquer un certain enthousiasme ! Pourtant à l'époque, déjà pas dupe de leur filon bien trouvé, je me souviens qu'ils m'ont agacé dès la première performance sur scène (au Summum de Grenoble, quelques mois avant les présentes Eurock's). Parce que les Muse, tous les gens qui les ont vus le savent, ils étaient (et sont toujours) bons, très bons même, mais horriblement prétentieux. Autant dire que ça n'a fait qu'empirer - j'ai arrêté d'aller les voir depuis 2004 à Rock en Seine, jour où leur mégalomanie a dépassé mon seuil de tolérance.


    Au moins à l'époque en 2000, n'étaient-ils vraiment que trois (et pas 5 ou 6 comme aujourd'hui avec des sbires cachés dans l'ombre) pour effectuer leurs tubes gonflés aux amphètes comme Sunburn, les puissantes Muscle Museum ou Sober, ou la balade, pour le coup presque digne de Radiohead, Unintended... Et force est de reconnaître que leur premier album est encore celui qui vieillit le mieux - allez, sauvons aussi le deuxième par pure gentilesse et pour Bliss et la prémonitoire Megalomania ! En tout cas on les a carrément zappés lors d'un passage plus récent aux Eurocks en 2006 et on continue à écouter d'une oreille distraite leurs nouveautés dans l'espoir, pour l'instant vain, qu'ils réussissent à se renouveler un jour...


    Alors que Nine Inch Nails, bordel de Zeus, voilà un groupe qu'on a toujours adoré, notamment suite à ce premier (et heureusement pas le dernier) concert vu d'eux. Concert attendu depuis des années par mes amis et moi-même puisque l'album The Downward Spiral faisait partie de notre panthéon personnel. Le groupe s'était pointé sous chapiteau (eh oui, même pas sur la grande scène), couverts de la boue où ils avaient du se rouler juste pour le plaisir. Trent et son line-up de l'époque (assurément, plus "dangereux" que celui d'aujourd'hui, qui n'est pourtant pas manchot), alignait sans coup férir des tueries comme l'inégalable pogo March of the Pigs, le beat tellurique closer, ou encore Mr Self Destruct, où par exemple son joueur de clavier s'aidait occasionnellement de ses pompes et finissait en cassant à peu près tout.


    Ah qu'il faisait bon pogoter entre amis, joyeusement bourrés, sur cette musique exceptionnelle, jouée par des types avec des têtes de tueurs... Et pourtant, quelques instants de poésie pure pour reprendre son souffle : Hurt, jouée seul au piano par Mr Trent Reznor, bouleversante. Il me semble qu'ils jouaient aussi Dead Souls (leur élégante reprise de Joy Division). Et puis bien sûr, The Fragile était déjà sorti, avec un tas d'autres titres saignants comme Starfuckers, We're in this together now, Ono You don't etc. Fabuleux concert donc, encore à ce jour l'un de mes meilleurs souvenirs sur les 15 années écoulées ! D'ailleurs Trent Reznor a eu beau renouveler son line-up, son nouveau passage en 2005 nous a encore transportés de bonheur ; son cerveau fonctionne toujours à 100 à l'heure à ce jour pour une production toujours aussi puissante et prolifique, sans parler de ses fabuleuses productions.


    Pas trop de souvenirs à l'évocation de la programmation du samedi. Les Cranberries nous énervaient déjà suffisamment, je m'en souviens, pour qu'on ait guère supporté que de tenir jusqu'au single Zombie et son plaisant riff en amiante fondue. De même on a pas du dépasser le quart d'heure en compagnie des gentils Tryo, pas vraiment notre tasse de thé ni alors, ni depuis ! Dionysos à l'époque n'était qu'un groupe de pop-rock français vaguement en vogue, dont on ne prenait pas au sérieux la Coccinelle - on n'y est pas allé. Impossible donc de savoir s'ils étaient déjà les bêtes de scène qu'on a depuis découverts démentiels en live (sans doute lors de leur passage suivant aux Eurocks en 2003), puis vus et revus avec toujours autant de bonheur ! Ah si quand même, la minuscule et psychopathe France Cartigny nous avait fait impression, tabassant ses peaux tout en hurlant ou même chantant un rock noisy profondément dérangé avec ses comparses - la classe !


    Et puis bien sûr, Les Rita Mitsouko qui, au risque de blasphémer, ne nous ont jamais réellement complètement passionné : au moins on passait d'excellents moments quand ils jouaient, puisque le public les adorait, au son des inaltérables tubes Andy, Marcia Baila, C'est comme ça etc. D'ailleurs, jusqu'en 2007 où ils sont repassés, et pour cause, pour la dernière fois, le public n'a toujours plébiscité que ces titres-là - hélas pour eux. Bref c'est encore sur scène que cela donnait le mieux, grâce à la charismatique Catherine Ringer... Inexplicablement je me souviens d'avoir été survolé par des mongolfières lors de leur concert sur la grande scène, au soleil couchant.


    Et enfin, bonheur simple et renouvelé dont on a déjà parlé plus haut dans ces chroniques : revoir Asian Dub Foundation même si hélas, le fabuleux Deeder Zaman était déjà parti - depuis, ça n'a plus jamais été tout à fait pareil !... Enfin dieu sait que sur la grande scène ça tabassait quand même bien du slip - mon amie qui les découvrait (en même temps que les Eurockéennes !...) en garde un excellent souvenir. Par contre, on est pas restés le dimanche où se sont produits pas mal de gens qu'on a eu l'occasion de voir ailleurs ou aux Eurocks, avant ou après : Massilia Sound System, Oasis, St Germain, Moby, etc. Petit regret tout de même d'avoir raté Eels, dont on est plus ou moins sans nouvelles depuis.



    2001


    Basculement dans le 21ième siècle qui est déjà une petite victoire pour le festival, et pourtant un sacrilège (heureusement passager) - l'organisation a envisagé de les faire ailleurs ! Avec deux événements en ce vendredi de l'année 2000 : une annulation après une demi-journée pour cause de mauvais temps, et un autre événement à un titre plus personnel : la scène de la Plage, toute nouvelle cette année-là, fut inaugurée par Skull, feu groupe de metal strasbourgeois qui avait gagné un Tremplin, et dont je connais très bien le chanteur ! Le groupe n'avait à l'époque pas encore sorti son album Evil Water, ni ouvert pour Marylin Manson, mais jouait déjà à 90 % de ses possibilités - ça envoyait bien !


    La scène étant alors tournée dans l'autre sens, c'est en plein soleil que Marc et sa bande, légitimement un peu flippés d'ouvrir le plus grand festival rock de France (dont ils étaient habituellement plutôt spectateurs), envoyèrent crânement la sauce en cuisant dans leur jus. A cette heure où les festivaliers arrivent tranquillement et au compte-gouttes, la situation idéale en entrée du site attira finalement pas mal de monde, pour écouter un néo métal certes un peu référencé, mais pur, dur et sans concession. Je m'autocite donc pour une fois : Skull fut une grosse claque metal dans la gueule des festivaliers, instantanément décalqués contre les barricades où, heureusement, personne ne s'était encore soulagé... Et un très beau souvenir, voire un peu de fierté pour la bande que nous étions, et que nous sommes toujours !


    Vus également sous un chapiteau de loggia pas encore assez sécurisé (ce fut une des raisons de l'annulation...) et déjà agité par le vent, le très joli groupe français La Nef des Fous, très orienté sur les instruments à vents et à cordes sans électricité, et aux textes assez poétiques, un peu dans la veine de Weeper's Circus. A priori ils semblent avoir disparu sans laisser de traces, peut-être dans d'autres formations - il me reste leur disque que j'avais acheté dès mon retour et, pour la première fois de ma vie, en le commandant au groupe directement par Internet ! (curieux de penser qu'un truc devenu aussi anodin ne date que d'il y a 8 ans, non ?)


    J'ai aussi revu ce jour-là Yann Tiersen, alors environ 3 albums au compteur et découvert avec le très beau film La Vie Rêvée des Anges (et son titre de fin, Rue des Cascades, - une des raisons pour lesquelles il faut toujours regarder en entier les génériques de film). Certes pas vraiment une bête de scène, mais à coup sûr l'un des musiciens les plus doués de sa génération. Il avait d'ailleurs fait monter sur scène la délicieuse Natacha Régnier, pour quelques très jolis duos comme La Rupture. Un vrai moment de grâce, dont je retiens surtout un poignant et virtuose solo de violon (Sur le Fil), en plus de ses titres mythiques à l'accordéon comme L'homme aux bras ballants ou La Noyée. Magie qui ne s'est plus vraiment reproduite ensuite, quand le père Yann a fini par s'entourer de vraiment trop de musiciens et perdre toute sa magie bricolo ...


    Un peu plus tard, les Têtes Raides, vus ce jour-là heureusement ni pour la première, ni pour la dernière fois à ce jour, commencèrent leur concert dans une ambiance de plus en plus agitée (vent et pluie à peu près horizontale). C'était amusant de les voir sur une aussi grande scène que celle du chapiteau après les avoir écoutés, par exemple, en résidence à la Gare de Coustellet, Vaucluse, devant moins de 200 personnes... On ne présente plus leur punk musette déjanté et drôle, et leurs tubes innombrables comme le célèbre couple de Gino et Ginette, respectivement l'un des plus beaux morceaux du rock français et l'une des plus belles valses, celle à la lampe qui danse. Quoi qu'il en soit le courant fut coupé avant la fin du concert et ils continuèrent un moment en unplugged, Christian Olivier braillant dans un mégaphone, tandis qu'on entendait évidemment plus rien au delà du troisième rang... C'était très amusant, un groupe sans le son aux Eurockéennes, je pense d'ailleurs qu'eux-même s'en souviennent !


    Il y eut ensuite un flottement dans la programmation, avant que la Ruda Salska, pas démontée par la tempête, s'empare de la grande scène. Les concerts sous une pluie battante ont toujours un côté un peu magique, ne serait-ce que parce que dans ces cas-là seuls les gens les plus motivés restent, et dansent généralement comme des fous pour se réchauffer ! Rien de mieux donc que le ska-punk du groupe, explosif sur scène, pour braver les éléments déchaînés. Au bout d'un moment d'un très entraînant concert que le groupe refusait d'interrompre, le chanteur sautant à pieds joints dans 10 centimètres de flotte, un technicien qui devait avoir des notions d'électricité a eu la présence d'esprit de le forcer à s'arrêter avant que 20 000 volts ne le traversent... ou qu'on finisse par se noyer dans la boue.

    La journée s'est terminée là, en tout début de soirée - des videurs ont poliment raccompagné l'ensemble du public vers la sortie. Sur le moment on l'a un peu mal vécu (le danger ne paraissait pas si terrible, vu du public habitué qui plus est à se faire rincer...) mais à la réflexion, un bout de chapiteau écroulé aurait probablement fait des morts et eu comme conséquence inévitable la fin des Eurockéennes... Pour ma part je n'ai pas été traumatisé : j'avais vu tout ce que je voulais voir (me foutant pas mal des Deftones revus plus tard et pas vraiment convaincants) et j'ai en plus été remboursé - pas fou ça ?


    Le samedi, fort belle journée s'il en fut, je pense avoir écouté de loin, peut-être en gagnant le site depuis la célébrissime gare d'Evette-Salbert, le rock ô combien standard de K's Choice et son tube Not an Addict. A la réflexion en ajoutant les Cranberries, les Eurocks se sont quand même souvent fourvoyées dans des groupes à un hit... mais enfin c'est facile à dire après évidemment ! Disons que ces groupes ont eu de la chance qu'on les convoque sur de si belles scènes sans attendre de voir s'ils avaient, sinon un deuxième album, du moins un deuxième tube dans les tuyaux... Cf aussi dans le genre Garbage, qui a tout donné sur son premier effort et plus rien ensuite, et a donc fait un bide logique en passant trop tard aux Eurockéennes.


    Ce qui est sûr c'est que ça ne valait pas notre re-découverte de ce jour-là, sur la Plage et en plein jour : The Young Gods, les trois Suisses qui ont plus ou moins inventé le rock industriel avec, notamment leur SkinFlowers, leurs twists indus' Gasoline Man et Pas Mal ou leurs tubes d'une violence raffinés comme Kissing the sun, Envoyé, Speed of Night. Tout comme Trent Reznor qu'ils ont beaucoup inspiré, ils ont aussi des titres calmes, mélodiques, songeurs : Gardez les Esprits, ou la jolie Child in a Tree. On les a revus depuis à Belfort ou ailleurs et on n'a jamais été déçu, d'autant que c'était généralement dans de meilleures conditions ! Pas forcément des bêtes de scène, mais avec de telles compos, ce n'est pas éliminatoire !


    L'excellent Adrian Thaws, aka Tricky nous a fait l'honneur de revenir aux Eurockéennes (comme déjà en 1999, et comme encore en 2003, très régulier en somme pour un type réputé si fantasque !) : à force il devient difficile de démêler les souvenirs de concerts du "Gremlin" (comme l'appelle son amie Béatrice Dalle) - était-ce en 1999 ou en 2001 qu'il avait recruté la grande et belle chanteuse Martina Topley Bird ? En tout cas 2001 était l'année de sortie de Blowback, marquant un revirement vers des musiques plus ouvertes et écoutables, avec de nombreux invités, le tube Evolution Revolution Love, mais toujours un peu de son inimitable tonalité toxique (Excess). Sur scène, la principale difficulté pour l'auditeur était d'entrer dans le concert (pour Tricky aussi d'ailleurs...), mais une fois les curieux partis et les amateurs emportés, l'expérience virait régulièrement à la transe hypnotique et viscérale...


    Tête d'affiche inévitable, le grand et beau Ben Harper et ses Innocent criminals, qui jouait là pour la deuxième fois (avouons qu'on était passés à côté en 1995, où il était encore peu connu en France puisqu'il a explosé peu après). Cette fois-ci, le gourou du bottleneck se présenta comme il se devait, sur la grande scène. C'était le moment idéal pour le voir dans la mesure où c'était à la sortie de son enthousiasmant double Live From Mars, autrement dit juste avant qu'il commence à se répéter méchamment, à tenter le reggae, le blues, plus récemment le rock garage, dans l'espoir de se renouveler, avec des fortunes diverses.. L'essai le plus convaincant à notre goût restant, depuis 2001, son très bel album avec les vieux et touchants Blind Boys of Alabama.


    A l'époque donc, grand souvenir des formidables sons qu'il arrivait à tirer de ses Weissenborn (les lap steel exotiques qu'il a rendus célèbres), mais aussi occasionnellement de petites poëles à frire non identifiées (Glory & Consequence). Son backing band réussissait malgré tout à avoir de la personnalité, notamment avec son énorme bassiste et des percussions efficaces. Quant à Ben Harper, il était également capable, outre d'enflammer les foules, de les faire groover (Excuse Me Mister) ou de les faire frémir à volonté, avec par exemple Jah Work ou son Power of the Gospel, fini debout et le poing levé. Digne enfant de Jimi Hendrix et de Bob Marley, il faut lui reconnaître un charisme certain même si, sur la longueur de sa carrière à ce jour, il semble toujours avoir un peu le médiator entre deux chaises...


    Ce qui est sûr, c'est qu'on a terminé cette grosse journée sur la scène "Plage" par les extravagants et extravertis Nashville Pussy, formidable groupe de balloche metal, idéaux pour le Bol d'Or, composé de deux gros bikers sudistes à moustache et cheveux longs, et de deux filles délurées et à forte poitrine, tous étant habillés cowboy/jeans. Musicalement, leur univers était certes (et est toujours, sauf erreur) limité dans un heavy blues imitant un coup de ZZ Top, un coup AC/DC. Par contre scéniquement, la plantureuse et sexy chanteuse Ruyters Suys mettait une ambiance paillarde et joyeuse, haranguant son public, n'hésitant pas à finir en soutien-gorge et couverte de bière qu'elle s'était elle-même versée dessus, grimpant encore à la structure d'éclairage alors que le concert était fini... On s'y était bien amusés !

    ...On terminera sur cette bonne impression d'un groupe vraiment festif et drôle, n'étant pas resté le dimanche en cette année 2001 (pas très grave, puisqu'on a rattrapé plus tôt ou plus tard Iggy Pop, Fantomas, le Peuple de l'Herbe, en somme les trois inratables du jour).



    2002



    Dernière année couverte par ces "Eurockéennes anciennes" avant que ce site, et ses chroniqueurs réguliers ou occasionnels ne prennent le relais : 2002. Le vendredi fut marqué par un certain nombre d'expériences bruitistes : pas sûr que je connaissais déjà les très bons suédois de The (International) Noise Conspiracy, je pense avoir pourtant assisté quelques minutes à leur plaisant capharnaüm scénique, sorte de mélange de pop rock old school et de saillies punk-style, un peu moins marquants que leurs confrères The Hives, mais pas manchots tout de même.


    Je sais par contre que j'ai découvert les très bruitistes McLusky ce jour-là sur scène (je citerai l'excellent Pierre Andrieu sur le sujet : "impossible d’oublier les incandescentes performances gorgées de bruit blanc, de cris et de fureur assénées", pas mieux !). Terrifiant trio hirsute et hystérique, mené par un grand escogriffe blond, quelque part entre du (early) Nirvana et du Mike Patton, qui plus est avec pas mal d'humour noir (leur titre d'album étant un modèle du genre : The Difference between me and you is that I'm not on Fire) : grosse claque sur scène !


    Tout le contraire de Sinclair, dont on gardait pourtant une bonne impression d'un concert à Marseille (accompagné il est vrai par Mathieu Chedid), et qui nous a cette fois-là rasé par sa musique devenue vraiment trop mainstream. De mémoire on a pas non plus été passionné par Soulfly (Sepultura sans Cavalera, pfff...) et on a royalement snobé Pleymo, sensation metal français du moment, mais sans grande envergure... Par contre on a passé un moment amusant sous chapiteau en compagnie des très motivés rappeurs vocaux de Saïan Supa Crew, capables d'enflammer un public rock à force de le secouer : pas notre came à la base, mais il faut leur reconnaître une belle présence scénique et qu'on ne s'est pas ennuyés pendant la grosse moitié de leur concert qu'on a vue à l'époque. Petite déception rétrospective, être passé à côté des très enthousiasmants garage-soulesques Bellrays, et même de la dub exigante de High Tone. Bien sûr il est impossible d'être partout et de tout connaître...


    La journée s'est poursuivie avec un extraordinaire concert d'Archive sous le chapiteau. Autant Londinium avait été un choc esthétique, autant on n'attendait à l'époque plus grand chose du duo Keeler/Griffiths, suite à une deuxième album complètement raté. Fort heureusement de bons camarades nous avaient fait découvrir dans la journée le magnifique, barré, puissant et floydien album You All look the Same to Me, et le nouveau chanteur charismatique du groupe, le rouquin Craig Walker. On a donc pu vibrer jusqu'à la moëlle à l'écoute de la quasi-totalité de l'album, et son point culminant, Again, exécuté comme on l'avait espéré dans sa version intégrale de 16 minutes ! On a d'ailleurs revu encore une fois le groupe dans cette configuration et pour un concert non moins extraordinaire à Rock en Seine en 2004... Deuxième période de grâce d'Archive, qui s'est hélas achevée depuis 2004, quand le chanteur a été viré, que le duo a recruté un lampiste à sa place et a recommencé à radoter des albums tous identiques... En attendant la prochaine ?


    Suite à ce concert qui aurait justifié à lui seul le déplacement, on a (d'après nos calculs) re-re-re-re-revu Noir désir, pour la tournée saluant l'album crépusculaire Des visages, Des Figures. Enfin crépusculaire, on ne le savait pas encore... En tout cas le groupe était en pleine forme, en tête d'affiche sur la grande scène, avec un bruiteur/synthétiseur en plus. J'ai le souvenir d'un concert très prenant, mélange de nouveautés et du best-of d'un gang qui commençait à avoir une sacrée set-list à défendre. Bertrand Cantat et ses collègues s'amusaient à modifier certaines choses et à en tenter d'autres pour rompre la monotonie - le très classieux En Public, enregistré sur cette tournée, rend bien compte de l'ambiance survoltée et fascinante, tout comme de la ferveur que soulevait alors le groupe.


    Un an après, on allait faire connaissance ici même de la nouvelle sensation explosive de la scène rock française, Dionysos, le champ étant libéré par la tragédie qui a frappé Noir Désir en 2003. Quoi qu'il ait pu arriver ensuite, Noir Désir nous a accompagné environ 15 ans de sa classe et de sa fougue, et on leur sera toujours fidèle - on revoit d'ailleurs régulièrement le magnétique et très sympathique Serge Teyssot-Gay dans ses nouveaux projets, en attendant une hypothétique reformation du plus grand groupe de rock français ... de tous les temps.


    Quoi qu'il en soit, la soirée s'est terminée dans la loggia à se faire fracasser la ganache par l'électro-trash metal furibard d'Alec Empire, le leader en vacances d'Atari Teenage Riot, où l'on avait d'ailleurs re-croisé un Serge Teyssot-Gay en goguette, presque incognito mais repérable par son pantalon orange fluo. L'expérience Alec Empire consistait, et consiste toujours, à pousser le plus loin possible le mélange entre techno hardcore et metal - c'était plaisant pendant quelques minutes. Puis, après avoir été pris de rires nerveux devant ce bruit terrifiant, et une fois convaincus qu'il s'épilait bien sous les bras, et qu'il était probablement sourd, on a tout de même fini par s'y ennuyer et on est donc partis avant la fin.


    Le samedi, on se souvient d'avoir vu la fin du set de Guem en arrivant, le mythique cogneur de peaux semblant avoir mis une belle ambiance sur une petite scène, salué par une grande clameur. Concernant Tarmac, le problème était le même que pour Louise Attaque : la voix du chanteur qu'on a jamais pu supporter (mais c'est un avis strictement personnel), et la remarque que cela ressemblait quand même sacrément au groupe d'origine. De Miro par contre, on garde un très bon souvenir, et le disque acheté dès notre retour ! A mi-chemin entre les Mathieu (Chedid et Boogaerts), le fantasque personnage incarnait un loser, sans doute, mais groovy et sympa. Il avait mis sans aucun problème le public dans sa poche (alors qu'il me semble qu'il était seul sur scène), avec des chansons faussement désinvoltes et en réalité très efficaces, groovy et drôles à la fois.


    Pas mal de gros concerts se sont ensuite succédés sur la grande scène, à commencer par Aston Villa, groupe de rock français presque gentil, mais pas tout à fait, juste assez malins pour passer à la radio sans pour autant faire de la merde : leurs tubes comme J'en rêve, Raisonne, L'age d'Or ou Si les Anges n'avaient rien de putassier et sonnaient en outre bien plus rock sur scène que sur disque, avec souvent un côté groove dans la lignée de FFF notamment. Ajoutez à cela la sympathie bonhomme légendaire du chanteur Fred Franchitti et son charisme : concert très réussi et succès tardif, mais mérité, pour un groupe intègre par ailleurs, et un peu en galère pendant les années précédentes.


    On a aussi découvert ce jour-là en live les espagnols de Ska-P qu'on ne connaissait que via leur joyeux et pogoteur tube Cannabis. Bande éminemment sympathique de punks gauchistes, plus très frais à cette heure-là, ils avaient mis littéralement le feu à l'amphithéatre de la grande scène, secoué en outre de grands éclats de rire devant leurs costumes et leus mimiques (ah, ce pape déguisé en grosse mouche et se faisant sodomiser par un politicien, quelle finesse...). Un très bon moment fut incontestablement passé avec ces bruyants et malpolis madrilènes !


    Puis on s'est fait souffler dans les bronches comme d'habitude, par Reuno et sa bande de Lofofora, moins festif mais sacrément plus saignant, utilisant le metal hardcore et le chant en français pour faire passer des messages non moins efficaces. Leur présence sur la grande scène entérinait une fois pour toutes la volonté des programmateurs de se faire plaisir et de booster des groupes méritants en leur proposant les meilleurs conditions possibles - volonté qui ne s'est pas démentie depuis. A retenir aussi, un chouette duo avec Fred d'AstonVilla : les deux chauves avaient mis le feu avec leurs voix pourtant très différentes...


    Dans un autre style, on a enfin pu voir le duo Air, êtres mystérieux et efféminés dont on était tombé amoureux suite au magnifique film The Virgin Suicides : un concert planant et très électrique à la fois, où l'on a découvert que même Sexy Boy ou Kelly Watch the Stars pouvaient sonner très rock, enveloppés dans un son live riche et envoûtant. En plus des chansons planantes comme Don't be Light ou Electric Performers par exemple et parmi beaucoup d'autres - il n'y a pratiquement jamais rien eu à jeter sur leurs albums éblouissants de classe. On a toujours adoré leurs concerts depuis ce jour-là, et on a essayé d'en rater le moins possible par la suite...


    On a revu pour finir, sur la grande scène bien sûr, les Chemical Brothers, qui venaient de sortir Come With Us, déjà presque le crépuscule de la vague Big Beat et en tout cas la fin de leurs meilleurs albums à eux. L'effet de surprise était passé et le show, pas aussi dantesque que la fois d'avant en 1997 (voir plus haut dans ces chroniques). Il n'empêche que la montée de violons de Come With Us était irrésistible, ainsi qu'It Began in Afrika... Surtout pour déboucher sur leurs Block Rockin'Beats ou les boum-boum phénoménaux de Out of Control et Hey Boy, Hey Girl, tubes de l'album Surrender et restant parmi leurs meilleurs titres à ce jour. Au final donc, un concert énergisant et quasiment dopaminogène qui avait mis une fois encore tout le monde d'accord... et tout le monde sur les rotules !

    A noter qu'on a raté Vitalic ce soir-là et même encore la fois d'après en 2005, mais qu'on s'est bien rattrapés depuis. Plus embêtant, on a pas re-croisé la route du saignant duo électro composé de Miss Kittin & The Hacker.


    Je ne suis pas resté ce dimanche-là, où je me souviens que seuls deux amis ont pris leur courage à deux mains, car l'enjeu était d'importance. Il s'agissait principalement d'aller voir les tonitruants Rammstein. A ce sujet, je crois pouvoir citer à peu près de mémoire l'appréciation de l'un d'entre eux : "Ach, Rammstein ! Sodomie et lance-flammes, la culture allemande dans toute sa complexité et son mystère !...". Pour ma part j'ai payé cette absence injustifiée de 3 ans de purgatoire avant d'enfin les voir à Nîmes, dans un formidable déluge de son et de feu (la sodomie ayant disparu entre temps)...



    Conclusion sur quelques concerts marquants 1994 - 2002 :

    Bien entendu ces trois pages de trois ans chacune (rédigées de façon épisodique de 2007 à 2009), n'ont donné qu'un aperçu rapide, passé au filtre du temps, des souvenirs encore affaiblis par les substances diverses prises lors des premières années. Et par un état général d'éthylie légère et joyeuse que les nombreux bars du site contribuent généralement à entretenir, encore aujourd'hui. Pire, on a vu qu'il y manquait un certain nombre de jours. Mais il fallait quand même, question de principe, que figure sur ce site une chronique continue des Eurockéennes remontant le plus loin possible !...

    Petit clin d'oeil, le record de www.w-Fenec.org (qu'on sent d'ailleurs faiblir sur le sujet ...) est désormais battu ! Pour la suite, il suffira de suivre le guide, ou plutôt les guides, en ajoutant que depuis 2003, mon collègue Pierre Andrieu rédige ses propres compte-rendus d'Eurockéennes avec un sérieux identique, voire supérieur au mien, en plus d'autres chroniqueurs occasionnels bien sûr (voir la chronique gonzo hilarante de Vince en 2008)... Il faut bien ça, pour garder une trace correcte de ce qui reste, jusqu'à preuve du contraire, contre vents, marées et requins de Live Nation, le meilleur et le plus beau festival de plein air de France !

    A lire également sur Concertandco : des Chroniques (encore) plus détaillées, avec photos (depuis 2003) et vidéo (depuis 2006) des années 2003, 2004, 2005, 2006, 2007, 2008, 2009, ...

    PS : Réparation d'oublis, commentaires et réactions bienvenues !

    Affiches : www.cg90.fr / Photo : www.eurockeennes.fr

    Vignette Philippe
    Signature : Philippe
    le 14/11/2007
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Asian Dub Foundation :
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M - Matthieu Chedid :
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Les Eurockéennes De Belfort
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Presqu'Ile du Malsaucy, Evette Salbert
(mes) Eurockéennes 2011, 3/3 : Katerine, Beady Eye, Aaron, Carte blanche Katerine + Cabaret New Burlesque, Arctic Monkeys video  5 étoiles
le 3 juillet 2011 - Presqu'Ile du Malsaucy, Evette Salbert (par Philippe)
(mes) Eurockéennes 2011, 2/3 : Anna Calvi, Kyuss Lives !, Raphaël Saadiq, Motörhead, Queens of the Stone Age video  5 étoiles
le 2 juillet 2011 - Presqu'île du Malsaucy, Evette Salbert, 3 juillet 2011 (par Philippe)
(mes) Eurockéennes 2011, 1/3 : Keziah Jones, Tiken Jah Fakoly, Staff Benda Bilili, Battles, WU LYF, Metronomy, Stromae video  5 étoiles
le 1er juillet 2011 - Presqu'île du Malsaucy, Evette Salbert (par Philippe)
(mes) Eurockéennes 2010 3/3 : Rien, Gallows, Julian Casablancas, LCD Soundsystem, Wovenhand & Muzsikas, Empire of the Sun, Massive Attack video  5 étoiles
le 4 juillet 2010 - Presqu'île du Malsaucy, Evette Salbert (par Philippe)
(mes) Eurockéennes 2010 2/3 : Omar Souleyman, Emilie Simon, Airbourne, General Elektriks, The Specials, The XX, The Hives, Ghinzu, Vitalic video  5 étoiles
le 3 juillet 2010 - Presqu'île du Malsaucy, Evette Salbert (par Philippe)
Presqu'Ile du Malsaucy, Evette Salbert : toutes les critiques de concerts 

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